Module 4 : EPI HT, accident & gestes d'urgence · Sommaire complet
4.3 Gestes d'urgence et secours en accident HT
En cas d'accident électrique HT, les premières minutes décident de la survie. La règle absolue : jamais toucher la victime avant la mise hors tension. Voici la séquence en 4 étapes — Protéger, Alerter, Secourir, Préserver.
La séquence de secours PASP (Protéger - Alerter - Secourir - Préserver)
Protéger
Mettre hors tension. Sécuriser zone.
Alerter
18, 15 ou 112. Origine électrique précisée.
Secourir
RCP, DAE, gestes vitaux.
Préserver
Évacuation, traces, témoignages.
Étape 1 — Protéger : la règle d'or absolue
La règle d'or absolue en accident électrique : jamais toucher la victime avant la mise hors tension. Tenter de tirer la victime alors qu'elle est encore en contact avec la source vous électrocutera à votre tour.
Procédure :
- Couper l'alimentation à la source : disjoncteur amont, sectionneur, arrêt d'urgence. C'est l'action n°1, avant tout autre geste.
- Sécuriser la zone : empêcher toute autre personne d'approcher (cordon de sécurité, témoins de garde).
- Vérifier la mise hors tension : VAT au point d'accident. Ne pas se fier à la coupure visuelle seule.
- Si mise hors tension impossible : utiliser une perche isolante ou un objet isolant sec (manche en bois, plastique épais) pour écarter la victime de la source. Jamais de métal, jamais d'objet humide.
Cas particulier des lignes aériennes HT tombées au sol :
- Rester à distance du conducteur et de tout ce qu'il touche (clôture, véhicule, sol mouillé) tant que la ligne n'est pas confirmée hors tension par l'exploitant.
- Empêcher quiconque d'approcher, y compris la victime si elle est mobile.
- Marcher à petits pas joints ou par sauts à pieds joints pour éviter la tension de pas mortelle.
- Alerter immédiatement les secours (18 ou 112) et l'exploitant du réseau, dont le numéro de dépannage figure sur la facture d'électricité et sur les panneaux d'accès aux ouvrages.
- Attendre la confirmation de la mise hors tension avant toute intervention. Les minutes d'attente sauvent les vies des secours.
C'est le point où la discipline compte le plus, parce que le réflexe naturel va exactement à l'inverse : on veut tirer la victime. Le sur-accident du secouriste est un mécanisme documenté dans la prévention du risque électrique — le sauveteur devient la seconde victime, et parfois la seule à décéder. La séquence « Protéger » n'est pas une formalité administrative avant les gestes de secours : c'est le geste de secours qui rend les autres possibles.
Étape 2 — Alerter : précision et structure
L'alerte aux secours doit être structurée et précise. Un message confus retarde l'envoi des moyens adaptés.
Numéros d'urgence en France :
- 15 — SAMU (Service d'Aide Médicale Urgente). Pour les urgences médicales pures.
- 18 — Pompiers. Pour les accidents avec risque persistant, incendie, intervention technique.
- 112 — Numéro européen d'urgence. Recommandé pour les portables (géolocalisation automatique).
- 114 — Numéro d'urgence pour les sourds/malentendants (par SMS).
- 17 — Police, en cas de troubles à l'ordre public concomitants.
Pour un accident HT, appeler le 18, le 15 ou le 112 en précisant d'emblée l'origine électrique : les centres de traitement de l'alerte se transfèrent l'appel. Les pompiers gèrent la sécurisation (fumées, incendie, accès), le SAMU engage le cas échéant le SMUR pour la prise en charge médicale.
Structure du message d'alerte (mémo « SOMME ») :
- Situation : « Accident électrique HT, [tension] kV, [type d'opération en cours] ».
- Où : adresse précise, étage, atelier, point GPS si possible.
- Mécanisme : « Contact direct / arc électrique / chute consécutive ».
- Moi : qui je suis, mon numéro de rappel.
- Etat de la victime : conscience, respiration, pouls, brûlures visibles, nombre de victimes.
Ne jamais raccrocher le premier — laisser l'opérateur poser ses questions complémentaires. Garder la ligne ouverte si possible jusqu'à l'arrivée des secours.
Information de contexte précieuse : tension d'exposition (20 kV ? 90 kV ?), durée du contact estimée, EPI portés au moment de l'accident. Cela permet au SMUR d'anticiper le matériel à embarquer (défibrillateur, antalgiques majeurs, équipement grand brûlé).
Étape 3 — Secourir : RCP + DAE en priorité
Une fois la zone sécurisée, évaluer rapidement la victime selon la séquence Sauveteur Secouriste du Travail (SST) :
- Conscience : « M'entendez-vous ? Tout va bien ? » Stimulation douce.
- Respiration : observer le thorax pendant 10 secondes (cycle de mouvement). Sentir le souffle. Écouter.
- Pouls (optionnel pour les SST non médicaux, mais essentiel pour les professionnels) : pouls carotidien pendant 10 secondes.
- Lésions visibles : brûlures, fractures, saignements.
Action selon le bilan :
| État | Action immédiate |
|---|---|
| Inconscient, pas de respiration | RCP immédiate (30 compressions / 2 insufflations) + DAE dès que disponible. Continuer jusqu'à arrivée du SMUR. |
| Inconscient, respiration présente | Position Latérale de Sécurité (PLS). Surveillance continue. Réévaluation toutes les minutes. |
| Conscient mais traumatisé | Maintien en position d'attente (allongée si pas de trouble respiratoire, demi-assis si difficulté respiratoire). Réassurance, surveillance pouls/respiration. |
| Brûlures importantes | Refroidir à l'eau tempérée (15-20 °C) 15-20 minutes sur les zones non charbonnées. Couvrir d'un drap propre. Ne pas appliquer pommade ou crème. |
| Saignement | Compression manuelle directe + élévation. Garrot tactique en dernier recours. |
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) est le seul moyen de traiter une fibrillation ventriculaire, et les chances de survie décroissent de plusieurs pourcents par minute écoulée. Son installation est obligatoire dans les établissements recevant du public, selon un calendrier et un périmètre fixés par le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 — échelonnés selon la catégorie de l'établissement. En milieu industriel, l'implantation relève de l'évaluation des risques : sur un site comportant des installations HT, un DAE accessible en quelques minutes de tout poste de travail est une mesure de bon sens, et sa localisation doit figurer au plan de secours.
Étape 4 — Préserver : évacuation et préservation des traces
Une fois les secours engagés, plusieurs actions de préservation à entreprendre :
- Préserver les traces : ne pas toucher l'installation accidentée, ne pas déplacer les outils, ne pas modifier les paramétrages. Photographier la scène avant tout déplacement obligatoire.
- Identifier les témoins : noter les noms et coordonnées de toute personne ayant assisté à l'accident ou aux secours.
- Recueillir les EPI portés par la victime : gants, vêtement, casque. Ils seront analysés pour comprendre le mécanisme.
- Documenter : main courante avec horodatages précis (heure du contact, heure de l'alerte, heure d'arrivée des secours, heure d'évacuation).
- Alerter la hiérarchie : chef de service, sécurité, RH, employeur en cascade.
- Information du CSE : il est informé de l'accident et, en cas d'accident grave, une enquête est menée par une délégation comprenant l'employeur et un représentant du personnel au CSE. Le CSE peut être réuni à la demande motivée de deux de ses membres représentants du personnel.
- Déclaration d'accident du travail à la caisse primaire d'assurance maladie : l'employeur dispose de 48 heures à compter de la connaissance de l'accident. Il remet en outre à la victime la feuille d'accident du travail qui lui permet la dispense d'avance de frais.
Procédure post-accident sur 48-72 h :
- H+0 à H+1 : secours + protection + alerte.
- H+1 à H+6 : sécurisation totale de l'installation, expertise par le chargé d'exploitation et l'employeur.
- En cas de décès : l'employeur informe l'agent de contrôle de l'inspection du travail immédiatement et au plus tard dans les 12 heures (article R. 4121-5, décret n° 2023-452 du 9 juin 2023). Le non-respect de cette obligation est sanctionné pénalement. Dans les autres cas, l'inspection du travail peut être informée et diligenter une enquête.
- H+48 : déclaration AT à la CPAM. Première analyse d'arbre des causes.
- J+7 à J+30 : enquête approfondie, mesures correctives, retour d'expérience, modification du DUERP.
L'inspection du travail peut faire procéder à une enquête contradictoire et déclencher une procédure pénale en cas de manquement caractérisé (consignation non faite, EPI absent, habilitation invalide). Les comptes-rendus, attestations et registres conservés conditionnent la défense juridique.
Feux d'origine électrique HT
L'arc électrique peut déclencher un incendie d'origine électrique sur l'installation ou les matériaux environnants. Particularités :
- Risque de réamorçage tant que l'installation est sous tension. Premier réflexe : mise hors tension.
- Risque pour le secouriste : approcher un foyer électrique sous tension expose à un nouvel arc. Distance de sécurité respectée.
- Choix de l'extincteur : CO2 ou poudre ABC, dans la limite de tension et de distance d'emploi indiquée sur l'étiquette de l'extincteur — jamais d'eau sur installation sous tension (l'eau est conductrice). Sur un ouvrage HT, on n'attaque le feu qu'une fois l'alimentation coupée.
- Évacuation immédiate du local si le feu n'est pas maîtrisé dès la première attaque.
- Toxicité des fumées : la combustion d'isolants PVC dégage notamment du chlorure d'hydrogène (acide chlorhydrique), en plus du monoxyde de carbone de toute combustion. Ne pas rester dans les fumées : on évacue, on ne ventile pas soi-même un local en feu.
Action sur un feu d'origine électrique HT :
- Couper l'alimentation si possible (à distance, par un sectionneur isolé).
- Alerter les pompiers (18) — mentionner explicitement « feu électrique HT ».
- Évacuer les personnes du local.
- Si feu naissant et alimentation coupée : extincteur CO2 ou poudre ABC, à la distance d'emploi indiquée sur l'appareil.
- Attendre les pompiers sans intervention dangereuse.
Voir notre formation Risques Incendies pour la doctrine générale de lutte incendie en milieu industriel.
Préparation : exercices, dispositifs, formations
Un accident HT ne se gère pas à l'improvisation. La préparation est essentielle :
- Formation aux premiers secours. Le Code du travail impose qu'un membre du personnel ait reçu la formation nécessaire pour donner les premiers secours en cas d'urgence dans les ateliers où sont accomplis des travaux dangereux (article R. 4224-15). Il n'existe pas de ratio réglementaire du type « un sauveteur pour dix salariés » : la recommandation de la CNAM qui l'évoquait a été abrogée. Le nombre de sauveteurs relève de l'évaluation des risques — effectif, configuration du site, délai d'arrivée des secours. Le maintien et l'actualisation des compétences de sauveteur secouriste du travail est à renouveler tous les 24 mois.
- Présence d'un DAE accessible en quelques minutes de tout poste de travail HT, signalé et reporté au plan de secours.
- Trousse de secours spécifique brûlés : compresses stériles grand format, sérum physiologique stérile, couverture isothermique, pansements gras (uniquement après refroidissement).
- Exercices incendie au moins tous les six mois dans les établissements visés par l'article R. 4227-39 du Code du travail ; un scénario d'origine électrique peut y être intégré.
- Exercice de secours électrique spécifique, à une périodicité fixée par l'employeur : simulation grandeur nature avec déclenchement DAE, RCP sur mannequin.
- Plan de secours HT documenté : qui fait quoi en cas d'accident, numéros, points de rassemblement, accès secours.
- Coordination avec les pompiers du secteur : visite annuelle du site, formation à la spécificité HT, présence des plans.
Sur les grands sites industriels, l'organisation des secours peut aller jusqu'à une équipe d'intervention interne dotée de moyens propres, avec des équipiers de première intervention formés au risque électrique. Ce qui compte, quelle que soit la taille du site : que le plan de secours soit écrit, connu et testé, et que les sapeurs-pompiers du secteur aient été mis en situation de connaître les spécificités des installations.
Lien : voir notre formation Sauveteur Secouriste du Travail pour la doctrine SST complète, incluant RCP, DAE, PLS, gestes en accident électrique.
À retenir
- Séquence PASP : Protéger (couper l'alimentation, jamais toucher avant), Alerter (18, 15 ou 112, origine électrique précisée), Secourir (RCP+DAE), Préserver (traces, témoins, documentation).
- Règle d'or absolue : ne jamais toucher la victime avant la mise hors tension. Le sur-accident du sauveteur est un mécanisme réel, et il transforme un accident en deux.
- Conducteur tombé au sol : rester à distance, évacuer à pas joints (tension de pas), alerter le 18 ou le 112 et l'exploitant du réseau, attendre la confirmation de la mise hors tension.
- Défibrillateur accessible et localisé au plan de secours : chaque minute perdue réduit fortement les chances de survie sur une fibrillation ventriculaire.
- Feu électrique : CO2 ou poudre ABC, jamais d'eau sous tension. Évacuation et alerte 18.
- Préparation : sauveteurs formés (pas de ratio réglementaire — cela relève de l'évaluation des risques), maintien des compétences tous les 24 mois, exercices, plan de secours écrit, coordination avec les pompiers du secteur.
Check-list secours HT à mémoriser
Ressources liées
Sommaire de la formation
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