Convention Succursales d'Habillement 2026 (IDCC 675) : Salaires et Droits dans les Chaînes de Prêt-à-Porter
Vendeur, hôte de caisse, visuel merchandiser, responsable adjoint ou directeur de magasin dans une chaîne de prêt-à-porter : si votre enseigne exploite plusieurs boutiques sous une même direction, votre contrat relève très probablement de la convention collective des maisons à succursales de vente au détail d'habillement (IDCC 675, brochure 3065), signée le 30 juin 1972 et étendue dès 1973. C'est la convention des grandes enseignes de mode — à ne pas confondre avec celle des boutiques indépendantes (IDCC 1483).
Elle mérite d'être connue, car elle contient des droits que beaucoup de vendeurs ignorent : un dimanche payé double assorti d'un remboursement de frais de garde d'enfant, une prime d'ancienneté mensuelle dès 3 ans, des congés d'ancienneté, un travail de nuit majoré de 100 % — et une grille de salaires toute fraîche, revalorisée au 1ᵉʳ mai 2026. Ce guide passe tout en revue, texte officiel à l'appui, en signalant aussi les pièges : plusieurs clauses anciennes du texte sont aujourd'hui moins favorables que la loi, et c'est alors la loi qui s'applique.
ÉTAPE 0 : Succursales (675) ou boutique indépendante (1483) ?
Deux conventions se partagent la vente de vêtements, et la différence se joue sur la structure de votre employeur :
Votre employeur exploite plusieurs magasins d'habillement/textile (le critère historique de la branche : au moins 5 fonds de commerce) sous une direction centrale commune — chaînes et enseignes nationales de prêt-à-porter, magasins comme sièges.
Employeur = l'enseigne succursaliste.
En cas de doute, la mention de la convention figure obligatoirement sur votre bulletin de paie. À noter : aucune fusion des branches de l'habillement n'est engagée à ce jour (la représentativité de la branche 675 a été fixée pour le cycle 2025-2029).
Sommaire
1. La grille des salaires au 1ᵉʳ mai 2026
Après près de deux ans sans revalorisation (la grille de juin 2024 est restée applicable jusqu'au printemps), la branche a signé le 16 avril 2026 un nouvel accord salaires — FEH côté employeurs, CFTC-CSFV, CFE-CGC, UNSA et CFDT côté salariés — applicable au 1ᵉʳ mai 2026 et étendu par arrêté du 6 juillet 2026 (JORF du 10 juillet) : il s'impose donc à toutes les enseignes de la branche, avec une hausse moyenne d'environ 3,2 %. La classification (accord du 20 juin 2016) compte 9 catégories réparties en trois statuts :
| Statut | Catégories | Minima au 1ᵉʳ mai 2026 |
|---|---|---|
| Employés | Catégories 1 à 4 — vente, caisse, réserve, visuel | de à ≈ 1 900 € (cat. 4) |
| Agents de maîtrise | Catégories 1 et 2 — adjoints, responsables de rayon | ≈ 1 980 € à 2 060 € |
| Cadres | Catégories 1 à 3 — directeurs de magasin, fonctions siège | de ≈ 2 350 € à 3 044 € (cat. 3) |
Minima mensuels bruts, base 151,67 h, métropole. Accord du 16 avril 2026, étendu par arrêté du 6 juillet 2026 — conteneur de la CCN sur Légifrance. Les bornes (1 824 € et 3 044 €) sont celles de l'accord ; les valeurs intermédiaires, arrondies ici par prudence, seront précisées dès la consolidation du texte sur Légifrance. Grille précédente de référence : accord du 14 mai 2024 (1 767 → 2 950 €).
Un mois après l'entrée en vigueur de la nouvelle grille, le SMIC du 1ᵉʳ juin 2026 (1 867,02 €) a rattrapé les trois premières catégories d'employés (1 824 à 1 851 €) : pour elles, l'employeur doit verser au moins le SMIC. Le premier minimum conventionnel réellement supérieur est la catégorie 4 d'employé.
2. Prime d'ancienneté : une ligne à vérifier dès 3 ans de maison
L'article 31 de la convention institue une prime d'ancienneté mensuelle et forfaitaire — en euros, pas en pourcentage — qui s'ajoute à votre salaire réel dès 3 ans d'ancienneté, puis progresse par paliers à 6, 9, 12, 15 et 20 ans, avec des montants croissants selon votre catégorie. Dans la version issue de l'accord de 2026, elle s'échelonne d'environ 31 € par mois (employé, 3 ans) à près de 393 € par mois (cadre catégorie 3, 20 ans). À titre de repère, la table complète de la version précédente (accord du 14 mai 2024, lue sur Légifrance) allait de 30,18 € à 385,34 €. Elle est proratisée pour les temps partiels — très fréquents dans le secteur — et doit apparaître distinctement sur le bulletin de paie.
Trois ans dans la même enseigne et aucune ligne « prime d'ancienneté » ? Il manque environ 30 € par mois — et bien plus si vous êtes agent de maîtrise ou cadre. La prime étant due par accord étendu, elle peut être réclamée rétroactivement (dans la limite de la prescription salariale de 3 ans). Parlez-en à vos représentants du personnel.
3. Dimanche : payé double, avec la garde d'enfants remboursée
Les enseignes de mode sont en première ligne des ouvertures dominicales — zones touristiques, zones commerciales, « dimanches du maire ». La branche a négocié en conséquence : l'accord du 4 juillet 2017 encadre le travail du dimanche dans le cadre des dérogations au repos dominical, avec des contreparties parmi les plus lisibles du commerce :
Travailler le dimanche repose sur le volontariat du salarié.
Les heures du dimanche sont rémunérées à 200 %.
Frais remboursés jusqu'à 40 €/dimanche (enfant < 12 ans, < 16 ans si handicap).
Au moins 10 fois par an, 2 jours de repos consécutifs (salariés à 5 j/semaine).
Accord du 4 juillet 2017 relatif aux dérogations au repos dominical — texte sur Légifrance. Les heures supplémentaires effectuées un dimanche donnent lieu à repos compensateur équivalent en plus du doublement (non cumulable avec les majorations légales d'heures supplémentaires).
4. Simulateur : ce que rapportent vos dimanches, nuits et fériés
Entrez votre salaire et vos heures « atypiques » du mois : le simulateur applique les règles conventionnelles — dimanche à 200 %, nuit (21 h – 6 h) majorée de 100 %, jour férié travaillé majoré de 100 % — et le plancher SMIC sur le taux horaire.
Votre situation
Plancher automatique : SMIC 1 867,02 € (taux horaire 12,31 €).
Remboursés jusqu'à 40 € par dimanche travaillé (sur justificatif).
en plus de votre salaire de base
Estimation indicative en brut (la garde d'enfants est un remboursement de frais). Le dimanche est compté « payé double » : la part affichée est le supplément (+100 %). Hors heures supplémentaires et primes d'entreprise.
5. Nuit, jours fériés et heures supplémentaires
L'organisation du temps de travail de la branche est fixée par l'avenant n°42 du 5 juillet 2001. Deux majorations fortes en ressortent : le travail de nuit (21 h – 6 h) est majoré de 100 % — utile lors des inventaires, réassorts nocturnes et soldes — et le salarié ne peut être tenu de travailler que 3 jours fériés par an au maximum, eux aussi majorés de 100 %. Le contingent d'heures supplémentaires est fixé à 130 heures par an (90 heures en cas de modulation), un plafond nettement plus bas que les 220 heures du droit commun. La modulation, quand elle est mise en place, doit rester entre 16 et 44 heures hebdomadaires. Côté encadrement, les forfaits sont bornés à 1 730 heures ou 214 jours par an. Enfin, le temps partiel — omniprésent dans la vente — bénéficie d'un minimum conventionnel de 22 heures par semaine à l'embauche, hors exceptions (étudiants notamment).
Avenant n°42 du 5 juillet 2001 (organisation et durée du travail) — texte sur Légifrance. Certaines clauses de cet avenant ont fait l'objet d'exclusions d'extension : votre accord d'entreprise peut aménager ces règles.
6. Congés : l'ancienneté paie, la loi corrige le reste
La convention ajoute aux cinq semaines légales des congés d'ancienneté (article 45) : 1 jour supplémentaire après 10 ans, 2 jours après 20 ans, 3 jours après 25 ans et 4 jours après 30 ans, acquis à votre date anniversaire d'entrée. Pour les événements familiaux (article 46), attention : la rédaction date de 1980 et la loi l'a dépassée sur plusieurs points. La règle d'or : c'est toujours la durée la plus favorable qui s'applique.
| Événement | Convention (art. 46) | Minimum légal | Ce qui s'applique |
|---|---|---|---|
| Mariage du salarié | 5 jours | 4 jours | 5 j (convention) |
| Décès du conjoint | 4 jours | 3 jours | 4 j (convention) |
| Décès d'un enfant | 3 jours | 5 j (7 si < 25 ans) + congé de deuil | le légal |
| Décès d'un frère / d'une sœur | 1 jour | 3 jours | le légal |
| Naissance / adoption | non prévu | 3 jours | le légal |
| Mariage d'un enfant | 2 jours | 1 jour | 2 j (convention) |
| Déménagement | 1 jour | non prévu | 1 j (convention) |
Article 46 et article 45 (Légifrance). Bonus conventionnel : +1 jour quand l'événement impose un déplacement de plus de 300 km. Les congés conventionnels de mariage supposent 6 mois de présence.
7. Période d'essai, préavis et licenciement
À l'embauche (accord du 15 juin 2018, applicable aux contrats conclus depuis le 1ᵉʳ septembre 2018), la période d'essai est de 2 mois non renouvelables pour les employés, 2 mois renouvelables une fois pour les agents de maîtrise (4 mois maximum) et 3 mois renouvelables une fois pour les cadres (6 mois maximum). Au départ, le préavis des employés (article 38) est de 15 jours avant 6 mois d'ancienneté, 1 mois de 6 mois à 2 ans et 2 mois au-delà ; les avenants maîtrise et cadres prévoient respectivement 2 et 3 mois. En cas de licenciement, vous disposez de 2 heures rémunérées par jour pour rechercher un emploi, et vous pouvez être libéré par anticipation après la moitié du préavis en cas d'embauche ailleurs.
La formule conventionnelle (article 42 : 1/10ᵉ puis 2/10ᵉ et 1/5ᵉ de mois par année, plafonnée à 6 mois) date des années 1970 et est aujourd'hui moins favorable que l'indemnité légale (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà, sans plafond) : c'est donc le barème légal qui s'applique dans la quasi-totalité des cas, dès 8 mois d'ancienneté. Le départ volontaire à la retraite ouvre droit, lui, à la moitié de l'indemnité de licenciement (article 44). Calculez votre indemnité ici.
Côté protection sociale, la branche n'impose pas de régime frais de santé propre au-delà du socle légal (mutuelle obligatoire financée au moins à 50 % par l'employeur) ; un avenant du 10 avril 2024, étendu le 8 novembre 2024, a actualisé la protection sociale complémentaire de la branche, et les cadres bénéficient de la cotisation prévoyance de 1,50 % de la tranche A intégralement à la charge de l'employeur.
8. Questions fréquentes
9. Sources officielles
- CCN des maisons à succursales de vente au détail d'habillement du 30 juin 1972 (Légifrance, IDCC 675, brochure 3065) — étendue par arrêté du 8 décembre 1972
- Accord du 16 avril 2026 relatif aux salaires minima (FEH / CFTC-CSFV, CFE-CGC, UNSA, CFDT), en vigueur au 1ᵉʳ mai 2026, étendu par arrêté du 6 juillet 2026 (JORF 10 juillet 2026)
- Accord du 14 mai 2024 — salaires et primes d'ancienneté (grille complète, Légifrance)
- Avenant n°42 du 5 juillet 2001 — durée et organisation du travail · Accord du 4 juillet 2017 — travail du dimanche · Accord du 15 juin 2018 — période d'essai
- Article 45 (congés d'ancienneté) · Article 46 (congés exceptionnels)
- Fiche IDCC 675 — Code du travail numérique (Ministère du Travail)
Données vérifiées le 6 août 2026. La branche compte plus de 100 000 salariés (les sources publiques divergent sur le chiffre exact). Ce site n'est pas un site gouvernemental : pour un conseil individuel, rapprochez-vous de vos représentants du personnel, d'un syndicat ou d'un avocat en droit social.