En France, plus aucune industrie de taille significative ne peut ignorer son empreinte carbone. La loi impose un BEGES (Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre) tous les quatre ans aux entreprises de plus de 500 salariés en métropole, sous peine de 50 000 € d'amende — montant porté à 100 000 € en cas de récidive (art. L. 229-25 du Code de l'environnement).

À cette obligation nationale s'ajoute désormais la directive CSRD (2022/2464), qui étend le reporting de durabilité — y compris carbone — à des milliers d'ETI et de PME cotées entre 2024 et 2028.

Au cœur du dispositif : la décomposition de l'empreinte en trois scopes issus du GHG Protocol. Un découpage en apparence technique, qui décide pourtant où va la responsabilité — et où se cachent souvent plus de 80 % des émissions réelles.

Décryptage des trois scopes, avec exemples chiffrés sectoriels, pièges méthodologiques et leviers d'action concrets pour la décarbonation industrielle.

1. Pourquoi le Bilan Carbone est devenu incontournable

Pendant longtemps, mesurer son carbone relevait du volontariat. Depuis la loi Grenelle II (2010), puis le décret du 1er juillet 2022, le BEGES est devenu une obligation périodique pour une grande partie du tissu industriel français.

Sont concernées : les personnes morales de droit privé employant plus de 500 salariés en métropole (250 dans les départements et régions d'outre-mer), les collectivités de plus de 50 000 habitants, l'État et les établissements publics de plus de 250 agents. Le bilan doit être renouvelé tous les quatre ans pour les entreprises (trois ans pour le secteur public) et publié sur la plateforme Bilans GES de l'ADEME.

Le cadre légal français : article L. 229-25

L'article L. 229-25 du Code de l'environnement fixe l'obligation. L'article R. 229-50 précise le contenu attendu : périmètre organisationnel, scope 1, scope 2, et — depuis le décret du 1er juillet 2022 — les principaux postes du scope 3. Auparavant facultatif, le scope 3 est désormais exigé pour la plupart des assujettis.

La sanction en cas d'absence ou de non-conformité atteint 50 000 €, doublée en cas de récidive (100 000 €). L'autorité administrative peut également ordonner la publication du manquement.

La couche européenne : directive CSRD

Adoptée le 14 décembre 2022, la directive (UE) 2022/2464 dite CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) ajoute une couche bien plus exigeante. Elle remplace la NFRD et s'applique en cascade :

  • 2024 (rapport 2025) : grandes entreprises déjà soumises à la NFRD (≥ 500 salariés cotés)
  • 2025 (rapport 2026) : toutes les grandes entreprises (≥ 250 salariés, 50 M€ CA ou 25 M€ bilan)
  • 2026 (rapport 2027) : PME cotées (avec report possible jusqu'en 2028)
  • 2028 : entreprises hors UE réalisant ≥ 150 M€ de CA dans l'Union

Le reporting se fait selon les ESRS (European Sustainability Reporting Standards). La norme ESRS E1 impose la publication des trois scopes, d'un plan de transition aligné 1,5 °C et des risques climatiques physiques et de transition.

Les méthodes de référence

Deux méthodologies coexistent et convergent largement :

Bilan Carbone® ADEME / ABC

Méthode française développée par l'ADEME puis reprise par l'Association Bilan Carbone (ABC). Version courante : v8.7. Adossée à la Base Empreinte (anciennement Base Carbone) pour les facteurs d'émission.

GHG Protocol

Standard international du World Resources Institute et du WBCSD. Composé du Corporate Standard, du Scope 2 Guidance et du Scope 3 Standard. Norme alignée avec ISO 14064-1:2018.

Sources : Code de l'environnement, Art. L. 229-25 et R. 229-50 ; décret n° 2022-982 du 1er juillet 2022 ; directive (UE) 2022/2464 (CSRD) ; ESRS E1 (règlement délégué (UE) 2023/2772) ; ADEME, méthode Bilan Carbone® v8.7 ; GHG Protocol Corporate Standard ; ISO 14064-1:2018.

2. Scope 1 — Émissions directes de l'industriel

Le scope 1 regroupe toutes les émissions de GES qui sortent physiquement des installations contrôlées par l'organisation. C'est le périmètre le plus visible, le plus simple à mesurer — et historiquement le seul exigé jusqu'aux années 2010.

Quatre grandes familles le composent : combustion stationnaire (chaudières, fours), combustion mobile (véhicules détenus), émissions fugitives (fluides frigorigènes, SF6) et émissions de procédés (réactions chimiques).

Les quatre sources types du scope 1

Famille Exemples industriels Gaz dominant
Combustion stationnaire Chaudières gaz/fioul, fours, sécheurs, groupes électrogènes de site CO₂
Combustion mobile Flotte camions, chariots élévateurs thermiques, engins de chantier CO₂, N₂O
Fuites de procédés Fluides frigorigènes (R410A, R134a), SF6 des postes haute tension, méthane fugitif gaz/pétrole HFC, SF6, CH₄
Émissions de procédés Décarbonatation du calcaire (cimenterie), réduction du minerai (sidérurgie), PFC (électrolyse alu) CO₂, PFC

Trois exemples sectoriels chiffrés

Les industries lourdes concentrent l'essentiel des émissions scope 1 nationales. Quelques ordres de grandeur structurants, issus de la Base Empreinte de l'ADEME et des bilans sectoriels :

  • Sidérurgie filière haut-fourneau : environ 1,8 tCO₂e par tonne d'acier brut, dont la quasi-totalité en scope 1 (réduction du minerai au coke). La filière électrique (four à arc) tombe à 0,3-0,4 tCO₂e/t mais déplace l'émission vers le scope 2.
  • Cimenterie : 600 à 800 kg CO₂e par tonne de ciment. Les deux tiers proviennent de la décarbonatation du calcaire (CaCO₃ → CaO + CO₂), un tiers de la combustion du four. C'est typiquement une émission de procédé inévitable sans capture du CO₂.
  • Aluminium primaire : environ 1,7 tCO₂e directes par tonne d'aluminium (réaction de l'anode carbone + PFC), avant prise en compte de l'électricité de l'électrolyse (scope 2 majeur).

Sources : ADEME, Base Empreinte (facteurs d'émission 2024) ; World Steel Association, Sustainability Indicators 2023 ; Global Cement and Concrete Association, GNR Database ; International Aluminium Institute, Life Cycle Inventory 2022 ; GIEC AR5, PRG des fluides frigorigènes.

3. Scope 2 — Émissions liées à l'énergie achetée

Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à la consommation d'énergie produite à l'extérieur du site mais consommée à l'intérieur : électricité, vapeur, chaleur ou froid achetés sur un réseau.

Physiquement, ces émissions ne sortent pas de l'usine — elles sortent de la centrale du fournisseur. Mais comme la décision d'achat appartient à l'industriel, le GHG Protocol et la norme ISO 14064 les lui imputent.

Location-based vs market-based : la double comptabilité obligatoire

Depuis le Scope 2 Guidance du GHG Protocol (2015), les organisations doivent publier deux chiffres de scope 2 :

Location-based

Utilise le mix électrique moyen de la zone géographique (réseau national, régional, voire local). Reflète la réalité physique du réseau auquel on est connecté. C'est la méthode historique du Bilan Carbone® français.

Market-based

Utilise le facteur d'émission contractuel (mix du fournisseur, garanties d'origine, PPA renouvelables). Reflète les choix d'achat. Permet de valoriser l'achat d'électricité verte certifiée.

Le poids du mix-pays

Le facteur d'émission de l'électricité varie d'un facteur 10 à 15 selon le pays, à cause de la part du charbon, du gaz, du nucléaire et des renouvelables. Quelques valeurs location-based typiques (méthode ADEME / AIE 2023) :

  • France : environ 57 gCO₂e/kWh (mix dominé par le nucléaire, source ADEME Base Empreinte)
  • Suède : ~13 gCO₂e/kWh (hydraulique + nucléaire)
  • Allemagne : ~340 gCO₂e/kWh (charbon + lignite encore présents)
  • Pologne : ~660-700 gCO₂e/kWh (centrales à charbon majoritaires)
  • Chine : ~530-580 gCO₂e/kWh (mix mondial pondéré AIE)

Conséquence pratique : une même usine relocalisée de Pologne en France peut voir son scope 2 électrique divisé par plus de 10, sans la moindre action sur l'efficacité énergétique. C'est l'un des leviers de décarbonation les plus puissants pour les industries multi-sites européennes.

Sources : GHG Protocol, Scope 2 Guidance (2015) ; ADEME, Base Empreinte (facteurs électricité 2024) ; Agence internationale de l'énergie (AIE), Emissions Factors 2023 ; règlement délégué (UE) 2023/2772 (ESRS E1).

4. Scope 3 — Les 15 catégories indirectes amont/aval

Le scope 3 couvre toutes les émissions indirectes autres que celles du scope 2. C'est le périmètre le plus vaste, le plus complexe à mesurer — et celui qui concentre, dans la plupart des industries, l'essentiel de l'empreinte réelle.

Selon les secteurs étudiés par le CDP (Carbon Disclosure Project) et la SBTi, le scope 3 représente en moyenne 70 à 95 % des émissions totales d'une entreprise industrielle. Pour une marque automobile, l'usage des véhicules sur 15 ans pèse souvent plus de 80 % du bilan ; pour l'agroalimentaire, les matières premières agricoles dominent.

Les 15 catégories du Scope 3 Standard

Le Scope 3 Standard du GHG Protocol (2011, dernière révision 2013) découpe les émissions indirectes en 8 catégories amont (liées à ce qu'on achète et fait entrer dans l'organisation) et 7 catégories aval (liées à ce qu'on vend, transporte, abandonne en aval).

Amont (8 catégories)

  • 1. Achats de biens et services
  • 2. Biens d'équipement (immobilisations)
  • 3. Émissions liées à l'énergie (hors scope 1 et 2)
  • 4. Transport amont et distribution
  • 5. Déchets générés en exploitation
  • 6. Déplacements professionnels
  • 7. Trajets domicile-travail des salariés
  • 8. Actifs en leasing amont

Aval (7 catégories)

  • 9. Transport aval et distribution
  • 10. Transformation des produits vendus
  • 11. Utilisation des produits vendus
  • 12. Fin de vie des produits vendus
  • 13. Actifs en leasing aval
  • 14. Franchises
  • 15. Investissements

Répartition typique des scopes par secteur

La part relative des scopes varie fortement selon l'industrie. Un constructeur automobile a un scope 3 monstrueux à cause de la phase d'usage (catégorie 11) ; une cimenterie reste dominée par son scope 1 (décarbonatation) ; un retailer textile est presque intégralement scope 3 (catégorie 1, achats).

Répartition indicative scopes 1 / 2 / 3 par secteur, en % de l'empreinte totale. Ordres de grandeur convergents issus des bilans sectoriels CDP, SBTi et ADEME (chiffres arrondis, varient selon le périmètre d'entreprise).

Sources : GHG Protocol, Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard ; CDP, Global Supply Chain Report 2023 ; SBTi, Corporate Net-Zero Standard v1.2 ; ADEME, méthode Bilan Carbone® v8.7.

5. Construire un Bilan Carbone en pratique : la méthode

Méthodologiquement, un Bilan Carbone industriel se construit en cinq étapes. C'est vrai aussi bien pour la méthode ADEME que pour le GHG Protocol Corporate Standard.

Les 5 étapes de la méthode

1Définition du périmètre

Périmètre organisationnel selon trois approches au choix (GHG Protocol) : contrôle financier, contrôle opérationnel, equity share. Définir aussi le périmètre opérationnel (scopes inclus, exclusions justifiées).

2Collecte des données d'activité

Kilowattheures consommés, litres de carburant, tonnes achetées, kilomètres parcourus, tonnes de déchets, etc. C'est l'étape la plus chronophage — 60 à 70 % du temps d'un BEGES.

3Choix des facteurs d'émission

Issus principalement de la Base Empreinte ADEME en France, complétée par Ecoinvent, AIB ou les facteurs spécifiques fournisseurs (PEP, FDES, EPD).

4Calcul

Donnée d'activité × facteur d'émission = émission en kgCO₂e. Application des PRG à 100 ans (GIEC AR5 ou AR6 selon la méthode). Agrégation par scope et par poste.

5Restitution et plan d'action

Rapport public sur la plateforme Bilans GES de l'ADEME, plan de réduction des émissions, intégration au reporting CSRD si applicable.

Itération

Mise à jour quadriennale (BEGES) ou annuelle (CSRD). Suivi des trajectoires SBTi si engagement pris.

Outils et logiciels du marché

L'écosystème s'est densifié depuis 2020. Sans recommandation commerciale, voici les acteurs structurants :

  • Bilan Carbone+ (ABC) : outil tableur historique, version v8.7, gratuit pour les adhérents ABC, exhaustif sur la méthodologie française.
  • Plateformes SaaS spécialisées : Sweep, Carbo, Greenly, Sami, Plan A, Persefoni, Watershed — automatisation collecte, connecteurs ERP, suivi trajectoire.
  • Modules ERP : SAP Sustainability Control Tower, Microsoft Sustainability Manager, Oracle Sustainability — intégrés aux flux financiers et logistiques existants.
  • Référentiels normatifs : ISO 14064-1:2018 (vérification), TCFD (recommandations financières), Climate Disclosure Standards Board (intégré au cadre IFRS S2 depuis 2024).

Sources : ADEME, Méthode pour la réalisation des bilans d'émissions de gaz à effet de serre v5 ; ABC, Bilan Carbone® v8.7 — Guide méthodologique ; GHG Protocol Corporate Standard (révision 2015) ; ISO 14064-1:2018 ; IFRS S2 (Climate-related Disclosures).

6. Du bilan à l'action : SBTi, plan de transition et métiers émergents

Un Bilan Carbone n'a de sens que s'il alimente une trajectoire de réduction. Mesurer pour mesurer reste, du point de vue climatique, un exercice stérile. Plusieurs cadres structurent désormais le passage à l'action.

SBTi : ancrer la cible sur la science

La Science Based Targets initiative (SBTi), portée par le CDP, le WRI, le WWF et le Pacte mondial des Nations Unies, valide les engagements climat des entreprises au regard d'une trajectoire compatible 1,5 °C.

Concrètement, une entreprise s'engage à publier une cible scope 1+2 (souvent −42 % d'ici 2030 par rapport à une année de référence) et une cible scope 3 (souvent une réduction d'intensité ou d'engagement des fournisseurs). Le Corporate Net-Zero Standard v1.2 (mars 2024) exige une trajectoire vers le zéro émission nette à 2050, avec a minima 90 % de réduction sur l'ensemble des scopes.

Le plan de transition CSRD (ESRS E1)

L'ESRS E1 impose un plan de transition climat détaillé : actions concrètes, investissements (CapEx alignés taxonomie), trajectoire, gouvernance, ressources humaines mobilisées. Ce plan doit être audité par un commissaire aux comptes ou un OTI (Organisme Tiers Indépendant) certifié.

Leviers de décarbonation prioritaires par scope

Scope Leviers d'action industriels
Scope 1 Électrification des procédés (fours à induction, pompes à chaleur haute température), passage à l'hydrogène bas-carbone (sidérurgie DRI-H2), captage-stockage CO₂ (cimenterie), bascule des flottes véhicules en électrique ou bio-GNV, traque des fuites frigorigènes.
Scope 2 Contrats d'achat d'électricité renouvelable (PPA), autoproduction photovoltaïque, efficacité énergétique (isolation, récupération de chaleur fatale), pilotage par sous-comptage et ISO 50001.
Scope 3 Écoconception des produits, sélection de fournisseurs bas-carbone, allongement durée de vie / réparabilité, report modal du fret (route → rail / fluvial), engagement des fournisseurs sur trajectoires SBTi (catégorie 1 surtout).

Les nouveaux métiers du carbone industriel

La massification réglementaire (BEGES + CSRD + SBTi) tire une nouvelle filière de métiers QHSE-RSE en plein essor :

  • Chargé(e) RSE / Carbone : profil junior à intermédiaire, fourchette de rémunération brute annuelle observée de l'ordre de 38 000 à 55 000 € selon expérience et taille d'entreprise (sources : baromètres APEC, ORSE, JobTeaser).
  • Responsable Décarbonation / Directeur(rice) Climat : profil expérimenté avec mandat transversal, fourchette de 60 000 à 95 000 €+ dans les grandes entreprises industrielles.
  • Auditeur Bilan Carbone certifié ABC : profil consultant senior, souvent en cabinet, mission de vérification et accompagnement méthodologique.
  • Data analyst carbone : profil hybride QHSE / data, en charge de la collecte automatisée et de la qualité des données scope 3.

Sources : SBTi, Corporate Net-Zero Standard v1.2 (mars 2024) ; règlement délégué (UE) 2023/2772 (ESRS E1) ; ADEME, Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) ; APEC, Baromètre des métiers de la RSE 2024 ; ABC, référentiel de formation Bilan Carbone®.

Conclusion : trois scopes, un seul enjeu de pilotage

Le découpage scope 1 / 2 / 3 n'est pas une coquetterie comptable. Il structure la responsabilité, oriente les leviers d'action et conditionne l'auditabilité du reporting climat — désormais opposable financièrement via la CSRD.

Pour la plupart des industries, le scope 3 reste la zone d'angle mort : 70 à 95 % de l'empreinte, mais aussi 70 à 95 % de l'incertitude. C'est pourtant là que se joue la décarbonation profonde de l'économie, via les choix de matières premières, l'écoconception et l'engagement des fournisseurs.

Les entreprises qui maîtriseront leur Bilan Carbone d'ici 2027 — dernière fenêtre avant la pleine application CSRD aux PME cotées — sécuriseront à la fois leur conformité réglementaire, leur accès aux financements alignés taxonomie, et leur capacité à recruter des profils de plus en plus attentifs à l'alignement climatique de leur employeur.

Sources & Références :

  • • Code de l'environnement (Art. L. 229-25, R. 229-50)
  • • Directive (UE) 2022/2464 (CSRD)
  • • Règlement délégué (UE) 2023/2772 (ESRS E1)
  • • ADEME, Méthode Bilan Carbone® v8.7
  • • ADEME, Base Empreinte
  • • GHG Protocol (Corporate, Scope 2, Scope 3 Standards)
  • • ISO 14064-1:2018
  • • SBTi, Corporate Net-Zero Standard v1.2
  • • CDP, Global Supply Chain Report 2023
  • • AIE, Emissions Factors 2023
  • • Carbon Trust, méthodologies sectorielles