« Combien de jours d'arrêt vais-je avoir ? » C'est l'une des questions les plus fréquemment tapées sur Google chaque semaine en France, juste après une consultation médicale ou avant un rendez-vous chez le généraliste.

Et la réponse honnête est : il n'existe pas de durée unique. La Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) publie depuis plusieurs années des référentiels indicatifs de durée d'arrêt par pathologie, fondés sur des consensus médicaux et la pratique habituelle des médecins-conseils. Ces référentiels servent de boussole — ni minimum, ni maximum — au médecin qui prescrit l'arrêt.

Ce guide synthétise tout ce qu'il faut savoir : règles générales du délai de carence, du plafond des 360 jours, des indemnités journalières (IJSS), des affections de longue durée (ALD), du contrôle CPAM, suivi du top 30 des arrêts les plus prescrits avec les durées indicatives et un lien direct vers la fiche détaillée de chacun.

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1. Les règles générales : qui prescrit, comment ça marche

En France, l'arrêt de travail relève d'une décision strictement médicale. C'est le médecin (généraliste, spécialiste, médecin du travail dans certains cas, ou médecin hospitalier) qui apprécie, à partir de l'examen clinique, la nécessité d'un arrêt et sa durée.

L'article L. 321-1 du Code de la sécurité sociale en pose le principe : l'arrêt n'est valable que s'il est justifié médicalement et conforme à l'intérêt de la santé du patient. La CNAM met à disposition de tous les médecins prescripteurs des fiches repères de durée par pathologie, qui guident la prescription en fonction du métier et de la situation du patient.

1.1 Trois durées à distinguer

Notion Définition
Durée prescrite La durée écrite sur l'avis d'arrêt remis au patient. Décidée par le médecin, elle peut être plus courte ou plus longue que les référentiels.
Durée référentielle La durée indicative publiée par la CNAM en fonction du diagnostic et de la nature du poste (sédentaire, manuel léger, manuel lourd).
Durée effective La durée réelle de l'arrêt, qui peut s'allonger via une prolongation ou se raccourcir si le patient se sent prêt à reprendre.

La distinction entre « la durée que je dois avoir » et « la durée que mon médecin me prescrira » est cruciale : les référentiels Ameli sont indicatifs, ils ne sont ni un droit exigible par le patient, ni une limite imposable au médecin.

Sources : Code de la sécurité sociale, Art. L. 321-1 et R. 321-2 ; CNAM — fiches repères durée d'arrêt ; Ameli.fr.

2. Délai de carence, plafond 360 jours, ALD : ce qu'il faut savoir

Trois règles structurantes encadrent la durée de prise en charge financière de l'arrêt maladie. Elles ne déterminent pas la durée prescrite, mais affectent directement votre porte-monnaie.

2.1 Le délai de carence

L'assurance maladie verse les indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) à partir du 4ᵉ jour d'arrêt en cas de maladie non professionnelle (Art. L. 323-1 du Code de la sécurité sociale). Les trois premiers jours, dits de carence, ne sont pas indemnisés par la sécu — ils peuvent l'être par l'employeur via la convention collective ou un accord d'entreprise (subrogation, maintien de salaire).

En cas d'arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle (AT/MP), il n'y a pas de délai de carence : les IJSS sont versées dès le lendemain de l'accident.

2.2 Le plafond de 360 jours sur 3 ans

Pour un arrêt « classique » (hors ALD), le nombre maximum de jours indemnisés par la CPAM est de 360 jours sur une période de 3 ans (Art. R. 323-1 du Code de la sécurité sociale). Ce plafond reset par périodes glissantes — pas par année civile.

Au-delà, le patient bascule, sous conditions, vers le régime des affections de longue durée (ALD), de l'invalidité ou d'une procédure d'inaptitude — autant de situations qui sont à apprécier avec le médecin-conseil et la médecine du travail.

2.3 Les ALD (affections de longue durée)

Pour les pathologies inscrites sur la liste des 30 ALD (cancer, diabète, maladie cardiovasculaire grave, sclérose en plaques, certaines pathologies psychiatriques, etc.), les IJSS peuvent être versées pendant 3 ans, sans le plafond de 360 jours classique. Le médecin traitant établit un protocole de soins en lien avec le médecin-conseil de la CPAM.

Sources : Code de la sécurité sociale, Art. L. 323-1, R. 323-1, L. 324-1 (ALD) ; Ameli.fr — IJSS et ALD ; HAS — guides ALD.

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3. Top 30 des arrêts les plus prescrits — durées indicatives

Voici un panorama des arrêts de travail les plus fréquemment prescrits en France, classés par grandes familles de pathologies. Les durées sont des ordres de grandeur indicatifs issus des référentiels Ameli ; chaque cas est apprécié individuellement par le médecin en fonction du diagnostic, du métier et de l'évolution clinique.

Cliquez sur la pathologie pour accéder à la fiche détaillée, avec la durée par type de poste, les conseils de récupération et les conditions de prolongation.

3.1 ORL et infections respiratoires courantes

Pathologie Durée indicative (poste sédentaire)
Grippe saisonnière5 à 7 jours
Angine3 à 5 jours
Bronchite aiguë5 à 8 jours
Sinusite3 à 7 jours
Otite moyenne aiguë3 à 5 jours
COVID-19 (forme légère)5 à 7 jours
Pneumonie14 à 21 jours

3.2 Troubles digestifs

Pathologie Durée indicative (poste sédentaire)
Gastro-entérite aiguë2 à 4 jours
Appendicite (cœlioscopie)14 à 21 jours
Cholécystectomie14 à 28 jours
Colique néphrétique3 à 5 jours

3.3 Troubles musculo-squelettiques (TMS)

Pathologie Durée indicative (poste sédentaire)
Lombalgie commune3 à 7 jours
Sciatique14 à 28 jours
Hernie discale21 à 42 jours
Cervicalgie3 à 7 jours
Entorse de cheville7 à 21 jours
Entorse du genou14 à 28 jours
Tendinite de l'épaule14 à 28 jours
Canal carpien (chirurgie)14 à 28 jours
Fracture du poignet30 à 60 jours
Fracture de la cheville45 à 90 jours

3.4 Santé mentale

Pathologie Durée indicative (poste sédentaire)
Burn-out21 à 90 jours selon sévérité
Dépression modérée28 à 60 jours
Dépression sévère60 à 180 jours
Anxiété généralisée14 à 42 jours

3.5 Autres pathologies fréquentes

Pathologie Durée indicative (poste sédentaire)
Migraine1 à 3 jours par crise
Cystite0 à 3 jours
Conjonctivite2 à 5 jours
Césarienne~ 8 semaines (post-partum)
Cancer (chimiothérapie)Variable, ALD systématique

Sources : CNAM — fiches repères durée d'arrêt ; Ameli.fr ; Haute Autorité de Santé — guides parcours de soins ; INRS — TMS et arrêts de travail.

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4. Indemnités journalières et compléments de l'employeur

Pendant un arrêt maladie, le salarié peut percevoir jusqu'à trois sources de revenus, qui s'articulent et se complètent.

4.1 Les indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS)

L'IJSS représente 50 % du salaire journalier de base, calculé à partir des trois derniers mois de salaire (ou douze derniers mois en cas d'activité saisonnière), dans la limite d'un plafond. Les IJSS sont versées à partir du 4ᵉ jour en maladie classique, ou dès le lendemain en AT/MP.

4.2 Le complément employeur (Code du travail, Art. L. 1226-1)

Sous conditions d'ancienneté (un an minimum dans l'entreprise pour le maintien de salaire légal), l'employeur verse un complément aux IJSS, de telle sorte que le salarié perçoive un pourcentage de son salaire brut. La durée et le pourcentage exact dépendent de l'ancienneté et de la convention collective applicable.

4.3 La prévoyance d'entreprise

De nombreux contrats de prévoyance complètent encore les IJSS et le maintien de salaire légal. Vérifier sa convention collective et son contrat de prévoyance permet d'avoir une idée précise du net réellement perçu en cas d'arrêt long.

Sources : Code du travail, Art. L. 1226-1 et suivants ; Code de la sécurité sociale, Art. L. 323-4 ; Ameli.fr — calcul des IJSS ; conventions collectives de branche.

5. Contrôle, contre-visite, prolongation

Plusieurs procédures de contrôle peuvent intervenir pendant un arrêt maladie, à l'initiative de la CPAM ou de l'employeur. Connaître leur cadre évite les mauvaises surprises.

5.1 Le contrôle par le médecin-conseil de la CPAM

L'assurance maladie peut, à tout moment, convoquer l'assuré pour un examen par son médecin-conseil. Si celui-ci estime l'arrêt non justifié, il peut décider de l'arrêt des indemnités à compter de la date qu'il fixe. La décision peut être contestée devant la commission de recours amiable, puis le pôle social du tribunal judiciaire.

5.2 La contre-visite de l'employeur

L'employeur peut, à ses frais, mandater un médecin pour effectuer une contre-visite au domicile du salarié pendant ses heures de présence obligatoire (généralement 9 h - 11 h et 14 h - 16 h sauf dérogation). Si le médecin contrôleur estime l'arrêt injustifié ou ne peut pas effectuer la visite (absence non autorisée), l'employeur peut suspendre le complément de salaire conventionnel.

5.3 La prolongation de l'arrêt

La prolongation est en principe prescrite par le même médecin qui a délivré l'arrêt initial, ou par le médecin traitant si l'arrêt initial a été émis par un autre médecin (urgences, spécialiste, hôpital). Toute prolongation par un autre médecin doit être justifiée par l'impossibilité de joindre le prescripteur initial — sans quoi la CPAM peut refuser sa prise en charge.

Sources : Code de la sécurité sociale, Art. L. 315-1 (médecin-conseil) ; Code du travail, Art. L. 1226-1 (contre-visite) ; Ameli.fr ; Cass. soc., jurisprudence régulière sur la contre-visite patronale.

6. Vos droits pendant l'arrêt

Au-delà des indemnités, l'arrêt maladie ouvre plusieurs droits qui sont régulièrement méconnus. Trois points méritent d'être rappelés en 2026.

Acquisition de congés payés

Depuis la loi du 22 avril 2024, un arrêt maladie d''origine non professionnelle ouvre droit à des congés payés (24 jours ouvrables/an minimum), aligné sur la jurisprudence de la CJUE. Voir notre dossier dédié.

Protection contre le licenciement

Le licenciement motivé par l''état de santé est interdit (Art. L. 1132-1 du Code du travail). En cas d''arrêt prolongé, des règles spécifiques encadrent la procédure d''inaptitude et le reclassement.

Visite de reprise

Après un arrêt de plus de 60 jours (maladie ou AT), une visite médicale de reprise auprès du médecin du travail est obligatoire avant le retour au poste (Art. R. 4624-31).

Reprise progressive (temps partiel thérapeutique)

Le temps partiel thérapeutique permet une reprise progressive avec maintien partiel des IJSS, sur avis du médecin et accord de l''employeur (Art. L. 323-3).

Pour toute situation individuelle, le bon réflexe consiste à se rapprocher de son médecin traitant, du médecin du travail, et — en cas de difficulté avec l'employeur ou la CPAM — d'un conseiller défenseur des salariés ou d'une organisation syndicale.

Sources : Code du travail, Art. L. 1132-1, L. 1226-7, L. 3141-19-1 et suivants, R. 4624-31 ; Code de la sécurité sociale, Art. L. 323-3 ; Ameli.fr ; service-public.fr ; loi n° 2024-364 du 22 avril 2024.

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Conclusion : un cadre clair, des durées qui restent médicales

La question « combien de jours d'arrêt ai-je le droit ? » n'admet pas de réponse universelle. La durée prescrite reste une décision médicale individualisée, guidée par les référentiels Ameli mais ajustée à la situation clinique de chacun et au type de poste occupé.

Côté salarié, l'essentiel est de connaître ses droits — indemnités journalières, maintien de salaire conventionnel, prévoyance, protection contre le licenciement, acquisition de congés payés depuis la loi du 22 avril 2024 — et de respecter scrupuleusement les obligations administratives (transmission de l'arrêt sous 48 h, présence aux heures obligatoires, prolongation par le médecin prescripteur). Le reste, c'est la médecine qui le décide.

Sources & Références :

  • • Code de la sécurité sociale, Art. L. 315-1, L. 321-1, L. 323-1 à L. 323-4, L. 324-1, R. 321-2, R. 323-1
  • • Code du travail, Art. L. 1132-1, L. 1226-1, L. 1226-7, L. 3141-19-1 et suivants, R. 4624-31
  • • Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 (DDADUE)
  • • CNAM — fiches repères durée d'arrêt
  • • Ameli.fr — IJSS, ALD, contrôles et procédures
  • • Haute Autorité de Santé (HAS) — guides parcours de soins
  • • INRS — troubles musculo-squelettiques (TMS)
  • • Service-public.fr — fiches arrêt maladie
  • • Conventions collectives de branche