Vous travaillez dans la sécurité privée ? Vous y postulez ? Vous voulez savoir combien vous toucherez réellement selon votre coefficient, vos qualifications et vos primes ? La convention collective des entreprises de prévention et de sécurité (IDCC 1351) répond à toutes ces questions, mais sa grille tarifaire — actualisée presque chaque année par avenant — reste mal connue, y compris par les agents qu'\elle protège.
Le secteur emploie plusieurs centaines de milliers de salariés en France, sur des fonctions très variées : agent de sécurité en magasin, SSIAP incendie en immeuble de grande hauteur, cynophile, rondier-intervenant, chef d'\équipe, cadre opérationnel. Tous ne touchent pas la même chose, et les écarts liés aux qualifications, aux primes et aux horaires peuvent atteindre plusieurs centaines d'\euros par mois.
Ce guide pratique 2026 explique la grille de classification, les coefficients, les salaires de base, les primes obligatoires et conventionnelles, et les calculs nets concrets pour les principaux profils du secteur.
Important : les chiffres présentés ici sont des ordres de grandeur indicatifs, calés sur les avenants récents de la convention collective. Le dernier avenant tarifaire en vigueur fait foi — vérifier sur Légifrance ou auprès de votre service paie le montant exact applicable à votre entreprise.
1. La convention collective IDCC 1351
La convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité, identifiée sous le numéro IDCC 1351, encadre les conditions de travail et de rémunération des salariés de la sécurité privée en France. Elle a été signée le 15 février 1985 et a été modifiée à de nombreuses reprises par avenants successifs.
1.1 — Qui est concerné ?
La convention s'\applique aux salariés des entreprises dont l'\activité principale relève de la prévention et de la sécurité privée au sens du Livre VI du Code de la sécurité intérieure :
- Surveillance humaine et gardiennage de biens meubles et immeubles ;
- Sécurité incendie et assistance à personnes (SSIAP) ;
- Télésurveillance et téléassistance ;
- Vidéosurveillance ;
- Sécurité cynophile (avec chien de défense) ;
- Sécurité événementielle.
À noter : la convention ne couvre pas certaines activités voisines régies par d'\autres conventions collectives, notamment le transport de fonds (convention spécifique IDCC 1424) et la sécurité aéroportuaire (convention spécifique).
1.2 — La carte professionnelle CNAPS
Avant tout début d'\activité dans la sécurité privée, le salarié doit obtenir une carte professionnelle délivrée par le CNAPS (Conseil National des Activités Privées de Sécurité), suivant les conditions du Livre VI du Code de la sécurité intérieure. La carte est nominative, valable 5 ans, et exige :
- Un casier judiciaire vierge compatible avec l'\activité ;
- Une aptitude professionnelle attestée par diplôme ou formation préalable (CQP APS, TFP APS, CAP Agent de prévention et de sécurité) ;
- Une aptitude médicale ;
- Une connaissance de la langue française suffisante.
Sans carte CNAPS valide, l'\exercice de la profession est strictement interdit et passible de sanctions pénales pour le salarié et pour l'\employeur.
2. La grille de classification : coefficients et niveaux
La grille de classification de la convention 1351 organise les salariés en trois catégories : Agent d'\Exploitation (AE), Agent de Maîtrise (AM) et Cadre. Au sein de chaque catégorie, plusieurs niveaux et échelons existent, traduits par des coefficients.
2.1 — Catégorie Agent d'\Exploitation (AE)
C'\est la catégorie la plus large, couvrant la majorité des agents opérationnels. Elle est subdivisée en cinq niveaux (I à V), chacun pouvant comporter plusieurs échelons.
| Niveau | Coefficient | Profil typique |
|---|---|---|
| AE 1 — Niveau I | 120 | Agent de service débutant, sans qualification spécifique. Postes simples (gardiennage statique, accueil). |
| AE 2 — Niveau I | 130 | Agent de service avec un peu d'\expérience. |
| AE 3 — Niveau II | 140 | Agent qualifié titulaire du SSIAP 1 ou équivalent. Sécurité incendie de base. |
| AE 3 — Niveau III | 150 | Agent confirmé, titulaire de qualifications complémentaires (SSIAP 1 + plusieurs années). |
| AE 4 — Niveau III | 160 | Agent cynophile, agent SSIAP 2 ou rondier-intervenant qualifié. |
| AE 4 — Niveau IV | 170 | Agent expert, double qualification, postes sensibles (sites SEVESO, IGH, défense). |
| AE 5 — Niveau V | 175 | Agent maître, plus haut niveau de qualification dans la catégorie AE. |
2.2 — Catégorie Agent de Maîtrise (AM)
| Niveau | Coefficient | Profil typique |
|---|---|---|
| AM — Niveau V | 200 | Chef d'\équipe, responsable d'\un poste de sécurité, encadrement opérationnel. |
| AM — Niveau VI | 210 | Chef de site, responsable d'\un site complet, encadrement de plusieurs équipes. |
| AM — Niveau VII | 220 | Chef de secteur, supervision multi-sites. |
2.3 — Catégorie Cadre
Pour les fonctions de management opérationnel et d'\encadrement supérieur (responsable d'\agence, directeur d'\exploitation, directeur commercial). Coefficients à partir de 240 et au-delà, avec une grille spécifique des cadres avec mentions de positions.
2.4 — Le passage d'\un coefficient à l'\autre
Le coefficient évolue selon trois critères principaux :
- L'ancienneté dans l'\entreprise et dans la profession ;
- L'obtention de qualifications nouvelles (SSIAP, cynophile, conducteur de chien, rondier-intervenant) ;
- La nature du poste occupé (sites sensibles, postes à responsabilité, encadrement).
3. Salaires de base par coefficient en 2026
Les salaires minima conventionnels sont fixés par avenant tarifaire, généralement annuel. Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur indicatifs calés sur les avenants récents 2024-2025, à confirmer par le dernier avenant en vigueur. Tous les salaires inférieurs au SMIC sont automatiquement remontés au niveau du SMIC.
Salaires bruts mensuels indicatifs par coefficient pour un temps plein (151,67 heures). Les valeurs effectives dépendent du dernier avenant tarifaire en vigueur.
3.1 — Tableau récapitulatif
| Coefficient | Profil | Salaire brut mensuel indicatif |
|---|---|---|
| 120 | AE débutant | SMIC (~ 1 800 €) |
| 130 | AE 2 | SMIC ou très légèrement supérieur |
| 140 | AE 3 SSIAP 1 | ~ 1 830 – 1 870 € |
| 150 | AE 3 confirmé | ~ 1 870 – 1 920 € |
| 160 | AE 4 cynophile / SSIAP 2 | ~ 1 920 – 1 980 € |
| 170 | AE 4 expert | ~ 1 980 – 2 060 € |
| 175 | AE 5 maître | ~ 2 060 – 2 150 € |
| 200 | AM chef d'\équipe | ~ 2 200 – 2 400 € |
| 210 | AM chef de site | ~ 2 400 – 2 600 € |
| 220+ | AM chef de secteur | ~ 2 600 – 2 900 € |
| 240+ | Cadre | 2 700 € et plus selon grille cadre |
3.2 — La règle du SMIC mensuel
Une particularité historique du secteur : la plupart des coefficients de base de la grille AE sont sous le SMIC. Concrètement, un agent au coefficient 120 ou 130 perçoit le SMIC mensuel (qui était de 1 801,80 € brut au 1ᵉʳ janvier 2025, et est susceptible d'\avoir été revalorisé en 2026 selon l'\inflation et les décisions gouvernementales). Les écarts conventionnels n'\apparaissent qu'\à partir des coefficients 140-150.
Cette structure pénalise les agents les plus anciens à faibles qualifications, qui sont rapidement « rattrapés » par les nouveaux entrants au SMIC. Les organisations syndicales militent régulièrement pour un relèvement substantiel des coefficients de base, notamment en lien avec les revalorisations du SMIC.
3.3 — Le temps plein et le temps partiel
Le secteur de la sécurité privée comporte une part significative de temps partiel (notamment en surveillance événementielle). Les salaires sont alors proratisés : un agent à 120 h/mois (au lieu des 151,67 h du temps plein) percevra environ 79 % du salaire de référence. Les heures complémentaires (au-delà du temps partiel contractuel) sont majorées selon les règles légales.
4. Les primes obligatoires et conventionnelles
Au-delà du salaire de base, l'\agent de sécurité bénéficie de plusieurs primes et compléments qui peuvent représenter plusieurs centaines d'\euros par mois. C'\est l'\un des secteurs où la rémunération réelle dépend fortement des conditions horaires.
4.1 — Majoration de nuit (21h - 6h)
Les heures effectuées entre 21h et 6h font l'\objet d'\une majoration conventionnelle, typiquement de l'\ordre de +10 % du taux horaire de base. Pour un agent travaillant de nuit en 12h (par exemple 19h-7h), une part substantielle des heures est majorée.
Exemple : agent au coefficient 140 (taux horaire de base ~12,15 €), poste de 19h à 7h soit 12 heures.
Heures de nuit majorées (21h à 6h) : 9 heures à +10 % = + 1,22 € × 9 = + 10,98 € par poste.
Sur un cycle de 15 nuits / mois : ~ 165 € de primes de nuit en plus du salaire de base.
4.2 — Majoration du dimanche
Les heures effectuées le dimanche sont majorées de +20 % du taux horaire conventionnel (dispositions de la convention IDCC 1351). Cette majoration se cumule avec la majoration de nuit si l'\heure tombe à la fois le dimanche et la nuit.
4.3 — Jours fériés travaillés
Les jours fériés travaillés ouvrent droit à une majoration de +100 % (paiement double). Sur un agent qui travaille typiquement 4 à 6 jours fériés par an, la prime annuelle représente plusieurs centaines d'\euros.
4.4 — Prime de panier
Pour les postes dépassant un certain seuil d'\heures (typiquement 6 ou 8 heures consécutives selon les accords), une indemnité de panier est due. Le montant tourne entre 5 et 7 € par poste, en complément de la rémunération de base. Cette indemnité est exonérée de cotisations sociales dans la limite des barèmes URSSAF.
4.5 — Prime d'\habillage et de déshabillage
Le port d'\un uniforme imposé par l'\employeur ouvre droit à une contrepartie au temps d'\habillage/déshabillage. Selon les accords, cette contrepartie est versée sous forme d'\un forfait mensuel ou d'\une prime par poste, typiquement quelques euros par poste.
4.6 — Primes de qualification
- Prime cynophile : pour l'\agent qui travaille avec son propre chien, indemnité forfaitaire mensuelle (couvrant nourriture, vétérinaire, entretien) typiquement comprise entre 50 et 100 € selon les conventions internes ;
- Prime SSIAP : certaines entreprises versent une prime supplémentaire aux agents disposant des qualifications SSIAP 1, 2 ou 3, en plus du coefficient correspondant ;
- Prime de site sensible : pour les postes en sites SEVESO, IGH, nucléaire ou défense, prime spécifique selon l'\accord d'\entreprise ;
- Prime d'\ancienneté : le secteur prévoit historiquement une prime d'\ancienneté progressive après quelques années dans la branche.
4.7 — Heures supplémentaires
Au-delà de la durée légale (35h/semaine pour un temps plein), les heures supplémentaires sont majorées selon le droit commun :
- +25 % pour les 8 premières heures supplémentaires (de la 36ᵉ à la 43ᵉ) ;
- +50 % pour les heures suivantes (à partir de la 44ᵉ).
Ces majorations sont parfois remplacées totalement ou partiellement par du repos compensateur de remplacement, selon l'\accord d'\entreprise applicable.
5. Cas pratiques : combien tu touches au juste ?
Mettons les chiffres en pratique avec quatre profils typiques. Les calculs sont indicatifs, sur la base d'\un avenant récent et hors prélèvements à la source. Le net se déduit du brut par application des cotisations salariales (~22 % en moyenne dans la sécurité privée).
5.1 — Cas n°1 : agent débutant en magasin (jour)
Profil : AE 1 niveau I, coefficient 120, temps plein 151,67 h/mois, en magasin de 9h à 19h.
Salaire de base : SMIC mensuel ≈ 1 800 € brut.
Primes : indemnité de panier (~6 €/poste × 22 postes) ≈ 130 €/mois.
Total brut mensuel typique : ~ 1 930 €.
Net estimé : ~ 1 500 € (avant impôt sur le revenu)
5.2 — Cas n°2 : agent SSIAP 1 en cycle nuit + dimanches
Profil : AE 3 niveau II, coefficient 140, SSIAP 1, vacations 19h-7h, 15 postes/mois dont 3 dimanches.
Salaire de base : ~ 1 850 € brut.
Majoration nuit (9 h × 15 postes × 10 % du taux horaire ~12,20 €) : ~ 165 €.
Majoration dimanche (12 h × 3 dimanches × 20 % du taux horaire) : ~ 88 €.
Primes panier (~6 €/poste × 15 postes) : ~ 90 €.
Total brut mensuel typique : ~ 2 195 €.
Net estimé : ~ 1 710 €
5.3 — Cas n°3 : agent cynophile rondier-intervenant
Profil : AE 4 niveau III, coefficient 160, agent cynophile en patrouille mixte jour/nuit, 18 postes/mois dont 9 nuits et 4 dimanches.
Salaire de base : ~ 1 950 € brut.
Majoration nuit (~9 h × 9 postes × 10 %) : ~ 105 €.
Majoration dimanche (12 h × 4 × 20 %) : ~ 125 €.
Prime cynophile mensuelle : ~ 75 €.
Primes panier (~6 € × 18) : ~ 108 €.
Total brut mensuel typique : ~ 2 363 €.
Net estimé : ~ 1 845 €
5.4 — Cas n°4 : chef d'\équipe SSIAP 2 sur site IGH
Profil : AM coefficient 200, chef d'\équipe SSIAP 2 sur immeuble de grande hauteur, 8 nuits/mois, 2 dimanches, 1 jour férié.
Salaire de base : ~ 2 300 € brut.
Majoration nuit (~9 h × 8 × 10 %) : ~ 110 €.
Majoration dimanche (12 h × 2 × 20 %) : ~ 73 €.
Jour férié travaillé (12 h × 100 %) : ~ 182 €.
Primes site sensible et indemnités : ~ 100 €.
Total brut mensuel typique : ~ 2 765 €.
Net estimé : ~ 2 155 €
6. Évolution de carrière et négociation
Bien que parfois vu comme un secteur sans perspective, la sécurité privée offre des trajectoires d'\évolution structurées pour qui sait capitaliser sur les qualifications et l'\ancienneté.
6.1 — Les leviers d'\évolution
- Formations qualifiantes : SSIAP 1 puis 2 puis 3, cynophile, conducteur chien, formation rondier-intervenant, télésurveillance, formation à l'\armement (pour la sécurité armée des transporteurs de fonds — convention différente) ;
- Spécialisation sectorielle : sécurité aéroportuaire, sécurité événementielle, sécurité maritime portuaire, sécurité des sites SEVESO, sécurité des installations nucléaires de base (INB) ;
- Évolution managériale : passage en agent de maîtrise (chef d'\équipe, chef de site, responsable d'\agence) ;
- Reconversion vers la formation : devenir formateur SSIAP ou formateur APS pour les centres de formation agréés.
6.2 — Le passage en cadre
Au-delà du chef de secteur (AM coef 220), les fonctions de responsable d'\agence, directeur d'\exploitation, directeur commercial relèvent de la grille cadre. Le passage en cadre représente typiquement une progression salariale de 30 à 50 % par rapport au statut AM, mais s'\accompagne de responsabilités hiérarchiques et commerciales étendues.
6.3 — Négocier sa rémunération
- Vérifier le coefficient appliqué sur le bulletin de paie et le comparer avec son poste réel (un SSIAP 1 affecté en sécurité incendie doit être au minimum coef 140) ;
- Identifier les majorations dues et les comparer au plannings effectifs (heures de nuit, dimanches, fériés) ;
- Demander un entretien professionnel annuel et formaliser ses demandes par écrit (mail au manager avec copie au service paie) ;
- Saisir les élus CSE ou les organisations syndicales (CGT, CFDT, FO Sécurité, SNEPS-CFTC) en cas de désaccord persistant ;
- Action prud'\homale en dernier recours pour obtenir le rattrapage rétroactif (prescription 3 ans) — voir notre guide sur la preuve aux prud'\hommes.
6.4 — Tendances 2026
- Pénurie de main-d'\œuvre qualifiée : la branche peine à recruter, ce qui exerce une pression à la hausse sur les salaires conventionnels ;
- Préparation des Jeux Olympiques 2024 et grands événements a tiré les salaires événementiels en 2024-2025, avec un effet de base qui se prolonge ;
- Concurrence des secteurs voisins (logistique, transport routier, BTP) qui captent une partie des candidats potentiels ;
- Nouvelles missions : cybersécurité, drones, intelligence artificielle de surveillance, qui font émerger de nouveaux profils techniques mieux rémunérés.
Conclusion : un secteur où chaque qualification compte
La grille de la convention 1351 structure les rémunérations de plusieurs centaines de milliers de salariés en France. Si les coefficients de base restent collés au SMIC, la progression dans la grille via les qualifications, les majorations horaires (nuit, dimanche, fériés) et les primes spécifiques permet à un agent expérimenté de gagner significativement plus qu'\un débutant, sans changer d'\employeur.
Pour le salarié, le bon réflexe est de connaître précisément son coefficient, son niveau de qualification, ses droits aux majorations, et de vérifier régulièrement son bulletin de paie. Pour les élus CSE et organisations syndicales, c'\est un terrain de vigilance permanent, particulièrement sur le respect des majorations horaires et de la classification effective. Pour les employeurs, transparence et rigueur paient à long terme — la rétention des agents qualifiés est l'\un des principaux défis du secteur. Bien comprise, la grille 2026 reste un cadre solide qui rémunère les qualifications, l'\engagement et l'\ancienneté.