Quand un salarié est victime d'un accident du travail grave, la question de la faute inexcusable de l'employeur se pose presque systématiquement. Cette qualification ouvre droit à une indemnisation complémentaire majeure pour la victime, à la charge directe de l'entreprise. Pour une chute de hauteur, le contentieux est devenu fréquent.
Cette analyse juridique illustre le mécanisme à partir d'un cas concret de chute de hauteur. Indispensable pour les RH, dirigeants, préventeurs ou avocats en droit du travail/sécurité sociale.
Définition de la faute inexcusable
La faute inexcusable de l'employeur est définie par la jurisprudence (Cass. soc. 28 février 2002 « arrêts amiante ») et codifiée à l'article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale :
Les 2 conditions cumulatives
1Conscience du danger
L employeur avait connaissance ou aurait dû avoir connaissance du danger : DUERP existant, accident antérieur, signalement du CSE, alerte du médecin du travail, accident dans une autre entreprise du secteur.
2Absence de mesures
L employeur n a pas pris les mesures nécessaires pour prévenir le risque : pas de garde-corps, harnais non vérifié, formation insuffisante, EPI non fournis, plan de prévention absent.
Cas particulier des chutes de hauteur
Pour les chutes de hauteur, la faute inexcusable est fréquemment retenue par les tribunaux car :
- Le risque de chute est parfaitement identifiable (statistique : 1re cause d'accidents mortels dans le BTP),
- Les mesures de prévention sont normalisées (article R. 4323-58 et suivants du Code du travail) : garde-corps, filets, EPI antichute,
- L'INRS et l'OPPBTP diffusent gratuitement des recommandations détaillées.
Les conséquences financières pour l'employeur
- Majoration de la rente AT versée par la Sécurité sociale, à la charge de l'employeur (jusqu'à 100 % du salaire),
- Indemnisation des préjudices personnels non couverts par la Sécu : pretium doloris, préjudice esthétique, préjudice d agrément, frais d aménagement du logement…
- Procédure devant le Pôle social du Tribunal Judiciaire (anciennement TASS),
- Indemnités souvent comprises entre 50 000 € et plusieurs centaines de milliers d'euros,
- Sanctions Carsat : majoration du taux de cotisation AT/MP de l entreprise pour plusieurs années,
- Possible poursuite pénale du dirigeant (homicide involontaire, blessures involontaires).
Comment se prémunir ?
- DUERP à jour et complet, avec hiérarchisation des risques,
- Plans de prévention rédigés et signés pour les coactivités,
- Formation pratique et habilitations à jour pour tous les opérateurs concernés,
- EPI conformes, vérifiés annuellement, traçabilité des contrôles,
- Suivi des recommandations du CSE/CSSCT et du médecin du travail,
- Consigner dans le DUERP toute alerte salariée et la réponse apportée.
Pour aller plus loin
- Vidéo : Le DUERP, comment ça marche ? — la pièce maîtresse pour échapper à la présomption.
- Vidéo : Vérifier et porter son harnais (OPPBTP) et Formation travail en hauteur.
- Générateur de DUERP et Portail Sécurité & HSE pour outiller la prévention.
- Toutes nos vidéos Droit du travail & RH.
Source vidéo : undeuxdroit.fr · Références : article L. 452-1 Code de la sécurité sociale, articles L. 4121-1 à L. 4121-5 Code du travail, jurisprudence amiante (Cass. soc. 28 fév. 2002).