Le 8 octobre 2020, un arrêt majeur de la Cour de cassation a fait évoluer la définition de la faute inexcusable de l employeur. Une mise à jour juridique qui change concrètement la charge de la preuve et facilite l action des victimes d accidents du travail. Décryptage d une jurisprudence qui pèse lourd sur la responsabilité des dirigeants.
Cette analyse juridique d undeuxdroit.fr revient sur la nouvelle définition de la faute inexcusable et ses conséquences pratiques. Indispensable pour les RH, dirigeants, juristes en droit social et préventeurs.
L évolution jurisprudentielle
Avant 2002
Faute inexcusable = faute d une « exceptionnelle gravité ». Très difficile à démontrer pour la victime. La quasi-totalité des AT échappaient à cette qualification.
2002 (arrêts amiante)
Cass. soc. 28 février 2002 : l employeur a une obligation de sécurité de résultat. Manquement = faute inexcusable s il avait conscience du danger sans prendre les mesures.
2020 (arrêt 8 octobre 2020)
La Cour de cassation précise et facilite : la conscience du danger s apprécie au regard des informations disponibles à la date de l accident, et la victime n a plus à prouver une « exceptionnelle gravité » de la faute. Présomption renforcée en cas de manquement aux normes de sécurité.
Les conséquences concrètes pour l employeur
- Charge de la preuve allégée pour la victime : il suffit de démontrer le risque connu et l absence de mesures,
- Présomption automatique dans plus de cas : DUERP absent ou non à jour, manquement à une obligation réglementaire identifiée, salarié vulnérable (intérimaire, CDD, jeune),
- Élargissement des préjudices indemnisables : préjudice d agrément, esthétique, sexuel, frais d aménagement du logement,
- Sanctions financières : majoration de la rente AT à 100 % du salaire, indemnisation complémentaire à charge employeur (50 K€ à plusieurs centaines de K€),
- Impact assurance : la majoration de cotisation Carsat peut s appliquer pendant plusieurs années.
Comment l employeur peut-il se défendre ?
- DUERP rigoureusement à jour avec hiérarchisation et plan d actions consultables,
- Plans de prévention rédigés et signés pour toutes les coactivités,
- Formations tracées avec attestations signées (sécurité poste, EPI, gestes & postures),
- EPI conformes, vérifiés annuellement, registre de distribution,
- Suivi des recommandations CSE/CSSCT et du médecin du travail (réponses écrites),
- Procédures écrites pour toutes les opérations à risque,
- Audit interne régulier de conformité aux obligations légales.
Pour aller plus loin
- Vidéo : Faute inexcusable de l employeur — chute de hauteur — cas concret.
- Vidéo : Le DUERP, comment ça marche ? — la pièce maîtresse de la défense.
- Vidéo : 9 principes généraux de prévention.
- Toutes nos vidéos Droit du travail & RH.
Source vidéo : undeuxdroit.fr · Références : Cass. soc. 28 février 2002 (arrêts amiante), Cass. ch. mixte 8 octobre 2020, articles L. 452-1 et L. 4154-3 Code de la sécurité sociale et Code du travail.