Le tableau des tranches
Les quatre réacteurs à eau pressurisée du palier CP0 (880 à 910 MW nets) totalisent 3 580 MW. Tous ont passé leur quatrième visite décennale (VD4), le réexamen qui conditionne l'exploitation au-delà de 40 ans. Bugey 1, de l'ancienne filière graphite-gaz, est arrêté depuis 1994.
Histoire : de l'UNGG aux doyens du parc REP
Implantée à Saint-Vulbas (Ain), en bord de Rhône dans la plaine de l'Ain, à environ 35 km à l'est de Lyon, la centrale du Bugey raconte à elle seule l'histoire du nucléaire français. Tout commence avec Bugey 1, réacteur de 540 MW de la filière nationale uranium naturel-graphite-gaz (UNGG), mis en service en 1972 — dernier représentant de cette technologie avant que la France ne bascule vers les réacteurs à eau pressurisée sous licence américaine. Arrêté définitivement en mai 1994, il est aujourd'hui l'un des grands chantiers de démantèlement d'EDF.
Les quatre réacteurs à eau pressurisée du palier CP0 (Bugey 2 à 5) ont été couplés au réseau en 1978 et 1979, dans la toute première vague du programme électronucléaire lancé après le choc pétrolier de 1973. Depuis l'arrêt de Fessenheim en 2020, Bugey 2 et 3 sont les plus anciens réacteurs de France en exploitation. Particularité visible de loin : seules les tranches 4 et 5 disposent de tours aéroréfrigérantes, les tranches 2 et 3 étant refroidies en circuit ouvert par l'eau du Rhône.
Un pilier électrique de la région lyonnaise
Avec 24,41 TWh produits en 2023, le Bugey couvre une part majeure des besoins électriques d'Auvergne-Rhône-Alpes — de l'ordre de 40 % selon EDF — au cœur d'une des plaines industrielles les plus actives de France (le parc industriel de la Plaine de l'Ain est voisin immédiat). C'est aussi la centrale nucléaire la plus proche d'une grande métropole française, une singularité qui structure les plans d'urgence et le dialogue territorial depuis quarante ans.
VD4 : les doyens prolongés au-delà de 40 ans
Chaque réacteur s'arrête périodiquement pour rechargement et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD). Le Bugey a été aux avant-postes du « grand carénage » : ses quatre réacteurs ont tous passé leur quatrième visite décennale, plusieurs mois d'arrêt chacune, avec les modernisations exigées par l'ASNR pour le fonctionnement au-delà de 40 ans (diesels d'ultime secours, dispositions post-Fukushima, rénovations lourdes). Ces grands arrêts font du site un employeur cyclique majeur pour les entreprises prestataires du nucléaire de toute la vallée du Rhône.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) estime que les installations du Bugey sont « exploitées et maintenues de façon assez satisfaisante », tout en pointant des fragilités persistantes sur la configuration des circuits et la maintenance des matériels. Les essais périodiques progressent depuis 2023 dans le cadre des plans d'amélioration d'EDF, de même que la maîtrise du risque incendie.
En radioprotection, les performances s'améliorent et l'exposition des travailleurs est maîtrisée, l'ASNR restant attentive aux « événements liés à des défauts de port des dosimètres » en zone contrôlée. Côté environnement, les performances progressent malgré des fuites récurrentes de joints de rétention en 2023-2024, à l'origine de rejets non contrôlés sans conséquence pour l'environnement, dont les actions correctives restent suivies par l'autorité.
Le projet EPR2 : la troisième paire
En 2023, le Bugey a été officiellement confirmé comme site de la troisième paire de réacteurs EPR2 du programme de relance (après Penly et Gravelines) : deux unités d'environ 1 670 MW à proximité immédiate de la centrale actuelle. Les étapes :
- 28 janvier – 15 mai 2025 : débat public organisé par la CNDP ;
- 2026 : concertation continue sous l'égide de garants CNDP (réunions publiques dans les communes riveraines) ; dépôt prévu de la demande d'autorisation environnementale et de la déclaration d'utilité publique ;
- Vers 2028 : demande d'autorisation de création (DAC) ;
- Horizon 2042 : mise en service évoquée pour la première unité.
Pour le territoire — plaine de l'Ain, Côtière, agglomération lyonnaise — ce chantier représenterait des milliers d'emplois de construction pendant plus d'une décennie, s'ajoutant au démantèlement de Bugey 1 et à l'exploitation courante : trois vies industrielles superposées sur un même site.
Travailler au Bugey
Le site fait vivre plusieurs milliers de personnes entre agents EDF et salariés d'entreprises prestataires, avec des pics marqués lors des arrêts de tranche. Profils recherchés : conduite et maintenance, robinetterie, soudage et tuyauterie, échafaudage-calorifugeage, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire — et, à terme, tous les métiers du génie civil pour l'EPR2 ainsi que les spécialités rares du démantèlement (découpe, assainissement, gestion des déchets). L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel : voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale du Bugey
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire du Bugey (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- CNDP — Débat public « Construction d'une paire de réacteurs EPR2 sur le site du Bugey » (2025)
- EDF — La centrale nucléaire du Bugey et le projet EPR2
- Préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes — Projet EPR2 au Bugey
- IAEA PRIS — Données réacteurs Bugey 1 à 5 (couplages, puissances)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-24. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.