Le tableau des tranches
Quatre réacteurs à eau pressurisée du palier CP2 (905 MW nets chacun), environ 3 620 MW au total. Les trois réacteurs graphite-gaz historiques (Chinon A1 à A3, 1963-1990) sont arrêtés et en déconstruction — A1, « la Boule », abrite un musée depuis 1986.
1963 : le premier kilowattheure nucléaire d'EDF
Tout le nucléaire civil français descend de ce coin de Touraine. Sur la commune d'Avoine (Indre-et-Loire), à 8 km de Chinon, en rive gauche de la Loire, EDF construit à la fin des années 1950 son premier réacteur électrogène : Chinon A1 (EDF1), de la filière nationale uranium naturel-graphite-gaz (UNGG), enfermé dans une spectaculaire sphère métallique surnommée « la Boule ». Divergence en septembre 1962, premiers kilowattheures livrés au réseau le 14 juin 1963 : l'aventure électronucléaire d'EDF commence là. Suivront A2 (1965-1985) et A3 (1966-1990), chacun plus puissant que le précédent.
Dans les années 1980, le site bascule vers la technologie à eau pressurisée : les quatre réacteurs B1 à B4 du palier CP2 (905 MW nets chacun) sont couplés au réseau entre 1982 et 1987. Avec environ 24 TWh par an, Chinon forme, avec Dampierre, Saint-Laurent et Belleville, le « chapelet ligérien » qui fait de la vallée de la Loire l'une des premières régions nucléaires du monde.
Des tours de 28 mètres pour les châteaux de la Loire
Chinon possède une singularité visible entre toutes : ses tours aéroréfrigérantes sont limitées à 28 mètres de hauteur, contre environ 165 mètres pour les tours classiques. Cette contrainte, imposée pour préserver le paysage du Val de Loire et la proximité des châteaux, a conduit à multiplier les cellules de refroidissement basses à tirage forcé — une configuration unique sur le parc français, qui donne à la centrale sa silhouette horizontale, presque industrielle-agricole, au milieu des vignes du Véron.
La déconstruction des réacteurs A
Les trois réacteurs graphite-gaz de Chinon font partie du programme national de déconstruction des UNGG piloté par EDF — un chantier de très longue haleine, aux côtés de Bugey 1 et de Saint-Laurent A1-A2. Le démantèlement de ces caissons de graphite irradié constitue un défi technique spécifique (volumes importants, déchets de graphite sans filière définitive), qui occupera des équipes spécialisées pendant des décennies. Trois générations de nucléaire cohabitent ainsi sur le même site : les pionniers en déconstruction, les 900 MW en exploitation, et la mémoire du premier kWh dans « la Boule ».
Arrêts de tranche et maintenance
Chaque réacteur B s'arrête périodiquement pour rechargement et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD), le grand réexamen qui conditionne dix ans d'exploitation sous le contrôle de l'ASNR. Le palier CP2 de Chinon suit le programme de quatrièmes visites décennales du 900 MW, engagé sur le parc depuis 2019 (Tricastin en tête de série) : des chantiers de plusieurs mois qui mobilisent des centaines d'intervenants prestataires supplémentaires. Fin d'été 2025, le site a par ailleurs dû gérer un épisode massif de prolifération d'algues dans la Loire, encrassant les filtres de la source froide — une gestion jugée efficace par l'ASNR.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) juge les performances de Chinon « globalement stables » par rapport à 2024 : la conduite des réacteurs et les essais périodiques restent satisfaisants, et la maîtrise du risque incendie progresse, même si la préparation des équipes doit encore s'améliorer.
La radioprotection recule légèrement : les taux de contamination des travailleurs restent parmi les plus bas du parc EDF et le zonage radiologique est maîtrisé, mais l'autorité attend des progrès sur le confinement des matières radioactives et les chantiers de radiographie industrielle, à l'origine d'événements significatifs en 2025. Les performances environnementales sont globalement satisfaisantes (rejets d'effluents liquides bien gérés), avec un retard pointé sur la gestion des déchets — conditions d'entreposage et résorption de déchets de maintenance accumulés, dont l'élimination a été engagée en 2026.
Travailler à Chinon
Avec environ 1 500 personnes au quotidien — agents EDF et prestataires permanents —, le CNPE de Chinon est l'un des premiers employeurs d'Indre-et-Loire, au cœur d'un bassin qui vit du nucléaire depuis plus de soixante ans. Aux métiers de l'exploitation (conduite, maintenance, robinetterie, soudage-tuyauterie, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire) s'ajoutent les compétences rares de la déconstruction UNGG : découpe, assainissement, caractérisation et gestion des déchets. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel — voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale de Chinon
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire de Chinon B (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- EDF — La centrale nucléaire de Chinon et la déconstruction des UNGG
- IAEA PRIS — Données réacteurs Chinon A1-A3 et B1-B4 (couplages, puissances)
- Wikipédia — Centrale nucléaire de Chinon (EDF1 1963, musée « la Boule », tours de 28 m)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.