Le tableau des tranches
Quatre réacteurs à eau pressurisée du palier P4' (1 300 MW chacun), 5 200 MW au total. Les quatrièmes visites décennales du palier 1 300 MW s'ouvrent sur le parc à partir de 2026 (tête de série : Paluel 1) — celles de Cattenom suivront dans la décennie.
Histoire : le géant mosellan
Construite sur la commune de Cattenom (Moselle), en rive gauche de la Moselle à une dizaine de kilomètres de Thionville, la centrale a été édifiée dans les années 1980 au cœur d'une région alors marquée par le déclin de la sidérurgie lorraine. Ses quatre réacteurs du palier P4' sont entrés en service entre 1987 et 1992, faisant de Cattenom l'une des toutes dernières grandes réalisations du programme électronucléaire, et l'une des plus puissantes centrales françaises (5 200 MW), derrière Gravelines et Paluel.
Avec une production de l'ordre de 30 TWh par an (31,12 TWh en 2019), le site pèse l'équivalent d'une part majeure des besoins électriques du Grand Est et alimente un réseau fortement interconnecté avec le Luxembourg et l'Allemagne — ironie géographique pour une centrale que ses voisins contestent.
L'eau : Mirgenbach, Pierre-Percée et les étés secs
Contrairement aux centrales littorales, Cattenom dépend d'une rivière au débit modeste : la Moselle. Son refroidissement fonctionne donc en circuit fermé, via quatre tours aéroréfrigérantes de 165 mètres visibles à des dizaines de kilomètres. Deux ouvrages accompagnent le dispositif : la retenue du Mirgenbach, lac artificiel adossé au site qui sert de réserve tampon, et le lac de Pierre-Percée, créé en 1985 dans les Vosges pour soutenir le débit de la Moselle en période d'étiage. La gestion de l'eau — partagée avec l'Allemagne et le Luxembourg en aval — est l'un des enjeux structurants de l'exploitation, étés caniculaires compris : l'instruction relative aux rejets et prélèvements d'eau du site a d'ailleurs abouti en 2025 après consultation du public.
La question frontalière : une centrale sous triple regard
Cattenom est la centrale française la plus proche de deux frontières : le Luxembourg et l'Allemagne sont à une dizaine de kilomètres. En 2012, le parlement luxembourgeois a voté à l'unanimité une résolution demandant sa fermeture, et le Grand-Duché — dont la capitale n'est qu'à une trentaine de kilomètres — reste le critique le plus constant de la poursuite de son exploitation. La coopération transfrontalière s'est institutionnalisée : information mutuelle, exercices de crise communs, participation des voisins aux consultations publiques. Ce contexte fait de chaque événement déclaré à Cattenom un sujet médiatique aux trois frontières.
Arrêts de tranche et maintenance
Chaque réacteur s'arrête périodiquement pour rechargement et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD), le grand réexamen qui conditionne dix ans d'exploitation sous le contrôle de l'ASNR. L'année 2025 a été particulièrement chargée à Cattenom : deux arrêts concomitants pour visite partielle, avec des chantiers lourds comme le remplacement de tubes guides de grappe et de mécanismes de commande — une concomitance qui, selon l'ASNR, a fragilisé l'organisation du site. Les quatrièmes visites décennales du palier 1 300 MW, ouvertes sur le parc en 2026 avec Paluel 1 en tête de série, concerneront Cattenom dans les années qui viennent : un horizon de très gros chantiers pour les entreprises prestataires de la région.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) estime que les performances de sûreté de Cattenom « rejoignent l'appréciation générale » portée sur les centrales d'EDF, tout en notant un « léger retrait par rapport aux années passées », avec une augmentation des événements significatifs lors des redémarrages après maintenance.
Le point noir est la radioprotection, jugée en retrait : un événement de niveau 2 sur l'échelle INES — la contamination cutanée d'un travailleur dépassant la limite réglementaire annuelle — s'est produit en 2025, comme déjà en 2023. L'ASNR attend du site des progrès sur la maîtrise de la dispersion de contamination. Les résultats environnementaux restent « globalement satisfaisants », malgré des faiblesses sur les installations non nucléaires (systèmes antitartre notamment). Historiquement, l'événement le plus notable du site reste celui de février 2012 : l'absence de dispositifs de protection sur des tuyauteries des piscines d'entreposage du combustible, classée au niveau 2 INES.
Travailler à Cattenom
Premier employeur industriel du bassin thionvillois, le site fait vivre plusieurs milliers de personnes entre agents EDF et salariés d'entreprises prestataires, avec des pics marqués lors des arrêts de tranche — et une décennie de VD4 en perspective. Métiers recherchés : conduite, maintenance, robinetterie, soudage-tuyauterie, échafaudage-calorifugeage, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel : nos outils en sidebar permettent d'en comprendre les règles — un enjeu d'autant plus sensible ici que l'ASNR pointe précisément la maîtrise de la contamination.
FAQ — Centrale de Cattenom
Sources officielles
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.