Le tableau des tranches
Les six réacteurs à eau pressurisée du palier CP1 (900 MW chacun, 910 MW nets) totalisent 5 460 MW. VD4 = quatrième visite décennale, le grand rendez-vous de maintenance qui conditionne l'exploitation au-delà de 40 ans.
Histoire : la centrale des records
Implantée sur 150 hectares de polder en bord de mer du Nord, sur la commune de Gravelines entre Dunkerque et Calais, la centrale est née du programme électronucléaire lancé après le premier choc pétrolier de 1973, dans le sillage de l'industrialisation massive du littoral dunkerquois. Sa construction démarre au milieu des années 1970 et s'enchaîne à un rythme aujourd'hui inimaginable : les trois premiers réacteurs sont couplés au réseau la même année, en 1980, suivis du réacteur 4 en 1981, puis des réacteurs 5 et 6 en 1984 et 1985.
Avec six tranches en exploitation, Gravelines devient — et reste — la plus puissante centrale nucléaire de France et d'Europe de l'Ouest, tant en capacité installée qu'en nombre de réacteurs. Elle appartient au palier technique CP1, celui des réacteurs standardisés de 900 MW qui forment encore l'épine dorsale du parc français. Particularité du site : son refroidissement en circuit ouvert par l'eau de mer, sans les tours aéroréfrigérantes qui signalent la plupart des centrales de l'intérieur — d'où sa silhouette basse, posée entre le port de Dunkerque et les plages de la côte d'Opale.
Une production équivalente à plusieurs régions
En 2024, Gravelines a produit 32,71 TWh d'électricité, ce qui en fait l'un des tout premiers sites de production d'énergie d'Europe. À titre d'ordre de grandeur, cela représente la consommation électrique de plusieurs millions de foyers et une part substantielle de la production nucléaire nationale (373 TWh en 2025 pour l'ensemble du parc). Cette production alimente notamment le tissu industriel très dense du littoral dunkerquois : sidérurgie, aluminium et, demain, les projets d'électrification et de décarbonation du bassin industriel.
Arrêts de tranche et visites décennales (VD4)
Comme tout réacteur du parc, chaque tranche de Gravelines s'arrête périodiquement pour recharger son combustible et réaliser la maintenance. Trois formats existent, du plus court au plus lourd :
- ASR (arrêt pour simple rechargement) : quelques semaines, centré sur le renouvellement d'une partie du combustible ;
- VP (visite partielle) : rechargement plus programme de maintenance étoffé ;
- VD (visite décennale) : tous les dix ans, plusieurs mois d'arrêt, avec réexamen complet de la sûreté sous le contrôle de l'ASNR — c'est elle qui conditionne la poursuite d'exploitation pour dix ans.
Le site vit actuellement au rythme des quatrièmes visites décennales (VD4), adossées au « grand carénage » d'EDF : elles autorisent le fonctionnement au-delà de 40 ans et s'accompagnent de modernisations majeures (diesels d'ultime secours, renforcements post-Fukushima, rénovations de matériels). Les réacteurs 1, 3 et 2 ont passé leur VD4 entre 2021 et 2023, le réacteur 4 a engagé la sienne en 2024, et celles des réacteurs 5 et 6 sont attendues vers 2027 et 2030. L'intensité est réelle : en 2025, deux à trois réacteurs ont été simultanément à l'arrêt pendant 28 semaines, selon l'ASNR.
Pour les milliers de salariés d'entreprises prestataires et d'intérimaires spécialisés (logistique nucléaire, robinetterie, calorifugeage, échafaudage, contrôles non destructifs, radioprotection…), ces arrêts de tranche sont la haute saison : les effectifs du site grimpent bien au-delà des 3 000 personnes présentes en temps normal.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
La centrale est contrôlée en continu par l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), qui publie chaque année une appréciation site par site. Pour l'année 2025, le constat est exigeant : l'ASNR juge les performances de sûreté de Gravelines « en retrait par rapport à l'appréciation générale » portée sur les autres centrales d'EDF, pointant des « pratiques ou comportements inadaptés, des procédures non respectées et des activités de maintenance mal préparées ou mal réalisées ».
En radioprotection, l'année 2025 a été marquée par un événement classé au niveau 2 de l'échelle INES (qui en compte 7) : la contamination externe d'un intervenant ayant entraîné une dose à la peau supérieure à la limite annuelle réglementaire. L'ASNR demande une « vigilance accrue » sur la coordination des mesures de radioprotection avec les prestataires. Les performances en matière de protection de l'environnement restent en revanche jugées « à un niveau satisfaisant ».
Le chantier EPR2 : Gravelines 7 et 8
Gravelines a été retenue pour accueillir la deuxième paire de réacteurs EPR2 du programme de relance du nucléaire français (après Penly, avant Bugey) : deux unités d'environ 1 670 MW chacune, construites en bordure immédiate de la centrale actuelle. Le calendrier officiel du projet :
- Septembre 2024 – janvier 2025 : débat public national organisé par la CNDP ;
- Octobre 2025 : dépôt de la demande d'autorisation environnementale par EDF ;
- Second semestre 2026 : lancement attendu des travaux préparatoires du site ;
- Vers 2028 : demande d'autorisation de création (construction) ;
- Vers 2031 : premier béton du bâtiment réacteur ;
- Horizon 2038 : mise en service visée de la première unité.
À terme, le site cumulerait huit réacteurs et près de 8,8 GW — un record européen consolidé. Pour le territoire dunkerquois, le chantier représente des milliers d'emplois directs et indirects pendant plus d'une décennie : génie civil, soudage, tuyauterie, électricité industrielle, contrôle qualité, hébergement et services aux salariés du chantier.
Travailler à la centrale de Gravelines
Environ 3 000 personnes travaillent quotidiennement sur le site : agents EDF (conduite, maintenance, ingénierie, protection de site) et salariés d'entreprises prestataires permanentes. Les grands arrêts de tranche et, demain, le chantier EPR2 démultiplient les besoins en métiers techniques : soudeurs qualifiés, tuyauteurs, robinetiers, échafaudeurs-calorifugeurs, techniciens en contrôles non destructifs, agents de radioprotection, logisticiens nucléaires. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques (dont les formations « savoir commun du nucléaire ») et un suivi dosimétrique individuel — nos outils dédiés en sidebar permettent de comprendre les limites de dose et le calcul du temps de séjour en zone.
FAQ — Centrale de Gravelines
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire de Gravelines (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- EDF — La centrale nucléaire de Gravelines
- CNDP — Débat public « Nouveaux réacteurs nucléaires à Gravelines » (2024-2025)
- Préfecture des Hauts-de-France — Projet EPR2 à Gravelines
- IAEA PRIS — Données réacteurs Gravelines 1 à 6 (couplages, puissances)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-24. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.