Le tableau des tranches
Quatre réacteurs à eau pressurisée du palier CP2 (915 MW nets chacun), 3 660 MW au total, couplés au réseau en 1983-1984. La quatrième visite décennale du réacteur 1 s'est achevée en 2025 dans des conditions de sûreté jugées satisfaisantes par l'ASNR.
Histoire : quatre tranches entre Rhône et falaises ardéchoises
Construite à partir de 1976 sur les communes de Cruas et Meysse (Ardèche), en rive droite du Rhône entre Valence et Montélimar, la centrale a couplé ses quatre réacteurs du palier CP2 au réseau en 1983 et 1984 — un rythme d'enchaînement typique de l'apogée du programme électronucléaire. Le débit du Rhône étant partagé avec de nombreux usages, le refroidissement fonctionne en circuit fermé, via quatre tours aéroréfrigérantes de 155 mètres qui signent le paysage de la moyenne vallée du Rhône.
Avec environ 20 TWh par an (20,1 TWh en 2022), Cruas-Meysse forme avec le Tricastin, à 30 km au sud, un doublet nucléaire rhodanien qui alimente l'un des axes les plus industrialisés de France.
Une conception parasismique unique en France
La moyenne vallée du Rhône est l'une des zones les plus sismiques du territoire métropolitain. Cruas y répond par une singularité technique absolue sur le parc : ses bâtiments réacteurs reposent sur des appuis parasismiques en élastomère — des « patins » qui découplent partiellement les structures du sol et leur permettent d'encaisser des accélérations jusqu'à 0,25 g. Aucune autre centrale française n'utilise cette technologie d'isolation sismique.
Le concept a connu son épreuve du feu le 11 novembre 2019 : un séisme de magnitude 5,4 frappe Le Teil, à une quinzaine de kilomètres au sud — l'un des plus forts séismes ressentis en métropole depuis des décennies. Les réacteurs en fonctionnement sont mis à l'arrêt pour des inspections complètes des structures et matériels. Verdict : les vibrations subies par les installations sont restées très inférieures aux seuils de dimensionnement, et les réacteurs redémarrent quelques semaines plus tard avec l'accord de l'Autorité de sûreté. L'épisode a néanmoins relancé les études de l'aléa sismique de la vallée du Rhône, la faille de La Rouvière s'étant révélée plus active que prévu.
Aquarius : la fresque de 13 500 m²
Cruas possède l'image la plus photographiée du nucléaire français : sur l'une de ses tours aéroréfrigérantes s'étale « Aquarius », une fresque monumentale d'environ 13 500 m² représentant un enfant jouant avec l'eau, réalisée en 1991 par l'artiste Jean-Marie Pierret — l'une des plus grandes peintures murales du monde. Visible de l'autoroute A7 et de la ligne TGV, elle est devenue un repère du couloir rhodanien.
Arrêts de tranche et visites décennales
Chaque réacteur s'arrête périodiquement pour rechargement et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD), le réexamen complet qui conditionne dix années d'exploitation sous le contrôle de l'ASNR. Cruas déroule son programme de quatrièmes visites décennales dans le cadre du grand carénage du palier 900 MW : la VD4 du réacteur 1 s'est achevée en 2025, dans des conditions de sûreté jugées satisfaisantes par l'autorité — plusieurs mois de chantier, des centaines d'intervenants supplémentaires, et les trois autres tranches à suivre dans les années qui viennent.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) situe les performances de sûreté de Cruas-Meysse dans l'appréciation générale du parc EDF, tout en relevant des « insuffisances dans la préparation des activités et la qualité ou le respect des procédures d'intervention » : le plan d'amélioration de la rigueur d'exploitation lancé en 2023 « s'essouffle », selon l'autorité.
Le point faible du site est la radioprotection, jugée en retrait, avec des « écarts récurrents » concernant la culture de radioprotection, la gestion des dosimètres, l'affichage des conditions d'accès et la gestion des appareils de mesure de contamination — un enjeu qui concerne directement les intervenants prestataires. Les performances environnementales sont stables, avec des progrès attendus sur les rétentions de liquides. En sécurité classique du travail, l'année 2025 a été marquée par un accident grave de chute de hauteur, et les résultats restent en deçà des attentes malgré une accidentologie globalement en baisse.
Travailler à Cruas
Le CNPE de Cruas-Meysse est l'un des premiers employeurs de l'Ardèche, au sein d'un bassin rhodanien où le nucléaire (avec le Tricastin voisin) structure l'emploi industriel. Les arrêts de tranche et le programme VD4 y mobilisent régulièrement des centaines d'intervenants : robinetterie, soudage-tuyauterie, échafaudage-calorifugeage, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire, travaux en hauteur — avec un rappel appuyé de l'ASNR sur les fondamentaux de radioprotection et la prévention des chutes. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel : voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale de Cruas-Meysse
Sources officielles
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.