Le tableau des tranches
Deux réacteurs à eau pressurisée du palier N4 (~1 495 MW nets chacun), près de 3 000 MW au total — les plus récents du parc historique avant l'EPR. CSC = corrosion sous contrainte, découverte à Civaux fin 2021, à l'origine des arrêts prolongés de 2022-2023.
Histoire : la benjamine du parc
Construite à partir des années 1980 sur la commune de Civaux (Vienne), en bord de la rivière Vienne à 30 km au sud de Poitiers, la centrale a fermé la marche du grand programme électronucléaire : ses deux réacteurs du palier N4 — environ 1 495 MW nets chacun, les plus puissants de France jusqu'à l'EPR — ont été couplés au réseau en décembre 1997 et 1999. Aucun réacteur n'a ensuite été raccordé en France avant Flamanville 3, un quart de siècle plus tard.
La Vienne étant une rivière au débit modeste, le refroidissement fonctionne en circuit fermé via deux tours aéroréfrigérantes de 178 mètres, avec des limites d'échauffement strictes (2 °C au maximum quand la rivière reste sous 25 °C en amont) qui contraignent l'exploitation lors des étés chauds. Avec de l'ordre de 20 TWh par an, Civaux couvre environ la moitié de la consommation de Nouvelle-Aquitaine et héberge l'une des quatre bases régionales de la Force d'action rapide du nucléaire (FARN).
2021 : l'affaire de la corrosion sous contrainte
C'est à Civaux qu'a éclaté la crise industrielle la plus sérieuse du parc récent. Fin 2021, lors de contrôles menés pendant une visite décennale, EDF découvre des fissures de corrosion sous contrainte sur des tuyauteries du circuit d'injection de sécurité — un circuit de sauvegarde essentiel. La découverte déclenche un programme national de contrôles et de réparations qui touchera de nombreux réacteurs (dont Penly 1, classé niveau 2 INES) et pèsera lourdement sur la production française de 2022. Les deux tranches de Civaux, dont les tuyauteries ont été remplacées, sont restées à l'arrêt de façon prolongée avant de redémarrer en janvier 2023 (réacteur 1) et avril 2023 (réacteur 2).
Le tritium de la dissuasion : une mission inédite
En 2024, l'État a désigné Civaux pour une mission sans précédent pour une centrale civile française : contribuer à la production du tritium nécessaire aux armes de la dissuasion nucléaire, par l'irradiation de crayons spécifiques dans ses réacteurs. Cette production, historiquement assurée par des installations militaires dédiées en fin de vie, fait de la benjamine du parc un maillon de la défense nationale — une décision encadrée réglementairement et assumée publiquement par l'État, qui a nourri le débat sur la frontière entre nucléaire civil et militaire.
Arrêts de tranche et maintenance
Chaque réacteur s'arrête périodiquement pour rechargement et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD), le réexamen complet qui conditionne dix années d'exploitation sous le contrôle de l'ASNR. Réacteurs les plus jeunes du parc historique, les N4 de Civaux ont passé leurs deuxièmes visites décennales dans les années 2020 — celle du réacteur 1 ayant été le théâtre de la découverte de la corrosion sous contrainte — et aborderont leurs troisièmes dans la décennie 2030.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) note que les performances de sûreté de Civaux « se sont légèrement améliorées en 2025 », tout en relevant des événements significatifs récurrents traduisant des lacunes d'intégration du retour d'expérience. La maîtrise du risque incendie progresse ; celle du risque explosion reste à améliorer.
La radioprotection des travailleurs est satisfaisante et en amélioration, avec une culture de radioprotection à renforcer chez les intervenants prestataires. Les performances environnementales sont jugées satisfaisantes, avec une réduction des volumes d'eau à traiter qui a permis de limiter l'usage de produits chimiques ; la lutte contre les légionelles dans les tours a fait l'objet d'un encadrement réglementaire spécifique de l'autorité.
Travailler à Civaux
Premier employeur industriel du sud de la Vienne, le site fait vivre plus d'un millier de personnes entre agents EDF, prestataires permanents et équipiers de la base FARN. Le remplacement des tuyauteries de 2022 a illustré la densité de compétences mobilisables : soudage de haute technicité, tuyauterie, contrôles non destructifs, robinetterie, radioprotection, logistique nucléaire — des métiers en forte demande à l'échelle de toute la filière. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel : voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale de Civaux
Sources officielles
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.