2 réacteurs · 900 MW (CP0) 1,76 GW En démantèlement

Centrale Nucléaire de Fessenheim

Doyenne du parc français, arrêtée en 2020 après 42 ans et 442 TWh, Fessenheim ouvre un chapitre inédit : le premier démantèlement complet d'une centrale REP française — vingt ans de chantier au bord du grand canal d'Alsace.

CommuneFessenheim
DépartementHaut-Rhin (68)
Réacteurs2 × 900 MW (CP0)
Puissance1 760 MW
Mise en service1977-1978 (arrêt 2020)
RefroidissementGrand canal d'Alsace
Production cumulée442,5 TWh (1977-2020)
DémantèlementDécret 2026 · fin ~2041-2048

Le tableau des tranches

Réacteur
1
PalierCP0 · 880 MW
Service1977-2020
Arrêté le 22/02/2020 · démantèlement
Réacteur
2
PalierCP0 · 880 MW
Service1978-2020
Arrêté le 30/06/2020 · démantèlement

Deux réacteurs à eau pressurisée du palier CP0 (880 MW nets chacun), les premiers du grand programme électronucléaire, arrêtés définitivement en 2020 après 42 ans d'exploitation. Le décret de démantèlement a été publié en mai 2026.

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Histoire : la doyenne du parc

Mise en service en 1977 et 1978 sur la commune de Fessenheim (Haut-Rhin), en bord du grand canal d'Alsace qui assurait son refroidissement en circuit ouvert, la centrale fut la première du grand programme électronucléaire français : ses deux réacteurs de 880 MW nets inauguraient le palier CP0, tout juste avant le Bugey. En 42 ans, elle aura produit environ 442,5 TWh — l'équivalent de près d'une année de consommation électrique française — et structuré tout un bassin d'emploi rhénan.

Sa position frontalière en a fait, dès l'origine, la centrale la plus discutée d'Europe : l'Allemagne (Fribourg est à 25 km) et la Suisse (Bâle à 40 km) ont contesté pendant des décennies sa sismicité de site, l'épaisseur de son radier et sa proximité avec la nappe phréatique rhénane — des débats documentés qui ont accompagné toute sa vie opérationnelle.

2020 : une fermeture politique

Fessenheim n'a pas fermé pour raison technique : l'Autorité de sûreté avait validé sa poursuite d'exploitation après les troisièmes visites décennales. Sa fermeture, promise politiquement dès 2012, a été actée en application du plafonnement de la capacité nucléaire instauré par la loi de transition énergétique, en lien avec l'arrivée alors attendue de l'EPR de Flamanville : le réacteur 1 s'est arrêté le 22 février 2020, le réacteur 2 le 30 juin 2020. La décision reste débattue — la Cour des comptes a questionné l'accord d'indemnisation d'EDF par l'État, et l'arrêt a mécaniquement accru le recours aux moyens fossiles du réseau européen les premières années.

Le démantèlement, étape par étape

Fessenheim est le laboratoire du démantèlement des réacteurs à eau pressurisée français — celui qui précède les dizaines d'autres à venir d'ici la fin du siècle. Les étapes franchies et à venir :

  • 2020 : déchargement complet des cœurs ; une dizaine de convois de combustible usé expédiés vers La Hague dès la première année ;
  • 2020-2025 : phase de préparation (5 ans) — modifications des systèmes de ventilation et d'alimentation électrique, premières évacuations de gros composants : trois parties basses d'anciens générateurs de vapeur expédiées pour décontamination et valorisation dans l'usine de fusion du groupe Cyclife, en Suède ;
  • Mai 2026 : publication du décret de démantèlement, qui ouvre la déconstruction proprement dite ;
  • Horizon 2041-2048 : fin du chantier (objectif EDF vers 2041, échéance réglementaire vers 2048), avec environ 405 000 tonnes de matériaux à évacuer, dont plus de 20 000 tonnes de déchets radioactifs.

Le projet de technocentre

EDF porte sur le site un projet de technocentre : une installation industrielle de fusion et de recyclage des métaux très faiblement radioactifs issus des démantèlements français et européens, pour produire des lingots réutilisables dans l'industrie conventionnelle après contrôle. Ce projet, qui s'appuie sur l'évolution du cadre réglementaire français en matière de valorisation des métaux, donnerait au territoire de Fessenheim une seconde vie industrielle nucléaire — cette fois tournée vers l'aval du cycle.

Repère : démanteler une centrale REP consiste à décontaminer et déconstruire l'installation jusqu'à libérer le site : évacuation du combustible (99,9 % de la radioactivité), démontage des matériels, découpe des circuits primaires et des cuves, assainissement des structures, gestion de chaque tonne selon sa catégorie de déchets. À Fessenheim, l'essentiel du tonnage est conventionnel.

Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR

Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) estime que le site « prépare son démantèlement avec sérieux » : les opérations préparatoires se sont déroulées de manière satisfaisante et globalement conforme aux calendriers, et l'année 2026 est marquée par l'entrée effective en démantèlement avec la publication du décret. La radioprotection est jugée « globalement satisfaisante ».

Le principal point de vigilance de l'autorité est humain : les réductions d'effectifs successives depuis 2020 imposent une attention particulière au maintien des compétences à moyen terme — un enjeu structurel pour un chantier prévu sur une vingtaine d'années.

Travailler à Fessenheim

D'un millier de personnes en exploitation (environ 800 salariés EDF et 250 prestataires), les effectifs ont décru progressivement, mais plusieurs centaines de personnes restent mobilisées — et le démantèlement fait émerger des métiers spécifiques en forte demande dans toute la filière : assainissement radiologique, découpe (mécanique, plasma), caractérisation des déchets, logistique nucléaire, radioprotection de chantier. Si le technocentre se concrétise, il recréera des emplois industriels durables sur le site. L'accès en zone contrôlée reste soumis aux habilitations nucléaires et au suivi dosimétrique individuel : voir nos outils dédiés en sidebar.

FAQ — Centrale de Fessenheim

Décision politique en application du plafonnement de la capacité nucléaire (loi de transition énergétique), et non pour raison technique : arrêts définitifs le 22 février et le 30 juin 2020, après validation par l'ASN de la poursuite d'exploitation post-VD3. L'État a indemnisé EDF.

Combustible entièrement évacué vers La Hague ; décret de démantèlement publié en mai 2026 après cinq ans de préparation ; fin du chantier visée vers 2041 (échéance réglementaire ~2048).

Un projet EDF d'usine de fusion et de recyclage des métaux très faiblement radioactifs des démantèlements européens, pour produire des lingots réutilisables. Des sections de générateurs de vapeur ont déjà été valorisées chez Cyclife en Suède.

Pour 2025 : une préparation menée « avec sérieux », conforme aux calendriers, radioprotection globalement satisfaisante — avec un point de vigilance sur le maintien des compétences, les effectifs diminuant depuis 2020.

Environ 442,5 TWh en 42 ans (1977-2020) avec ses deux réacteurs CP0 de 880 MW nets — la doyenne du parc français.

Plusieurs centaines, pour un chantier de démantèlement prévu sur une vingtaine d'années — avec des métiers spécifiques (assainissement, découpe, gestion des déchets) en forte demande dans la filière.

Sources officielles

Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.