Le tableau des tranches
Les réacteurs 1 et 2 (1 330 MW nets chacun, palier P4) et l'EPR (~1 620 MW nets) portent le site à environ 4 290 MW. L'EPR réalisera sa première visite complète réglementaire (~350 jours) à partir du 26 septembre 2026 — un jalon normal après le premier cycle d'un réacteur neuf.
Histoire : le granite, la mer et deux époques du nucléaire
La centrale occupe un site hors du commun : environ 120 hectares taillés dans le granite au pied des falaises de Flamanville (Manche), à 25 km au sud-ouest de Cherbourg — dont près de la moitié gagnés sur le domaine maritime. Les deux réacteurs du palier P4 ont été couplés au réseau en décembre 1985 et juillet 1986, refroidis en circuit ouvert par l'eau de la Manche, sans tours aéroréfrigérantes.
Vingt ans plus tard, le même site a été choisi pour accueillir la tête de série française de la troisième génération de réacteurs : l'EPR Flamanville 3, dont le chantier a démarré le 3 décembre 2007. Le contraste entre les deux époques est devenu un cas d'école de l'industrie : les tranches 1 et 2 avaient été construites en environ six ans chacune ; l'EPR en a demandé dix-sept.
L'EPR : dix-sept ans de chantier, et un record de puissance
Réacteur de troisième génération conçu pour une sûreté renforcée (récupérateur de corium, double enceinte, redondance quadruple des systèmes de sauvegarde), l'EPR de Flamanville aura concentré toutes les difficultés d'une filière qui redémarrait après quinze ans sans construction neuve : anomalies de la cuve, soudures de traversées à reprendre, compétences à reconstituer. Les jalons de son achèvement :
- 3 décembre 2007 : premier béton ;
- 3 septembre 2024 : première divergence (démarrage de la réaction en chaîne) ;
- 21 décembre 2024 : couplage au réseau — premier réacteur neuf raccordé en France depuis Civaux 2 en 1999 ;
- 14 décembre 2025 : pleine puissance atteinte, faisant de Flamanville 3 le réacteur le plus puissant de France (~1 620 MW nets) ;
- 27 avril 2026 : achèvement des essais de démarrage et mise en service commerciale ;
- 26 septembre 2026 : début de la première « visite complète » réglementaire (~350 jours), incluant le remplacement du couvercle de cuve.
Le coût du chantier est passé de 3,4 milliards d'euros à l'origine à 13,2 milliards selon l'estimation d'EDF fin 2022 (aux conditions économiques de 2015), et à environ 23,7 milliards en coût complet selon la Cour des comptes (janvier 2025), frais financiers compris. Un retour d'expérience désormais intégré à la conception du programme EPR2.
Arrêts de tranche et grands chantiers en cours
Outre les arrêts classiques (simple rechargement, visite partielle, visite décennale), Flamanville traverse une période de maintenance lourde. Le réacteur 1, dont la troisième visite décennale s'était achevée en 2019, a redémarré en 2025 après un arrêt de maintenance important — un chantier jugé « bien maîtrisé » par l'ASNR, malgré une fuite sur une tuyauterie de petit diamètre au redémarrage, traitée par colmatage provisoire puis réparation définitive.
Le réacteur 2 (troisième visite décennale achevée en 2020) est engagé dans un arrêt prolongé de fin 2025 à mi-2026 comprenant le remplacement de ses quatre générateurs de vapeur — l'une des opérations de maintenance les plus lourdes qui soient sur un réacteur, mobilisant des centaines d'intervenants spécialisés. L'ASNR a demandé une attention particulière sur ce chantier pour 2026. Quant à l'EPR, sa première visite complète de 350 jours à partir de septembre 2026 constituera à elle seule l'un des plus gros arrêts de tranche de France.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) situe les performances de sûreté et de radioprotection de Flamanville dans l'appréciation générale portée sur le parc EDF. Plusieurs événements marquants ont toutefois révélé des insuffisances de préparation et de surveillance des activités : l'autorité attend de l'équipe de conduite « une organisation améliorée et une rigueur renforcée ».
Les performances en matière de protection de l'environnement sont jugées en retrait par rapport au parc : l'ASNR relève des dépassements récurrents de rejets d'hydrocarbures par les exutoires d'eaux pluviales et des défauts d'entretien de matériels, avec des améliorations attendues en 2026. Parmi les points de vigilance récurrents du site : la maîtrise du risque de corrosion en ambiance marine, la culture de radioprotection et la sécurité des opérations de levage.
Travailler à Flamanville
Plus de 1 100 personnes exploitent les tranches 1 et 2, auxquelles s'ajoutent les équipes de l'EPR et les vagues d'intervenants des grands chantiers en cours (remplacement des générateurs de vapeur, première visite complète de l'EPR). Le Cotentin — « presqu'île du nucléaire » avec l'usine Orano de La Hague et les chantiers navals de Cherbourg — concentre une densité unique d'emplois de la filière : soudage de haute technicité, tuyauterie, robinetterie, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire. L'accès en zone contrôlée exige habilitations et suivi dosimétrique individuel — voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale de Flamanville
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire de Flamanville (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- EDF — La centrale nucléaire de Flamanville et l'EPR
- Cour des comptes — La filière EPR (rapport janvier 2025, coût complet de Flamanville 3)
- Sfen — Flamanville 3 : essais de démarrage et première visite complète (2026)
- IAEA PRIS — Données réacteurs Flamanville 1, 2 et 3 (couplages, puissances)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-24. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.