Le tableau des tranches
Les deux réacteurs P4' en exploitation (1 330 MW nets chacun) totalisent 2 660 MW. Les futurs EPR2 Penly 3 et 4 (~1 670 MW chacun) doubleraient la puissance du site.
Histoire : la dernière-née des 1 300 MW
Construite sur la commune de Petit-Caux (Saint-Martin-en-Campagne à l'époque), à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Dieppe, la centrale de Penly occupe un site spectaculaire : une plateforme gagnée au pied des falaises de craie du pays de Caux, face à la Manche, entre Dieppe et Le Tréport. Ses deux réacteurs du palier P4' ont été couplés au réseau en 1990 et 1992, ce qui en fait l'une des dernières réalisations du grand programme électronucléaire français, juste avant Chooz et Civaux.
Le site avait été dimensionné dès l'origine pour accueillir davantage de réacteurs. Un premier projet de troisième tranche — un EPR « Penly 3 » annoncé à la fin des années 2000 — avait été abandonné au début des années 2010. C'est finalement le programme EPR2 qui concrétise cette extension, quinze ans plus tard.
Le chantier EPR2 : Penly 3 et 4, la paire n°1
En 2022, le site de Penly a été désigné pour accueillir la première paire de réacteurs EPR2 du programme de relance du nucléaire français (avant Gravelines et Bugey) : deux unités d'environ 1 670 MW chacune. Le calendrier officiel, jalonné d'étapes réglementaires :
- Octobre 2022 – février 2023 : débat public national organisé par la CNDP sur les nouveaux réacteurs et le projet de Penly ;
- Mi-2023 : dépôt par EDF de la demande d'autorisation de création (DAC) ;
- 3 juin 2024 : décret n° 2024-505 d'autorisation environnementale des travaux préparatoires ;
- 1er juillet 2024 : démarrage officiel des travaux préparatoires (terrassements, extension de la plateforme en mer, installations de chantier) ;
- Fin 2026 : décret d'autorisation de création attendu, après enquête publique ;
- Vers 2029 : premier béton du bâtiment réacteur (jalon décalé d'un an pour finaliser les études détaillées) ;
- Milieu des années 2030 au plus tôt : mise en service visée de Penly 3.
Le chantier mobilise déjà plus de 1 000 personnes pour les seuls travaux préparatoires, confiés notamment au groupe Eiffage pour le génie civil, avec une extension de plateforme conçue pour résister à l'élévation du niveau de la mer. Au pic de la construction, plusieurs milliers de travailleurs sont attendus — un défi logistique majeur (hébergement, transports, formation) pour tout le littoral dieppois. EDF y applique explicitement les retours d'expérience des chantiers EPR de Flamanville, Taishan et Hinkley Point C.
Arrêts de tranche et visites décennales
Chaque réacteur s'arrête périodiquement pour rechargement du combustible et maintenance : arrêt pour simple rechargement (ASR), visite partielle (VP) ou visite décennale (VD), le réexamen complet qui conditionne dix années d'exploitation supplémentaires sous le contrôle de l'ASNR. À Penly, le réacteur 1 a achevé sa troisième visite décennale en juillet 2023 ; celle du réacteur 2 a été engagée en octobre 2024. L'ASNR indique par ailleurs que deux arrêts de réacteur sont programmés en 2026, avec une vigilance particulière demandée sur la qualité de la maintenance.
C'est lors de contrôles menés à Penly qu'a éclaté, début 2023, le dossier le plus médiatisé du parc récent : la découverte en février 2023 d'une fissure de corrosion sous contrainte sur une tuyauterie du circuit d'injection de sécurité du réacteur 1, classée au niveau 2 de l'échelle INES. L'événement a déclenché un programme national de contrôles et de réparations qui a pesé sur la disponibilité de tout le parc EDF en 2022-2023.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) juge les performances de sûreté de Penly « en léger retrait » malgré les efforts engagés, relevant de « nombreux événements significatifs » liés à des lacunes de gestion de la configuration des installations, à des défauts de communication au sein des équipes de conduite et à un manque de rigueur de la surveillance.
La radioprotection des travailleurs est jugée globalement satisfaisante, avec des améliorations attendues sur les activités à risque (radiographie industrielle, contrôle des accès en zone). Les performances environnementales sont qualifiées de « globalement satisfaisantes », avec des progrès demandés sur la maintenance des séparateurs d'hydrocarbures et les dispositifs de rétention.
Travailler à Penly : double visage
Penly vit une situation unique en France : une centrale en exploitation (plus de 1 300 salariés EDF et prestataires permanents) et, à quelques centaines de mètres, un chantier de génie civil hors norme qui monte en puissance. Aux métiers classiques de l'exploitation (conduite, maintenance, robinetterie, radioprotection, logistique nucléaire) s'ajoutent ceux de la construction : terrassiers, coffreurs, ferrailleurs, grutiers, soudeurs, géomètres, QSE… Les besoins en main-d'œuvre qualifiée — intérim compris — vont croître pendant toute la décennie. L'accès en zone contrôlée de la centrale exige les habilitations nucléaires et un suivi dosimétrique individuel : nos outils en sidebar permettent d'en comprendre les règles.
FAQ — Centrale de Penly
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire de Penly (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- Légifrance — Décret n° 2024-505 du 3 juin 2024 (travaux préparatoires EPR2 Penly)
- CNDP — Débat public « Nouveaux réacteurs nucléaires et projet Penly » (2022-2023)
- EDF — La centrale nucléaire de Penly et le projet EPR2
- IAEA PRIS — Données réacteurs Penly 1 et 2 (couplages, puissances)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-24. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.