Le tableau des tranches
Deux réacteurs à eau pressurisée du palier CP2 (915 MW nets chacun), soit environ 1 830 MW — la plus petite centrale du parc par la puissance. Les deux réacteurs graphite-gaz historiques (A1 et A2) sont arrêtés depuis 1990 et 1992 et en déconstruction.
Histoire : deux générations sur la Loire
Implantée sur la commune de Saint-Laurent-Nouan (Loir-et-Cher), en rive gauche de la Loire entre Orléans (30 km en amont) et Blois (28 km en aval), la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux a connu deux vies. La première : celle des réacteurs A1 (1969-1990) et A2 (1971-1992), de la filière nationale uranium naturel-graphite-gaz (UNGG), construits dans la foulée de Chinon. La seconde : celle des réacteurs B1 et B2 du palier CP2 (915 MW nets chacun), couplés au réseau en 1981 et en service commercial depuis 1983, refroidis en circuit fermé par l'eau de la Loire.
Avec ses deux tranches et de l'ordre de 10 à 11 TWh par an (10,57 TWh en 2019), Saint-Laurent est la plus petite centrale du parc par la puissance — mais un maillon à part entière du « chapelet ligérien », entre Dampierre et Chinon.
1969 et 1980 : les accidents des réacteurs A
Saint-Laurent occupe une place singulière dans l'histoire du nucléaire français : c'est dans ses réacteurs graphite-gaz que se sont produits les deux accidents les plus sérieux du nucléaire civil national, tous deux classés rétrospectivement au niveau 4 de l'échelle INES (qui en compte 7) — « accident n'entraînant pas de risque important hors du site ».
- Octobre 1969 : lors d'une opération de chargement, une erreur conduit à la fusion partielle d'environ 50 kg de dioxyde d'uranium dans le cœur du réacteur A1. Le nettoyage du caisson demandera environ un an de travaux.
- Mars 1980 : une plaque métallique obstrue des canaux de refroidissement du réacteur A2, provoquant la fusion partielle d'environ 20 kg de combustible. Considéré comme l'accident le plus grave de l'histoire du parc français, il immobilisera le réacteur près de trois ans et demi.
Aucun des deux accidents n'a fait de victime, et leurs rejets sont restés très limités selon les évaluations publiques. Ils appartiennent à une technologie (UNGG) et à une époque révolues — mais ils restent la référence historique citée dans tous les débats sur la transparence du nucléaire français, et une partie de leurs suites (notamment la gestion des déchets issus des cœurs endommagés) a alimenté des controverses documentées jusque dans les années 2010.
Déconstruction et silos de graphite
Les réacteurs A1 et A2 font partie du programme national de déconstruction des UNGG d'EDF, aux côtés de Bugey 1 et des réacteurs A de Chinon. Particularité du site : deux silos y entreposent des chemises de graphite irradié issues de l'exploitation des réacteurs A. La reprise de ces déchets anciens et leur conditionnement — dans l'attente d'une filière définitive pour les déchets graphites — constituent l'un des chantiers de long terme du site, suivi de près par l'ASNR, au même titre que la protection du site contre les crues de la Loire, le risque sismique et l'incendie.
Arrêts de tranche et visites décennales
Les réacteurs B suivent le cycle classique : arrêts pour simple rechargement (ASR), visites partielles (VP) et visites décennales (VD). Étape majeure en 2025 : la quatrième visite décennale du réacteur B1, le réexamen qui conditionne l'exploitation au-delà de 40 ans, dans un contexte industriel que l'ASNR qualifie de chargé. L'autorité y a relevé des « progrès notables dans la caractérisation et le traitement des anomalies », tout en notant que certains systèmes supports et fonctions de refroidissement présentent des taux de dysfonctionnement supérieurs à la moyenne du parc. La VD4 de B2 suivra, prolongeant la période de forte activité pour les entreprises prestataires du site.
Sûreté et contrôle : ce que dit l'ASNR
Dans son appréciation portant sur l'année 2025, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) situe les performances de Saint-Laurent dans l'appréciation générale du parc EDF et note une « amélioration globale » : rigueur de surveillance accrue en salle de commande, maîtrise du risque incendie satisfaisante, maintenance en progrès malgré l'ampleur de la VD4. La rigueur d'exploitation en fonctionnement normal reste un point d'attention.
La radioprotection demeure « fragile » malgré la baisse des événements déclarés : préparation des chantiers et propreté radiologique doivent progresser. Les performances environnementales se sont dégradées en 2025 — rejets liquides et gazeux maîtrisés, mais gestion des gaz fluorés et des déchets du site à améliorer.
Travailler à Saint-Laurent
Entre l'exploitation des deux réacteurs B, le programme VD4 et les chantiers de déconstruction des réacteurs A, le site fait vivre un bassin d'emploi nucléaire complet entre Orléans et Blois. Aux métiers de l'exploitation (conduite, maintenance, robinetterie, soudage-tuyauterie, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique nucléaire) s'ajoutent les spécialités du démantèlement UNGG : découpe, assainissement, caractérisation et gestion de déchets anciens. L'accès en zone contrôlée exige des habilitations spécifiques et un suivi dosimétrique individuel — voir nos outils dédiés en sidebar.
FAQ — Centrale de Saint-Laurent
Sources officielles
- ASNR — Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (appréciation 2025, mise à jour juin 2026)
- EDF — La centrale nucléaire de Saint-Laurent et la déconstruction des UNGG
- IRSN/ASNR — Ressources publiques sur les accidents de Saint-Laurent (1969, 1980)
- IAEA PRIS — Données réacteurs Saint-Laurent A1-A2 et B1-B2 (couplages, puissances)
- Wikipédia — Centrale nucléaire de Saint-Laurent (accidents 1969/1980, silos, production)
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-25. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.