Article L1134-5 · En vigueur

Article L1134-5 — Prescription 5 ans en discrimination - reparation integrale du prejudice

L'article L1134-5 fixe à 5 ans le délai de prescription pour agir en réparation d'une discrimination. Point de départ : la révélation (non la commission). Les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice subi pendant toute la durée de la discrimination, même au-delà de 5 ans.

Ce que dit l'article L1134-5

Texte officiel en vigueur depuis le 29/05/2008 :

L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination.

Ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel.

Les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée.

Source : Légifrance

Nature
Partie legislative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre II
Titre
Titre III Discriminations
Chapitre
Chapitre IV Actions en justice

L'article L1134-5 du Code du travail fixe à 5 ans le délai de prescription pour agir en réparation d'une discrimination. Point de départ : la révélation de la discrimination (et non sa survenance), ce qui décale considérablement le délai en faveur de la victime. Surtout, les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice subi pendant toute la durée de la discrimination, même au-delà de 5 ans.

Texte officiel

« L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination.

Ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel.

Les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée. »

En clair

Cet article est profondément protecteur pour les victimes. Trois éléments combinés rendent la prescription particulièrement favorable :

  • 5 ans au lieu des 2 ans habituels en matière sociale (L1471-1)
  • Point de départ : révélation et non commission de la discrimination
  • Réparation intégrale du préjudice subi, même celui antérieur à 5 ans

C'est l'un des régimes de prescription les plus favorables aux victimes du droit français.

Le point de départ : la « révélation »

Définition de la révélation

Moment où la victime a effectivement connu la discrimination, dans toute son ampleur et avec les éléments factuels permettant de l'identifier. Pas le moment de la commission, ni de la simple suspicion.

Cas typiques de révélation
  • Découverte d'un écart salarial via le bilan social (BDESE)
  • Audition d'un collègue mieux payé ou promu
  • Communication d'un document interne par un témoin
  • Enquête CSE ou Défenseur des droits

Réparation intégrale du préjudice : sans limitation temporelle

L'innovation majeure de L1134-5 (al. 3) est que les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée. Concrètement :

PréjudiceRéparation
Perte de salaireDifférentiel salarial sur toute la durée de la discrimination, même 10, 15 ou 20 ans en arrière
Perte de chance de promotionÉvaluation par le juge de la carrière qui aurait été suivie sans discrimination (« reconstitution de carrière »)
Perte de droits à retraiteDifférentiel de cotisations sur la durée + compensation de l'impact sur la pension future
Préjudice moralAtteinte à la dignité, souffrance, isolement professionnel
Préjudice de santéFrais médicaux, troubles psychiques liés à la discrimination, perte de capacité

Délai non aménageable par convention

L'alinéa 2 précise expressément que ce délai de 5 ans n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel. Concrètement :

  • Un accord collectif ne peut réduire ce délai
  • Une transaction ne peut prévoir une renonciation à toute action future en discrimination
  • La clause de prescription contractuelle plus courte est inopposable
  • Protection absolue d'ordre public

Articulation avec l'action pénale

L'action civile pour discrimination (L1134-5, prud'hommes, 5 ans) se cumule avec l'action pénale (art. 225-2 Code pénal, 3 ans + 45 000 €, prescription 6 ans). Une victime peut donc, en parallèle : (1) saisir les prud'hommes pour la réparation civile de son préjudice ; (2) déposer plainte pénale contre l'employeur ou l'auteur direct pour discrimination pénalement sanctionnée ; (3) saisir le Défenseur des droits qui peut accompagner les deux procédures. Cumul possible des indemnités civiles et des sanctions pénales.

Modes de preuve aménagés (L1134-1)

L'action en discrimination bénéficie aussi d'un aménagement de la charge de la preuve (L1134-1) : le salarié n'a qu'à présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination. C'est ensuite à l'employeur de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Cette combinaison (prescription longue + charge de la preuve aménagée) rend l'action particulièrement effective.

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. Pour une action en discrimination : Défenseur des droits (defenseurdesdroits.fr) en première intention (enquête gratuite et confidentielle), puis prud'hommes pour la réparation civile. Délai 5 ans à compter de la révélation. Ministère d'avocat recommandé pour la complexité procédurale.

Publicité

Cas pratiques

Cas 1 — Écart salarial H/F révélé par le bilan social

Une cadre commerciale découvre en mars 2024, en consultant le bilan social de l'entreprise, qu'elle gagne 12 % de moins que ses collègues masculins à fonctions équivalentes, et ce depuis son embauche en 2014 (10 ans). Application de L1134-5 : point de départ de la prescription = mars 2024 (révélation). Délai d'action : jusqu'en 2029. Réparation : différentiel salarial sur 10 ans (~ 65 000 €) + perte de chance de promotion (~ 30 000 €) + préjudice moral (~ 10 000 €) + droits à retraite reconstitués. Total ~ 110 000 €.

Cas 2 — Discrimination révélée par enquête CSE

Une enquête CSE révèle en 2025 que les salariés d'origine étrangère reçoivent systématiquement moins de promotions à profil égal (analyse statistique sur 15 ans). Application de L1134-5 : révélation collective en 2025. Action possible jusqu'en 2030 pour chaque salarié concerné. Réparation intégrale : reconstitution de carrière hypothétique sans discrimination, calcul du différentiel salarial sur 15 ans, dommages-intérêts. Coût moyen par salarié : 25 000 à 80 000 €. Possible action de groupe (L1247-1) menée par les syndicats.

Cas 3 — Prescription non aménageable par transaction

Un employeur licencie un salarié et propose une transaction avec clause « le salarié renonce à toute action future relative à sa carrière ». Le salarié signe. 3 ans après, il découvre des éléments démontrant une discrimination liée à son âge. Application de L1134-5 al. 2 : le délai de 5 ans n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel. La clause de renonciation est inopposable à l'action en discrimination. Le salarié peut agir aux prud'hommes pour la discrimination révélée, et réclamer des dommages-intérêts pour toute la période discriminée.

Cas 4 — Découverte par audition d'un collègue

Une salariée syndicaliste, lors d'un café avec un nouveau collègue, apprend que son N+1 gagne nettement plus qu'elle avec moins d'ancienneté. Elle suspecte une discrimination liée à ses activités syndicales (L2141-5). Elle obtient des éléments concordants 6 mois après. Application de L1134-5 : point de départ = audition + collecte des preuves (date de connaissance effective). Délai : 5 ans à compter. Charge de la preuve aménagée : la salariée présente les éléments factuels, l'employeur doit prouver l'absence de discrimination. Réparation intégrale du préjudice subi pendant toute la durée.

Cas 5 — Réparation intégrale même sur 20 ans

Un salarié de 58 ans découvre fin 2024 (audition d'un témoin retraité) qu'il a été victime de discrimination liée à son origine ethnique pendant toute sa carrière (1985-2024). Application de L1134-5 al. 3 : les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée — soit 39 ans. Reconstitution intégrale : différentiel salarial complet, perte de chance de carrière, droits à retraite reconstitués, préjudice moral. Indemnisation potentielle : 200 000 à 500 000 € (jurisprudence du genre).

Cas 6 — Cumul prud'hommes + action pénale

Un salarié syndicaliste victime de discrimination engage parallèlement : (1) une action civile aux prud'hommes (L1134-5, 5 ans) pour réparation civile ; (2) une plainte pénale au procureur (art. 225-2 Code pénal, 6 ans). Application combinée : les deux procédures sont autonomes mais peuvent s'éclairer mutuellement. Si condamnation pénale, elle facilite l'action civile (autorité de la chose jugée sur la matérialité des faits). Cumul des indemnités possible : civiles (compensation du préjudice) + pénales (amende et éventuelle prison de l'auteur direct).

4 atouts de la prescription L1134-5 pour la victime

(1) 5 ans au lieu de 2 ans habituels en matière sociale — plus de temps pour collecter les preuves et préparer le dossier. (2) Point de départ = révélation et non commission — la prescription ne court qu'à partir du moment où la victime a connaissance effective de la discrimination. (3) Réparation intégrale du préjudice subi pendant toute la durée, même au-delà de 5 ans (la prescription porte sur l'action, pas sur la période indemnisable). (4) Délai non aménageable par convention ou transaction : protection d'ordre public absolu. À cumuler avec la charge de la preuve aménagée (L1134-1).

Questions fréquentes

5 ans à compter de la révélation de la discrimination (L1134-5). Délai dérogatoire au droit commun de 2 ans en matière sociale, particulièrement protecteur pour les victimes. Point de départ = moment où la victime a effectivement connu la discrimination avec les éléments factuels permettant de l'identifier (et non le moment de sa commission).

La révélation est le moment où la victime a connu de manière effective la discrimination, dans toute son ampleur. Cas typiques : découverte d'un écart salarial via le bilan social (BDESE), audition d'un collègue mieux payé ou promu, communication d'un document interne, enquête CSE ou Défenseur des droits, conclusions d'un syndicaliste. Le simple ressenti ou suspicion ne suffit pas : il faut des éléments factuels concrets.

Non. L'alinéa 3 de L1134-5 est clair : « Les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée ». Si la discrimination a duré 15 ans et que la victime agit dans les 5 ans suivant la révélation, elle peut obtenir réparation pour les 15 années. La prescription porte sur le délai d'action, pas sur la période indemnisable.

Non, l'alinéa 2 de L1134-5 est explicite : « Ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel ». Aucun accord collectif, aucune transaction, aucune clause contractuelle ne peut réduire ce délai ou prévoir une renonciation à toute action future en discrimination. Toute clause contraire est inopposable. Protection d'ordre public absolu pour les victimes.

L'entier préjudice subi du fait de la discrimination : (1) perte de salaire et différentiel salarial sur toute la durée ; (2) perte de chance de promotion (reconstitution de carrière hypothétique) ; (3) perte de droits à retraite et impact sur la pension future ; (4) préjudice moral (atteinte à la dignité, souffrance, isolement) ; (5) préjudice de santé (frais médicaux, troubles psychiques) ; (6) atteinte à l'évolution professionnelle. Indemnisation souvent significative (10 000 à plusieurs centaines de milliers d'euros).

Oui. L'action civile aux prud'hommes (L1134-5, 5 ans, réparation civile) se cumule avec l'action pénale (art. 225-2 Code pénal, 6 ans, sanctions pénales 3 ans + 45 000 €). Procédures autonomes mais qui peuvent s'éclairer : une condamnation pénale facilite l'action civile (autorité de la chose jugée sur la matérialité). Saisine en parallèle possible : Défenseur des droits (procédure gratuite et confidentielle), inspection du travail, prud'hommes, procureur.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 02/06/2026.