Chargé d'Affaires Environnement

Les milieux : eau, air, sol, déchets, bruit et biodiversité

Module 3 / 5

Module 3 : Les milieux : eau, air, sol, déchets, bruit et biodiversité 22 min de lecture

3.1 Eau et air : rejets, prélèvements et émissions

Un site industriel ne vit pas en vase clos : il prélève de l'eau, en rejette, il émet des poussières et des composés dans l'air. L'eau et l'air sont les deux milieux que vous suivez au quotidien. Ce chapitre vous donne les réflexes terrain : ce que j'autorise à entrer, ce que je surveille en sortie, et la règle qui ne se discute jamais — aucun rejet hors limites.

Entrées et sorties d'un site (schéma de principe)

Entrées

Prélèvement d'eau (réseau, forage, milieu)

Énergie & matières premières

LE SITE
transforme

Sorties

Rejets d'eaux (process, pluviales)

Émissions dans l'air (canalisées, diffuses)

Déchets (voir 3.2)

Le chargé d'affaires environnement maîtrise chaque flux : ce qui entre, ce qui sort, et les limites applicables.

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L'eau prélevée : d'où elle vient et à quel titre

Avant de parler de rejet, on regarde l'entrée. Un site peut prélever de l'eau sur le réseau public, par un forage en nappe, ou directement dans un cours d'eau. Ces prélèvements ne sont pas libres : ils relèvent de la police de l'eau au titre des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) régis par le Code de l'environnement (rubrique L214), avec un régime de déclaration ou d'autorisation selon les volumes et l'impact.

Le réflexe métier : je vérifie le titre qui couvre mon prélèvement avant de pomper. Un forage non déclaré, un volume dépassé, un prélèvement en période d'étiage non respecté : ce sont des manquements qui exposent l'exploitant.

  • Origine : réseau public, forage, prélèvement en milieu naturel.
  • Régime : déclaration ou autorisation IOTA selon les seuils fixés par la réglementation.
  • Comptage : les volumes prélevés sont mesurés et déclarés, notamment pour les redevances.
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Les rejets d'eau : valeurs limites et autosurveillance

Ce qui sort du site dans l'eau est encadré par des valeurs limites de rejet : concentration et/ou flux à ne pas dépasser pour chaque paramètre. Ces valeurs sont fixées par l'arrêté préfectoral propre au site (ou par les arrêtés ministériels applicables) — elles ne sont pas universelles, elles dépendent de l'activité et du milieu récepteur.

Les paramètres classiquement suivis : matières en suspension, demande chimique et biochimique en oxygène (charge organique), pH, température, et selon l'activité, métaux, hydrocarbures, azote, phosphore. Le chargé d'affaires ne retient pas des chiffres par cœur : il sait où lire les valeurs applicables à son site (dans l'arrêté) et il vérifie que les rejets restent dedans.

La maîtrise repose sur l'autosurveillance : l'exploitant mesure lui-même ses rejets selon une fréquence et des modalités définies, conserve les résultats et les transmet à l'administration. Un dépassement constaté se déclare et se traite, il ne se cache pas.

Aucun rejet hors limites. Une valeur dépassée n'est jamais « tolérée pour cette fois ». On arrête, on identifie la cause (process déréglé, prétraitement défaillant), on corrige, et on trace. Un rejet hors limites peut polluer durablement un milieu aquatique et engager la responsabilité de l'exploitant.
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L'assainissement : réseau, station et raccordement

Tout rejet ne part pas directement au milieu naturel. Beaucoup de sites sont raccordés à un réseau d'assainissement qui conduit les effluents vers une station d'épuration collective. Ce raccordement n'est pas un droit automatique : il fait l'objet d'une autorisation (ou convention) de déversement qui fixe ce que le site a le droit d'envoyer dans le réseau.

Pourquoi ? Parce qu'une station d'épuration est conçue pour traiter des effluents domestiques. Des effluents industriels chargés (hydrocarbures, métaux, fortes pollutions organiques) peuvent perturber, voire détériorer la station. D'où l'obligation, pour de nombreux sites, de prétraiter avant de raccorder (débourbeur-déshuileur, neutralisation du pH, dégrillage…).

  • Réseau : canalisations collectant les eaux usées (et parfois pluviales en réseau unitaire).
  • Station d'épuration : traite les effluents avant rejet au milieu.
  • Raccordement : autorisé et encadré par une convention de déversement.
  • Prétraitement : à la charge du site pour respecter les limites du raccordement.
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Les agences de l'eau et la protection des milieux aquatiques

Les agences de l'eau sont des établissements publics organisés par grand bassin hydrographique. Elles perçoivent des redevances (prélèvement, pollution) selon le principe pollueur-payeur, et financent en retour des actions de protection et de restauration des milieux. Pour l'exploitant, cela se traduit concrètement par des redevances assises sur les volumes prélevés et la pollution rejetée.

L'objectif de fond reste la protection des milieux aquatiques : un cours d'eau, une nappe, une zone humide sont des milieux vivants et vulnérables. Un rejet chaud, acide, chargé en nutriments ou en toxiques peut déséquilibrer tout un écosystème en aval. C'est pourquoi les valeurs limites tiennent compte du milieu récepteur, pas seulement de la sortie du tuyau.

Réflexe du chargé d'affaires : avant tout rejet, je me demande où va l'eau (réseau ou milieu naturel) et quelles limites s'appliquent. La réponse est toujours dans un document : arrêté préfectoral, convention de déversement, déclaration IOTA.
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L'air : émissions canalisées et diffuses, poussières et COV

Côté air, deux grandes familles d'émissions à distinguer car on ne les maîtrise pas de la même façon :

  • Les émissions canalisées : elles sortent par une cheminée ou un conduit identifié. On peut les mesurer, les filtrer, les traiter. Ce sont les plus simples à surveiller.
  • Les émissions diffuses : elles s'échappent un peu partout (stockages à l'air libre, manutentions, fuites, surfaces). Difficiles à capter, on les maîtrise surtout par des mesures à la source : confinement, capotage, arrosage, captation au plus près.

Les principaux polluants suivis selon l'activité :

  • Poussières (particules) : issues du broyage, de la manutention de matériaux, de la combustion.
  • Composés organiques volatils (COV) : solvants, peintures, dégraissants — ils s'évaporent facilement et participent à la pollution photochimique.
  • Odeurs : gênes de voisinage à part entière, traitées comme une nuisance même sans toxicité directe.

Comme pour l'eau, les valeurs limites d'émission dans l'air sont fixées par l'arrêté applicable au site. On retient le principe, pas un chiffre universel : chaque conduit a sa limite, et on la respecte.

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Surveiller les deux milieux : paramètres et moyens de maîtrise

La surveillance des émissions dans l'air suit la même logique que l'eau : mesures périodiques (parfois en continu sur les gros conduits), conservation des résultats, transmission à l'administration. Le chargé d'affaires tient à jour son programme de surveillance et réagit au moindre écart.

MilieuParamètres suivisMoyens de maîtrise
Eau Matières en suspension, charge organique (oxygène), pH, température, métaux, hydrocarbures, azote/phosphore selon l'activité. Prétraitement (débourbeur-déshuileur, neutralisation), station, autosurveillance, respect des valeurs limites de l'arrêté.
Air Poussières (particules), COV, odeurs, autres polluants selon le procédé. Filtration / dépoussiérage sur conduits, captation à la source, confinement des émissions diffuses, valeurs limites d'émission.
Pour formaliser la maîtrise des risques de pollution dans votre évaluation : Générateur de DUERP

Pour aller à la source réglementaire, les textes (régime IOTA, valeurs limites) sont consultables sur Légifrance, et les ressources techniques sur la maîtrise des rejets et émissions sur l'ADEME.

À retenir
  • Un site a des entrées (prélèvement d'eau, énergie, matières) et des sorties (rejets d'eau, émissions dans l'air, déchets). Le chargé d'affaires maîtrise chaque flux.
  • Les prélèvements d'eau relèvent du régime IOTA (L214) : déclaration ou autorisation selon les seuils. Je vérifie mon titre avant de pomper.
  • Les valeurs limites de rejet (eau et air) sont fixées par l'arrêté du site, pas universelles. Aucun rejet hors limites, jamais.
  • Le raccordement à l'assainissement est encadré par une convention de déversement et impose souvent un prétraitement pour ne pas détériorer la station.
  • Les agences de l'eau appliquent le pollueur-payeur (redevances) et financent la protection des milieux aquatiques, milieux vivants et vulnérables.
  • Air : distinguer émissions canalisées (mesurables, filtrables) et diffuses (maîtrisées à la source). Polluants suivis : poussières, COV, odeurs.