Coffrages et banches
Module 2 / 5
Sommaire
2.3 Le coffrage traditionnel
Là où la banche coule des voiles répétitifs à grande cadence, le coffrage traditionnel prend le relais dès qu'il faut une forme particulière ou un ouvrage unique. Réalisé en bois sur mesure, il demande davantage de savoir-faire et de temps. Ce chapitre décrit quand on l'emploie, avec quel matériel, et comment on coffre les ouvrages courants : poteau, poutre, plancher et escalier — sans oublier l'étaiement, garant de la stabilité.
Coffrer en traditionnel : les ouvrages courants
| Ouvrage | Composition du coffrage | Point clé |
|---|---|---|
| Poteau | Quatre peaux + raidisseurs + serrage | Aplomb parfait et serrage régulier |
| Poutre | Fond + deux joues + étaiement | Étaiement du fond, tenue des joues |
| Plancher | Étais + poutrelles + platelage | Report des charges par les étais |
| Escalier | Paillasse + coffrage des marches | Géométrie complexe, tracé précis |
Quand utilise-t-on le coffrage traditionnel ?
Le coffrage traditionnel est la solution dès qu'un coffrage-outil standard (banche, modulaire) ne convient pas. On l'emploie pour :
- Les ouvrages non répétitifs : pièces uniques que l'on ne coulera qu'une fois.
- Les formes particulières : géométries que les banches ou modules ne savent pas prendre (angles spéciaux, courbes, détails).
- Les petites séries : quand le nombre d'exemplaires ne justifie pas l'investissement dans un coffrage-outil.
Sa force est sa souplesse : le coffreur fabrique exactement le moule dont il a besoin. Sa contrainte est le temps et la main-d'œuvre : chaque coffrage est construit et vérifié sur place.
Le matériel du coffrage bois
Coffrer en traditionnel, c'est travailler le bois. Le coffreur assemble, cloue, visse et étaie à partir d'un matériel de base :
- Le contreplaqué (bakélisé) : les panneaux de peau coffrante, à face traitée pour un bon parement et un décoffrage facile.
- Les bastaings et madriers : les pièces de bois de forte section qui servent de raidisseurs et de supports.
- Les étais : les supports réglables qui reprennent les charges verticales (fonds de poutre, planchers).
- Les serre-joints : pour maintenir et serrer les peaux entre elles pendant le montage.
La peau coffrante doit être propre, en bon état et huilée avant chaque coulage. Un panneau abîmé ou mal huilé donne un parement défectueux et un décoffrage difficile.
Coffrer un poteau et une poutre
Le poteau. C'est un élément vertical. On assemble quatre peaux formant une gaine autour des armatures, on ajoute des raidisseurs pour contenir la poussée du béton, et on serre l'ensemble (colliers, serre-joints). Le point critique est l'aplomb : un poteau doit être parfaitement vertical, contrôlé avant coulage.
La poutre. C'est un élément horizontal. Son coffrage comprend un fond (la face inférieure) et deux joues (les faces latérales). Le fond doit être étayé car il supporte le poids du béton frais ; les joues sont maintenues contre la poussée.
Poteau : on surveille l'aplomb et le serrage. Poutre : on surveille l'étaiement du fond et la tenue des joues.
Coffrer un plancher et un escalier
Le plancher (dalle). C'est une grande surface horizontale coulée en hauteur. Le coffrage repose sur un système à trois niveaux :
- Les étais : ils reprennent tout le poids et le reportent au sol (ou au plancher inférieur).
- Les poutrelles : posées sur les étais, elles portent le platelage.
- Le platelage : les panneaux qui reçoivent le béton de la dalle.
Sur certains chantiers, les planchers sont partiellement préfabriqués (prédalles, planchers préfa) : le coffrage traditionnel du plancher est alors réduit, mais l'étaiement reste nécessaire tant que le béton n'a pas fait sa résistance.
L'escalier. C'est l'ouvrage le plus complexe à coffrer. Il comprend la paillasse (la dalle inclinée qui porte l'escalier) et le coffrage de chaque marche. La géométrie (hauteur et giron des marches) impose un tracé précis et un coffrage soigné : la moindre erreur se voit sur les marches finies.
Étaiement, étanchéité et propreté
Deux exigences transverses conditionnent la réussite d'un coffrage traditionnel : l'étaiement et la propreté avant coulage.
L'étaiement. Il reprend et reporte les charges (poids du béton frais et des équipes) vers un appui solide. Sa stabilité est vitale :
- Report des charges : les étais doivent descendre sur un sol ou un plancher capable de reprendre l'effort.
- Stabilité de l'ensemble : étais d'aplomb, contreventés si nécessaire, réglés à la bonne hauteur.
- Pas de décoffrage prématuré : on ne retire jamais les étais tant que le béton n'a pas atteint une résistance suffisante — un décoffrage trop tôt peut provoquer l'effondrement de l'ouvrage.
Étanchéité et propreté. Avant de couler, le coffrage doit être propre (débarrassé des débris, sciure, points de rouille), huilé et étanche aux joints, pour éviter les fuites de laitance et garantir un béton sain. Repères de prévention BTP : OPPBTP.
L'étaiement d'un plancher : les trois niveaux
3. Platelage
Les panneaux qui reçoivent le béton de la dalle.
2. Poutrelles
Posées sur les étais, elles portent le platelage.
1. Étais
Reprennent le poids et le reportent au sol.
Le poids du béton descend du platelage vers les étais, puis vers l'appui.
Mes réflexes terrain
- Poteau : je contrôle l'aplomb et le serrage ; poutre : j'assure l'étaiement du fond.
- Je ne décoffre jamais prématurément un plancher ou une poutre : les étais restent tant que le béton n'a pas fait sa résistance.
- Avant de couler, je vérifie que le coffrage est propre, huilé et étanche.
À retenir
- Le coffrage traditionnel s'emploie pour les ouvrages non répétitifs, formes particulières et petites séries.
- Matériel : contreplaqué/bakélisé, bastaings, madriers, étais, serre-joints.
- Poteau : peaux + raidisseurs + serrage, aplomb ; poutre : fond + joues + étaiement.
- Plancher : étais + poutrelles + platelage (ou prédalles préfa) ; escalier : paillasse + marches, géométrie complexe.
- L'étaiement reporte les charges ; il doit être stable et ne jamais être retiré prématurément.
- Avant coulage : coffrage propre, huilé et étanche pour un béton sain et un bon parement.