Risque Biologique au travail
Module 3 : Mesures de prévention
3.2 EPI biologique : gants, masques FFP2/FFP3, blouses
Choisir un EPI biologique sans en connaître la norme, c'est choisir une présomption de protection. Ce chapitre liste les 7 familles d'EPI applicables au risque infectieux — gants EN 374-5, masques chirurgicaux EN 14683 et FFP EN 149, APR ventilation assistée EN 12942, ARI à adduction EN 14594, blouses EN 14126, lunettes EN 166 — et détaille les procédures donning / doffing critiques : 50 % des soignants se contaminent en retirant leur blouse incorrectement (étude AP-HP 2020).
Les 7 familles d'EPI biologique et leurs normes européennes
Toujours vérifier le marquage CE + norme EN spécifique biologique avant achat.
Gants — norme EN 374, focus EN 374-5 biohazard
La norme EN 374 couvre la résistance des gants aux produits chimiques et aux micro-organismes. Pour le risque biologique, c'est la partie EN 374-5 « Protection contre les micro-organismes » qui est obligatoire : elle se reconnaît au pictogramme biohazard (trèfle) imprimé sur le gant. Sans ce marquage, le gant n'est pas qualifié pour le risque biologique, peu importe les autres normes affichées.
Les cinq familles de gants jetables sur le marché :
- Nitrile — référence en santé et laboratoire. Hypoallergénique, bonne résistance chimique, mais la taille doit être ajustée précisément : un gant trop grand peut afficher 75 % de taux de fuite mesuré au test d'étanchéité.
- Latex — excellente dextérité, mais 8 à 17 % de la population générale présente une sensibilisation type I IgE. Le latex est interdit dans les services pédiatriques sensibles et les blocs avec patients allergiques connus.
- Vinyl / PVC — bas de gamme, faible résistance mécanique et chimique, perméabilité élevée aux micro-organismes : déconseillé pour le risque biologique.
- Néoprène — résistance chimique élevée, plus épais, utilisé en chimio-thérapie ou manipulation cytotoxique.
- Double gantage — deux paires superposées : réduit le risque de transmission VIH de 50 % en cas de piqûre (effet d'essuyage de l'aiguille par le gant externe). Recommandé pour tout AES potentiel et pour les CMR chimiques associés.
Avant usage : test d'étanchéité simple (souffler dans le gant et serrer le poignet, vérifier qu'aucune bulle d'air ne s'échappe). Changement systématique entre patients ou manipulations, jamais de réutilisation. Lavage des mains avant et après retrait, jamais sur gants.
Masques — chirurgical EN 14683 vs FFP EN 149
Confusion la plus fréquente sur le terrain : le masque chirurgical n'est PAS un masque respiratoire. Il protège dans un sens (de l'opérateur vers le patient ou le produit), pas dans l'autre. La norme EN 14683 classe les chirurgicaux en types I, II et IIR (résistant aux projections), avec une efficacité de filtration bactérienne (BFE) de 95 à 98 % mais une filtration aérosols opérateur de 3 à 5 % seulement. Inadapté pour protéger des particules virales en suspension.
Les masques FFP (Filtering Face Piece) répondent à la norme EN 149 et protègent l'opérateur :
- FFP1 — filtre 80 % des particules ≥ 0,6 µm. Protection faible, peu utilisé en risque biologique.
- FFP2 (N95 équivalent) — filtre 94 % des particules. Standard pour TB (forme sensible), grippe saisonnière, SARS-CoV-2 en soins de routine, BSL-2 manipulations à risque modéré. Réutilisable 8 heures maximum avant saturation.
- FFP3 — filtre 99 % des particules. Obligatoire pour : agents groupe 3 à transmission aérienne (TB multi-résistante, SARS aérosol-générant), aérosol-generating procedures (intubation, bronchoscopie, expectoration induite, dentaire spray-eau-fraise haute vitesse).
Au-delà des FFP, deux familles d'appareils de protection respiratoire à motorisation :
- APR à ventilation assistée — EN 12942 (classe TH3, facteur de protection nominal 500). Cagoule ou demi-masque alimenté par turbine à filtre. Recommandé pour les soignants COVID en réanimation sur longue durée : confort thermique amélioré, pas de fit-test individuel à refaire.
- ARI à adduction d'air comprimé — EN 14594 (classe TM3, facteur de protection 2000). Pour espaces confinés à risque et sortie d'animalerie BSL-3.
Blouses, lunettes, charlottes, chaussures
Blouses — deux options : usage unique en non-tissé polypropylène norme EN 14126 (vêtements de protection contre les agents infectieux), fermeture dos, manches longues serrées avec élastique au poignet ; ou réutilisable coton blanchie à 60 °C minimum, durabilité limitée à environ 50 cycles. Pour BSL-3 : combinaison Tyvek intégrale couvrant entièrement le corps, cagoule incluse.
Protection oculaire — norme EN 166 : lunettes étanches branches latérales fermées ou écran facial transparent (protège également les muqueuses nasale et buccale). À porter dès qu'une projection est possible : intubation, autopsie, aspiration trachéale, manipulation de liquides biologiques sous pression.
Cheveux et chaussures : charlotte ou bonnet pour cheveux longs (zone propre agroalimentaire, bloc opératoire, BSL-3), chaussures dédiées à la zone à risque (sabots type Birkenstock lavables à 60 °C), surchaussures jetables pour les zones contaminées de passage.
Le marquage CE catégorie III (risque mortel ou irréversible) est obligatoire sur tout EPI biologique, avec mention du numéro de l'organisme notifié ayant délivré l'attestation d'examen UE de type. Sans ce marquage, l'EPI n'est pas conforme au règlement UE 2016/425.
Donning & Doffing — l'ordre qui sauve
L'erreur la plus coûteuse en pratique n'est pas le mauvais choix d'EPI, c'est le retrait incorrect en fin d'intervention. Une étude AP-HP de 2020 a montré qu'environ 50 % des soignants se contaminaient en retirant leur blouse : contact main-extérieur de la blouse contaminée, manipulation du masque par sa face filtrante, oubli du lavage des mains entre étapes.
L'ordre de retrait recommandé par l'OMS et la SF2H :
- Gants externes (les plus contaminés) — retrait en pelant, gant contre gant, jeter en DASRI.
- Lunettes ou écran facial — saisir par les branches, jamais par la face.
- Blouse — détacher en arrière, retirer en roulant de l'intérieur vers l'extérieur, sans jamais toucher la face extérieure.
- Masque — saisir uniquement par les liens ou élastiques, jamais par la face filtrante (zone la plus chargée en aérosols capturés).
- Gants internes — si double gantage.
- Lavage hydroalcoolique des mains systématique en fin.
Cet ordre est opposé à l'ordre d'enfilage (donning) : blouse → masque → lunettes → gants. La formation gestuelle doit être pratique, jamais purement théorique : les CHU font passer chaque nouveau soignant en chambre d'isolement par un atelier donning/doffing filmé avant accès en autonomie.
« On meurt rarement d'avoir mis un EPI, on se contamine régulièrement à l'enlever. L'apprentissage du doffing est plus critique que celui du donning. »
— Recommandations SF2H « Précautions standard pour les soins », révision 2017.
Fit-test des masques FFP — étanchéité au visage
Un masque FFP2 ou FFP3 ne tient sa promesse de filtration que s'il est étanche au visage. Un masque mal ajusté laisse passer 30 à 50 % de l'air par les fuites latérales — l'efficacité chute alors au niveau d'un masque chirurgical, malgré la certification FFP. La norme NF EN 14387 définit deux méthodes de contrôle de l'étanchéité :
- Test qualitatif (saccharine ou Bitrex) — le porteur du masque réalise une série d'exercices (respiration normale, profonde, rotation tête, lecture à voix haute) dans une cagoule où l'on vaporise une solution sucrée ou amère. S'il perçoit le goût, le masque fuit — il faut changer de modèle ou de taille.
- Test quantitatif (PortaCount) — mesure du rapport entre la concentration de particules dans l'air ambiant et dans le masque, donne un fit-factor chiffré. Standard pour les soignants exposés en chambres TB.
Le fit-test est annuel obligatoire pour les soignants exposés à la tuberculose et recommandé pour tous les utilisateurs réguliers de FFP3. Il faut le refaire après prise/perte de poids importante, intervention dentaire ou chirurgicale modifiant la morphologie faciale, ou changement de modèle de masque. Une barbe, même de 24 heures, casse l'étanchéité — les agents exposés à risque doivent être rasés ou utiliser un APR à cagoule (EN 12942).
Workflow doffing OMS / SF2H — 6 étapes
Gants externes
Lunettes / écran
Blouse (intérieur)
Masque (par liens)
Gants internes
Friction SHA
Ordre opposé au donning : on retire toujours du plus contaminé au plus propre.
À retenir
- Gants : EN 374-5 obligatoire (pictogramme biohazard). Nitrile = référence santé/labo ; latex = 8-17 % de sensibilisations IgE ; double gantage = -50 % risque VIH en cas d'AES.
- Masque chirurgical EN 14683 protège uniquement vers l'extérieur (filtration aérosols 3-5 %) ; FFP EN 149 protège l'opérateur : FFP1 = 80 %, FFP2 = 94 %, FFP3 = 99 % des particules ≥ 0,6 µm.
- FFP3 obligatoire pour TB multi-résistante, SARS aérosol-générant, intubation, bronchoscopie. APR ventilé EN 12942 (TH3, PNF 500) confortable longue durée ; ARI adduction EN 14594 (TM3, PNF 2000) pour BSL-3.
- Blouses EN 14126 (vêtements anti-infectieux), lunettes EN 166, marquage CE catégorie III obligatoire sur tout EPI biologique.
- Doffing critique : étude AP-HP 2020 = 50 % de contaminations en retrait incorrect. Ordre OMS : gants externes → lunettes → blouse (par intérieur) → masque (par liens) → gants internes → friction SHA.
- Fit-test NF EN 14387 : annuel obligatoire pour soignants TB. Une barbe casse l'étanchéité : rasage ou APR à cagoule.