Risque Biologique au travail

Module 3 : Mesures de prévention

Sommaire complet de la formation
Module 3 : Prévention 32 min de lecture

Les EPI du risque biologique et leurs normes

Choisir un EPI biologique sans en connaître la norme, c'est choisir une présomption de protection. Ce chapitre liste les familles d'EPI applicables au risque infectieux — gants EN ISO 374-5, masques chirurgicaux EN 14683 et FFP EN 149, appareils à ventilation assistée EN 12941 et EN 12942, adduction d'air EN 14594, vêtements EN 14126, protection oculaire EN 166 — et détaille l'ordre d'habillage et surtout de retrait, étape où se produit l'essentiel des contaminations.

Les 7 familles d'EPI biologique et leurs normes européennes
Gants
EN ISO 374-5 — biohazard
Masque chir.
EN 14683 type IIR
FFP1/2/3
EN 149 : 80/94/99 %
Ventilation assistée
EN 12941 (TH) / EN 12942 (TM)
Adduction d'air
EN 14594
Blouse
EN 14126
Lunettes
EN 166
Chaussures
Surchaussures jetables

Toujours vérifier le marquage CE + norme EN spécifique biologique avant achat.

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Gants — la norme EN ISO 374, partie 5 « micro-organismes »

La norme EN ISO 374 couvre la résistance des gants aux produits chimiques et aux micro-organismes. Pour le risque biologique, c'est la partie EN ISO 374-5 qui s'applique : elle se reconnaît au pictogramme « risque biologique » (le trèfle) marqué sur le gant, complété de la mention VIRUS lorsque le gant a en plus satisfait au test de pénétration virale. Sans ce marquage, le gant n'est pas qualifié pour le risque biologique, quelles que soient les autres normes affichées. Le décodeur des normes EPI du site permet de vérifier un marquage en quelques secondes.

Les cinq familles de gants jetables sur le marché :

  • Nitrile — référence en santé et en laboratoire. Pas de protéines de latex, bonne résistance chimique. La taille doit être ajustée : un gant trop grand plisse, accroche et se perce ; un gant trop petit se déchire à l'enfilage.
  • Latex — excellente dextérité, mais c'est un allergène majeur en milieu de soins : les protéines du latex naturel font l'objet d'un tableau de maladie professionnelle dédié (RG 95). Il est écarté dès qu'un patient ou un soignant est sensibilisé, et de plus en plus remplacé par le nitrile.
  • Vinyl / PVC — bas de gamme, faible résistance mécanique et chimique, perméabilité élevée aux micro-organismes : déconseillé pour le risque biologique.
  • Néoprène — résistance chimique élevée, plus épais, utilisé en chimio-thérapie ou manipulation cytotoxique.
  • Double gantage — deux paires superposées. L'intérêt est double : une perforation de la paire externe est plus souvent repérée sans que la barrière soit rompue, et le passage de l'aiguille à travers deux épaisseurs essuie une partie du sang résiduel, donc réduit le volume inoculé. Recommandé au bloc, en endoscopie et pour tout geste à risque de piqûre.

Avant usage : test d'étanchéité simple (souffler dans le gant et serrer le poignet, vérifier qu'aucune bulle d'air ne s'échappe). Changement systématique entre patients ou manipulations, jamais de réutilisation. Lavage des mains avant et après retrait, jamais sur gants.

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Masques — chirurgical EN 14683 vs FFP EN 149

Confusion la plus fréquente sur le terrain : le masque chirurgical n'est PAS un masque respiratoire. Il protège dans un sens (de l'opérateur vers le patient ou le produit), pas dans l'autre. La norme EN 14683 classe les chirurgicaux en types I, II et IIR (résistant aux projections), avec une efficacité de filtration bactérienne (BFE) de 95 à 98 % mais une filtration aérosols opérateur de 3 à 5 % seulement. Inadapté pour protéger des particules virales en suspension.

Les masques FFP (Filtering Face Piece) répondent à la norme EN 149 et protègent l'opérateur :

  • FFP1 — filtre 80 % des particules ≥ 0,6 µm. Protection faible, peu utilisé en risque biologique.
  • FFP2 (N95 équivalent) — filtre 94 % des particules. Standard pour la tuberculose sensible, la grippe, le SARS-CoV-2 en soins de routine et les manipulations à risque modéré. C'est un EPI à usage unique : la durée de port continu recommandée n'excède pas quelques heures, et le masque se change dès qu'il est humide, souillé ou déplacé.
  • FFP3 — filtre 99 % des particules. Obligatoire pour : agents groupe 3 à transmission aérienne (TB multi-résistante, SARS aérosol-générant), aérosol-generating procedures (intubation, bronchoscopie, expectoration induite, dentaire spray-eau-fraise haute vitesse).

Au-delà des FFP, deux familles d'appareils de protection respiratoire à motorisation :

  • Appareils filtrants à ventilation assistée. Deux normes à ne pas confondre : EN 12941 pour les appareils associés à une cagoule ou un casque, dont les classes sont notées TH1 à TH3 (facteur de protection nominal de 500 pour la classe TH3) ; EN 12942 pour ceux associés à un masque complet, demi-masque ou quart de masque, dont les classes sont notées TM1 à TM3. L'air est filtré puis soufflé par une turbine. Recommandé pour les soignants COVID en réanimation sur longue durée : confort thermique amélioré, pas de fit-test individuel à refaire.
  • Appareils à adduction d'air comprimé — EN 14594 : l'air respirable vient d'un réseau ou d'une bouteille, pas du local. Réservé aux situations où l'atmosphère ambiante ne peut pas être filtrée de façon fiable.
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Blouses, lunettes, charlottes, chaussures

Blouses — deux options : usage unique en non-tissé polypropylène norme EN 14126 (vêtements de protection contre les agents infectieux), fermeture dos, manches longues serrées avec élastique au poignet ; ou réutilisable coton blanchie à 60 °C minimum, durabilité limitée à environ 50 cycles. Pour BSL-3 : combinaison Tyvek intégrale couvrant entièrement le corps, cagoule incluse.

Protection oculaire — norme EN 166 : lunettes étanches branches latérales fermées ou écran facial transparent (protège également les muqueuses nasale et buccale). À porter dès qu'une projection est possible : intubation, autopsie, aspiration trachéale, manipulation de liquides biologiques sous pression.

Cheveux et chaussures : charlotte ou bonnet pour cheveux longs (zone propre agroalimentaire, bloc opératoire, BSL-3), chaussures dédiées à la zone à risque, fermées et lavables, surchaussures jetables pour les zones contaminées de passage.

Le marquage CE catégorie III (risque mortel ou irréversible) est obligatoire sur tout EPI biologique, avec mention du numéro de l'organisme notifié ayant délivré l'attestation d'examen UE de type. Sans ce marquage, l'EPI n'est pas conforme au règlement UE 2016/425.

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Donning & Doffing — l'ordre qui sauve

L'erreur la plus coûteuse en pratique n'est pas le mauvais choix d'EPI, c'est le retrait incorrect en fin d'intervention : la main qui touche la face externe contaminée de la blouse, le masque saisi par sa face filtrante, l'absence de friction des mains entre deux étapes. Les travaux de simulation publiés sur le sujet montrent que la contamination de la peau ou des vêtements lors du retrait des EPI est fréquente et qu'elle chute nettement après un entraînement gestuel dédié. C'est la raison pour laquelle le retrait s'apprend en atelier, pas dans un support écrit.

L'ordre de retrait recommandé par l'OMS et la SF2H :

  1. Gants externes (les plus contaminés) — retrait en pelant, gant contre gant, jeter en DASRI.
  2. Lunettes ou écran facial — saisir par les branches, jamais par la face.
  3. Blouse — détacher en arrière, retirer en roulant de l'intérieur vers l'extérieur, sans jamais toucher la face extérieure.
  4. Masque — saisir uniquement par les liens ou élastiques, jamais par la face filtrante (zone la plus chargée en aérosols capturés).
  5. Gants internes — si double gantage.
  6. Lavage hydroalcoolique des mains systématique en fin.

Cet ordre est opposé à l'ordre d'enfilage (donning) : blouse → masque → lunettes → gants. La formation gestuelle doit être pratique, jamais purement théorique : les CHU font passer chaque nouveau soignant en chambre d'isolement par un atelier donning/doffing filmé avant accès en autonomie.

« On meurt rarement d'avoir mis un EPI, on se contamine régulièrement à l'enlever. L'apprentissage du doffing est plus critique que celui du donning. »

— Recommandations SF2H « Précautions standard pour les soins », révision 2017.
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Fit-test des masques FFP — étanchéité au visage

Un masque FFP2 ou FFP3 ne tient sa promesse de filtration que s'il est étanche au visage. Un masque mal ajusté laisse passer 30 à 50 % de l'air par les fuites latérales — l'efficacité chute alors au niveau d'un masque chirurgical, malgré la certification FFP. La norme NF EN 14387 définit deux méthodes de contrôle de l'étanchéité :

  • Test qualitatif (saccharine ou Bitrex) — le porteur du masque réalise une série d'exercices (respiration normale, profonde, rotation tête, lecture à voix haute) dans une cagoule où l'on vaporise une solution sucrée ou amère. S'il perçoit le goût, le masque fuit — il faut changer de modèle ou de taille.
  • Test quantitatif (PortaCount) — mesure du rapport entre la concentration de particules dans l'air ambiant et dans le masque, donne un fit-factor chiffré. Standard pour les soignants exposés en chambres TB.

L'essai d'ajustement est refait à chaque changement de modèle ou de taille de masque, et après toute modification de la morphologie du visage (variation de poids importante, intervention dentaire ou chirurgicale). Une barbe, même de quelques jours, casse l'étanchéité d'un masque à ajustement facial : les personnes concernées doivent utiliser un appareil à cagoule à ventilation assistée (EN 12941), qui ne repose pas sur un joint facial.

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Workflow doffing OMS / SF2H — 6 étapes
Étape 1

Gants externes

Étape 2

Lunettes / écran

Étape 3

Blouse (intérieur)

Étape 4

Masque (par liens)

Étape 5

Gants internes

Étape 6

Friction SHA

Ordre opposé au donning : on retire toujours du plus contaminé au plus propre.

À retenir
  • Gants : EN ISO 374-5 (pictogramme « risque biologique », mention VIRUS si test de pénétration virale). Nitrile = référence santé/labo ; latex = 8-17 % de sensibilisations IgE ; double gantage = -50 % risque VIH en cas d'AES.
  • Masque chirurgical EN 14683 protège uniquement vers l'extérieur (filtration aérosols 3-5 %) ; FFP EN 149 protège l'opérateur : FFP1 = 80 %, FFP2 = 94 %, FFP3 = 99 % des particules ≥ 0,6 µm.
  • FFP3 obligatoire pour TB multi-résistante, SARS aérosol-générant, intubation, bronchoscopie. APR ventilé EN 12942 (TH3, PNF 500) confortable longue durée ; ARI adduction EN 14594 (TM3, PNF 2000) pour BSL-3.
  • Blouses EN 14126 (vêtements anti-infectieux), lunettes EN 166, marquage CE catégorie III obligatoire sur tout EPI biologique.
  • Le retrait est l'étape critique : gants externes, puis lunettes, puis blouse (roulée de l'intérieur vers l'extérieur), puis masque (par les liens), puis gants internes, puis friction hydro-alcoolique. C'est l'ordre inverse de l'habillage, et il s'apprend en atelier.
  • Essai d'ajustement (fit test) pour tout masque à ajustement facial : méthode qualitative (goût) ou quantitative (comptage de particules), décrite par l'INRS ED 6273. À refaire à chaque changement de modèle ou de morphologie. Une barbe rend le FFP inopérant : passer à une cagoule ventilée EN 12941.
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Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale