Risque chimique N1 / N2
Les risques d'un site chimique

Module 2 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 2 : Les risques d'un site chimique 16 min de lecture

2.1 Produits dangereux : ce que l'intervenant doit savoir lire

L'intervenant d'une entreprise extérieure ne manipule pas forcément de produits chimiques : il démonte une bride, change une vanne, monte un échafaudage à côté d'une cuve. Le danger vient alors de ce que contient ou a contenu l'installation. Savoir lire une étiquette, une mention de danger et les bonnes rubriques d'une fiche de données de sécurité suffit à poser les bonnes questions avant d'intervenir.

Les 9 pictogrammes de danger du règlement CLP

Explosif (SGH01)

Matières explosives, autoréactives, peroxydes organiques

Inflammable (SGH02)

Gaz, aérosols, liquides et solides inflammables

Comburant (SGH03)

Peut provoquer ou aggraver un incendie

Gaz sous pression (SGH04)

Explosion sous l'effet de la chaleur, brûlures par le froid

Corrosif (SGH05)

Brûlures de la peau, lésions oculaires, corrosion des métaux

Toxicité aiguë (SGH06)

Mortel ou toxique par ingestion, contact ou inhalation

Nocif, irritant (SGH07)

Irritation, sensibilisation cutanée, effets narcotiques

Danger pour la santé (SGH08)

CMR, sensibilisation respiratoire, toxicité pour certains organes

Environnement (SGH09)

Toxicité pour le milieu aquatique

Icônes illustratives : les pictogrammes réglementaires sont des losanges à bordure rouge sur fond blanc, avec un symbole noir.

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L'intervenant est exposé même sans manipuler de produit

Les règles de prévention du risque chimique du Code du travail s'appliquent, selon l'article R. 4412-1, aux activités dans lesquelles les travailleurs sont « exposés ou susceptibles d'être exposés » à des agents chimiques dangereux. Le mot « susceptibles » compte : un calorifugeur ou un mécanicien n'a pas besoin de verser un produit pour être concerné.

Sur un site chimique, l'exposition de l'intervenant vient surtout de quatre situations :

Les produits résiduels d'un équipement ouvert : fond de cuve, dépôt dans une tuyauterie, produit piégé derrière une vanne.
Les fuites et rejets d'installations voisines restées en service.
Les produits émis par le travail lui-même : fumées de soudage, poussières de meulage, vapeurs de solvant de nettoyage.
Les produits apportés par l'entreprise extérieure : dégraissant, peinture, résine, gaz de soudage.

Dans les deux premiers cas, l'information vient de l'entreprise utilisatrice, qui connaît ses produits : elle doit figurer dans l'analyse des risques et le plan de prévention (chapitre 3.1). Dans les deux derniers, c'est l'entreprise extérieure qui apporte le risque et doit le signaler.

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L'étiquette CLP : pictogramme, mention d'avertissement, mentions H et P

Le règlement (CE) n° 1272/2008, dit CLP, fixe la classification, l'étiquetage et l'emballage des produits chimiques dans l'Union européenne. Une étiquette de fût, de bidon ou de conteneur porte notamment :

  • le ou les pictogrammes de danger (neuf au total, présentés ci-dessus) ;
  • une mention d'avertissement : « Danger » pour les catégories les plus graves, « Attention » pour les moins graves ;
  • les mentions de danger (codes H) et les conseils de prudence (codes P) ;
  • l'identification du produit et les coordonnées du fournisseur.
CodeFamilleExemple
H2xxDangers physiquesH225 : liquide et vapeurs très inflammables
H3xxDangers pour la santéH314 : provoque de graves brûlures de la peau et de graves lésions des yeux
H4xxDangers pour l'environnementH400 : très toxique pour les organismes aquatiques
P2xxConseils de préventionP280 : porter des gants de protection, des vêtements de protection, un équipement de protection des yeux et du visage
P3xxConseils d'interventionP305 + P351 + P338 : en cas de contact avec les yeux, rincer avec précaution à l'eau pendant plusieurs minutes…

Les codes P1xx (généralités), P4xx (stockage) et P5xx (élimination) complètent la série. Pour lire un code relevé sur le terrain, le décodeur des phrases H et P en donne le libellé complet.

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La fiche de données de sécurité : les rubriques utiles à l'intervenant

La fiche de données de sécurité (FDS) est établie par le fournisseur selon l'annexe II du règlement REACH. Elle compte 16 rubriques. L'intervenant n'a pas à les connaître toutes par cœur, mais il doit savoir où trouver l'information qui le concerne :

RubriqueIntituléQuestion de l'intervenant
2Identification des dangersQu'est-ce qui peut m'arriver ?
4Premiers secoursQue faire en cas de projection ou d'inhalation ?
5Mesures de lutte contre l'incendieQuel moyen d'extinction, quels produits de combustion ?
6Mesures à prendre en cas de dispersion accidentelleQue faire en cas de fuite ou d'épandage ?
8Contrôles de l'exposition / protection individuelleQuels gants, quel appareil respiratoire, quelle VLEP ?
10Stabilité et réactivitéAvec quoi ce produit réagit-il dangereusement ?

Le détail des 16 rubriques est expliqué dans le chapitre la fiche de données de sécurité de la formation risque chimique. Pour afficher l'essentiel d'une FDS au poste de travail, le générateur de notice de poste produit une fiche courte et lisible.

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Les incompatibilités : quand deux produits sans histoire deviennent dangereux

Beaucoup d'accidents chimiques ne viennent pas d'un produit isolé mais d'un mélange imprévu : un reste d'acide dans une canalisation où l'on envoie une base, un chiffon imbibé de solvant jeté avec un oxydant, un nettoyage à l'eau d'un produit qui réagit avec elle.

Acide + base

Réaction de neutralisation fortement exothermique : échauffement, projections.

Comburant + combustible

Un produit SGH03 au contact de matières combustibles peut provoquer ou aggraver un incendie.

Eau de Javel + acide

Dégagement de chlore gazeux, toxique par inhalation : l'exemple classique des nettoyages improvisés.

Produit + eau

Certains produits dégagent au contact de l'eau des gaz inflammables (mention H260 ou H261).

La rubrique 10 de la FDS liste les matières incompatibles. Pour vérifier deux familles de produits avant un stockage ou un regroupement de déchets, le vérificateur d'incompatibilité de stockage donne une première réponse, à confirmer par la FDS.

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Toxicité, voies d'exposition et valeurs limites

Un produit chimique pénètre dans l'organisme par trois voies : respiratoire (gaz, vapeurs, fumées, poussières), cutanée (contact, projection, vêtements imprégnés) et digestive (mains sales, cigarette, repas pris sans se laver les mains). Sur un chantier industriel, la voie respiratoire est la plus fréquente et la plus insidieuse : certaines vapeurs dangereuses sont incolores et peu odorantes.

Les effets peuvent être aigus (brûlure, malaise, intoxication immédiate) ou chroniques (cancer, atteinte d'un organe, allergie, qui apparaissent après des années). Les produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, dits CMR, portent le pictogramme SGH08.

Valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP). L'article R. 4412-149 fixe, pour une liste d'agents chimiques, des VLEP contraignantes à ne pas dépasser dans la zone de respiration des travailleurs : une valeur sur 8 heures et, le cas échéant, une valeur court terme sur 15 minutes.

L'intervenant n'a pas à mesurer lui-même l'exposition : c'est l'affaire de l'employeur et de l'exploitant. Il doit en revanche savoir qu'une VLEP existe, qu'elle figure en rubrique 8 de la FDS, et qu'une odeur perçue ou un détecteur qui sonne sont des signaux d'arrêt. Le calculateur de dose et de VLEP illustre le principe de comparaison à la valeur limite.

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Hygiène sur le chantier : ce qui protège de la voie digestive et cutanée

Les règles d'hygiène font partie des consignes de tout site chimique. Elles paraissent élémentaires ; elles sont pourtant la protection principale contre les expositions par la peau et par la bouche.

  • Ne pas manger, boire ni fumer dans les zones de travail : uniquement dans les lieux prévus par le site.
  • Se laver les mains avant de manger, de fumer et en fin de poste, après avoir retiré les gants.
  • Retirer les gants sans toucher leur face extérieure, et ne pas les réutiliser s'ils sont à usage unique ou dégradés.
  • Séparer les vêtements de travail souillés des vêtements personnels ; ne pas les rapporter au domicile pour les laver.
  • Signaler toute projection, même minime, et utiliser la douche de sécurité ou le lave-œil sans attendre.

Ces règles se retrouvent dans l'accueil sécurité du site et dans le plan de prévention. Elles valent aussi pour les produits apportés par l'entreprise extérieure.

Avant de toucher un équipement : cinq questions

Quel produit cet équipement contient-il ou a-t-il contenu ?
Quels pictogrammes et quelles mentions H le concernent ?
A-t-il été vidangé, nettoyé, isolé, et qui l'a confirmé par écrit ?
Quelles protections l'autorisation de travail impose-t-elle ?
Où sont la douche de sécurité, le lave-œil et le point de rassemblement ?

Une réponse manquante n'est pas un détail : c'est une question à poser à son encadrant ou à l'exploitant avant de commencer.

Sources

  • Règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP) : pictogrammes, mentions d'avertissement, mentions de danger et conseils de prudence ; règlement (CE) n° 1907/2006 (REACH), annexe II : contenu de la FDS — EUR-Lex
  • Code du travail, articles R. 4412-1 et R. 4412-149 — Légifrance
  • INRS, dossier « Risques chimiques » — inrs.fr

À retenir

  • On peut être exposé sans manipuler de produit : résidus, fuites voisines, fumées du travail, produits apportés.
  • Le règlement CLP prévoit 9 pictogrammes, deux mentions d'avertissement (« Danger », « Attention »), des codes H et P.
  • H2 = physique, H3 = santé, H4 = environnement ; P2 = prévention, P3 = intervention.
  • La FDS compte 16 rubriques ; pour l'intervenant, les rubriques 2, 4, 5, 6, 8 et 10 sont les plus utiles.
  • Les mélanges imprévus (acide et base, Javel et acide, comburant et combustible, produit et eau) causent de nombreux accidents.
  • Trois voies d'entrée : respiratoire, cutanée, digestive ; l'hygiène protège des deux dernières.

Sommaire de la formation