Risque chimique N1 / N2
Préparer et réaliser l'intervention en sécurité

Module 3 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 3 : Préparer et réaliser l'intervention 16 min de lecture

3.1 Accueil sécurité, inspection commune et plan de prévention

Avant qu'un intervenant pose le pied sur un site, deux entreprises ont dû se parler : celle qui accueille, et celle qui envoie ses salariés. Le Code du travail organise ce dialogue en étapes précises, jusqu'au plan de prévention. L'intervenant ne le rédige pas, mais il en est le premier destinataire : ce chapitre lui montre ce qui a dû être fait avant son arrivée, et ce qu'il est en droit de savoir.

De la commande au premier coup de clé

1

Commande

Définition de l'opération

2

Inspection commune

R. 4512-2 et R. 4512-3

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Analyse des interférences

R. 4512-6

4

Plan de prévention

Écrit dans les cas de R. 4512-7

5

Information des salariés

R. 4512-15, accueil du site

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Autorisation de travail

Le jour de l'intervention

1

Deux entreprises, deux responsabilités

Le Code du travail distingue l'entreprise utilisatrice (EU), qui accueille l'opération dans son établissement, et l'entreprise extérieure (EE), qui y fait intervenir ses salariés. Deux articles fixent le partage :

« Le chef de l'entreprise utilisatrice assure la coordination générale des mesures de prévention qu'il prend et de celles que prennent l'ensemble des chefs des entreprises extérieures intervenant dans son établissement. »

— Code du travail, article R. 4511-5

« Chaque chef d'entreprise est responsable de l'application des mesures de prévention nécessaires à la protection des travailleurs qu'il emploie. »

— Code du travail, article R. 4511-6

Autrement dit : l'exploitant coordonne, mais l'employeur de l'intervenant reste responsable de la sécurité de ses propres salariés. Ce double niveau explique pourquoi l'intervenant reçoit des consignes de deux sources — son encadrant et l'exploitant — et pourquoi ces consignes doivent être cohérentes. Si elles ne le sont pas, c'est une question à poser avant de commencer.

2

L'inspection commune préalable

Avant l'exécution de l'opération, l'article R. 4512-2 impose une inspection commune des lieux de travail, des installations qui s'y trouvent et des matériels éventuellement mis à disposition de l'entreprise extérieure. Elle réunit les représentants des deux entreprises, sur place.

Au cours de cette inspection, selon l'article R. 4512-3, le chef de l'entreprise utilisatrice :

délimite le secteur d'intervention de l'entreprise extérieure ;
matérialise les zones dangereuses de ce secteur ;
indique les voies de circulation des travailleurs et des engins ;
définit les voies d'accès aux locaux et installations mis à disposition.

Ces éléments se retrouvent ensuite dans le plan de prévention et dans l'information donnée aux intervenants. Un intervenant qui découvre sur place une zone dangereuse non signalée, ou une voie de circulation qui traverse son chantier, est face à un écart par rapport à ce qui a été convenu : il le fait remonter.

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Analyse des risques d'interférence et plan de prévention

Au vu de l'inspection, les chefs d'entreprise analysent ensemble les risques pouvant résulter de l'interférence entre les activités, installations et matériels. Lorsque ces risques existent, ils arrêtent d'un commun accord, avant le début des travaux, un plan de prévention qui définit les mesures prises par chaque entreprise (article R. 4512-6).

Ce plan doit être écrit dans deux cas (article R. 4512-7) :

400 heures

L'opération représente au moins 400 heures de travail prévisibles sur douze mois ou moins, sous-traitants compris, travaux continus ou non. La règle s'applique aussi quand ce seuil est atteint en cours d'exécution.

Travaux dangereux

Quelle que soit la durée, pour les travaux de la liste de l'arrêté du 19 mars 1993 (21 catégories).

Sur un site chimique, la liste de l'arrêté de 1993 est presque toujours concernée. Elle comprend notamment les travaux exposant à des substances et préparations dangereuses (explosives, comburantes, inflammables, toxiques, cancérogènes…), les travaux réalisés sur une installation classée faisant l'objet d'un plan d'opération interne, les travaux dans des cuves, accumulateurs de matière ou atmosphères confinées, et les travaux de soudage oxyacétylénique exigeant un permis de feu.

Lorsque le plan écrit est obligatoire, il est tenu à la disposition de l'inspection du travail et des agents de prévention pendant toute la durée des travaux, et le chef de l'entreprise utilisatrice informe par écrit l'inspection du travail de l'ouverture des travaux (article R. 4512-12).

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Ce que contient le plan de prévention

L'article R. 4512-8 liste les mesures que le plan de prévention comporte au moins :

Rubrique du planCe que l'intervenant y trouve
Phases d'activité dangereuses et moyens de prévention spécifiquesQuelles étapes du travail sont à risque, et comment chacune est sécurisée
Adaptation des matériels, installations et dispositifs, et leur entretienLes équipements à utiliser ou à ne pas utiliser sur ce chantier
Instructions à donner aux travailleursLes consignes qui lui seront transmises par son encadrant
Organisation des premiers secours et dispositif d'alerteQui appeler, comment, où sont les secours
Conditions de participation d'une entreprise aux travaux d'une autreQui commande qui quand plusieurs entreprises travaillent ensemble

Pour une petite entreprise qui doit préparer ce document avec son donneur d'ordre, le générateur de plan de prévention reprend ces rubriques dans un modèle à compléter. L'INRS publie aussi un guide de référence sur le sujet, la brochure ED 941 « Intervention d'entreprises extérieures ».

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Ce que l'intervenant doit savoir avant de commencer

Le plan de prévention n'a de sens que s'il arrive jusqu'à ceux qui travaillent. L'article R. 4512-15 en charge le chef de l'entreprise extérieure : avant le début des travaux, il fait connaître à l'ensemble des travailleurs qu'il affecte à l'opération les dangers spécifiques auxquels ils sont exposés et les mesures prises pour les prévenir, en fonction du plan de prévention. Il précise notamment :

  • les zones dangereuses et les moyens adoptés pour les matérialiser ;
  • l'emploi des dispositifs collectifs et individuels de protection ;
  • les voies à emprunter pour accéder au lieu d'intervention, aux locaux et installations mis à disposition, et pour le quitter, y compris les issues de secours.
À cela s'ajoute l'accueil du site. Sur un établissement Seveso seuil haut, l'exploitant organise en plus la formation pratique aux risques particuliers prévue par l'article L. 4522-2 (chapitre 2.3). Ce sont deux informations distinctes, données par deux employeurs différents.

Un intervenant qui arrive sur un chantier sans avoir reçu cette information est en droit de la demander à son encadrant avant de commencer. Pour un encadrant N2, la transmettre fait partie du rôle (chapitre 4.2).

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Quand la réalité ne correspond plus au plan

Un plan de prévention décrit une situation prévue. Sur le terrain, la situation change : une autre entreprise s'installe à côté, l'exploitant remet une ligne en service, le mode opératoire doit être modifié, une découverte impose un geste non prévu. Dans chacun de ces cas, les mesures du plan ne couvrent plus forcément le risque réel.

Bon réflexe

Arrêter l'opération concernée, informer son encadrant, qui voit avec l'exploitant s'il faut compléter l'analyse, le plan ou l'autorisation de travail.

Dérive à éviter

« Adapter » soi-même le mode opératoire sans le dire, parce que « c'est presque pareil » ou que le planning presse.

C'est l'esprit de la règle « je vois, j'alerte et j'ose dire stop », mise en avant par la version 9 du guide DT 40 : le signalement d'un écart n'est pas une gêne pour le chantier, c'est ce qui lui évite l'accident.

Qui fait quoi dans la préparation d'une intervention

Entreprise utilisatrice

  • Coordination générale
  • Délimitation du secteur, zones dangereuses
  • Accueil et formation aux risques du site (seuil haut)
  • Délivrance des autorisations de travail

Entreprise extérieure

  • Sécurité de ses propres salariés
  • Analyse commune et plan de prévention
  • Information de ses salariés (R. 4512-15)
  • Formation et certificats N1 / N2

Intervenant

  • Appliquer les consignes reçues
  • Rester dans son secteur
  • Signaler tout écart au plan
  • Alerter et oser dire stop

Sources

  • Code du travail, articles R. 4511-5, R. 4511-6, R. 4512-2, R. 4512-3, R. 4512-6, R. 4512-7, R. 4512-8, R. 4512-12, R. 4512-15 et L. 4522-2 ; arrêté du 19 mars 1993 fixant la liste des travaux dangereux — Légifrance
  • INRS, brochure ED 941 « Intervention d'entreprises extérieures » et dossier « Entreprises extérieures » — inrs.fr

À retenir

  • L'entreprise utilisatrice coordonne (R. 4511-5) ; chaque employeur protège ses salariés (R. 4511-6).
  • Une inspection commune précède l'opération : secteur, zones dangereuses, circulations, accès.
  • Le plan de prévention est arrêté avant les travaux quand il existe des risques d'interférence.
  • Il est écrit dès 400 heures sur 12 mois, ou pour les travaux dangereux de l'arrêté du 19 mars 1993.
  • L'employeur de l'intervenant lui fait connaître dangers, zones, protections et accès avant le début (R. 4512-15).
  • Si le terrain ne correspond plus au plan : on arrête et on signale.

Sommaire de la formation