Convention Ouvriers du Bâtiment +10 Salariés 2026 (IDCC 1597) : Salaires, Déplacements, Primes
Maçon, coffreur, électricien, plombier, chef d'équipe : si vous êtes ouvrier dans une entreprise de bâtiment de plus de 10 salariés, votre contrat est régi par la convention collective nationale des ouvriers du bâtiment (IDCC 1597, brochure 3258). Ce guide décrypte la classification en niveaux et coefficients, le fonctionnement des grilles de salaires régionales, les indemnités de déplacement (panier, trajet, transport), la prime de vacances de 30 %, le chômage-intempéries, le maintien de salaire en cas de maladie et les règles de rupture — avec, à chaque fois, la source officielle.
Sommaire
- Qui est couvert par l'IDCC 1597 ?
- Classification : niveaux I à IV
- Les grilles de salaires régionales 2026
- Petits déplacements : panier, trajet, transport
- Congés CIBTP et prime de vacances 30 %
- Le chômage-intempéries
- Maladie, accident du travail, prévoyance
- Rupture : préavis, licenciement, fin de chantier
- Départ à la retraite et fin de carrière
- Points de vigilance pour votre paie
- Sources officielles
- Questions fréquentes
1. Qui est couvert par l'IDCC 1597 ?
La convention collective nationale des ouvriers du bâtiment s'applique aux entreprises du bâtiment occupant plus de 10 salariés. Elle couvre tous les ouvriers du gros œuvre et du second œuvre : maçons, coffreurs-bancheurs, charpentiers, couvreurs, plombiers, électriciens, peintres, carreleurs, etc. C'est l'effectif de l'entreprise qui détermine la convention applicable, pas votre métier.
Le bâtiment a deux conventions ouvriers jumelles, au contenu très proche mais distinctes : l'IDCC 1597 pour les entreprises de plus de 10 salariés (cette page) et l'IDCC 1596 pour celles de 10 salariés ou moins. Les ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise) relèvent de l'IDCC 2609 et les cadres de l'IDCC 2420.
L'IDCC applicable et votre coefficient figurent obligatoirement sur votre bulletin de paie. Ce sont vos deux premiers réflexes pour vérifier vos droits : le coefficient détermine votre salaire minimum, et la convention conditionne tout le reste (déplacements, congés, préavis).
2. Classification : 4 niveaux, 7 positions
Particularité du bâtiment : on ne classe pas votre diplôme, mais le poste réellement tenu sur le chantier. Un ouvrier expérimenté sans CAP qui occupe un poste de compagnon professionnel sera mieux classé qu'un débutant diplômé. La grille compte 4 niveaux déclinés en 7 positions, du coefficient 150 au coefficient 270.
150-170
Niveau I — Ouvrier d'exécution
Tâches simples exécutées selon des consignes précises. Position 1 (coef. 150) pour l'entrée, position 2 (coef. 170) avec un peu de pratique.
185
Niveau II — Ouvrier professionnel
Exécution de travaux qualifiés courants du métier, à partir de directives générales. Maîtrise technique reconnue.
210-230
Niveau III — Compagnon professionnel
Travaux complexes exécutés en autonomie, qualité d'un homme de métier confirmé. Position 1 (coef. 210), position 2 (coef. 230) pour les plus aguerris.
250-270
Niveau IV — Maître-ouvrier / chef d'équipe
Très haute technicité ou animation d'une équipe sur le chantier. Position 1 (coef. 250), position 2 (coef. 270) pour le chef d'équipe confirmé.
Montants donnés à titre d'exemple pour l'Île-de-France (voir grille ci-dessous). Classification nationale issue de la CCN ouvriers du bâtiment +10 salariés — Code du travail numérique.
3. Les grilles de salaires régionales 2026
C'est la spécificité à comprendre : contrairement aux cadres du bâtiment dont la grille est nationale, les minima des ouvriers sont négociés région par région par accord paritaire territorial. Le coefficient 210 n'a donc pas le même minimum garanti en Île-de-France, en Bretagne ou en Occitanie. Pour connaître votre minimum exact, il faut consulter l'accord de votre région.
À titre d'illustration, voici la grille Île-de-France 2026, issue de l'accord du 5 novembre 2025 et applicable au 5 février 2026 (base 35 heures) :
| Niveau / Position | Coefficient | Emploi repère | Minimum mensuel brut (IDF) |
|---|---|---|---|
| N1 — P1 | 150 | Ouvrier d'exécution | 1 843 € |
| N1 — P2 | 170 | Ouvrier d'exécution | 1 855 € |
| N2 | 185 | Ouvrier professionnel | 1 899 € |
| N3 — P1 | 210 | Compagnon professionnel | 2 038 € |
| N3 — P2 | 230 | Compagnon professionnel | 2 164 € |
| N4 — P1 | 250 | Maître-ouvrier / chef d'équipe | 2 292 € |
| N4 — P2 | 270 | Maître-ouvrier / chef d'équipe | 2 510 € |
Grille des minima des ouvriers du bâtiment +10 salariés d'Île-de-France, accord du 5 novembre 2025 (effet au 5 février 2026). Couvre Paris (75), 77, 78, 91, 92, 93, 94 et 95. Vérifiez la grille de votre propre région sur Légifrance.
Au 1ᵉʳ juin 2026, le SMIC est de 1 867,02 € brut par mois (12,31 €/h). Les premiers coefficients de certaines grilles régionales lui sont inférieurs : dans ce cas, c'est le SMIC qui s'applique. En Île-de-France, le coefficient 150 affiché à 1 843 € doit ainsi être ramené au moins au niveau du SMIC tant que la grille n'est pas revalorisée au-dessus.
Vérifiez votre minimum (exemple IDF)
Sélectionnez votre niveau pour afficher le minimum conventionnel Île-de-France 2026. Le plancher SMIC est appliqué automatiquement.
Exemple Île-de-France, base 35 h. Hors primes et indemnités de déplacement. Net avant impôt sur le revenu — vérifiez la grille de votre région.
Progression par coefficient (IDF)
Minima mensuels bruts 2026 d'Île-de-France, du coefficient 150 au coefficient 270.
4. Petits déplacements : panier, trajet, transport
Travailler dans le bâtiment, c'est se déplacer de chantier en chantier. Pour les déplacements quotidiens (sans découcher), la convention prévoit trois indemnités distinctes, à ne pas confondre. Leurs montants sont fixés par les grilles régionales, selon des zones concentriques tracées autour du siège ou du dépôt de l'entreprise : plus le chantier est loin, plus l'indemnisation est élevée.
Indemnité de repas (panier)
Versée lorsque vous ne pouvez pas déjeuner à votre domicile. Indépendante de la distance, elle compense le surcoût du repas pris hors de chez vous.
Indemnité de trajet
Compense le temps passé à se rendre sur le chantier et à en revenir. Elle augmente avec la zone d'éloignement.
Indemnité de transport
Compense les frais de déplacement. Elle n'est pas due si l'entreprise assure elle-même le transport des ouvriers.
| Zone | Distance indicative | Principe |
|---|---|---|
| Zones 1 et 2 | 0 à ~20 km | Chantiers locaux : indemnisation de base, souvent subdivisée (1A / 1B). |
| Zones 3 à 5 | ~20 à 50 km | Montants croissants pour compenser l'éloignement et le temps de route. |
| Grand déplacement | au-delà de ~50 km | Découcher impossible à éviter : prise en charge de l'hébergement et des repas (régime distinct). |
Le panier, le trajet et le transport sont des indemnités de frais, pas du salaire : ils sont exonérés de cotisations et d'impôt dans la limite des plafonds URSSAF, et ne doivent jamais être intégrés au calcul de votre minimum conventionnel. Vérifiez qu'ils figurent sur des lignes distinctes de votre bulletin de paie.
5. Congés payés CIBTP et prime de vacances de 30 %
Dans le bâtiment, vos congés payés ne sont pas réglés par votre employeur mais par la caisse de congés payés du bâtiment (réseau CIBTP), à laquelle toutes les entreprises cotisent. Vous cumulez 2,5 jours ouvrables par mois (30 jours par an), sur une période de référence courant du 1ᵉʳ avril au 31 mars. C'est la caisse qui vous verse l'indemnité de congés — pensez à tenir votre RIB à jour auprès d'elle.
À cette indemnité s'ajoute l'avantage emblématique du secteur : la prime de vacances, égale à 30 % de l'indemnité de congé calculée sur le congé principal. Elle est versée par la CIBTP, généralement à l'été, aux ouvriers qui justifient d'au moins 1 503 heures de travail dans le BTP au cours de l'année de référence (tous employeurs confondus), ou 150 heures pour ceux ayant accompli le service national.
Congés payés et prime de vacances : dispositions de la CCN ouvriers du bâtiment +10 salariés, gestion CIBTP — synthèse sur LégiSocial.
Congés pour événements familiaux
Ces jours sont rémunérés et ne sont pas décomptés de vos congés payés (durées minimales prévues par le Code du travail, la convention ou l'entreprise pouvant prévoir mieux) :
| Événement | Jours |
|---|---|
| Mariage ou PACS du salarié | 4 jours |
| Naissance ou adoption | 3 jours |
| Mariage d'un enfant | 1 jour |
| Décès du conjoint, du partenaire de PACS, du père ou de la mère | 3 jours |
| Décès d'un enfant | 5 jours minimum (jusqu'à 7 jours ouvrés + congé de deuil selon la situation) |
6. Le chômage-intempéries
Le bâtiment dispose d'un régime unique en France : le chômage-intempéries. Lorsque les conditions météo (pluie, gel, neige, vent…) rendent le travail dangereux ou impossible, l'employeur peut décider l'arrêt du chantier. L'ouvrier perçoit alors une indemnité d'intempéries, financée par un régime mutualisé géré par les caisses CIBTP auquel les entreprises cotisent.
- L'indemnité correspond à 75 % du salaire horaire de référence, pour chaque heure indemnisable perdue ;
- Elle s'applique après une heure de carence par arrêt et dans la limite d'un nombre maximum d'heures indemnisables par an ;
- Le temps indemnisé est assimilé à du travail effectif pour le calcul des congés payés.
La prime de vacances (30 %) et l'indemnité d'intempéries (75 %) sont deux dispositifs totalement différents : la première est un complément de congés versé chaque été, la seconde compense une perte d'heures due au mauvais temps. Un même ouvrier peut bénéficier des deux dans la même année.
7. Maladie, accident du travail et prévoyance
En cas d'arrêt de travail, la convention organise un maintien de salaire protecteur, encadré par ses articles 6.11 à 6.15. Sous condition d'ancienneté, l'employeur complète les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) pour vous garantir 100 % de votre salaire pendant 90 jours.
Jours 1 à 3 — le délai de carence
Pour une maladie ordinaire, les trois premiers jours ne sont en principe pas indemnisés par l'employeur (carence). En revanche, en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, l'indemnisation démarre dès le 1ᵉʳ jour, sans condition d'ancienneté.
Jusqu'au 90ᵉ jour — maintien à 100 %
Sous réserve de l'ancienneté requise, l'employeur complète les IJSS pour que vous perceviez l'équivalent de 100 % de votre salaire. Ce maintien est l'un des plus favorables du secteur privé.
Au-delà de 90 jours — relais PRO BTP
Le régime de prévoyance PRO BTP, auquel votre entreprise doit vous avoir affilié, prend le relais : indemnités complémentaires d'incapacité, puis rente d'invalidité si l'arrêt se prolonge, et capital décès.
Maintien de salaire : articles 6.11 à 6.15 de la CCN ouvriers du bâtiment +10 salariés — Code du travail numérique.
Tout accident survenu sur un chantier, même bénin, doit être déclaré à l'employeur dans les 24 heures (hors cas de force majeure). C'est ce qui ouvre la prise en charge sans carence et protège vos droits. Sur les chantiers à risque amiante, le temps de décontamination (déshabillage, douche) est du temps de travail effectif et doit être rémunéré.
8. Rupture du contrat : préavis, licenciement, fin de chantier
8.1. Le préavis : parmi les plus courts du privé
| Ancienneté | Démission | Licenciement |
|---|---|---|
| Fin d'essai à 3 mois | 2 jours | 2 jours |
| 3 à 6 mois | 2 semaines | 2 semaines |
| 6 mois à 2 ans | 2 semaines | 1 mois |
| Plus de 2 ans | 2 semaines | 2 mois |
Durées de préavis — fiches « préavis de licenciement » et « préavis de démission » du Code du travail numérique (IDCC 1597).
À noter : en cas de démission, le préavis ne dépasse jamais 2 semaines, quelle que soit l'ancienneté — c'est l'un des plus courts du secteur privé, pratique pour saisir rapidement une meilleure opportunité.
8.2. L'indemnité de licenciement
Hors faute grave, l'ouvrier licencié perçoit la plus favorable de deux indemnités : l'indemnité légale et l'indemnité conventionnelle.
| Barème | Condition | Calcul |
|---|---|---|
| Indemnité légale | dès 8 mois | 1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 de mois par année au-delà |
| Indemnité conventionnelle | dès 2 ans | 1/10 de mois par année (2 à 5 ans) ; 3/20 de mois par année au-delà de 5 ans ; + 1/20 de mois par année au-delà de 15 ans |
Le salaire de référence est la moyenne des 3 derniers mois (ou le 1/12 des 12 derniers mois si c'est plus avantageux). L'indemnité est majorée de 10 % pour les ouvriers de plus de 55 ans. Pour les anciennetés élevées, le barème conventionnel devient plus favorable que le légal — d'où l'intérêt de comparer.
Simulateur d'indemnité de licenciement
Compare le barème légal et le barème conventionnel et retient le plus favorable. Majoration de 10 % appliquée au-delà de 55 ans.
Estimation indicative, hors faute grave. Indemnité doublée si une incapacité d'origine professionnelle rend le reclassement impossible.
8.3. Le licenciement pour fin de chantier
Spécificité historique du BTP : un ouvrier engagé pour un chantier déterminé peut être licencié lorsque ce chantier s'achève, sans que l'employeur ait à invoquer un motif économique. Ce n'est pas une rupture « au rabais » :
- la procédure de licenciement individuel s'applique (convocation, entretien préalable, notification) ;
- l'employeur doit avoir cherché à vous reclasser sur un autre chantier avant d'y recourir ;
- l'indemnité de licenciement est due dans les conditions habituelles ;
- vous bénéficiez d'une priorité de réembauche pendant 1 an si vous en faites la demande dans les délais.
9. Départ à la retraite et fin de carrière
Quand vous partez à la retraite, vous percevez une indemnité de fin de carrière (IFC) versée par PRO BTP. Sa particularité : elle est calculée non pas sur votre seule ancienneté dans la dernière entreprise, mais sur votre durée d'affiliation au régime de prévoyance ouvrier du BTP — donc en tenant compte de tous vos employeurs successifs du bâtiment. Une carrière morcelée entre plusieurs entreprises du secteur ne vous pénalise pas.
| Ancienneté / affiliation | Indemnité (départ volontaire) |
|---|---|
| 10 à 15 ans | 0,5 mois de salaire |
| 15 à 20 ans | 1 mois de salaire |
| 20 à 30 ans | 1,5 mois de salaire |
| Plus de 30 ans | 2 mois de salaire |
Indemnité de fin de carrière PRO BTP et barème de départ à la retraite — Code du travail numérique (IDCC 1597) et accord national BTP du 13 avril 2004.
10. Points de vigilance pour votre paie
Quatre vérifications rapides qui peuvent peser lourd sur l'année :
- Coefficient cohérent avec le poste réel : si vous travaillez en autonomie comme un compagnon (N3) mais êtes payé au coefficient d'un ouvrier professionnel (N2), un rappel de salaire est récupérable sur 3 ans.
- Grille régionale, pas le SMIC seul : beaucoup d'ouvriers se croient « au minimum » alors que leur grille régionale impose davantage pour leur coefficient.
- Déplacements complets : panier, trajet ET transport doivent figurer séparément dès lors que le chantier le justifie.
- Prime de vacances : vérifiez le décompte CIBTP de l'été — les 30 % doivent y apparaître si vous remplissez la condition d'heures.
Votre contrat de travail et les accords d'entreprise peuvent toujours prévoir plus favorable que la convention (salaire réel supérieur au minimum, primes, 13ᵉ mois…). En revanche, aucun accord ne peut descendre sous la grille régionale applicable ni sous le SMIC.
11. Sources officielles
- Bâtiment Ouvriers +10 salariés — Code du travail numérique (Ministère du Travail), fiches pratiques par thème (préavis, maladie, retraite…) ;
- Convention collective 1597 (brochure 3258) — LégiSocial, synthèse à jour 2026 ;
- Légifrance — texte intégral de la convention et accords régionaux de salaires ;
- Accord régional Île-de-France du 5 novembre 2025 (grille de minima au 5 février 2026) ; accord national BTP du 13 avril 2004 (départ et mise à la retraite).