Convention Collective Cadres du Bâtiment 2026 (IDCC 2420) : Salaires, Forfait Jours, Primes
Ingénieur d'études, conducteur de travaux, chef d'agence ou directeur de filiale : si vous êtes cadre dans une entreprise du bâtiment, votre contrat est régi par la convention collective nationale des cadres du bâtiment du 1ᵉʳ juin 2004 (IDCC 2420, brochure 3322). Ce guide décrypte la grille des salaires applicable depuis le 1ᵉʳ février 2026, le fonctionnement du forfait jours et sa majoration de 10 %, la prime de vacances de 30 %, le maintien de salaire en cas de maladie et les indemnités de rupture — avec, à chaque fois, l'article de la convention et la source officielle.
Sommaire
- Qui est couvert par l'IDCC 2420 ?
- Classification : positions A, B, C
- Grille des salaires 2026
- Temps de travail et forfait jours
- Congés payés et prime de vacances 30 %
- Maladie, prévoyance, accident du travail
- Rupture du contrat : préavis et indemnités
- Départ et mise à la retraite
- Déplacements et changement de résidence
- Ce que la convention ne prévoit pas
- Points de vigilance pour votre paie
- Sources officielles
- Questions fréquentes
1. Qui est couvert par l'IDCC 2420 ?
La convention collective nationale des cadres du bâtiment a été conclue le 1ᵉʳ juin 2004 entre les fédérations patronales du bâtiment et les organisations syndicales de cadres. Elle couvre les ingénieurs, assimilés cadres et cadres des entreprises de gros œuvre, second œuvre, installation électrique, plomberie, couverture, menuiserie et de l'ensemble des activités du bâtiment, sur le territoire métropolitain.
Contrairement aux conventions des ouvriers et des ETAM du bâtiment, la CCN des cadres du bâtiment est enregistrée sur Légifrance comme « en vigueur non étendue » : aucun arrêté ministériel ne l'a jamais rendue obligatoire pour l'ensemble du secteur. Elle s'impose donc aux entreprises adhérentes d'une organisation patronale signataire — FFB, CAPEB, FFIE et FNSCOP BTP — et à celles qui y ont adhéré depuis. Les autres restent soumises au Code du travail et au SMIC, sauf application volontaire, contrat de travail ou accord d'entreprise plus favorable.
En pratique, cela ne change presque rien pour la majorité des cadres du bâtiment : le tissu des entreprises structurées du secteur est très largement adhérent. Mais si votre employeur n'adhère à aucune de ces fédérations, vérifiez d'abord ce que dit votre contrat : c'est lui, et non la grille de branche, qui vous garantit alors votre rémunération.
Elle est l'un des trois piliers conventionnels du bâtiment, aux côtés de la convention des ouvriers du bâtiment et de celle des ETAM du bâtiment (IDCC 2609). Les cadres des travaux publics relèvent d'un texte distinct, la convention des cadres des travaux publics. Le passage du statut ETAM au statut cadre est un moment charnière : il déclenche l'application de l'IDCC 2420, avec un préavis plus long, une indemnité de licenciement plus favorable et, le plus souvent, un forfait annuel en jours.
L'IDCC applicable figure obligatoirement sur votre bulletin de paie (mention « convention collective ») et dans votre contrat de travail. Si votre bulletin mentionne « Cadres du bâtiment » ou l'IDCC 2420, l'ensemble des droits décrits sur cette page vous est applicable — votre contrat ou un accord d'entreprise pouvant uniquement prévoir mieux, jamais moins.
2. Classification : positions A, B et C
La convention classe les cadres du bâtiment en trois positions, déclinées en coefficients hiérarchiques de 60 à 162. C'est ce coefficient, inscrit sur le bulletin de paie, qui détermine votre salaire minimum conventionnel. Quatorze coefficients jalonnent la grille : 60, 65, 70, 75, 80, 85, 90, 95, 100, 103, 108, 120, 130 et 162.
Position A — Cadres débutants
Ingénieurs et cadres en début de carrière, exerçant avec une autonomie encore encadrée : ingénieur d'études junior, conducteur de travaux débutant. Coefficients 60 à 85.
Position B — Cadres confirmés
Cadres assumant la responsabilité de projets, de chantiers ou d'équipes : ingénieur confirmé, conducteur de travaux principal, chef de service. Coefficients 90 à 120.
Position C — Cadres de direction
Cadres exerçant des fonctions de direction avec une large autonomie : chef d'agence, directeur de travaux, directeur régional. Coefficients 130 et 162.
Le coefficient n'est pas figé : si vos fonctions réelles évoluent (encadrement d'une équipe, responsabilité complète d'un chantier), vous pouvez demander la révision de votre classification. En cas de litige, ce sont les fonctions réellement exercées qui priment sur l'intitulé du contrat — un rappel de salaire peut être réclamé sur 3 ans devant le conseil de prud'hommes.
3. Grille des salaires 2026 (en vigueur depuis le 1ᵉʳ février)
Les minima des cadres du bâtiment sont fixés au niveau national — c'est une particularité par rapport aux ouvriers et ETAM, dont les grilles sont régionales. La grille 2026 résulte de l'avenant n° 78 du 19 janvier 2026, applicable au 1ᵉʳ février 2026, qui revalorise l'ensemble des coefficients de 1,20 % en moyenne. Elle est établie sur la base conventionnelle de 39 heures hebdomadaires (169 heures par mois).
Comme la majorité des cadres sont au forfait jours (voir section 4), la grille ci-dessous indique aussi le minimum majoré de 10 % qui leur est applicable.
| Coeff. | Position | Base nationale 169 h | Forfait jours (+ 10 %) | Nord & Pas-de-Calais (+ 2,78 %) |
|---|---|---|---|---|
| 60 | A | 2 356,00 € | 2 591,60 € | ≈ 2 422 € |
| 65 | A | 2 553,00 € | 2 808,30 € | ≈ 2 624 € |
| 70 | A | 2 740,00 € | 3 014,00 € | ≈ 2 816 € |
| 75 | A | 2 853,00 € | 3 138,30 € | ≈ 2 932 € |
| 80 | A | 3 036,00 € | 3 339,60 € | ≈ 3 120 € |
| 85 | A | 3 197,00 € | 3 516,70 € | ≈ 3 286 € |
| 90 | B | 3 353,00 € | 3 688,30 € | ≈ 3 446 € |
| 95 | B | 3 504,00 € | 3 854,40 € | ≈ 3 601 € |
| 100 | B | 3 622,00 € | 3 984,20 € | ≈ 3 723 € |
| 103 | B | 3 693,00 € | 4 062,30 € | ≈ 3 796 € |
| 108 | B | 3 827,00 € | 4 209,70 € | ≈ 3 933 € |
| 120 | B | 4 145,00 € | 4 559,50 € | ≈ 4 260 € |
| 130 | C | 4 411,00 € | 4 852,10 € | ≈ 4 534 € |
| 162 | C | 5 472,00 € | 6 019,20 € | ≈ 5 624 € |
Avenant n° 78 du 19 janvier 2026 à la convention collective nationale des cadres du bâtiment, applicable au 1ᵉʳ février 2026, signé par la FFB, la FFIE et les SCOP du BTP côté employeurs, et par la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC BTP et FO Construction côté salariés. Base 39 h hebdomadaires (169 h/mois) ; majoration de 10 % pour le forfait jours (avenant n° 1 du 11 décembre 2012). Les montants Nord et Pas-de-Calais sont recalculés à partir de la majoration de 2,78 % et arrondis à l'euro : les montants officiels figurent dans la grille territoriale annexée à l'avenant. Texte de base consultable sur Légifrance.
3.1. Cette grille s'applique-t-elle à votre employeur ?
C'est la question la plus importante de cette page, et celle que la plupart des comparateurs escamotent. Puisque ni la convention ni son avenant salarial ne sont étendus, la portée de la grille dépend entièrement de l'affiliation patronale de votre employeur à la date du 1ᵉʳ février 2026. Trois situations :
- Entreprise adhérente d'une organisation signataire de l'avenant n° 78 (FFB, FFIE, SCOP du BTP) : application obligatoire dès le 1ᵉʳ février 2026 ;
- Entreprise adhérente de la seule CAPEB, qui n'a pas signé cet avenant : elle reste tenue par la convention elle-même, dont la CAPEB est signataire, mais pas par le barème 2026 ; la référence reste alors l'avenant précédent — le n° 77 du 16 janvier 2025 — sauf alignement volontaire ou accord d'entreprise plus favorable ;
- Entreprise n'adhérant à aucune fédération : ni la convention ni la grille ne s'imposent à elle. Seuls le SMIC, le contrat de travail et un éventuel accord d'entreprise la lient — c'est la conséquence directe de l'absence d'extension.
Trois indices concordants suffisent : la mention « convention collective : cadres du bâtiment » ou « IDCC 2420 » sur votre bulletin de paie — un employeur qui la porte s'oblige à l'appliquer, adhérent ou non ; l'affiliation à une caisse de congés payés du réseau CIBTP, quasi systématique chez les adhérents ; et la mention de la convention dans votre contrat de travail. À défaut, demandez-la par écrit : l'employeur doit vous informer de la convention applicable.
Au 9 août 2026, aucun arrêté d'extension de l'avenant n° 78 n'a été publié au Journal officiel. Cette page sera mise à jour si l'extension intervient : elle rendrait alors la grille opposable à l'ensemble des entreprises du bâtiment, y compris non adhérentes.
Seule exception au caractère national de la grille : dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, les minima des cadres sont majorés de 2,78 % par rapport à la grille nationale. Un coefficient 100 y est ainsi garanti à environ 3 723 € brut mensuel au lieu de 3 622 €.
Attention à bien lire votre bulletin de paie : le minimum conventionnel s'apprécie par rapport à votre rémunération brute globale, et non au seul salaire de base. Mais si votre brut total est inférieur au minimum de votre coefficient, l'employeur doit régulariser — et le rappel de salaire est récupérable sur 3 ans.
Vérifiez votre minimum 2026
Sélectionnez votre coefficient pour afficher le salaire minimum conventionnel applicable depuis le 1ᵉʳ février 2026.
Estimation indicative — avenant n° 78 du 19/01/2026, base 39 h. Net avant impôt sur le revenu.
Progression par coefficient
Minima mensuels bruts 2026 de la grille nationale, du coefficient 60 au coefficient 162.
4. Temps de travail : le forfait jours, régime roi des cadres du BTP
La grande majorité des conducteurs de travaux, ingénieurs et chefs d'agence du bâtiment ne pointent pas : ils sont au forfait annuel en jours. Ce régime, réservé aux cadres autonomes dans l'organisation de leur emploi du temps, remplace le décompte horaire par un décompte en journées travaillées. Il ne se présume jamais : il exige un accord d'entreprise (ou l'accord de branche BTP) et une convention individuelle écrite — une clause de votre contrat ou un avenant signé.
4.1. Le plafond : 218 jours, réduit avec l'ancienneté
Pour les conventions de forfait conclues depuis le 1ᵉʳ février 2013, le plafond annuel est de 218 jours, journée de solidarité incluse. Particularité du BTP souvent méconnue : ce plafond diminue avec l'ancienneté, ce qui se traduit par des jours de repos supplémentaires.
| Ancienneté | Plafond annuel | Jours de repos 2026 (estimation) |
|---|---|---|
| Moins de 5 ans d'entreprise | 218 jours | ≈ 9 jours |
| 5 à 10 ans d'entreprise (ou 10 à 20 ans de BTP) | 216 jours | ≈ 11 jours |
| Plus de 10 ans d'entreprise (ou plus de 20 ans de BTP) | 215 jours | ≈ 12 jours |
Accord de branche BTP sur les forfaits en jours, applicable aux conventions conclues à compter du 1ᵉʳ février 2013. Estimation des jours de repos sur le calendrier 2026 : 365 jours − 104 samedis/dimanches − 25 jours ouvrés de congés − 9 jours fériés tombant en semaine = 227 jours travaillables.
4.2. La contrepartie financière : un minimum majoré de 10 %
Le forfait jours a un prix pour l'employeur : le cadre au forfait doit percevoir au minimum le salaire minimum conventionnel de son coefficient majoré de 10 %. Un conducteur de travaux principal au coefficient 120 et au forfait jours ne peut donc pas être payé moins de 4 560 € brut par mois en 2026 (4 145 € + 10 %). Vérifiez votre bulletin de paie : c'est l'un des manquements les plus fréquents du secteur.
4.3. Les garde-fous obligatoires
- Repos quotidien de 11 heures consécutives entre deux journées de travail, et repos hebdomadaire de 35 heures consécutives ;
- Suivi régulier de la charge de travail par l'employeur, avec un entretien annuel dédié à la charge de travail, à l'articulation vie professionnelle / vie personnelle et à la rémunération ;
- Liberté de refus : le refus de signer une convention de forfait jours ne peut justifier ni un licenciement ni une sanction.
Si vous travaillez « comme un cadre au forfait » sans avoir signé de convention individuelle, ou si l'employeur ne tient aucun suivi de votre charge de travail, le forfait peut être privé d'effet par le juge. Conséquence : vos heures au-delà de 35 h redeviennent des heures supplémentaires majorées, récupérables sur 3 ans. Conservez agendas, plannings de chantier et courriels tardifs.
4.4. Combien vaut une journée au forfait ?
Comme le salaire au forfait est mensuel et forfaitaire, aucune retenue ne peut être faite pour une absence inférieure à une journée ou une demi-journée. Pour valoriser une journée — absence non rémunérée, entrée en cours d'année, régularisation —, la convention retient une règle simple : on divise la rémunération mensuelle par 22.
Valeur d'une journée = rémunération mensuelle forfaitaire ÷ 22. Exemple : un cadre au coefficient 120 et au forfait (4 559,50 € brut) voit chaque journée valorisée à environ 207 € brut.
4.5. Cadres hors forfait : le décompte horaire
Les cadres qui ne disposent pas d'une réelle autonomie (souvent en position A, intégrés à un horaire collectif de bureau ou de chantier) restent au décompte horaire, sur la base conventionnelle de 39 heures. Leurs heures supplémentaires suivent les majorations légales :
| Heures effectuées | Majoration |
|---|---|
| De la 36ᵉ à la 43ᵉ heure hebdomadaire | + 25 % |
| À partir de la 44ᵉ heure | + 50 % |
5. Congés payés et prime de vacances de 30 %
Les cadres du bâtiment bénéficient de 30 jours ouvrables de congés payés par an, gérés — spécificité du BTP — par la caisse de congés payés du bâtiment (réseau CIBTP) : c'est la caisse, et non l'employeur, qui verse l'indemnité de congés.
L'ancienneté ouvre droit à des jours supplémentaires :
- + 2 jours ouvrables entre 5 et 10 ans de présence dans l'entreprise (ou 10 à 20 ans de présence dans une ou plusieurs entreprises affiliées à une caisse de congés payés du BTP) ;
- + 3 jours ouvrables au-delà de 10 ans dans l'entreprise (ou 20 ans dans le BTP).
S'y ajoute l'avantage emblématique du secteur : la prime de vacances, égale à 30 % de l'indemnité de congés correspondant aux 24 jours ouvrables du congé principal. Versée avec l'indemnité de congés au moment du départ en congé principal, elle représente concrètement l'équivalent d'environ un quart de mois de salaire supplémentaire chaque année. Ce n'est pas un geste de l'employeur : c'est un droit conventionnel.
Congés payés et prime de vacances : dispositions congés de la CCN cadres du bâtiment du 1ᵉʳ juin 2004, détaillées sur le Code du travail numérique.
La prime apparaît sur le décompte de la caisse CIBTP qui accompagne le paiement de vos congés, pas toujours sur le bulletin de paie de l'entreprise. Si vous avez pris votre congé principal sans trace d'un versement à 30 %, réclamez le détail à votre caisse régionale.
6. Maladie, accident du travail et prévoyance
En cas d'arrêt de travail pour maladie ou accident, la convention organise l'un des maintiens de salaire les plus protecteurs du secteur privé : l'employeur verse au cadre l'intégralité de ses appointements pendant les 90 premiers jours d'arrêt, sous déduction des indemnités journalières de la Sécurité sociale (que le cadre reverse ou que l'employeur perçoit par subrogation).
| Situation | Condition d'ancienneté | Maintien |
|---|---|---|
| Maladie ou accident de la vie courante | 1 an dans l'entreprise (ou 5 ans dans des entreprises du BTP) | 100 % pendant 90 jours |
| Accident du travail / maladie professionnelle | Aucune | 100 % pendant 90 jours |
| Congé maternité | 1 an dans l'entreprise | 100 % (sous déduction IJSS) |
Au-delà du 90ᵉ jour, le relais est pris par le régime de prévoyance obligatoire du BTP : l'employeur doit avoir affilié ses cadres à un organisme de prévoyance (ou verser directement les prestations équivalentes). Ce régime sert des indemnités complémentaires en cas d'incapacité longue, des rentes d'invalidité et un capital décès. Les cadres bénéficient en outre, comme tous les cadres, de la cotisation patronale prévoyance minimale de 1,50 % de la tranche A héritée de la convention AGIRC de 1947, reprise par l'accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017.
Maintien de salaire : dispositions maladie de la CCN cadres du bâtiment, synthèse sur LégiSocial et texte intégral sur Légifrance.
7. Rupture du contrat : préavis et indemnité de licenciement
7.1. Le préavis : 2 ou 3 mois, démission comme licenciement
La convention fixe des durées de préavis identiques pour la démission et le licenciement (hors faute grave) — point notable, car le Code du travail n'encadre pas le préavis de démission des cadres :
| Ancienneté | Démission | Licenciement |
|---|---|---|
| Moins de 2 ans | 2 mois | 2 mois |
| 2 ans et plus | 3 mois | 3 mois |
Pendant un préavis de licenciement, le cadre est autorisé à s'absenter pour rechercher un emploi à raison de 5 jours ouvrés ou 10 demi-journées par mois, fixés pour moitié à son choix et pour moitié à celui de l'employeur, avec maintien de la rémunération. Ces absences ne sont pas prévues en cas de démission. Enfin, la partie qui n'exécute pas le préavis doit à l'autre une indemnité égale au salaire correspondant à la durée restant à courir.
7.2. L'indemnité de licenciement : nettement au-dessus du légal
« Le montant de l'indemnité de licenciement est calculé, en fonction de l'ancienneté du cadre, à raison de 3/10 de mois par année d'ancienneté, à partir de 2 ans révolus et jusqu'à 10 ans d'ancienneté, et de 6/10 de mois par année d'ancienneté pour les années au-delà de 10 ans. L'indemnité ne peut dépasser la valeur de 15 mois. En cas de licenciement d'un cadre âgé de plus de 55 ans à la date d'expiration du préavis, le montant est majoré de 10 %. »
Article 7.5 de la convention collective nationale des cadres du bâtiment du 1ᵉʳ juin 2004 — texte intégral sur Légifrance.
Cette formule est plus favorable que l'indemnité légale (1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans, 1/3 au-delà) : un conducteur de travaux licencié après 15 ans avec 4 500 € de salaire de référence perçoit environ 27 000 € au barème conventionnel, contre environ 18 750 € au barème légal. L'indemnité est due à partir de 2 ans d'ancienneté, sauf faute grave, et n'est pas versée au cadre ayant atteint 65 ans.
Simulateur d'indemnité de licenciement (art. 7.5)
Estimation au barème conventionnel : 3/10 de mois par année (de 2 à 10 ans), 6/10 au-delà, plafond 15 mois, majoration de 10 % après 55 ans.
Estimation indicative. Le salaire de référence et l'ancienneté sont définis aux articles 7.5 et 7.13 de la convention. Indemnité non due en cas de faute grave.
8. Départ et mise à la retraite
La convention distingue deux situations, avec deux barèmes différents — tous deux calculés à partir de 2 ans d'ancienneté révolus :
| Situation | De 2 à 10 ans | Au-delà de 10 ans | Plafond |
|---|---|---|---|
| Départ volontaire à la retraite (à l'initiative du cadre) | 1,5/10 de mois / an | 3/10 de mois / an | 8 mois |
| Mise à la retraite par l'employeur | 2/10 de mois / an | 5/10 de mois / an | 12 mois |
Articles 7.6 à 7.10 de la CCN cadres du bâtiment — article 7.7 sur Légifrance. Le préavis applicable au départ à la retraite est de 3 mois.
Exemple : un chef d'agence partant volontairement à la retraite après 30 ans dans la même entreprise, avec 5 000 € de salaire de référence, perçoit 1,5/10 × 10 ans + 3/10 × 20 ans = 7,5 mois, soit 37 500 € brut — juste sous le plafond de 8 mois.
La comparaison avec la loi est éloquente : le Code du travail n'accorde, pour un départ volontaire, que 2 mois de salaire après trente ans d'ancienneté. Le barème conventionnel des cadres du bâtiment verse près de quatre fois plus. C'est, avec la prime de vacances et l'indemnité de licenciement, l'un des trois avantages réellement décisifs de cette convention — et l'une des raisons pour lesquelles vérifier l'adhésion de son employeur, expliquée à la section 3.1, a des conséquences très concrètes en fin de carrière.
Simulateur d'indemnité de retraite (art. 7.7 et 7.9)
Comparez le barème conventionnel des cadres du bâtiment au minimum légal, selon que le départ vient de vous ou de l'employeur.
Estimation indicative. Départ volontaire : 1,5/10 de mois par année de 2 à 10 ans, 3/10 au-delà, plafond 8 mois. Mise à la retraite : 2/10 puis 5/10, plafond 12 mois. Le barème légal du départ volontaire est de 0,5 / 1 / 1,5 / 2 mois à 10, 15, 20 et 30 ans (article D1237-1 du Code du travail).
9. Déplacements, voyages de détente et changement de résidence
C'est le titre le plus méconnu de la convention, et pourtant celui qui touche le quotidien d'un conducteur de travaux ou d'un ingénieur d'affaires envoyé six mois sur un chantier à 400 km. Le titre VI distingue trois régimes, selon que le déplacement est occasionnel, continu, ou qu'il s'accompagne d'un vrai changement de résidence.
Déplacement occasionnel
Remboursement sur justificatifs des frais de voyage, de séjour et de représentation. Un forfait peut remplacer les frais réels, mais il suppose un accord préalable — il ne peut pas être imposé après coup.
Déplacement continu
Lorsque le cadre est affecté durablement hors de son lieu habituel, une indemnité forfaitaire définie préalablement couvre toute la durée du déplacement. Là encore, le montant se négocie avant le départ, pas au retour.
Voyage de détente
Au-delà d'une semaine de mission, le cadre éloigné de sa famille a droit au remboursement d'un voyage de détente hebdomadaire vers sa résidence déclarée. C'est un droit, pas une faveur.
9.1. Le changement de résidence : ce que l'entreprise doit payer
Lorsque la mutation impose de déménager, l'entreprise prend en charge, sur justificatifs, les frais directement occasionnés par ce changement. Deux garanties méritent d'être connues, parce qu'elles se perdent souvent dans la négociation :
- le cadre reste considéré comme en déplacement — donc indemnisé comme tel — jusqu'à l'installation de sa famille, dans la limite d'un an ;
- le dédit à payer sur l'ancien logement est remboursé dans la limite de trois mois de loyer ;
- en cas de licenciement après la mutation, les frais de retour à la résidence initiale sont pris en charge si la demande est formulée dans les six mois suivant le licenciement — une clause que peu de cadres pensent à invoquer.
Les déplacements dans les DOM-TOM et hors de France font l'objet d'un chapitre distinct, qui sépare les missions de moins de trois mois et celles de plus de trois mois, ces dernières supposant un avenant au contrat de travail précisant durée, rémunération, protection sociale et conditions de retour.
Titre VI de la CCN des cadres du bâtiment du 1ᵉʳ juin 2004 (chapitres VI.1 « Déplacements et changements de résidence en France » et VI.2 « Déplacements dans les DOM-TOM et hors de France ») — texte sur Légifrance. Les montants forfaitaires ne sont pas fixés par la convention : ils relèvent de l'accord préalable entre l'employeur et le cadre, dans la limite des barèmes URSSAF d'exonération.
10. Ce que la convention ne prévoit pas
Autant que les droits, il est utile de savoir ce qui ne figure pas dans le texte : c'est ce qui distingue un avantage acquis d'une pratique révocable, et ce qui doit se négocier au contrat plutôt que se réclamer sur le fondement de la branche.
❌ Pas de 13ᵉ mois conventionnel
Aucune disposition de la convention n'institue de treizième mois pour les cadres du bâtiment. Quand il existe, il résulte du contrat de travail, d'un accord d'entreprise ou d'un usage — un usage que l'employeur peut dénoncer en respectant une procédure précise.
❌ Pas de prime d'ancienneté
À la différence de nombreuses branches industrielles, l'ancienneté des cadres du bâtiment ne se traduit pas par un pourcentage sur le salaire. Elle joue ailleurs, et de façon substantielle : jours de congés supplémentaires, plafond de forfait jours réduit, indemnités de rupture.
❌ Pas de grille régionale (sauf Nord–Pas-de-Calais)
Contrairement aux ouvriers et aux ETAM, dont les minima sont négociés région par région, les cadres ont une grille unique nationale. La seule exception est la majoration de 2,78 % applicable dans le Nord et le Pas-de-Calais.
❌ Pas d'indemnité de panier ni de trajet
Les indemnités de petit déplacement (trajet, transport, repas) qui structurent la paie des ouvriers du bâtiment ne sont pas transposées aux cadres : ces derniers relèvent du régime des déplacements du titre VI, fondé sur les frais réels ou un forfait négocié.
Parce que la convention est non étendue et qu'elle laisse de côté le treizième mois, la prime d'ancienneté ou le véhicule, l'essentiel de votre package se joue à l'embauche et lors des révisions annuelles. Faites figurer noir sur blanc le coefficient (il commande le minimum), la nature du forfait (jours ou heures) et les avantages en nature. Un coefficient absent du contrat et du bulletin est le premier signe d'un dossier fragile en cas de litige.
11. Points de vigilance pour votre paie
Au fil des contentieux prud'homaux du secteur, quelques manquements reviennent régulièrement. Voici les quatre vérifications qui prennent cinq minutes et peuvent rapporter gros :
- Minimum + 10 % au forfait jours : comparez votre brut au minimum de votre coefficient majoré de 10 %. Un coefficient 108 au forfait ne peut pas gagner moins de 4 210 € brut en 2026.
- Coefficient sous-évalué : des fonctions de position B payées au coefficient d'entrée de la position A représentent plusieurs centaines d'euros d'écart mensuel, récupérables sur 3 ans.
- Prime de vacances oubliée : vérifiez le décompte CIBTP de votre congé principal — les 30 % doivent y figurer.
- Forfait jours sans entretien de charge : sans suivi effectif de la charge de travail, le forfait est fragile et les heures supplémentaires peuvent être réclamées.
- Convention réellement applicable : la CCN n'étant pas étendue, vérifiez que votre bulletin porte bien la mention « cadres du bâtiment » ou « IDCC 2420 ». Si elle y figure, l'employeur s'est engagé à l'appliquer — grille, prime de vacances et indemnités comprises — même s'il n'adhère à aucune fédération.
Votre contrat de travail et les accords d'entreprise peuvent toujours prévoir plus favorable que la convention (salaire réel supérieur au minimum, 13ᵉ mois, véhicule de fonction…). En revanche, sur les minima de salaire et la classification, la branche verrouille : aucun accord d'entreprise ne peut descendre en dessous de la grille IDCC 2420.
12. Sources officielles
- Convention collective nationale des cadres du bâtiment du 1ᵉʳ juin 2004 (IDCC 2420, brochure JO 3322) — Légifrance, texte intégral consolidé et avenants salaires. État du texte : « en vigueur non étendu » ;
- Texte de base — titres I à IX, dont le titre VI « Déplacements » (déplacements occasionnels et continus, voyages de détente, changement de résidence, DOM-TOM et étranger) ;
- Bâtiment Cadres — Code du travail numérique (Ministère du Travail), fiches pratiques par thème (préavis, congés, jours fériés…) ;
- Article 7.5 — indemnité de licenciement, article 7.7 — indemnité de mise à la retraite et article 7.10 — dispositions communes aux ruptures ;
- Avenant n° 1 du 11 décembre 2012 relatif à la convention de forfait en jours (plafonds de 218, 216 et 215 jours ; minima majorés de 10 % depuis le 1ᵉʳ février 2013) ;
- Avenant n° 78 du 19 janvier 2026 relatif aux appointements minimaux, grille applicable au 1ᵉʳ février 2026 (+ 1,20 % en moyenne), non étendu au 9 août 2026 ; avenant n° 77 du 16 janvier 2025 pour la grille antérieure ;
- Accord collectif national du 13 avril 2004 relatif au départ et à la mise à la retraite dans le bâtiment et les travaux publics.