Convention Commerces de Détail Non Alimentaires 2026 (IDCC 1517) : Salaires, Primes et Droits
C'est l'une des conventions les plus méconnues du commerce, et pourtant elle couvre une mosaïque de boutiques que tout le monde fréquente : le magasin de jouets, la brocante, la droguerie, le marchand d'instruments de musique, la boutique de maroquinerie, le bazar et la solderie, la galerie d'art, le magasin de puériculture, la boutique de vape ou encore le point presse du coin de la rue. Si vous êtes vendeur, responsable de rayon ou gérant salarié dans l'un de ces commerces, votre contrat relève de la convention collective des commerces de détail non alimentaires (IDCC 1517, brochure 3251), née en 1988 et entièrement réécrite depuis.
Bonne nouvelle pour qui la connaît : cette convention est plus généreuse qu'elle n'en a l'air. Elle prévoit une prime d'ancienneté dès 3 ans, des congés supplémentaires à partir de 10 ans, des jours fériés protégés avec des majorations de 50 %, et une indemnité de licenciement plus favorable que le barème légal à partir de la 11ᵉ année d'ancienneté. Sa grille de salaires vient d'être revalorisée au 1ᵉʳ juin 2026. Ce guide passe tout en revue, avec la source officielle à chaque étape.
ÉTAPE 0 : Votre boutique relève-t-elle de la 1517 ?
Le champ d'application (article 1ᵉʳ, révisé en dernier lieu par l'avenant n°15 du 14 mai 2025, étendu le 18 septembre 2025) couvre le commerce de détail — en boutique comme en ligne, biens neufs ou d'occasion — dont l'activité principale porte sur :
La convention s'applique aussi aux sièges sociaux, entrepôts et holdings liés à ces commerces. Les codes APE usuels (47.19B, 47.52A, 47.59B, 47.62Z, 47.65Z, 47.72B, 47.78C, 47.79Z, 47.89Z) ne sont qu'une présomption : c'est l'activité principale réelle qui compte.
⚠️ Boutiques qui n'en relèvent PAS (en principe) : l'alimentaire spécialisé (épicerie fine, caviste… → plutôt IDCC 3237), l'électroménager/TV/hi-fi (→ plutôt IDCC 1686 — l'« équipement du foyer » de la 1517 ne couvre pas l'équipement ménager électrique), l'habillement et les textiles (→ plutôt IDCC 1483), la papeterie. Le réflexe fiable : la mention IDCC sur votre bulletin de paie.
Sommaire
- La grille des salaires au 1ᵉʳ juin 2026
- Les 9 niveaux de classification
- Prime d'ancienneté : 3 à 15 %
- Simulateur : minimum + prime
- Temps de travail et heures sup
- Jours fériés et dimanches
- Congés : ancienneté et famille
- Essai, préavis, licenciement
- Mutuelle et prévoyance
- Questions fréquentes
- Sources officielles
1. La grille des salaires au 1ᵉʳ juin 2026
La branche a revalorisé ses minima en début d'année : l'avenant n°15 du 6 février 2026 (série des avenants salaires), signé par la CDNA côté patronal et par la CFTC-CSFV, la CFDT Services et la CFE-CGC FNECS côté salariés, a été étendu par arrêté du 4 mai 2026 (JORF du 10 mai) et s'applique depuis le 1ᵉʳ juin 2026, avec une hausse moyenne de 1,32 %. Le calendrier a toutefois joué un mauvais tour aux négociateurs : le SMIC a été revalorisé le même jour, à 1 867,02 € — et il dépasse les quatre premiers niveaux de la grille, le niveau IV manquant la marche pour… 2 centimes.
| Niveau | Catégorie | Minimum conventionnel | Minimum réellement dû (2026) |
|---|---|---|---|
| I | Employé débutant (6 mois max à ce niveau) | 1 867,02 € (SMIC) | |
| II | Employé | 1 867,02 € (SMIC) | |
| III | Employé qualifié | 1 867,02 € (SMIC) | |
| IV | Employé très qualifié | 1 867,02 € (SMIC) | |
| V | Employé hautement qualifié | 1 967 € | |
| VI | Agent de maîtrise | 2 146 € | |
| VII | Cadre | 2 741 € | |
| VIII | Cadre confirmé | 3 583 € | |
| IX | Cadre supérieur | 4 034 € | |
Minima mensuels bruts base 151,67 h. Avenant n°15 du 6 février 2026, étendu par arrêté du 4 mai 2026 (Légifrance), en vigueur au 1ᵉʳ juin 2026 — code.travail.gouv.fr. Aucun avenant salaires plus récent n'était étendu au 6 août 2026.
Depuis le 1ᵉʳ juin 2026, le SMIC mensuel (1 867,02 € pour 151,67 h) dépasse les minima des niveaux I à IV. Si vous êtes positionné sur l'un de ces niveaux, votre salaire de base ne peut pas être inférieur au SMIC — l'employeur doit le compléter. La prime d'ancienneté, elle, s'ajoute à ce salaire (section 3).
2. Les 9 niveaux de classification
La classification (chapitre XII de la convention) répartit les emplois sur 9 niveaux à critères classants — compétences et connaissances, complexité et multiactivité, autonomie et responsabilité, dimension relationnelle — déclinables en quatre filières : commerciale, administrative, services technique et logistique, atelier. Les niveaux I à V correspondent aux employés, le niveau VI aux agents de maîtrise, et les niveaux VII à IX aux cadres (cadre, cadre confirmé, cadre supérieur).
Le niveau I est un niveau de débutant : la convention interdit d'y maintenir un salarié au-delà de 6 mois d'ancienneté (seule exception : les employés de nettoyage). Si votre bulletin affiche toujours « niveau I » après 6 mois, demandez votre reclassement au niveau II — et le rappel de salaire correspondant.
3. Prime d'ancienneté : 3 à 15 % dès 3 ans
C'est l'avantage le plus concret de cette convention pour les vendeurs : une prime d'ancienneté (chapitre XIII, article 2) réservée aux niveaux I à VI — employés et agents de maîtrise, les cadres en sont exclus. Elle progresse par paliers de 3 ans : 3 % après 3 ans, 6 % après 6 ans, 9 % après 9 ans, 12 % après 12 ans et 15 % après 15 ans. Particularité importante : elle se calcule sur le minimum du niveau I (1 829 € au 1ᵉʳ juin 2026), pas sur votre salaire réel, et doit figurer sur une ligne distincte de votre bulletin de paie, en plus de votre salaire.
*Montants calculés : pourcentage × minimum niveau I (1 829 € au 1ᵉʳ juin 2026), temps plein — au prorata pour les temps partiels. Chapitre XIII, article 2 de la CCN (en vigueur étendu) — texte sur Légifrance.
4. Simulateur : votre minimum conventionnel 2026
Sélectionnez votre niveau et votre ancienneté : le simulateur applique le plancher SMIC sur les niveaux I à IV, ajoute la prime d'ancienneté quand vous y avez droit, et estime le net correspondant.
Votre situation
base + prime d'ancienneté
Estimation indicative : plancher SMIC appliqué (niveaux I-IV), prime calculée sur le minimum niveau I, prorata temps partiel. Hors majorations fériés/heures sup. Net ≈ 78 % du brut.
5. Temps de travail et heures supplémentaires
Le chapitre IX fixe la base classique de 35 heures (151,67 h mensualisées), mais avec des garde-fous propres à la branche : la journée ne peut pas dépasser 10 heures, la semaine 48 heures, et la moyenne sur 12 semaines 44 heures. Spécificité utile aux commerces saisonniers (jouets à Noël, souvenirs l'été) : l'employeur peut aménager le temps de travail sur l'année en application directe de la convention, sans accord d'entreprise, avec jusqu'à 6 « semaines à zéro heure » par an et un salaire lissé sur 151,67 h.
Les heures supplémentaires sont majorées aux taux de 25 % puis 50 %, avec un contingent conventionnel de 180 heures par an (inférieur aux 220 h du droit commun) — au-delà, chaque heure ouvre droit à une contrepartie en repos de 50 % (entreprises de 20 salariés au plus) ou 100 %. Les cadres autonomes des niveaux VII à IX peuvent être au forfait de 218 jours par an, journée de solidarité comprise. Pour vérifier vos heures : notre calculateur d'heures supplémentaires.
6. Jours fériés et dimanches : ce que dit (vraiment) le texte
Le régime des jours fériés (chapitre VIII, article 9) est plus protecteur que le droit commun. Outre le 1ᵉʳ mai, chaque salarié bénéficie de 3 jours fériés chômés et payés par an, choisis par l'employeur — éventuellement par roulement pour maintenir la boutique ouverte. Et le travail des autres fériés se paie :
| Situation | Compensation |
|---|---|
| 1ᵉʳ mai | Chômé et payé (régime légal) |
| 3 jours fériés « garantis » (au choix de l'employeur) | Chômés et payés |
| Autre jour férié travaillé | + 50 % des heures effectuées (ou repos égal à la moitié du temps travaillé) |
| Travail exceptionnel d'un des 3 fériés garantis | + 50 % ET repos compensateur de 100 % du temps travaillé |
Contrairement à une idée répandue, la convention 1517 ne prévoit aucune majoration du dimanche : c'est le droit commun du Code du travail qui s'applique. Concrètement, le doublement du salaire n'est dû que dans le cadre des « dimanches du maire » (article L. 3132-27) ; pour les autres ouvertures dominicales autorisées, les contreparties dépendent de votre accord d'entreprise ou de l'autorisation applicable — vérifiez ce que le vôtre prévoit avant de signer un planning du dimanche.
7. Congés : l'ancienneté récompensée
Aux cinq semaines légales, la convention ajoute des congés d'ancienneté : 1 jour ouvré supplémentaire à 10 ans, 2 jours à 15 ans, 3 jours à 20 ans, 4 jours à 25 ans et 5 jours à 30 ans. Dans un secteur où l'on fait souvent carrière dans la même boutique, cela finit par compter — une semaine entière de congés en plus après 30 ans.
Les congés pour événements familiaux (article 2 du chapitre VIII) sont eux aussi améliorés, avec une mécanique originale : la plupart des durées gagnent +1 jour après 1 an d'ancienneté. Mariage ou Pacs : 4 jours ouvrés (+1) ; mariage d'un enfant : 1 jour (+1) ; naissance ou adoption : 3 jours ; décès du conjoint, partenaire ou concubin : 3 jours (+1) ; décès d'un enfant : 5 jours (+1), portés à 7 jours (+1) si l'enfant avait moins de 25 ans, auxquels s'ajoute le congé de deuil légal de 8 jours ; décès des père, mère, beaux-parents, frère ou sœur : 3 jours (+1) ; décès d'un grand-parent : 1 jour ; annonce d'un handicap, d'une pathologie chronique ou d'un cancer chez un enfant : 2 jours. Pour vos droits à congés payés classiques, utilisez notre simulateur de congés.
8. Période d'essai, préavis et indemnité de licenciement
À l'embauche, la période d'essai en CDI est de 2 mois pour les employés (niveaux I à V), 3 mois pour les agents de maîtrise (VI) et 4 mois pour les cadres (VII à IX). Elle est renouvelable une fois — d'un mois pour les niveaux II à VI, de deux mois pour les cadres — mais jamais au niveau I. Au départ, les préavis sont les suivants :
| Niveaux | Démission (toute ancienneté) et licenciement < 2 ans | Licenciement ≥ 2 ans |
|---|---|---|
| I à V (employés) | 1 mois | 2 mois |
| VI (agents de maîtrise) | 2 mois | 2 mois |
| VII à IX (cadres) | 3 mois | 3 mois |
Chapitre V article 3 (essai) et chapitre VI article 1ᵉʳ (préavis) de la CCN, en vigueur étendus — texte sur Légifrance. En cas de licenciement : 2 h rémunérées par jour pour rechercher un emploi pendant le préavis.
Dès 8 mois d'ancienneté (hors faute grave), l'indemnité conventionnelle est de 1/4 de mois de salaire par année jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois + 1/15ᵉ de mois par année à partir de 10 ans — alors que le barème légal n'accorde que 1/3 au-delà de 10 ans. Exemple pour 15 ans d'ancienneté et 2 200 € de salaire de référence : la convention donne environ 10 070 € (2,5 + 5×(1/3+1/15) mois) contre ~9 170 € pour le légal — près de 900 € de mieux.
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers. La convention prévoit aussi une indemnité de départ volontaire à la retraite (1 mois à 10 ans → 3 mois à 30 ans). Estimez votre cas avec notre simulateur d'indemnité de licenciement.
9. Mutuelle et prévoyance de branche
La branche dispose d'un régime frais de santé obligatoire depuis l'accord du 22 juin 2015, dont la cotisation de base est partagée à parts égales entre employeur et salarié (structure des options revue par l'avenant n°11 du 6 décembre 2023, en vigueur depuis le 1ᵉʳ juillet 2024 — l'employeur peut rendre un niveau supérieur obligatoire dans l'entreprise). Côté prévoyance (accord du 28 mars 2019, garanties révisées au 1ᵉʳ novembre 2024), l'employeur prend en charge au moins 50 % de la cotisation — et pour les cadres, la cotisation de 1,50 % sur la tranche 1 est intégralement à la charge de l'employeur, comme l'impose l'accord national de 2017. Le choix de l'assureur est libre dès lors que les garanties de branche sont respectées.
10. Questions fréquentes
11. Sources officielles
- CCN des commerces de détail non alimentaires (Légifrance, IDCC 1517, brochure 3251) — texte du 14 juin 1988 refondu par l'avenant du 9 mai 2012, étendu par arrêté du 9 janvier 1989
- Arrêté du 4 mai 2026 portant extension de l'avenant salaires n°15 du 6 février 2026 (grille au 1ᵉʳ juin 2026)
- Arrêté du 26 mars 2026 portant extension de l'avenant n°16 du 5 novembre 2025
- Fiche IDCC 1517 — Code du travail numérique (Ministère du Travail)
- L'Opcommerce — présentation de la branche (≈ 14 000 entreprises, ≈ 89 000 salariés, 94 % de TPE)
Données vérifiées le 6 août 2026 sur le texte conventionnel consolidé et les arrêtés d'extension. Ce site n'est pas un site gouvernemental : pour un conseil individuel, rapprochez-vous de vos représentants du personnel, d'un syndicat ou d'un avocat en droit social.