Sur la plaque d'une meuleuse, d'un chargeur ou d'une baladeuse, un petit pictogramme dit comment l'appareil vous protège si son isolant lâche : c'est sa classe de protection électrique.

La norme NF EN 61140 (IEC 61140) range le matériel en quatre classes, 0, I, II et III. Chacune repose sur un principe différent : l'isolation seule, le conducteur de terre, la double isolation ou la très basse tension.

Le point qui génère le plus de questions est la classe II électrique, dite « classe 2 » : un appareil à double carré ne se raccorde pas à la terre, et ce n'est pas un défaut.

Symboles officiels, règles de raccordement, textes du Code du travail qui s'y rattachent et contrôles à faire en atelier : le point complet, sources à l'appui.

1. Classe de protection : ce que dit la NF EN 61140

La norme internationale IEC 61140 (4ᵉ édition, 2016), reprise en France sous la référence NF EN 61140, traite de la protection des personnes contre les chocs électriques. Elle pose les principes communs aux installations et aux matériels, sans limite de tension.

Sa brique de base est l'isolation principale : l'isolant qui entoure les parties actives. La question que règle la classe est la suivante : que se passe-t-il si cette isolation principale fait défaut ?

On parle alors de contact indirect : la personne touche une partie qui n'aurait jamais dû être sous tension, comme la carcasse métallique d'une perceuse dont un fil s'est dénudé.

L'INRS distingue plusieurs isolants dans sa brochure ED 6345 : l'isolation principale, l'isolation supplémentaire (indépendante, prévue en plus de la principale), la double isolation (principale + supplémentaire) et l'isolation renforcée, qui offre une protection équivalente à la double isolation en une seule couche.

Une confusion revient souvent : la classe ne dit rien de l'étanchéité. L'indice IP (NF EN 60529) caractérise ce que l'enveloppe arrête, doigts, poussières ou eau, comme le détaille notre article sur les indices de protection IP67 et IP68. Un appareil peut être de classe II et IP20, ou de classe I et IP65.

Reste à savoir reconnaître chaque classe. Trois d'entre elles ont un symbole normalisé, la quatrième se repère justement à l'absence de symbole.

Sources : IEC 61140:2016, domaine d'application et avant-propos (extrait public de la norme) ; INRS, brochure ED 6345 « L'électricité » (1ʳᵉ éd., novembre 2019), § 4.3.5 « Protection contre les chocs électriques ».

2. Les quatre symboles à reconnaître sur une plaque

Les pictogrammes sont définis par la norme IEC 60417, le catalogue international des symboles graphiques pour matériel. Chacun porte un numéro de référence, utile pour vérifier une fiche technique ou une déclaration du fabricant.

Classe 0

Pas de symbole

Isolation principale seule, aucune borne de terre. Classe proscrite (voir section 5).

Classe I

IEC 60417-5019 « terre de protection »

Marque la borne où se raccorde le conducteur de protection vert/jaune.

Classe II

IEC 60417-5172 « double carré »

Double isolation ou isolation renforcée. Aucun raccordement à la terre.

Classe III

IEC 60417-5180 « III » dans un losange

Alimentation en très basse tension de sécurité ou de protection.

Le symbole 5172 identifie un matériel qui satisfait aux exigences de la classe II de l'IEC 61140. La norme des symboles demande de le placer de façon qu'il fasse clairement partie des informations techniques et ne puisse pas être confondu avec une marque du fabricant.

Une variante existe : le symbole IEC 60417-6092 désigne un matériel de classe II avec terre fonctionnelle. La liaison à la terre y sert au fonctionnement de l'appareil, pas à la protection contre les chocs électriques.

Tableau comparatif des classes de protection

Classe Si l'isolation principale lâche… Conducteur de protection (PE) Usage type selon l'INRS
0 La protection ne repose plus que sur l'environnement Aucune disposition prévue Classe « maintenant proscrite »
I La masse mise à la terre écoule le défaut, la protection de l'installation coupe Obligatoire, incorporé au câble, fiche avec contact de terre Souvent les machines fixes
II L'isolation supplémentaire ou renforcée empêche la mise sous tension des parties accessibles Aucun : les parties métalliques accessibles ne sont pas reliées à la terre Essentiellement les machines portatives
III La tension d'alimentation est trop faible pour être dangereuse Non concerné, la protection vient de la source Portatifs en milieu confiné humide ou mouillé, certains jouets

Ce tableau résume le principe. Chaque classe impose pourtant des règles précises, à commencer par la plus mal comprise, la classe II.

Sources : IEC 60417, fiches des symboles 5019 (terre de protection), 5172 (matériel de classe II), 5180 (matériel de classe III) et 6092 (classe II avec terre fonctionnelle) ; INRS, ED 6345, § « Classes de matériel ».

3. Classe II : double isolation et pas de terre

Un matériel de classe II ne compte pas sur l'installation pour vous protéger. Sa sécurité est intégrée à sa construction : une double isolation ou une isolation renforcée entre les parties actives et tout ce que l'utilisateur peut toucher.

Conséquence directe, et réponse à la question « classe 2 électrique et terre » : l'appareil n'a pas de borne de terre. L'INRS le formule sans ambiguïté : si des parties métalliques sont accessibles, elles ne doivent pas être reliées à la terre.

Ce qui est normal

  • Une fiche à deux broches, sans contact de terre, branchée sur une prise 2P+T.
  • Un câble d'alimentation à deux conducteurs, sans vert/jaune.
  • Une borne de terre marquée 6092 sur certains appareils : terre fonctionnelle, pas protection.

Ce qui est une erreur

  • Visser un conducteur de terre sur la carcasse « pour plus de sécurité ».
  • Considérer qu'un appareil de classe II dispense de la protection différentielle de l'installation.
  • Continuer d'utiliser un outil dont l'enveloppe isolante est fendue : la double isolation n'existe plus.

La classe II ne fait pas tout. L'INRS rappelle qu'utiliser du matériel de classe II « n'est pas suffisant pour assurer la sécurité des personnes » quand l'environnement est sévère.

Son exemple : sur un chantier du BTP, où poussière, humidité et contraintes mécaniques sont fortes, le matériel doit aussi présenter au minimum les degrés de protection IP44 et IK08 (tenue aux chocs, NF EN 62262).

La classe II peut aussi être obtenue par installation. L'arrêté du 19 décembre 2011 sur le soudage électrique à l'arc l'illustre : dans une enceinte conductrice exiguë où la source de courant ne peut pas rester à l'extérieur, celle-ci doit être de classe II par construction, de classe II par installation (masses protégées par une isolation supplémentaire), ou à défaut de classe I avec masses mises à la terre et reliées à l'enceinte, le circuit étant protégé par un différentiel de 30 mA au plus.

La classe III déplace encore le problème : ce n'est plus l'isolant qui protège, c'est la tension elle-même.

Sources : INRS, ED 6345, « Classe II (deux) » et remarque IP44 / IK08 ; arrêté du 19 décembre 2011 relatif aux circuits électriques mis en œuvre dans le soudage électrique à l'arc, art. 4 (reproduit dans INRS ED 6187, § 4.5).

4. Classe III : la protection par la TBTS

Un matériel de classe III est conçu pour être alimenté en très basse tension de sécurité (TBTS) ou de protection (TBTP). Sa tension d'alimentation figure sur la plaque signalétique.

Le Code du travail fixe le cadre : l'article R. 4226-2 classe en très basse tension (TBT) les installations dont la tension ne dépasse pas 50 V en alternatif ou 120 V en continu lisse. Mais toute TBT n'est pas une mesure de protection.

Type de TBT Ce qui la caractérise Dispense (NF C 15-100, selon l'INRS)
TBTS Source de sécurité (transformateur ou batterie), séparée des autres circuits, aucune liaison à la terre Jusqu'à 25 V ~ / 60 V ⎓ : contacts directs et indirects. Au-delà : contacts indirects seulement
TBTP Mêmes exigences de source et de séparation ; l'interdiction de liaison à la terre ne vise que la TBTS Jusqu'à 12 V ~ / 30 V ⎓ : contacts directs et indirects. Au-delà : contacts indirects seulement
TBTF Très basse tension utilisée pour des raisons fonctionnelles Aucune : ce n'est pas une mesure de protection

Toute la sécurité de la classe III dépend donc de la source. Un transformateur de sécurité s'identifie par la mention « Transformateur de sécurité », par la référence à la norme NF EN 61558-2-6 ou par son symbole. Sans aucune de ces indications, l'INRS demande de considérer l'installation alimentée comme de la TBTF.

C'est la solution retenue là où l'isolement ne peut pas être garanti : locaux humides, et surtout enceintes conductrices exiguës (cuves, réservoirs, gaines de faibles dimensions). L'INRS précise que les lampes baladeuses utilisées dans ces enceintes doivent être alimentées en TBTS, transformateur placé à l'extérieur.

Restent les deux classes aux extrémités de l'échelle : la classe 0, qu'on ne devrait plus croiser, et la classe I, la plus répandue sur les machines.

Sources : Code du travail, art. R. 4226-2 ; INRS, ED 6345, § 4.3.3 « Protection par utilisation de la très basse tension » et encadré « lampes baladeuses » ; arrêté du 20 décembre 2011 relatif aux appareils électriques amovibles, art. 7 (INRS ED 6187, § 4.6).

5. Classe 0 proscrite, classe I liée au conducteur de protection

La classe 0 : l'isolation principale, et rien derrière

Un matériel de classe 0 ne compte que sur son isolation principale. Aucune disposition n'est prévue pour relier ses parties conductrices accessibles à un conducteur de protection.

Si l'isolant cède, plus rien ne s'interpose : la protection repose uniquement sur l'environnement. Pour cette raison, l'INRS écrit que cette classe est « maintenant proscrite », et l'OPPBTP qu'elle est totalement interdite dans toute utilisation professionnelle.

La classe I : la terre fait partie de l'appareil

En classe I, les parties conductrices accessibles sont mises à la terre par un conducteur de protection incorporé au câble, repéré vert/jaune (le « G » d'une désignation de câble comme 3G2,5). La fiche comporte un contact de terre.

Le matériel n'est protégé que si l'installation fait sa part. Au défaut, le courant passe par le conducteur de protection et un dispositif coupe l'alimentation : coupure automatique associée au régime de neutre TT, TN ou IT du site, avec des différentiels en TT. Le Code du travail fixe l'objectif à l'article R. 4215-3 : en cas de défaut d'isolement, aucune masse ne doit présenter une différence de potentiel dangereuse.

Pour les appareils amovibles, l'arrêté du 20 décembre 2011 (pris pour l'article R. 4226-12) traduit cela en règles de câblage.

  • Le câble souple comporte tous les conducteurs actifs et de protection nécessaires, électriquement distincts et matériellement solidaires (art. 4).
  • À l'enfichage, le contact de terre s'établit avant les conducteurs actifs et se sépare après eux (art. 5).
  • Les appareils portatifs à main ne sont pas alimentés au-delà de 500 V en alternatif ou 750 V en continu lisse (art. 2).

Une rallonge sans conducteur de protection, ou un adaptateur qui « saute » la terre, annule la classe I : la carcasse peut rester sous tension au premier défaut. Toute la mécanique de protection s'arrête à ce fil vert/jaune.

Sources : INRS, ED 6345, « Classe 0 (zéro) » et « Classe I (un) » ; OPPBTP, fiche « Connaître les différentes classes de matériels électriques » ; Code du travail, art. R. 4215-3 et R. 4226-12 ; arrêté du 20 décembre 2011 relatif aux appareils électriques amovibles, art. 2, 4 et 5.

6. En atelier : vérifications, rapport et habilitation

La classe du matériel change aussi ce que contrôle le vérificateur. Les vérifications périodiques des installations électriques sont annuelles (art. R. 4226-16), et leur contenu est fixé par l'arrêté du 26 décembre 2011.

I

Continuité de la terre

Vérifiée à chaque vérification sur tous les matériels amovibles, prolongateurs et accessoires compris (annexe I).

II

Mesures d'isolement

Réalisées sur les portatifs et mobiles présentés, sauf sur les matériels de classe II et ceux alimentés en TBTS ou TBTP (annexe I).

III

Rapport de vérification

Les listes d'appareils indiquent la classe pour les matériels de classe II et de classe III alimentés en TBTS ou TBTP (annexe II).

Au quotidien, la lecture de la plaque suffit souvent à éviter les erreurs : un symbole de classe, une tension, un indice IP. Une méthode simple consiste à vérifier que la classe annoncée correspond au câble et à la fiche réellement présents, et que l'enveloppe est intacte.

Ouvrir un appareil, remplacer un cordon ou modifier un raccordement n'est plus de l'utilisation. Les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage sont réservées aux travailleurs habilités (art. R. 4544-9). Pour situer votre cas, le questionnaire « quelle habilitation électrique me faut-il ? » oriente vers le bon symbole, et le décodeur des symboles d'habilitation électrique explique ce que chacun autorise.

Pour aller plus loin : le chapitre protection des personnes et des biens de la formation électricien industriel, qui relie classes de matériel, mise à la terre et différentiel.

Sources : Code du travail, art. R. 4226-16 et R. 4544-9 ; arrêté du 26 décembre 2011 relatif aux vérifications ou processus de vérification des installations électriques, annexe I (§ 2.2.1 et 2.2.2) et annexe II (reproduits dans INRS ED 6187, § 4.10).

Conclusion : la classe se lit, elle ne se devine pas

Les quatre classes répondent à une même question, la protection en cas de défaut d'isolement, par quatre moyens différents. La classe I s'appuie sur la terre et l'installation, la classe II sur son enveloppe, la classe III sur sa source, et la classe 0 sur rien de plus que son isolant, d'où son exclusion.

Sur le terrain, les incidents naissent souvent d'un mélange des logiques : une terre ajoutée sur un appareil de classe II, une rallonge sans vert/jaune sur une machine de classe I, une baladeuse « basse tension » alimentée par un transformateur qui n'est pas de sécurité. Lire la plaque, vérifier la cohérence du câble et de la fiche, et confier toute intervention à une personne habilitée restent les réflexes les plus sûrs.

Sources & Références :

  • • IEC 61140:2016 / NF EN 61140, « Protection contre les chocs électriques – Aspects communs aux installations et aux matériels » (IEC Webstore)
  • • IEC 60417, symboles 5019, 5172, 5180 et 6092 (plateforme de consultation en ligne ISO/IEC)
  • • INRS, ED 6345 « L'électricité » (novembre 2019) et ED 6187 « La prévention du risque électrique » (mars 2015) (inrs.fr)
  • • OPPBTP, « Connaître les différentes classes de matériels électriques » (preventionbtp.fr)
  • • Code du travail, art. R. 4215-3, R. 4226-2, R. 4226-12, R. 4226-16, R. 4544-9 ; arrêtés des 19, 20 et 26 décembre 2011 (Légifrance)