Une tuyauterie bleu clair transporte de l'air, une tuyauterie vert-jaune de l'eau, une tuyauterie rouge un fluide d'extinction d'incendie.
Ce code couleur des tuyauteries industrielles n'est pas une habitude d'atelier : il est fixé par la norme NF X 08-100 (AFNOR, février 1986), « Tuyauteries rigides – Identification des fluides par couleurs conventionnelles ».
Il repose sur trois séries de couleurs : une couleur de fond pour la famille du fluide, une couleur d'identification pour certains fluides précis (gaz naturel, azote, oxygène, eau potable…) et une couleur d'état (chaud, froid, sous pression…).
Tableaux des couleurs, lecture d'une tuyauterie, sens d'écoulement et ce que le Code du travail impose réellement : le guide pour identifier un fluide avant d'ouvrir une vanne.
1. NF X 08-100 : trois séries de couleurs sur une même tuyauterie
La norme NF X 08-100 organise le repérage des fluides qui circulent dans les tuyauteries rigides, métalliques ou non. Elle a remplacé l'édition d'octobre 1977 et s'applique aux seules tuyauteries rigides : les circuits de fluides à bord des aéronefs relèvent d'une autre norme, la NF L 40-200.
L'INRS résume le but de ce marquage dans sa fiche pratique ED 88 (« Codage couleur des tuyauteries rigides », 2e édition, novembre 2015) : faciliter la tâche des salariés, des entreprises extérieures et des sapeurs-pompiers en cas de sinistre, et éviter les confusions qui peuvent conduire à des accidents graves.
Le repérage combine trois séries de couleurs, qui ne jouent pas le même rôle :
Couleur de fond
Elle caractérise la famille du fluide : air, vapeur d'eau, autres gaz, eau, huiles et combustibles liquides, acides et bases, autres liquides, extinction.
Couleur d'identification
Elle désigne un fluide particulier à l'intérieur de sa famille : azote, oxygène, gaz combustibles, eau potable, acides…
Couleur d'état
Elle précise l'état du fluide : chaud ou surchauffé, froid, gaz liquéfié, sous pression, raréfié, pollué ou vicié.
La couleur de fond peut couvrir toute la longueur de la tuyauterie ou n'en occuper qu'une partie, sous forme d'un anneau ou d'une bande. Les couleurs d'identification et d'état se posent, parfois à plusieurs endroits, sous forme d'anneaux ou de bandes sur toute la largeur de la couleur de fond.
Commençons par la couche la plus visible, celle qui se lit de loin : la couleur de fond.
2. Les 8 couleurs de fond par famille de fluides
La fiche ED 88 reprend les huit couleurs de fond que l'on peut rencontrer sur les tuyauteries rigides. C'est le premier niveau de lecture : il suffit à savoir si la ligne transporte un gaz, de l'eau, un liquide combustible ou un produit corrosif.
Point souvent oublié : l'eau, la vapeur, les autres gaz, les acides et bases et les autres liquides prennent leur couleur de famille sauf lorsqu'il s'agit de fluides d'extinction d'incendie, qui ont leur propre couleur. Une conduite d'eau d'un réseau incendie n'est donc pas vert-jaune.
| Couleur de fond | Famille de fluides |
|---|---|
| Bleu clair | Air |
| Gris clair (alu) | Vapeur d'eau |
| Jaune-orangé moyen | Autres gaz (gaz naturel, azote, oxygène, argon, CO2…) |
| Vert-jaune | Eau |
| Marron clair | Huiles minérales, végétales et animales ; combustibles liquides |
| Violet pâle | Acides et bases |
| Noir | Autres liquides |
| Rouge-orangé vif | Fluides d'extinction d'incendie |
Deux familles se confondent facilement à l'œil sur une installation ancienne : le jaune-orangé moyen des gaz et le marron clair des huiles et combustibles liquides. C'est précisément là que la couleur d'identification et la dénomination en clair du fluide deviennent indispensables.
Pour savoir quel gaz ou quelle eau circule exactement dans la ligne, il faut lire la deuxième couche : les couleurs d'identification.
3. Couleurs d'identification : gaz naturel, azote, oxygène, eau potable…
Certains fluides sont désignés par une couleur particulière, la couleur d'identification, posée en anneau ou en bande sur la couleur de fond. Pour signaler un mélange, plusieurs couleurs d'identification peuvent être accolées.
Le tableau ci-dessous reprend les correspondances publiées par l'INRS (ED 88, tableau III). Il répond aux questions les plus fréquentes : quelle est la couleur de la tuyauterie de gaz naturel, d'azote, d'oxygène ou d'eau potable ?
Air et autres gaz
| Fluide | Fond | Identification |
|---|---|---|
| Air respirable à usage médical | Bleu clair | Blanc et noir |
| Air pour aspiration médicale | Bleu clair | Vert-jaune |
| Gaz combustibles industriels, domestiques ou naturels (dont le gaz naturel) | Jaune-orangé moyen | Rose moyen |
| Acétylène | Jaune-orangé moyen | Marron clair |
| Ammoniac | Jaune-orangé moyen | Vert-jaune clair |
| Argon | Jaune-orangé moyen | Jaune moyen |
| Azote | Jaune-orangé moyen | Noir |
| Chlore | Jaune-orangé moyen | Gris / bleu-vert très clair |
| Cyclopropane | Jaune-orangé moyen | Orangé-gris |
| Dioxyde de carbone (CO2) | Jaune-orangé moyen | Gris foncé |
| Éthylène | Jaune-orangé moyen | Violet moyen |
| Protoxyde d'azote (hémioxyde d'azote) | Jaune-orangé moyen | Bleu-violet vif |
| Hélium | Jaune-orangé moyen | Marron moyen |
| Hydrogène | Jaune-orangé moyen | Rouge-orangé vif |
| Oxygène | Jaune-orangé moyen | Blanc |
| Mélange respirable oxygène-azote | Jaune-orangé moyen | Blanc et noir |
L'air comprimé d'atelier, qui n'est pas un air médical, se reconnaît donc à sa couleur de fond bleu clair. L'état « sous pression » peut y être précisé par une couleur d'état (section 4).
L'azote mérite une attention particulière : incolore, inodore, classé seulement « gaz sous pression » au CLP, il ne porte aucun pictogramme d'inflammabilité ou de toxicité. Son anneau noir est souvent le seul signal visuel d'un risque d'anoxie, détaillé dans notre dossier sur la purge et l'inertage à l'azote d'une cuve.
Code couleur des tuyauteries d'eau
| Eau | Fond | Identification |
|---|---|---|
| Eau distillée, épurée ou déminéralisée | Vert-jaune | Rose moyen |
| Eau potable | Vert-jaune | Gris clair |
| Eau non potable | Vert-jaune | Noir |
| Eau de mer | Vert-jaune | Noir |
| Eau d'un réseau d'extinction | Rouge-orangé vif | Néant : dénomination en clair seulement |
La fiche INRS attribue la même couleur d'identification, le noir, à l'eau non potable et à l'eau de mer. Sur un site qui a les deux réseaux, seule la dénomination en clair du fluide permet de les distinguer.
Combustibles liquides, huiles, acides et bases
Sur fond marron clair, trois couleurs d'identification distinguent les liquides inflammables selon leur point d'éclair : blanc, vert-jaune clair et bleu-violet vif. Les lubrifiants sont repérés en jaune moyen, les liquides de transmission hydraulique en orangé vif. Sur fond violet pâle, les acides portent un anneau blanc et les bases un anneau noir.
Fond et identification disent de quel fluide il s'agit. Reste à savoir dans quel état il circule, et dans quel sens.
4. Couleurs d'état et sens d'écoulement : vapeur, eau chaude, air comprimé
La couleur d'état précise une caractéristique du fluide : pression, température ou pureté. L'INRS rappelle son intérêt pour les tuyauteries soumises à la réglementation des équipements sous pression, et pour les risques propres à l'état du fluide : brûlures par un produit chaud ou très froid, blessures par détente d'un produit sous pression, asphyxie amplifiée pour certains gaz.
Lorsqu'une tuyauterie porte à la fois une couleur d'identification et une couleur d'état, les deux anneaux ou bandes sont accolés. Un léger intervalle ou un filet noir ou blanc peut séparer les couleurs pour améliorer le contraste.
| Couleur d'état | État du fluide |
|---|---|
| Orangé-gris | Chaud ou surchauffé |
| Violet moyen | Froid ou refroidi |
| Rose moyen | Gaz liquéfié |
| Rouge-orangé vif | Sous pression |
| Bleu clair | Gaz raréfié sous une très faible pression |
| Marron moyen | Pollué ou vicié |
Lire une tuyauterie : quatre cas courants
Les combinaisons ci-dessous appliquent la logique fond + identification + état décrite par l'INRS. Elles montrent comment se lisent les fluides les plus recherchés ; le marquage réel d'un site dépend de ce que l'exploitant a choisi d'afficher.
Vapeur d'eau
Fond gris clair (alu), avec le cas échéant la couleur d'état orangé-gris (chaud ou surchauffé) ou rouge-orangé vif (sous pression).
Eau chaude
Fond vert-jaune de la famille eau, complété par l'anneau d'état orangé-gris « chaud ». Une eau glacée prendrait l'état violet moyen « froid ».
Air comprimé
Fond bleu clair (air). L'état sous pression peut être indiqué par un anneau rouge-orangé vif.
Gaz naturel
Fond jaune-orangé moyen (autres gaz) et identification rose moyen (gaz combustibles), plus le pictogramme CLP de gaz inflammable.
Indiquer le sens d'écoulement
Le sens d'écoulement aide à trouver au plus vite les vannes d'arrêt en cas d'urgence. Si la couleur de fond est continue, une flèche blanche ou noire, choisie pour le meilleur contraste, est apposée dans le sens de l'écoulement. En circulation à double sens, la flèche a deux pointes.
Si la couleur de fond est discontinue, chaque anneau ou bande se termine en pointe de flèche, ou reçoit une flèche blanche ou noire accolée. En double sens, chaque extrémité du rectangle prend la forme d'une pointe, ou deux flèches y sont accolées.
Sur plan, le sens d'écoulement et la désignation de la ligne figurent aussi sur l'isométrique : notre guide de lecture des plans isométriques de tuyauterie détaille ces symboles.
5. Ce que la réglementation impose : pictogrammes CLP et arrêté du 4 novembre 1993
Côté Code du travail, l'article R4224-24 renvoie à un arrêté les caractéristiques de la signalisation de santé et de sécurité. Cet arrêté est celui du 4 novembre 1993 relatif à la signalisation de sécurité et de santé au travail, modifié par l'arrêté du 2 août 2013.
Son article 11 vise directement les tuyauteries. Depuis le 1er juin 2017, « les tuyauteries apparentes contenant ou transportant des substances ou mélanges dangereux sont munis du pictogramme ou symbole sur couleur de fond défini par le règlement (CE) n° 1272/2008 », c'est-à-dire le règlement CLP.
Le même article fixe les conditions de pose de cette signalisation :
- sur au moins un côté visible ;
- près des endroits comportant les plus grands dangers, tels que vannes et points de raccordement ;
- de manière suffisamment répétitive ;
- sous forme rigide, autocollante ou peinte.
Le pictogramme peut être remplacé par les panneaux d'avertissement de l'annexe II, point 3, de l'arrêté, avec le même pictogramme, complétés par le nom ou la composition de la substance ou du mélange et par ses mentions de danger CLP. Pour retrouver le sens d'une mention H relevée sur une fiche de données de sécurité, le décodeur des phrases H et P donne la correspondance.
Où la norme rejoint le texte réglementaire
L'article 11 se termine ainsi : ces dispositions « ne font pas obstacle au respect des normes citées en annexe I, point 5, relatives aux couleurs d'identification des tuyauteries ».
Et l'annexe I précise : « Les normes visées à l'article 11 relatives aux couleurs d'identification sont les normes NF X 08-100 à NF X 08-107. »
En pratique, deux systèmes se superposent. Le pictogramme CLP sur les tuyauteries apparentes de substances ou mélanges dangereux est expressément exigé par l'arrêté. Le code couleur NF X 08-100 identifie la famille, le fluide et son état ; le catalogue officiel de l'AFNOR affiche pour cette norme la mention « norme d'application obligatoire ».
Pour les stockages associés aux réseaux (cuves, fûts, zones de dépotage), le vérificateur d'incompatibilités de stockage chimique permet de contrôler les produits qui ne doivent pas voisiner. Les bouteilles de gaz obéissent quant à elles à un autre code couleur, celui de la norme EN 1089-3, qui fera l'objet d'un article dédié.
6. Limites du code couleur et normes sectorielles
L'INRS est explicite : le codage couleur ne fournit qu'une information partielle. Il renseigne sur l'absence de danger, sur les propriétés pouvant conduire à un incendie ou une explosion, et sur la toxicité aiguë, celle d'une fuite ou d'une rupture. La toxicité chronique et la dangerosité pour l'environnement doivent aussi être prises en compte.
Autre limite : les couleurs s'altèrent avec le temps et, voisines, finissent par se confondre. Toute altération ou tout défaut de marquage susceptible de créer une confusion doit être signalé et corrigé au plus tôt.
Les compléments prévus par l'INRS
Indications complémentaires
- étiquettes, plaques ou écriteaux portant le nom du fluide et les pictogrammes de danger ;
- signal d'avertissement (triangle jaune), avec éventuellement la température ou la pression dans un rectangle jaune dessous ;
- dénomination du fluide en toutes lettres ou en abrégé ;
- repère numérique ou alphanumérique, comme celui de la réglementation du transport de matières dangereuses.
Normes sectorielles citées par l'INRS
- NF X 08-104 : usines sidérurgiques (octobre 1987) ;
- NF X 08-105 : usines chimiques (décembre 1986) ;
- NF A 91-701 : ateliers de traitement de surface (février 1999) ;
- NF EN 13792 : robinets et vannes de laboratoire (février 2003) ;
- ISO 14726 : construction navale (mai 2008) ; NF L 40-200 : aéronefs.
Le code couleur ne se substitue pas non plus aux marques d'identité et de service réglementaires des canalisations de gaz ou vapeurs soumises à la réglementation des équipements sous pression, aujourd'hui codifiée aux articles R. 557-9-1 et suivants du Code de l'environnement.
Enfin, l'INRS conclut que l'identification rapide du contenu d'une canalisation n'est assurée que si les opérateurs internes et ceux des entreprises extérieures ont été formés aux risques spécifiques de l'entreprise. La couleur rappelle, la formation fait comprendre.
Pour les tuyauteurs et les préparateurs qui posent ou modifient ces réseaux, la formation tuyauteur industriel en ligne reprend la lecture des isométriques et l'organisation d'un chantier de tuyauterie.
Conclusion : lire la couleur, puis vérifier le pictogramme
Le code couleur NF X 08-100 se lit en trois temps : la couleur de fond donne la famille, l'anneau d'identification désigne le fluide, l'anneau d'état signale une température, une pression ou une pollution. Bleu clair pour l'air, vert-jaune pour l'eau, jaune-orangé pour les gaz, rouge-orangé vif pour l'extinction : quatre repères suffisent à éviter les confusions les plus graves.
Mais la couleur ne dit pas tout. Sur une tuyauterie apparente de substance ou de mélange dangereux, c'est le pictogramme CLP de l'arrêté du 4 novembre 1993 qui est exigé, posé près des vannes et des raccords. Les bonnes pratiques relevées par l'INRS convergent : un marquage entretenu, une dénomination en clair et des intervenants formés.