La machine en un coup d'œil
ITER est un réacteur de recherche : il doit démontrer un gain de fusion de 10 (500 MW thermiques pour 50 MW injectés dans le plasma), sans produire d'électricité. D-T = deutérium-tritium, le mélange de la phase de pleine puissance.
Qu'est-ce qu'ITER ? L'énergie des étoiles en chantier
Sur 180 hectares à Saint-Paul-lès-Durance (Bouches-du-Rhône), en bordure immédiate du centre CEA de Cadarache, se construit le plus grand projet scientifique du monde dans le domaine de l'énergie : ITER, un tokamak expérimental destiné à démontrer la faisabilité de la fusion nucléaire — la réaction qui fait briller les étoiles, où des noyaux légers (deutérium et tritium) fusionnent en libérant une énergie colossale, sans réaction en chaîne, sans combustible fissile et sans déchets de haute activité à vie longue comparables à ceux de la fission.
L'objectif chiffré : produire 500 MW thermiques de puissance de fusion à partir de 50 MW injectés dans le plasma, soit un facteur d'amplification Q = 10 — jamais atteint à ce jour. Lancé par l'accord international de 2006, le programme réunit 35 pays : l'Union européenne (hôte, 45,5 % du financement), la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les États-Unis, chacun apportant l'essentiel de sa contribution « en nature », sous forme de composants fabriqués chez lui puis assemblés à Cadarache.
Le chantier : la machine la plus complexe jamais assemblée
Le génie civil, engagé au début des années 2010, touche à sa fin : les bâtiments et infrastructures nécessaires au premier plasma sont parachevés à près de 89 %, selon l'organisation. Le cœur du travail s'est déplacé vers l'assemblage du tokamak, en cours depuis 2020 dans un hall géant : 23 000 tonnes de composants à positionner au millimètre — secteurs de la chambre à vide de 440 tonnes, aimants supraconducteurs parmi les plus puissants du monde, cryostat de 30 mètres. Le chantier a aussi connu ses épreuves : des défauts de soudures et des corrosions détectés sur des composants déjà livrés ont imposé des réparations lourdes, intégrées au nouveau calendrier. Depuis 2010, environ 15 000 personnes issues de 5 000 entreprises ont travaillé à la construction, avec plus de 4 000 contrats attribués.
Le calendrier : la baseline 2024
La feuille de route officielle, actualisée en 2024 après les réparations :
- 2006 : signature de l'accord international ITER ;
- Années 2010 : génie civil et fabrication des composants dans les 35 pays ;
- 2020 : lancement officiel de l'assemblage de la machine ;
- 2024 : nouvelle baseline — démarrage scientifique recalé avec des plasmas en deutérium d'abord ;
- 2036 : montée à l'intensité magnétique maximale ;
- 2039 : début de la phase deutérium-tritium, celle des 500 MW de fusion.
Côté finances, les estimations publiques du coût total vont de 20 à 40 milliards d'euros selon les méthodes de calcul (l'essentiel des contributions étant en nature, il n'existe pas de facture unique) ; le surcoût lié au calendrier 2024 est estimé à environ 4 milliards d'euros.
Emploi : 6 500 personnes sur un chantier-monde
ITER est le premier chantier scientifique d'Europe et un moteur économique majeur de Provence : environ 6 500 personnes travaillent pour le programme à Saint-Paul-lès-Durance — personnel d'ITER Organization, sous-traitants, intérimaires, agences domestiques (dont l'européenne Fusion for Energy) et leurs prestataires, ouvriers du chantier. Les métiers mobilisés sont parmi les plus pointus de l'industrie : soudage de très haute technicité, chaudronnerie et tuyauterie de précision, levage exceptionnel, ultravide, cryogénie (les aimants fonctionnent à −269 °C), électrotechnique, contrôle-commande, contrôles non destructifs, radioprotection, logistique de composants hors gabarit — plus tout l'écosystème d'hébergement et de services du Val de Durance, partagé avec le CEA Cadarache voisin, lui-même l'un des plus grands centres de recherche d'Europe.
Sûreté : le contrôle de l'ASNR
ITER est une installation nucléaire de base française : bien que projet international, il est soumis à la réglementation française et au contrôle de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), qui a autorisé sa création par décret en 2012 et inspecte le chantier — c'est d'ailleurs à la suite de ses exigences que les défauts de soudure des secteurs de la chambre à vide ont dû être repris avant assemblage. Les enjeux de sûreté d'un tokamak sont d'une autre nature que ceux d'une centrale : pas de réaction en chaîne possible (le plasma s'éteint de lui-même en cas d'anomalie), mais la gestion du tritium (radioactif), des matériaux activés et des champs magnétiques intenses fait l'objet d'un référentiel dédié.
FAQ — Chantier ITER
Sources officielles
Dossier documentaire établi à partir de sources publiques officielles (ASNR, EDF, IAEA, débats publics CNDP). Les données d'exploitation évoluent : dernière vérification le 2026-07-27. Cette page ne constitue pas une communication d'EDF ni de l'ASNR.