Module 4 / 5
Sommaire complet de la formationSommaire
4.2 Situations d'urgence : incendie, évacuation, secours
Une urgence ne laisse pas le temps de réfléchir : on applique ce qui a été préparé à froid. Incendie, évacuation, malaise — la réponse repose sur une organisation établie à l'avance, des rôles attribués et des exercices répétés. Ce chapitre décrit comment l'industrie se prépare à l'imprévisible, et ce que l'animateur HSE vérifie en amont.
Le triangle du feu : supprimer un côté, le feu s'éteint
Combustible
Matière qui brûle (bois, solvant, plastique…).
Comburant
L'oxygène de l'air qui entretient la combustion.
Énergie d'activation
Source de chaleur ou étincelle qui déclenche.
Les trois doivent être réunis pour qu'un feu naisse et se maintienne. Éteindre revient à retirer l'un des trois : étouffer (comburant), refroidir (énergie) ou isoler la matière (combustible).
Organiser la réponse aux urgences : tout se prépare à froid
La règle d'or des situations d'urgence : on n'improvise rien dans la panique. Ce qui sauve, c'est l'organisation établie en amont — qui fait quoi, par où on sort, qui prévient les secours, où l'on se retrouve.
Cette organisation se matérialise par des consignes connues de tous : consignes de sécurité incendie, plan d'évacuation affiché, conduite à tenir en cas d'accident. L'animateur HSE veille à ce que ces documents existent, soient à jour, affichés aux endroits utiles et — surtout — réellement connus du personnel.
Le risque incendie : connaître ses moyens d'extinction
L'incendie est l'un des risques majeurs en milieu industriel : il se propage vite, produit des fumées toxiques et peut piéger des personnes. Au-delà de la prévention (maîtrise des sources d'inflammation, stockage des produits combustibles), l'entreprise dispose de moyens de première intervention.
Les extincteurs sont répartis selon les risques de chaque zone : tous les agents extincteurs ne conviennent pas à tous les feux. Utiliser un extincteur inadapté peut aggraver le sinistre — par exemple projeter de l'eau sur une installation sous tension ou sur certains liquides. D'où l'importance d'une signalétique claire et d'une sensibilisation à leur usage.
La norme européenne EN 2 classe les feux selon la nature du combustible. C'est cette lettre, marquée sur l'appareil, qui dit à quoi il sert :
| Classe | Combustible | Exemples en industrie |
|---|---|---|
| A | Solides formant des braises | Bois, papier, carton, textiles, certains plastiques |
| B | Liquides et solides liquéfiables | Solvants, huiles, peintures, essence, cires |
| C | Gaz | Propane, butane, gaz naturel, acétylène |
| D | Métaux | Magnésium, aluminium en copeaux, sodium, titane |
| F | Huiles et graisses de cuisson | Friteuses de restaurant d'entreprise |
Il n'existe pas de classe E : un feu d'origine électrique n'est pas une classe à part, c'est le combustible qui brûle (isolants, armoire, câble) qui détermine la classe. Ce qui change en présence de tension, c'est le choix de l'agent : l'eau et la mousse sont proscrites, le CO₂ et la poudre sont utilisés, et le premier réflexe reste de couper l'alimentation. Les feux de métaux (classe D) exigent des poudres spéciales : un extincteur ordinaire y est inefficace, voire dangereux.
L'évacuation : de l'alarme au point de rassemblement
L'évacuation suit une séquence simple mais qui doit être automatique : alarme entendue → on cesse l'activité → on emprunte le cheminement balisé → on rejoint le point de rassemblement → on compte les présents.
Pour que cette chaîne fonctionne, plusieurs conditions doivent être réunies en permanence : des issues de secours dégagées et signalées, un éclairage de sécurité opérationnel, des cheminements non encombrés et des points de rassemblement clairement identifiés, à distance du bâtiment.
Le comptage au point de rassemblement est crucial : c'est lui qui permet de dire aux secours si tout le monde est sorti, ou si quelqu'un manque à l'appel. Sans ce comptage, des pompiers risqueraient leur vie à chercher une personne déjà sortie — ou ignoreraient une personne réellement piégée.
Les rôles désignés en situation d'urgence
| Rôle | Mission en cas d'alarme |
|---|---|
| Guide-file | Mène son groupe vers la sortie par le cheminement prévu jusqu'au point de rassemblement. |
| Serre-file | Ferme la marche, vérifie que la zone est vide (bureaux, sanitaires) et ferme les portes derrière lui. |
| SST | Sauveteur secouriste du travail : assure les premiers gestes en cas de blessé pendant l'évacuation. |
| Responsable de zone | Effectue le comptage au point de rassemblement et renseigne les secours. |
Les exercices d'évacuation : répéter pour automatiser
L'article R4227-39 du Code du travail est précis : la consigne de sécurité incendie prévoit des essais et visites périodiques du matériel et des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître le signal sonore d'alarme générale, à localiser et utiliser les espaces d'attente sécurisés, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manœuvres nécessaires.
- Périodicité : au moins tous les six mois — pour les essais et visites du matériel comme pour les exercices.
- Leur date et les observations auxquelles ils ont donné lieu sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l'inspection du travail.
Un exercice utile se prépare et s'exploite : on observe les temps de sortie, les hésitations, les issues mal identifiées, les guides-files absents. Le débriefing qui suit est le vrai gisement de progrès — il alimente la mise à jour des consignes et des cheminements, et les observations rejoignent le registre.
L'organisation des secours : SST, trousse et DAE
L'obligation de base figure à l'article R4224-15 : un membre du personnel reçoit la formation de secouriste nécessaire pour donner les premiers secours en cas d'urgence dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux, et sur chaque chantier employant au moins vingt travailleurs pendant plus de quinze jours où sont réalisés des travaux dangereux. Le texte précise que ces travailleurs formés ne peuvent pas remplacer les infirmiers.
En l'absence d'infirmerie, l'entreprise s'appuie donc sur des sauveteurs secouristes du travail (SST) formés, en nombre suffisant et répartis pour couvrir les horaires (nuit, week-end, astreinte) et les zones de travail éloignées. L'organisation des secours est arrêtée après avis du médecin du travail.
- Le SST : il sait protéger, alerter et secourir dans son champ de compétence. Sa formation est entretenue dans le temps. L'animateur HSE veille à ce que le maillage reste suffisant (départs, changements d'équipe, sites éloignés).
- La trousse de premiers secours : son contenu est adapté aux risques, accessible, vérifié et réapprovisionné. Une trousse vide ou périmée est un faux filet de sécurité.
- Le défibrillateur automatisé externe (DAE) : lorsqu'il est présent, sa localisation est connue, signalée, et son état de fonctionnement contrôlé régulièrement.
Le matériel de secours doit aussi être localisable et accessible : un DAE derrière une porte fermée à clé ou une trousse au fond d'un bureau verrouillé perdent tout intérêt dans l'urgence.
Le plan d'urgence et le rôle de l'animateur HSE
Les sites présentant des risques particuliers formalisent leur réponse dans des consignes et plans d'urgence : qui alerte, comment couper les énergies, comment isoler une fuite, comment accueillir et guider les secours extérieurs. Plus le risque est élevé, plus cette préparation est détaillée et entraînée.
Le réflexe métier de l'animateur HSE — je vérifie avant l'urgence, pas pendant — se traduit par un contrôle régulier de quelques points concrets :
- les issues de secours sont dégagées, signalées, et l'éclairage de sécurité fonctionne ;
- les extincteurs sont en place, adaptés, vérifiés et accessibles ;
- les rôles (guides-files, serre-files, SST) sont attribués et tenus à jour ;
- les exercices d'évacuation sont réalisés, observés et débriefés ;
- la trousse de secours et le DAE sont contrôlés, accessibles et signalés.
Pour approfondir l'organisation des secours et la conduite à tenir : INRS et Assurance Maladie - Risques professionnels.
À retenir
- Tout se prépare à froid : consignes connues, plan d'évacuation affiché, rôles désignés. On n'improvise rien dans la panique.
- Le feu naît de trois éléments réunis (triangle du feu) ; les classes EN 2 sont A (solides), B (liquides), C (gaz), D (métaux), F (huiles de cuisson). Il n'y a pas de classe E : en présence de tension, on coupe d'abord et on proscrit eau et mousse.
- Évacuation : alarme → cheminement balisé → point de rassemblement → comptage. Les issues restent dégagées, l'éclairage de sécurité opérationnel.
- Rôles désignés : guide-file (mène), serre-file (vérifie et ferme), SST (secourt), responsable de zone (compte et renseigne les secours).
- Essais, visites du matériel et exercices : au moins tous les six mois (R4227-39), consignés avec leurs observations sur un registre tenu à disposition de l'inspection du travail. Le débriefing est le vrai gisement de progrès.
- Secours : un secouriste formé dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux (R4224-15) — le « ratio de 10 à 15 % » n'est pas une règle de droit. Trousse adaptée et vérifiée, DAE localisé et contrôlé. Du matériel inaccessible est un faux filet de sécurité.