Soudeur

Le métier de soudeur et les procédés à l'arc

Module 1 / 5

Module 1 : Le métier de soudeur et les procédés à l'arc 24 min de lecture

1.2 Métallurgie du soudage : ZAT, dilution et retrait

Souder, ce n'est pas seulement faire fondre du métal : c'est provoquer un cycle de chauffe et de refroidissement qui transforme localement la matière. Comprendre ce qui se passe dans le métal — les zones d'une soudure, la dilution, le retrait et la fissuration — permet d'anticiper les défauts plutôt que de les subir. Ce chapitre pose les bases de la métallurgie du soudage pour les principaux métaux rencontrés en industrie.

Les zones d'une soudure, du centre vers l'extérieur

Métal de base

Non affecté, microstructure intacte

ZAT

Non fondue mais transformée par la chaleur

Zone fondue

Bain de fusion solidifié

ZAT

Non fondue mais transformée par la chaleur

Métal de base

Non affecté, microstructure intacte

La ZAT (zone affectée thermiquement, ou HAZ) est souvent la zone la plus fragile de l'assemblage.

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Le principe : une liaison métallique par fusion

Le soudage par fusion crée une liaison métallique continue entre deux pièces. Sous l'effet d'une source de chaleur très localisée (l'arc électrique), le métal de base fond sur les bords du joint et se mélange, le plus souvent, à un métal d'apport (baguette, fil, électrode enrobée).

Ce mélange en fusion forme le bain de fusion. Quand la source de chaleur se déplace, le bain se solidifie et fige la liaison entre les deux pièces : c'est la zone fondue. Contrairement à un collage ou un vissage, la continuité de matière obtenue donne à l'assemblage une résistance proche de celle du métal de base lorsque la soudure est saine.

Certains procédés peuvent souder sans métal d'apport (soudage TIG dit « autogène » sur des bords jointifs), mais dans la grande majorité des cas industriels, un métal d'apport vient combler le joint et adapter la composition de la soudure.
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Zone fondue, ZAT et cycle thermique

Une soudure se décompose en trois grandes régions :

  • La zone fondue (ZF) : le métal qui a réellement fondu puis s'est solidifié, mélange de métal de base et de métal d'apport.
  • La zone affectée thermiquement (ZAT, ou HAZ) : le métal qui n'a pas fondu, mais dont la microstructure a été modifiée par la chaleur reçue. C'est souvent la zone la plus fragile et la plus surveillée.
  • Le métal de base non affecté : trop éloigné de l'arc pour avoir été transformé.

Chaque point du métal subit un cycle thermique de soudage : montée très rapide en température, fusion (dans la ZF) ou simple échauffement (dans la ZAT), puis refroidissement plus ou moins rapide. C'est la vitesse de refroidissement qui détermine la microstructure finale et la dureté.

Un refroidissement trop rapide peut « tremper » la ZAT d'un acier : elle devient dure mais fragile, sensible à la fissuration. Maîtriser l'énergie de soudage et le préchauffage, c'est d'abord maîtriser cette vitesse de refroidissement.
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La dilution : quand le métal de base modifie la soudure

La dilution désigne la proportion de métal de base fondu qui se mélange au métal d'apport dans le bain de fusion. Une dilution forte signifie qu'une grande part du métal de la soudure provient des pièces elles-mêmes ; une dilution faible, que la composition se rapproche de celle du métal d'apport.

Cette notion est loin d'être théorique : la dilution influe directement sur la composition chimique finale de la zone fondue, donc sur ses propriétés (résistance, dureté, résistance à la corrosion). C'est particulièrement critique lorsqu'on soude des métaux différents ou lorsqu'on dépose un revêtement (rechargement).

  • Une dilution maîtrisée permet d'obtenir la composition visée dans la soudure.
  • Une dilution excessive peut, par exemple, appauvrir une soudure inox en éléments protecteurs et la fragiliser.
  • L'intensité, le procédé, la préparation du joint et le nombre de passes influencent le taux de dilution.
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Retrait, contraintes résiduelles et déformations

Le métal se dilate en chauffant puis se contracte en refroidissant. Comme cette contraction est gênée par les pièces environnantes restées froides, la soudure génère du retrait, des contraintes résiduelles et des déformations. On distingue principalement :

  • Le retrait transversal : rapprochement des pièces perpendiculairement au joint.
  • Le retrait longitudinal : raccourcissement dans le sens du cordon.
  • Le retrait angulaire : rotation des pièces qui fait « plier » l'assemblage.

Ces déformations ne sont pas une fatalité. Le soudeur dispose de plusieurs leviers pour les maîtriser :

  • Le bridage : maintenir les pièces par des montages ou des points pour limiter les mouvements.
  • L'ordre et le sens de soudage : alterner les cordons, souder par tronçons (soudage « à pas de pèlerin ») pour répartir la chaleur.
  • Le préchauffage : réduire l'écart de température entre la zone soudée et le reste de la pièce.
  • La limitation de l'apport de chaleur : adapter l'intensité et la vitesse pour ne pas surchauffer.
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Préchauffage, soudabilité et fissuration

Pour les aciers à teneur en carbone élevée ou les fortes épaisseurs, un refroidissement trop brutal favorise la fissuration. Le préchauffage (chauffer la pièce avant de souder) ralentit le refroidissement et réduit ce risque. On évalue la sensibilité d'un acier via le carbone équivalent (CE / CEV), indicateur de soudabilité : plus il est élevé, plus l'acier est « trempant » et plus le préchauffage devient nécessaire.

Deux grandes familles de fissures sont à connaître :

  • La fissuration à froid (fissuration par l'hydrogène) : différée, elle apparaît après refroidissement. Elle est favorisée par la présence d'hydrogène (humidité, électrodes mal étuvées, graisses), une structure trempée et des contraintes. La parade : préchauffer, sécher/étuver le métal d'apport, limiter l'hydrogène.
  • La fissuration à chaud (fissuration de solidification) : elle se forme dans le bain encore chaud, lors de la solidification, sous l'effet des contraintes et de certaines impuretés.
⚠️ L'humidité est l'ennemie de la soudure : électrodes et flux mal conservés apportent de l'hydrogène et augmentent fortement le risque de fissuration à froid. Respecter les consignes d'étuvage et de stockage du métal d'apport. Ressources sécurité : INRS.
Soudabilité des principaux métaux et points de vigilance
Métal Soudabilité Points de vigilance
Acier non allié bas carbone Bonne Procédés courants ; préchauffage seulement si carbone élevé ou forte épaisseur.
Acier inox austénitique Bonne, avec précautions Risque de sensibilisation / corrosion intergranulaire ; forte dilatation donc fortes déformations ; gaz d'envers pour protéger la racine.
Aluminium et alliages Spécifique Oxyde Al₂O₃ très réfractaire à décaper ; forte conductivité thermique ; soudé en TIG / MIG, courant alternatif en TIG.
Fontes Difficile Sensibles à la fissuration ; procédures et métaux d'apport particuliers.
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Mes réflexes terrain
  • Je vérifie le besoin de préchauffage selon le métal, le carbone équivalent et l'épaisseur avant d'amorcer l'arc.
  • Je vérifie que mes électrodes et flux sont secs et étuvés pour limiter l'hydrogène et la fissuration à froid.
  • Je vérifie l'ordre de soudage et le bridage pour anticiper le retrait et les déformations.
À retenir
  • Le soudage par fusion crée une liaison métallique via un bain de fusion (métal de base + métal d'apport) qui se solidifie.
  • Une soudure comporte trois régions : zone fondue, ZAT (transformée mais non fondue, souvent la plus fragile) et métal de base.
  • Le cycle thermique et la vitesse de refroidissement déterminent la microstructure et la dureté : trop rapide, la ZAT se trempe et se fragilise.
  • La dilution (part de métal de base fondu) modifie la composition finale de la soudure.
  • Le métal se contracte en refroidissant : retrait (transversal, longitudinal, angulaire) et déformations, maîtrisés par bridage, ordre de soudage, préchauffage et limitation de la chaleur.
  • Soudabilité variable : acier bas carbone (bonne), inox austénitique (corrosion intergranulaire, gaz d'envers), aluminium (oxyde Al₂O₃, TIG/MIG), fonte (difficile). Fissuration à froid (hydrogène) vs à chaud (solidification).
Cette formation est un contenu de sensibilisation. Elle ne remplace ni un diplôme, ni les habilitations obligatoires, et ne certifie aucune compétence.