Soudeur

Qualité, défauts et contrôle des soudures

Module 4 / 5

Module 4 : Qualité, défauts et contrôle des soudures 21 min de lecture

4.2 Le contrôle des soudures : CND (VT, PT, MT, RT, UT)

Une soudure peut paraître parfaite à l'œil et cacher une fissure interne. Contrôler une soudure, c'est s'assurer qu'elle tiendra dans le temps, sans toujours pouvoir la couper en deux. Ce chapitre distingue le contrôle destructif du contrôle non destructif (CND), détaille les cinq grandes méthodes CND — VT, PT, MT, RT, UT — et explique qui les réalise et selon quels critères.

Les cinq méthodes de CND en un coup d'œil
Méthode Ce qu'elle détecte Matériaux Norme de mise en œuvre
VT — VisuelDéfauts de surface, géométrie, aspectTousNF EN ISO 17637
PT — RessuageDéfauts débouchantsNon poreux (inox, alu…)NF EN ISO 3452
MT — MagnétoscopieDébouchants et sous la surfaceFerromagnétiques (aciers)NF EN ISO 17638
RT — RadiographieDéfauts internes volumiquesTousNF EN ISO 17636
UT — UltrasonsDéfauts internes plans, fortes épaisseursTousNF EN ISO 17640
1

Contrôle destructif et contrôle non destructif

Il existe deux grandes familles de contrôle, qui ne servent pas la même chose :

  • Le contrôle destructif : il s'effectue sur des éprouvettes que l'on détruit pour observer le comportement et la structure de la soudure. On y trouve l'essai de traction, l'essai de pliage, l'essai de résilience (mouton de Charpy), la macrographie et la micrographie, ainsi que les mesures de dureté. Il sert surtout à qualifier les modes opératoires de soudage et les soudeurs, pas à contrôler une pièce qui partira en service.
  • Le contrôle non destructif (CND) : il permet de contrôler les pièces réelles sans les endommager. C'est lui qui est utilisé sur la production pour vérifier la santé des soudures qui resteront dans l'ouvrage.
On ne détruit jamais une pièce de série pour la contrôler : on la qualifie en amont par essais destructifs, puis on surveille la production par CND.
2

Les contrôles de surface : VT, PT, MT

Trois méthodes s'intéressent à ce qui se trouve en surface de la soudure :

  • VT — Contrôle visuel (NF EN ISO 17637) : c'est la méthode la plus courante et toujours la première réalisée. Elle vérifie l'aspect, la géométrie et les défauts de surface (caniveaux, débordements, manque de matière). Outils simples : loupe, calibres, éclairage. Sa limite est évidente : elle ne voit que ce qui est visible.
  • PT — Ressuage (NF EN ISO 3452) : un liquide pénétrant coloré ou fluorescent s'infiltre dans les défauts débouchants, puis un révélateur les fait ressortir. Applicable sur tous les matériaux non poreux, il est précieux sur l'inox et l'aluminium qui ne sont pas magnétiques.
  • MT — Magnétoscopie (NF EN ISO 17638) : elle révèle les défauts débouchants et légèrement sous la surface grâce à un champ magnétique et une poudre. Elle ne fonctionne que sur les matériaux ferromagnétiques (aciers) : ni l'inox austénitique, ni l'aluminium.
Sur un acier ferromagnétique, on privilégie la magnétoscopie ; sur un inox austénitique ou un alliage d'aluminium, on bascule sur le ressuage. Choisir la mauvaise méthode revient à ne rien contrôler.
3

Les contrôles internes : RT et UT

Deux méthodes voient ce qui se cache à l'intérieur du cordon :

  • RT — Radiographie (rayons X ou gamma, NF EN ISO 17636) : elle révèle les défauts internes volumiques (porosités, inclusions, manque de pénétration) par une image sur film ou en numérique. Elle utilise un rayonnement ionisant : zone balisée, personnel habilité et règles de radioprotection sont obligatoires.
  • UT — Ultrasons (NF EN ISO 17640 ; techniques avancées TOFD et phased array) : des ondes sonores détectent les défauts internes notamment plans (fissures, manque de fusion). Elle est particulièrement adaptée aux fortes épaisseurs.
⚠️ La radiographie expose à un rayonnement ionisant. Elle ne s'improvise pas : balisage de la zone, dosimétrie, personnel habilité et respect strict des consignes de radioprotection. Repères sur les risques au travail : www.inrs.fr.
— Publicité —
4

La certification des contrôleurs CND

Réaliser un CND ne s'improvise pas : interpréter un cliché radiographique ou une indication ultrasonore demande une compétence reconnue. Les opérateurs CND sont certifiés selon la norme NF EN ISO 9712, qui définit trois niveaux :

  • Niveau 1 : réalise les contrôles selon des instructions, sans interpréter les résultats.
  • Niveau 2 : choisit la technique, réalise et interprète les résultats selon les critères.
  • Niveau 3 : établit les procédures, valide les méthodes, encadre les niveaux 1 et 2.

En France, l'organisme de référence pour cette certification est le COFREND (Confédération française pour les essais non destructifs).

Quel contrôle choisir ?

Défaut débouchant (surface)

Matériau non magnétique (inox, alu) → PT (ressuage)
Matériau ferromagnétique (acier) → MT (magnétoscopie)

Défaut interne

Défaut volumique (porosité, inclusion) → RT (radiographie)
Défaut plan (fissure, manque de fusion), forte épaisseur → UT (ultrasons)

Et toujours, en première intention : le contrôle visuel (VT).

5

Critères d'acceptation et rôle du soudeur

Détecter un défaut ne suffit pas : encore faut-il savoir s'il est acceptable ou non. Cela dépend de plusieurs éléments :

  • Les critères d'acceptation sont fixés par le code de construction et le niveau de qualité retenu, défini par la norme NF EN ISO 5817 (niveaux B, C, D pour les aciers).
  • L'étendue du contrôle — pourcentage de soudures contrôlées et méthodes imposées — est définie par le code ou le cahier des charges, en fonction de la criticité de l'ouvrage.

Le rôle du soudeur dans tout cela est clair : il réalise un autocontrôle visuel systématique de son propre travail, cordon après cordon. Les contrôles CND poussés (PT, MT, RT, UT) sont, eux, réalisés par des contrôleurs qualifiés.

Un défaut visible à l'œil sur son propre cordon coûte beaucoup moins cher à reprendre tout de suite qu'une fois la pièce assemblée et contrôlée. L'autocontrôle est la première barrière qualité.
— Publicité —
Mes réflexes terrain
  • Je réalise un autocontrôle visuel de chaque cordon avant de passer au suivant.
  • Je vérifie la nature du matériau (ferromagnétique ou non) avant de choisir entre MT et PT.
  • Je n'entre jamais dans une zone de radiographie balisée et je laisse les CND poussés aux contrôleurs certifiés.
À retenir
  • Le contrôle destructif (traction, pliage, Charpy, macro/micrographie, dureté) qualifie modes opératoires et soudeurs ; le CND contrôle les pièces réelles sans les détruire.
  • Contrôles de surface : VT (visuel, NF EN ISO 17637), PT (ressuage, débouchants, NF EN ISO 3452), MT (magnétoscopie, ferromagnétiques, NF EN ISO 17638).
  • Contrôles internes : RT (radiographie, défauts volumiques, rayonnement ionisant, NF EN ISO 17636), UT (ultrasons, défauts plans, fortes épaisseurs, NF EN ISO 17640).
  • Les contrôleurs CND sont certifiés selon la NF EN ISO 9712 (niveaux 1, 2, 3) ; en France via le COFREND.
  • Les critères d'acceptation (NF EN ISO 5817) et l'étendue du contrôle sont imposés par le code de construction selon la criticité.
  • Le soudeur réalise un autocontrôle visuel systématique ; les CND poussés sont l'affaire de contrôleurs qualifiés.
Cette formation est un contenu de sensibilisation. Elle ne remplace ni un diplôme, ni les habilitations obligatoires, et ne certifie aucune compétence.