Qualification, codes de construction et réflexes du soudeur
Module 5 / 5
Sommaire
5.1 La qualification du soudeur (EN ISO 9606-1)
Sur une charpente, un appareil sous pression ou une tuyauterie, on ne demande pas seulement « est-ce que la soudure tient ? », mais aussi « celui qui l'a réalisée était-il apte à la faire ? ». La réponse passe par une qualification officielle du soudeur, distincte de la qualification du mode opératoire vue au chapitre 4.3. Ce chapitre explique comment cette aptitude se prouve, ce qu'elle autorise réellement, et combien de temps elle reste valable.
Les variables qui définissent le domaine de validité
Procédé
111, 135, 141…
Produit
Tôle (P) ou tube (T)
Type de soudure
Bout à bout (BW) / angle (FW)
Dimensions
Épaisseur, diamètre
Position
PA, PF…
Pourquoi qualifier le soudeur ?
Dans la construction soudée à enjeu — charpente métallique, appareils sous pression, tuyauterie, équipements pour le nucléaire — la qualité d'un assemblage dépend autant de l'opérateur que de la procédure. Un mode opératoire excellent mal exécuté donne une soudure défectueuse.
C'est pourquoi le soudeur doit prouver son aptitude manuelle par une qualification officielle. Cette qualification :
- atteste que la personne sait réaliser, à la main, des soudures conformes dans des conditions données ;
- est distincte de la qualification du mode opératoire (la procédure, vue au chapitre 4.3) ;
- est souvent exigée par le client, le donneur d'ordre ou le code de construction applicable.
La norme de référence : NF EN ISO 9606
La qualification des soudeurs en soudage par fusion est encadrée par la série de normes NF EN ISO 9606, déclinée par famille de matériau :
| Partie | Matériau couvert |
|---|---|
| ISO 9606-1 | Aciers |
| ISO 9606-2 | Aluminium et alliages d'aluminium |
| ISO 9606-3 | Cuivre et alliages de cuivre |
| ISO 9606-4 | Nickel et alliages de nickel |
| ISO 9606-5 | Titane, zirconium et leurs alliages |
Pour les aciers, la référence est donc la NF EN ISO 9606-1. Historiquement, l'ancienne norme EN 287-1 (aciers) a été remplacée par l'ISO 9606-1.
L'épreuve de qualification
La qualification s'obtient par une épreuve concrète, déroulée en plusieurs temps :
- Réalisation d'une éprouvette représentative, soudée selon un mode opératoire défini ;
- Contrôle de l'éprouvette : contrôle visuel systématique, complété selon le cas par une radiographie ou un essai de pliage ;
- Établissement du certificat : si l'éprouvette est conforme aux critères, un certificat de qualification (procès-verbal) est établi par un examinateur ou un organisme.
Le domaine de validité : ce que le soudeur a le droit de souder
Une qualification n'est pas un permis universel. Elle couvre un domaine précis, défini par un ensemble de variables essentielles :
| Variable essentielle | Ce qu'elle fixe |
|---|---|
| Procédé | Le procédé de soudage (111, 135, 141…) |
| Produit | Tôle (« P ») ou tube (« T ») |
| Type de soudure | Bout à bout (BW) ou d'angle (FW) |
| Métal d'apport | Groupe du métal d'apport ; présence ou absence de métal d'apport |
| Dimensions | Épaisseur de la pièce, diamètre du tube |
| Position | Position de soudage (PA, PF, etc.) |
| Détails | Soudage avec / sans support envers, couche d'envers |
Le cycle de vie d'une qualification
Jour 0
Épreuve réussie : certificat délivré
Tous les 6 mois
Confirmation signée par le responsable
~3 ans
Échéance : prolongation selon options
Interruption
Arrêt prolongé : certificat caduc
Validité, prolongation et « passeport » du soudeur
Un certificat de qualification n'est pas acquis à vie :
- Validité : le certificat est généralement valable 3 ans.
- Confirmations périodiques : cette validité est conditionnée à des confirmations, en pratique une signature tous les 6 mois attestant que le soudeur travaille effectivement dans le domaine concerné (par le responsable ou le coordonnateur en soudage).
- Prolongation : selon les options retenues dans la norme, une prolongation par essais peut être requise à l'échéance.
- Caducité : le certificat devient caduc en cas d'interruption prolongée de l'activité de soudage.
L'ensemble des certificats d'un soudeur constitue son « passeport » : un document clé pour l'employabilité, particulièrement recherché en tuyauterie et en chaudronnerie, où il résume d'un coup d'œil ce que la personne est habilitée à souder.
Ne pas confondre : soudeur ≠ mode opératoire
C'est la confusion la plus fréquente. Deux qualifications coexistent et ne se remplacent pas :
| Qualification | Ce qu'elle valide | Norme |
|---|---|---|
| Qualification du soudeur | L'aptitude de la personne (l'homme) | ISO 9606 |
| Qualification du mode opératoire | La procédure de soudage (la recette) | ISO 15614 |
Pour qu'un assemblage à enjeu soit recevable, il faut généralement les deux : un mode opératoire qualifié et un soudeur qualifié dans le bon domaine pour l'appliquer.
Mes réflexes terrain
- Avant d'attaquer une pièce, je vérifie que la tâche entre bien dans le domaine de validité de mon certificat (procédé, produit, position, dimensions…).
- Je vérifie que mon certificat est toujours valable : confirmation des 6 mois à jour, échéance des 3 ans non dépassée.
- Je distingue toujours ma qualification de soudeur de la qualification du mode opératoire : avoir l'une ne dispense pas de l'autre.
À retenir
- Dans la construction soudée à enjeu, le soudeur doit prouver son aptitude par une qualification officielle, distincte de celle du mode opératoire.
- La qualification des soudeurs sur aciers est régie par la NF EN ISO 9606-1 (autres parties : aluminium, cuivre, nickel, titane/zirconium).
- L'épreuve = éprouvette représentative + contrôle (visuel + radiographie ou pliage) + certificat établi par un examinateur/organisme.
- Le domaine de validité est fixé par les variables essentielles : procédé, produit (P/T), type de soudure (BW/FW), métal d'apport, dimensions, position, détails.
- Validité ~3 ans, sous réserve de confirmations tous les 6 mois ; caduc en cas d'interruption prolongée. L'ensemble des certificats forme le « passeport » du soudeur.
- Qualification du soudeur (ISO 9606) ≠ qualification du mode opératoire (ISO 15614) : il faut souvent les deux.