Sécurité, santé et environnement du poste de soudage
Module 3 / 5
Sommaire
3.1 Les risques du soudage : fumées, arc, électricité, feu
Souder, c'est concentrer en un point une chaleur extrême, un rayonnement intense, un courant électrique et un nuage de particules. Le poste de soudage cumule des dangers qui agissent à court terme (brûlure, coup d'arc, choc électrique) et à long terme (fumées cancérogènes, atteintes neurologiques). Ce chapitre fait le tour des grandes familles de risques avant d'aborder, dans les chapitres suivants, les moyens de s'en protéger.
Les grandes familles de risques au poste de soudage
Les fumées de soudage : un risque cancérogène
Lors du soudage, le métal porté à très haute température se vaporise puis se recondense en fines particules : c'est la fumée de soudage, un aérosol de particules métalliques (essentiellement des oxydes) accompagné de gaz. La voie d'exposition principale est l'inhalation.
La composition des fumées dépend du métal soudé, du métal d'apport et du procédé. Les principaux composants et leurs effets :
| Composant | Origine fréquente | Effet sur la santé |
|---|---|---|
| Oxydes de fer | Acier | Atteintes respiratoires |
| Manganèse | Aciers, fils d'apport | Atteintes neurologiques (type syndrome parkinsonien) |
| Chrome hexavalent (chrome VI) | Soudage de l'inox | Cancérogène |
| Nickel | Inox, alliages | Effets respiratoires, cancérogène |
| Zinc | Acier galvanisé | « Fièvre des fondeurs » (fièvre des métaux) |
| Gaz (ozone, NOx, CO) | Arc, gaz de protection | Irritations, atteintes respiratoires |
L'ozone et les oxydes d'azote (NOx) se forment au voisinage de l'arc ; le monoxyde de carbone (CO) peut apparaître selon les gaz utilisés. Tous justifient une captation des fumées à la source et une ventilation, abordées au chapitre suivant.
Le rayonnement de l'arc électrique
L'arc émet un rayonnement optique très intense qui s'étend de l'ultraviolet à l'infrarouge. Trois composantes, trois types d'atteintes :
- Ultraviolet (UV) : provoque le coup d'arc, une kératoconjonctivite qui se manifeste quelques heures après l'exposition par une sensation de « sable dans les yeux », larmoiement et douleur. Les UV causent aussi des brûlures cutanées comparables à un coup de soleil.
- Lumière visible intense : éblouissement, gêne et fatigue visuelle.
- Infrarouge (IR) : échauffement des tissus et, à long terme, risque de cataracte.
Le risque électrique
Le soudage à l'arc met en jeu un courant électrique. Même à l'arrêt de l'arc, une tension à vide est présente aux bornes du poste et sur le porte-électrode. Les situations à risque :
- Le contact avec des parties actives (porte-électrode, électrode, pièce) ou un câble dénudé.
- Une aggravation forte en milieu humide ou conducteur : intérieur de cuve, charpente métallique, sol mouillé, travail sous intempéries, transpiration.
La conséquence va de l'électrisation (passage du courant dans le corps) jusqu'à l'électrocution (issue mortelle). L'état des câbles, des connexions et l'isolation du soudeur par rapport au sol sont donc déterminants.
Brûlures, incendie et explosion
Les brûlures sont le risque le plus immédiat : projections de métal en fusion, laitier chaud, pièces qui restent brûlantes longtemps après l'opération, étincelles. Une pièce « qui a l'air froide » peut être encore à plusieurs centaines de degrés.
L'incendie survient parce que les étincelles et projections peuvent voyager loin (plusieurs mètres) et atteindre des matériaux combustibles : cartons, chiffons, solvants, poussières, isolants. Un foyer peut couver et se déclarer après le départ du soudeur.
L'explosion concerne les atmosphères explosives (ATEX) et surtout les interventions sur des capacités — cuves, fûts, tuyauteries — ayant contenu des produits inflammables.
Une famille de risque, un effet principal
Fumées
Cancérogènes (groupe 1), atteintes neurologiques et respiratoires.
Rayonnement
Coup d'arc, brûlures cutanées, cataracte à long terme.
Électrique
Électrisation, électrocution, aggravé en milieu humide.
Feu / explosion
Projections lointaines, ATEX, capacités non dégazées.
Les autres nuisances du poste
Au-delà des quatre grandes familles, le poste de soudage expose à des nuisances qui pèsent sur la durée :
- Le bruit : il vient moins du soudage lui-même que des opérations associées — meulage, gougeage, martelage du laitier.
- Les postures contraignantes et les TMS : soudage au-dessus de la tête, accroupi, bras tendu, dans des positions imposées par la pièce ; les troubles musculo-squelettiques s'installent progressivement.
- Le travail en espace confiné : cuves, réservoirs, tranchées. Le danger se cumule : accumulation de gaz, appauvrissement en oxygène, accumulation des fumées sans renouvellement d'air.
Mes réflexes terrain
- Avant de souder, je vérifie quel métal et quel revêtement je travaille (inox → chrome VI, galvanisé → zinc) pour anticiper les fumées.
- Je m'assure que personne à proximité n'est exposé à mon arc sans protection.
- Sur une capacité ayant contenu un produit, je ne fais aucun point chaud sans dégazage/inertage validé.
- En espace confiné, je n'entre pas sans ventilation et procédure adaptées.
À retenir
- Les fumées de soudage sont classées cancérogènes pour l'homme (CIRC, groupe 1, 2017) ; manganèse, chrome VI, nickel, zinc et gaz (ozone, NOx, CO) en sont les composants à surveiller.
- Le rayonnement de l'arc (UV, visible, IR) provoque coup d'arc, brûlures cutanées et risque de cataracte — y compris pour les tiers à proximité.
- Le risque électrique (tension à vide, contact) s'aggrave fortement en milieu humide ou conducteur : électrisation voire électrocution.
- Les brûlures et l'incendie viennent du métal en fusion, du laitier et de projections qui voyagent loin.
- L'explosion menace en ATEX et sur les capacités non dégazées : dégazage/inertage obligatoires avant tout point chaud.
- Autres nuisances : bruit (meulage, gougeage, martelage), TMS et espace confiné (gaz, manque d'oxygène, fumées).