Module 1 / 5
Sommaire complet de la formation1.2 Le risque électrique au bureau
Le courant électrique tue. Cette réalité est trop souvent minimisée dans les environnements de bureau, où la multiplication des équipements, des multiprises et des câbles crée des conditions de risque banalisées mais réelles. Ce chapitre présente la physique du risque, les situations dangereuses spécifiques au tertiaire et les mesures de prévention indispensables.
Comprendre le risque électrique : les bases physiques
Le risque électrique en milieu de bureau est lié à l'usage quotidien de l'électricité basse tension (230V courant domestique/tertiaire). Si la tension est "basse" par rapport aux lignes haute tension, elle reste mortelle dans les conditions d'exposition incorrectes.
Ce n'est pas la tension qui tue, c'est l'intensité qui traverse le corps
Effets du courant alternatif sur le corps humain, selon l'INRS. Les valeurs sont indicatives : elles dépendent du trajet du courant, de la durée du contact et de l'état de la peau.
Pourquoi les mains mouillées changent tout : la résistance du corps humain chute de plusieurs milliers d'ohms (peau sèche) à quelques centaines d'ohms (peau humide). À tension constante, la loi d'Ohm (I = U/R) fait donc bondir l'intensité qui traverse le corps. C'est aussi la raison pour laquelle un disjoncteur différentiel 30 mA est un dispositif de protection des personnes.
Les deux types d'accidents électriques
Électrisation
Passage du courant électrique à travers le corps humain sans arrêt cardiaque immédiat. Peut provoquer des brûlures internes et externes, des troubles cardiaques différés, des séquelles neurologiques.
Important : Une personne électrisée doit être examinée par un médecin même si elle semble aller bien — les troubles cardiaques peuvent apparaître plusieurs heures après.
Électrocution
Électrisation mortelle. Le courant provoque une fibrillation ventriculaire (désorganisation du rythme cardiaque) ou un arrêt respiratoire. Sans réanimation immédiate (défibrillation dans les 3-5 minutes), les séquelles neurologiques sont irréversibles.
En France : les accidents électriques au travail sont rares mais graves. L'INRS relève moins d'une dizaine de décès de travailleurs par électrocution chaque année, un chiffre en baisse régulière depuis trente ans grâce aux dispositifs différentiels et à l'habilitation électrique.
Situations à risque spécifiques au bureau
Dans un bureau, les risques électriques ne viennent pas de câbles haute tension mais de comportements quotidiens banalisés. Les risques sont diffus, souvent invisibles, et sous-estimés.
Multiprises et rallonges surchargées
Brancher plusieurs appareils puissants sur une multiprise crée une surcharge. Un circuit de prises domestique ou tertiaire est protégé à 16 A sous 230 V, soit environ 3 680 W : un radiateur d'appoint (2 000 W) et une bouilloire (2 000 W) sur la même multiprise dépassent déjà la limite. La conséquence n'est pas toujours le déclenchement du disjoncteur : c'est souvent l'échauffement lent du câble et de la fiche, invisible, qui finit par enflammer les matériaux autour.
Liquides à proximité des équipements
Poser un café ou un verre d'eau sur un clavier, à côté d'un écran ou près d'une multiprise est une pratique courante — et dangereuse. L'eau est un excellent conducteur électrique dès qu'elle contient des minéraux dissous (eau du robinet, café, thé).
Interventions non autorisées
Ouvrir un boîtier électrique, remplacer soi-même un câble d'alimentation endommagé ou intervenir sur un tableau est une faute grave et potentiellement mortelle. En milieu professionnel, ces opérations relèvent de personnels habilités au sens de la norme NF C 18-510 : le symbole BS couvre les interventions élémentaires (remplacement d'une lampe, d'une prise, d'un fusible, hors tension), le symbole BR les interventions générales d'entretien et de dépannage. Un salarié non habilité n'ouvre rien, ne débranche rien d'autre qu'une fiche.
Chargeurs et équipements non conformes
L'usage d'adaptateurs ou de chargeurs de contrefaçon (téléphones, ordinateurs portables) présente un risque électrique et incendie élevé. Ces produits ne respectent pas les normes CE de sécurité et peuvent surchauffer, court-circuiter ou prendre feu.
| Situation à risque | Danger principal | Action corrective |
|---|---|---|
| Câble d'alimentation pincé sous le pied de bureau | Dénudage progressif du câble → court-circuit → incendie | Repositionner le bureau, utiliser des protège-câbles |
| Prise électrique déboîtée ou brûlée | Contact direct avec parties sous tension | Ne pas utiliser, signaler à la maintenance |
| Appareil de chauffage d'appoint non autorisé | Surcharge du circuit, incendie | Interdire sauf autorisation expresse |
| Câbles en vrac sur le sol | Risque de chute + risque d'arrachage des prises | Gaine de protection, chemin de câbles adhésif |
| Équipement en marche pendant le nettoyage | Projection d'eau sur équipements sous tension | Procédure de consignation électrique avant nettoyage |
Prévention et réglementation électrique en bureau
Les dispositifs de protection obligatoires
Disjoncteurs différentiels
Prévus par la norme NF C 15-100 sur les circuits de prises. Ils détectent la fuite de courant vers la terre — ou vers une personne — et coupent le circuit en quelques dizaines de millisecondes. Sensibilité de 30 mA : c'est une protection des personnes, pas seulement du matériel.
Prises de terre
Toutes les prises de courant doivent être munies d'une broche de terre. La mise à la terre protège les appareils électriques et les personnes en cas de défaut d'isolation. Vérification obligatoire à chaque nouveau local.
Extincteurs CO₂
Sur un feu impliquant un équipement électrique, l'extincteur au CO₂ est le plus adapté : il ne conduit pas le courant et ne laisse aucun résidu sur l'électronique. Le jet d'eau est proscrit tant que l'équipement est sous tension. Le Code du travail (Art. R4227-29) impose d'équiper d'extincteurs appropriés les locaux présentant des risques particuliers, « notamment d'incendie d'origine électrique ».
Vérifications périodiques obligatoires
Les articles R4226-14 à R4226-21 du Code du travail, complétés par l'arrêté du 26 décembre 2011, imposent une vérification périodique des installations électriques dans tout établissement employant des salariés — y compris un immeuble de bureaux.
- Fréquence (Art. R4226-16) : un an, à compter de la date de la vérification initiale. Ce délai peut être porté à deux ans par le chef d'établissement si le dernier rapport ne comporte aucune observation, ou si toutes les observations ont été levées avant l'échéance.
- Qui : un organisme accrédité (et non « agréé », terme de l'ancien régime) ou une personne qualifiée appartenant à l'entreprise, dont l'employeur apprécie la compétence selon les critères fixés par arrêté.
- Résultat : un rapport écrit, transmis sous cinq semaines maximum lorsqu'il émane d'un organisme accrédité, consigné au registre de sécurité. Les observations doivent donner lieu à des travaux de mise en conformité.
La « périodicité de 5 ans » que l'on lit encore ici et là pour les bureaux n'existe pas dans le Code du travail : elle vient d'une confusion avec le diagnostic électrique du logement.
Les bons réflexes en cas d'accident électrique
Protocole d'urgence — accident électrique
Ne pas toucher la victime si elle est encore en contact avec la source électrique. Vous risquez l'électrisation à votre tour.
Couper l'alimentation électrique au disjoncteur général ou débrancher l'appareil en cause avec un objet non conducteur (bois sec).
Appeler les secours : 15 (SAMU), 18 (Pompiers) ou 112 (numéro européen). Décrire le mécanisme de l'accident.
Si la victime est inconsciente et ne respire pas : débuter la RCP (réanimation cardio-pulmonaire) et utiliser le défibrillateur si disponible.
Le défibrillateur automatisé (DAE) sauve des vies
Le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 a rendu le DAE obligatoire par étapes dans les établissements recevant du public : ERP de catégories 1 à 3 depuis le 1er janvier 2020, catégorie 4 depuis le 1er janvier 2021, et certains ERP de catégorie 5 depuis le 1er janvier 2022 (structures d'accueil de personnes âgées ou handicapées, établissements de santé notamment). Un immeuble de bureaux n'est pas systématiquement un ERP : la question se pose bâtiment par bâtiment.
Les défibrillateurs sont automatiques et guidés par une voix synthétique : l'appareil analyse le rythme cardiaque et ne délivre un choc que s'il est nécessaire. Toute personne, même non formée, peut l'utiliser (Art. R6311-15 du Code de la santé publique). Connaître l'emplacement du DAE de son lieu de travail est une information de survie.
Sources
- INRS — dossier « Risques électriques : accidents d'origine électrique » (seuils de dangerosité du courant alternatif, nombre de décès annuels) — inrs.fr
- Code du travail, art. R4226-14 à R4226-21 (vérifications des installations électriques) et R4227-29 (extincteurs) — Légifrance
- Arrêté du 26 décembre 2011 relatif aux vérifications des installations électriques
- Décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 relatif aux défibrillateurs automatisés externes
- Norme NF C 18-510 (opérations sur les ouvrages et installations électriques) et NF C 15-100 (installations électriques basse tension)
Synthèse du chapitre
- →10 mA : on ne peut plus lâcher prise. 25 mA : paralysie respiratoire. 40-50 mA : fibrillation ventriculaire
- →Les risques en bureau : multiprises surchargées, liquides, câbles endommagés, appareils non conformes
- →Différence électrisation / électrocution : toute électrisation nécessite une consultation médicale
- →Vérification des installations électriques : tous les ans (2 ans si le rapport est sans observation), par un organisme accrédité ou une personne qualifiée
- →En cas d'accident : couper l'alimentation d'abord, jamais toucher la victime sous tension
- →Connaître l'emplacement du DAE sur son lieu de travail est une précaution de base
Risques en Milieu Tertiaire
Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale