Formation Risques Tertiaire 2026

Les risques classiques de bureau

Module 1 / 5

Module 1 : Les risques classiques de bureau 20 min de lecture

1.2 Le risque électrique au bureau

Le courant électrique tue. Cette réalité est trop souvent minimisée dans les environnements de bureau, où la multiplication des équipements, des multiprises et des câbles crée des conditions de risque banalisées mais réelles. Ce chapitre présente la physique du risque, les situations dangereuses spécifiques au tertiaire et les mesures de prévention indispensables.

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Comprendre le risque électrique : les bases physiques

Le risque électrique en milieu de bureau est lié à l'usage quotidien de l'électricité basse tension (230V courant domestique/tertiaire). Si la tension est "basse" par rapport aux lignes haute tension, elle reste mortelle dans les conditions d'exposition incorrectes.

L'électricité tue à partir de 50 mA
1 mA
Seuil de perception — fourmillements
10 mA
Tétanisation musculaire — impossible de lâcher
50 mA
Fibrillation ventriculaire — risque vital
500 mA
Brûlures internes graves — arrêt cardiaque certain

Note : Une prise standard 230V peut délivrer bien plus de 50 mA selon la résistance du corps humain (qui varie de 500 Ω à 100 000 Ω selon les conditions : peau mouillée, sèche, etc.). La loi d'Ohm (I = U/R) explique pourquoi les mains mouillées augmentent drastiquement le risque.

Les deux types d'accidents électriques
Électrisation

Passage du courant électrique à travers le corps humain sans arrêt cardiaque immédiat. Peut provoquer des brûlures internes et externes, des troubles cardiaques différés, des séquelles neurologiques.

Important : Une personne électrisée doit être examinée par un médecin même si elle semble aller bien — les troubles cardiaques peuvent apparaître plusieurs heures après.

Électrocution

Électrisation mortelle. Le courant provoque une fibrillation ventriculaire (désorganisation du rythme cardiaque) ou un arrêt respiratoire. Sans réanimation immédiate (défibrillation dans les 3-5 minutes), les séquelles neurologiques sont irréversibles.

En France : environ 200 décès par électrocution par an au travail et à domicile (Source INRS).

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Situations à risque spécifiques au bureau

Dans un bureau, les risques électriques ne viennent pas de câbles haute tension mais de comportements quotidiens banalisés. Les risques sont diffus, souvent invisibles, et sous-estimés.

Multiprises et rallonges surchargées

Brancher plusieurs appareils puissants sur une multiprise non protégée crée une surcharge. La puissance maximale d'une multiprise standard est de 3 500 W (16 A × 220 V). Dépasser cette limite provoque une surchauffe du câble pouvant déclencher un incendie.

Interdit : Brancher une rallonge sur une autre rallonge ("en cascade"). Interdiction inscrite dans les normes NF C 15-100.
Liquides à proximité des équipements

Poser un café ou un verre d'eau sur un clavier, à côté d'un écran ou près d'une multiprise est une pratique courante — et dangereuse. L'eau est un excellent conducteur électrique dès qu'elle contient des minéraux dissous (eau du robinet, café, thé).

Règle simple : Distance minimale de 30 cm entre tout liquide et tout équipement électrique. Utiliser des tasses avec couvercle près des ordinateurs.
Interventions non autorisées

Ouvrir un boîtier électrique, remplacer soi-même un câble d'alimentation endommagé ou intervenir sur un tableau électrique sans habilitation est une faute grave et potentiellement mortelle. En milieu professionnel, seuls les personnels habilités (au minimum BR ou BS selon la norme NF C 18-510) peuvent intervenir.

À faire : Signaler tout câble dénudé, brûlé ou endommagé au service maintenance sans toucher à l'équipement.
Chargeurs et équipements non conformes

L'usage d'adaptateurs ou de chargeurs de contrefaçon (téléphones, ordinateurs portables) présente un risque électrique et incendie élevé. Ces produits ne respectent pas les normes CE de sécurité et peuvent surchauffer, court-circuiter ou prendre feu.

Interdit : Tout équipement électrique non marqué CE. L'employeur peut refuser l'usage de matériel personnel non conforme sur le lieu de travail.
Situation à risque Danger principal Action corrective
Câble d'alimentation pincé sous le pied de bureau Dénudage progressif du câble → court-circuit → incendie Repositionner le bureau, utiliser des protège-câbles
Prise électrique déboîtée ou brûlée Contact direct avec parties sous tension Ne pas utiliser, signaler à la maintenance
Appareil de chauffage d'appoint non autorisé Surcharge du circuit, incendie Interdire sauf autorisation expresse
Câbles en vrac sur le sol Risque de chute + risque d'arrachage des prises Gaine de protection, chemin de câbles adhésif
Équipement en marche pendant le nettoyage Projection d'eau sur équipements sous tension Procédure de consignation électrique avant nettoyage
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Prévention et réglementation électrique en bureau

Les dispositifs de protection obligatoires
Disjoncteurs différentiels

Obligatoires dans tout tableau électrique (norme NF C 15-100). Détectent les fuites de courant et coupent le circuit en 30 ms. Sensibilité standard : 30 mA pour les circuits de prise de courant.

Prises de terre

Toutes les prises de courant doivent être munies d'une broche de terre. La mise à la terre protège les appareils électriques et les personnes en cas de défaut d'isolation. Vérification obligatoire à chaque nouveau local.

Extincteurs CO₂

Pour les feux d'origine électrique (classe E), seul l'extincteur CO₂ (dioxyde de carbone) est adapté. L'eau et la poudre sont contra-indiqués sur les installations électriques sous tension. Présence obligatoire dans les locaux informatiques.

Vérifications périodiques obligatoires

Le décret du 14 novembre 1988 (codifié aux Art. R4226-14 à R4226-21 du Code du Travail) impose une vérification périodique des installations électriques dans tous les établissements accueillant des salariés.

  • Fréquence : Tous les ans dans les ERP (Établissements Recevant du Public) et certains secteurs ; tous les 5 ans pour les bureaux classiques
  • Qui : Organisme de contrôle agréé (Bureau Véritas, Apave, Dekra, etc.) ou technicien compétent
  • Résultat : Rapport écrit remis à l'employeur ; les observations doivent être levées dans un délai fixé
Les bons réflexes en cas d'accident électrique
Protocole d'urgence — accident électrique
1

Ne pas toucher la victime si elle est encore en contact avec la source électrique. Vous risquez l'électrisation à votre tour.

2

Couper l'alimentation électrique au disjoncteur général ou débrancher l'appareil en cause avec un objet non conducteur (bois sec).

3

Appeler les secours : 15 (SAMU), 18 (Pompiers) ou 112 (numéro européen). Décrire le mécanisme de l'accident.

4

Si la victime est inconsciente et ne respire pas : débuter la RCP (réanimation cardio-pulmonaire) et utiliser le défibrillateur si disponible.

Le défibrillateur automatisé (DAE) sauve des vies

Depuis le 1er janvier 2022, les établissements recevant du public (ERP) de 1ère à 5ème catégorie sont obligés d'être équipés d'un DAE. Les défibrillateurs modernes sont entièrement automatiques et guidés par une voix synthétique : tout salarié peut les utiliser sans formation préalable. Connaître l'emplacement du DAE de son lieu de travail est une information de survie.

Synthèse du chapitre

  • Le courant devient mortel dès 50 mA — une prise 230V peut délivrer des dizaines d'ampères
  • Les risques en bureau : multiprises surchargées, liquides, câbles endommagés, appareils non conformes
  • Différence électrisation / électrocution : toute électrisation nécessite une consultation médicale
  • Les disjoncteurs différentiels 30 mA protègent les personnes — mais ne dispensent pas des bonnes pratiques
  • En cas d'accident : couper l'alimentation d'abord, jamais toucher la victime sous tension
  • Connaître l'emplacement du DAE sur son lieu de travail est une précaution de base
Risques en Milieu Tertiaire