Module 3 / 5
Sommaire complet de la formation3.2 Quel extincteur choisir dans un immeuble de bureaux
Utiliser le mauvais extincteur peut être aussi dangereux que de ne pas en utiliser du tout. Un jet d'eau sur un équipement encore sous tension expose à l'électrisation ; la poudre répandue dans un open space rend le matériel informatique inutilisable et rend l'évacuation plus difficile en réduisant la visibilité. Ce chapitre vous donne les clés pour choisir et utiliser le bon extincteur — en commençant par corriger une erreur que l'on rencontre dans presque toutes les formations : la classe E n'existe plus.
Ce qui brûle dans un bureau : rappel des classes de feu
La norme européenne EN 2 classe les feux selon la nature du combustible qui brûle : A, B, C, D et F. Dans un immeuble de bureaux, deux classes se présentent presque exclusivement : A (papier, mobilier, plastiques, textiles) et, plus rarement, B (produits d'entretien et solvants). La classe F ne concerne que la cuisine du restaurant d'entreprise.
Le détail de chaque classe et l'étiquetage normalisé des appareils sont traités dans le chapitre dédié de la formation Bases de la prévention du risque incendie.
Classe A — Feux solides
Matériaux solides ordinaires qui forment des braises.
En bureau : papier, carton, bois, tissu, plastique, mobilier
Classe B — Feux liquides
Liquides inflammables ou solides liquéfiables.
En bureau : solvants, vernis, produits d'entretien inflammables, alcool à brûler
Classe C — Feux gazeux
Gaz combustibles enflammés.
En bureau : rare, mais peut concerner les bonbonnes de gaz de cuisines collectives
Classe D — Feux métaux
Métaux combustibles (magnésium, lithium, potassium).
En bureau : très rare. Peut concerner certains laboratoires ou ateliers techniques
Classe F — Feux graisses
Huiles de cuisson et graisses alimentaires surchauffées.
En bureau : cuisines collectives, restaurants d'entreprise
La « classe E » n'existe plus depuis 1978
On la trouve encore dans quantité de supports de formation et sur des panneaux : une prétendue classe E réservée aux « feux d'origine électrique ». Elle a été supprimée de la norme EN 2, pour une raison simple et logique : l'électricité n'est pas un combustible, c'est une source d'énergie qui met le feu à autre chose.
Quand une armoire électrique brûle, ce qui brûle réellement, c'est la gaine PVC des câbles (classe A), l'huile d'un transformateur (classe B) ou le plastique d'un boîtier (classe A). On ne parle donc pas d'un « feu de classe E » mais d'un feu sur un équipement sous tension : ce n'est pas une classe de feu, c'est une contrainte supplémentaire sur le choix de l'agent extincteur.
Et les batteries lithium-ion ?
Ordinateurs portables, trottinettes, batteries nomades : les feux de batteries lithium-ion se comportent différemment (emballement thermique, réallumage possible plusieurs heures après extinction, gaz toxiques). L'ISO a publié en janvier 2026 une troisième édition de la norme ISO 3941 créant une classe L dédiée. À ce jour, aucune norme ne définit encore les performances des extincteurs pour cette classe, et aucun pictogramme ISO 7010 ne lui correspond ; la transposition dans la norme européenne EN 2 reste à venir. En pratique, sur un feu de batterie : alarme, évacuation, secours — pas d'improvisation.
Les agents extincteurs : lequel pour quel feu ?
Chaque agent extincteur agit selon un ou plusieurs mécanismes : refroidissement, étouffement, inhibition de la réaction de combustion. Il est donc adapté à certaines classes de feux et contre-indiqué pour d'autres.
CO₂ (dioxyde de carbone)
Mécanisme : Étouffement — remplace l'oxygène autour du foyer.
Classes : B — et le seul réellement recommandé sur un équipement sous tension à privilégier en bureau
Avantages : Ne laisse aucun résidu, ne détériore pas l'équipement informatique.
Attention : En espace confiné, le CO₂ est asphyxiant pour les personnes. Ventiler après usage. Ne jamais diriger le jet vers une personne.
Eau pulvérisée (avec ou sans additif)
Mécanisme : Refroidissement — l'eau absorbe la chaleur du foyer.
Classes : A (excellente efficacité) et parfois B avec additif mouillant
Avantages : Économique, disponible, efficace sur les feux solides.
À proscrire : le jet d'eau sur un équipement encore sous tension. On coupe d'abord l'alimentation quand c'est possible et sans risque ; sinon, on utilise du CO₂.
Poudre ABC
Mécanisme : Inhibition chimique de la combustion + étouffement.
Classes : A, B et C — polyvalent
Avantages : Très efficace, couvre plusieurs classes de feu.
Inconvénients : Laisse un résidu blanc corrosif. Détruit irrémédiablement les équipements électroniques. À éviter en salle informatique.
Mousse
Mécanisme : Étouffement — forme une couche étanche sur la surface du combustible liquide.
Classes : A et B
Avantages : Excellente pour les liquides inflammables, tient dans la durée.
À proscrire : sur un équipement sous tension — la mousse est conductrice. Peu adaptée à un environnement de bureau classique.
| Agent extincteur | Classe A | Classe B | Classe C | Équipement sous tension | Classe F |
|---|---|---|---|---|---|
| CO₂ | Limité | ✓ | Non | ✓ Idéal | Non |
| Eau pulvérisée | ✓ Idéal | Non | Non | ✗ INTERDIT | Non |
| Poudre ABC | ✓ | ✓ | ✓ | Possible* | Non |
| Mousse | ✓ | ✓ Idéal | Non | ✗ INTERDIT | Non |
* La poudre ABC n'est pas conductrice et reste utilisable sur un équipement sous tension, mais elle laisse un résidu corrosif qui détruit l'électronique et réduit fortement la visibilité dans un local fermé. En bureau, le CO₂ est préférable. Rappel : « équipement sous tension » n'est pas une classe de feu — la colonne indique seulement si l'agent peut être employé sans risque d'électrisation.
Comment utiliser un extincteur — la méthode PASS
Le moyen mnémotechnique le plus répandu est l'acronyme anglais PASS — Pull, Aim, Squeeze, Sweep. En français : dégoupiller, viser la base, appuyer, balayer. Quatre gestes, dans cet ordre, valables quel que soit le type d'extincteur portatif.
Pull — Dégoupiller
Tirer sur la goupille de sécurité pour l'extraire. L'appareil est alors armé. Vérifier au passage le manomètre : l'aiguille doit être dans la zone verte.
Aim — Viser la base
Diriger la lance vers la base des flammes, jamais vers leur sommet : c'est le combustible qu'il faut atteindre, pas le panache. Avec un extincteur CO₂, tenir le diffuseur par sa poignée isolante — il descend à très basse température.
Squeeze — Appuyer
Presser la poignée de déclenchement. La réserve est courte : quelques dizaines de secondes tout au plus sur un appareil portatif. Un extincteur, ce n'est pas une lance à incendie.
Sweep — Balayer
Balayer lentement, de gauche à droite, à la base des flammes, jusqu'à extinction complète. Rester dos à une sortie et ne jamais laisser le foyer s'interposer entre vous et la porte.
Conditions pour intervenir
- Le feu est petit (pas plus d'une poubelle)
- L'alarme a été déclenchée
- L'évacuation des personnes est en cours ou terminée
- Vous avez une voie de sortie dégagée derrière vous
- Vous avez le bon extincteur pour le type de feu
- Vous n'avez pas inhalé de fumée
N'intervenez pas si...
- Le feu s'est étendu au-delà d'un foyer ponctuel
- La pièce est envahie de fumée
- Il y a encore des personnes à évacuer
- Vous n'êtes pas formé à l'usage des extincteurs
- Vous n'avez pas de voie de sortie assurée
- Les pompiers sont en route et peuvent gérer seuls
Ce qu'impose exactement le Code du travail
L'article R4227-29 fixe la règle de base : le premier secours est assuré par des extincteurs « en nombre suffisant et judicieusement répartis », avec au minimum un extincteur portatif à eau pulvérisée d'une capacité minimale de 6 litres pour 200 m² de plancher, et au moins un appareil par niveau. Lorsque des locaux présentent des risques particuliers, notamment d'incendie d'origine électrique, ils sont équipés d'extincteurs dont le nombre et le type sont appropriés à ces risques.
On lit souvent « un extincteur de 6 kg pour 200 m² » : le texte parle bien de 6 litres d'eau pulvérisée. Les règles d'implantation pratiques — poignée à 1,20 m maximum du sol, signalisation par panneau normalisé, vérification annuelle par une personne compétente — relèvent des normes et règles professionnelles (NF S 61-919, règle APSAD R4) et non du Code du travail. Un extincteur utilisé, même partiellement, doit être rechargé ou remplacé sans délai.
Combien d'extincteurs pour vos locaux ?
La règle du « 6 litres pour 200 m² et un appareil par niveau » se calcule vite sur un plan, beaucoup moins vite de tête sur un bâtiment à plusieurs plateaux.
Calculateur du nombre d'extincteursSources
- Norme NF EN 2 — Classes de feux (A, B, C, D, F ; la classe E a été supprimée en 1978)
- Norme ISO 3941:2026 — Classification des feux, création de la classe L (batteries lithium-ion), janvier 2026
- Code du travail, art. R4227-28 à R4227-33 (moyens de prévention et de lutte contre l'incendie) — Légifrance
- Norme NF S 61-919 et règle APSAD R4 (installation et maintenance des extincteurs portatifs)
- INRS — brochure ED 990 « Incendie et lieu de travail » (inrs.fr)
Synthèse du chapitre
- →Cinq classes de feu : A, B, C, D et F. La classe E n'existe plus depuis 1978 — l'électricité n'est pas un combustible
- →En bureau : CO₂ pour les équipements électriques, eau pour les feux solides (papier)
- →Jet d'eau sur un équipement sous tension : risque d'électrisation. On coupe d'abord, ou on utilise du CO₂
- →PASS : Pull dégoupiller, Aim viser la base, Squeeze appuyer, Sweep balayer
- →N'intervenez que si le feu est petit, l'alarme est déclenchée et vous avez une sortie
- →R4227-29 : au moins un extincteur à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m², et un appareil par niveau
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