Formation Risques Tertiaire 2026

Ergonomie et travail sur écran

Module 2 / 5

Module 2 : Ergonomie et travail sur écran 25 min de lecture

2.1 Comprendre les TMS

Les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en France, tous secteurs confondus. Dans le secteur tertiaire, le travail prolongé sur écran, en position statique et dans des postures contraignantes, en est le principal facteur. Comprendre les TMS, c'est comprendre comment notre corps réagit à ces contraintes — et comment les prévenir.

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Qu'est-ce qu'un TMS ? Définition et chiffres clés

Les TMS désignent un ensemble d'affections touchant les muscles, tendons, nerfs, articulations, ligaments et vaisseaux sanguins, principalement aux membres supérieurs (poignet, coude, épaule) et au rachis (dos, nuque). Ils résultent d'un déséquilibre entre les capacités physiques du corps et les sollicitations qu'il subit dans le contexte professionnel.

TMS en France — Données CNAM 2023
87 %
des maladies professionnelles reconnues sont des TMS
40 000
nouveaux cas reconnus par an (en hausse constante)
2 Mrd €
de coût annuel pour la branche AT/MP de la Sécurité Sociale
1ère
cause d'incapacité permanente partielle au travail en France
Les TMS les plus fréquents en milieu de bureau
Syndrome du canal carpien

Compression du nerf médian dans le canal carpien du poignet. Très fréquent chez les utilisateurs intensifs de clavier et de souris.

Symptômes : Fourmillements, engourdissements dans les doigts (pouce, index, majeur), douleurs nocturnes au poignet, perte de force de préhension.

Épicondylite (tennis-elbow)

Tendinopathie de l'insertion des muscles extenseurs du poignet sur l'épicondyle latéral du coude. Liée à l'utilisation répétitive de la souris d'ordinateur.

Symptômes : Douleur au coude irradiant vers l'avant-bras, aggravée par la rotation du poignet, la poignée de main ou le clic de souris répétitif.

Cervicalgie et cervico-brachialgie

Douleurs cervicales liées au maintien prolongé de la tête en position avancée (posture "text-neck" devant l'écran). Peuvent irradier dans les épaules et les bras.

Symptômes : Raideur et douleurs de la nuque, maux de tête, douleurs dans les épaules, parfois picotements dans les doigts.

Lombalgies

Douleurs lombaires liées à la position assise prolongée et au manque de soutien du dos. La position assise augmente de 40 % la pression sur les disques intervertébraux lombaires par rapport à la position debout.

Symptômes : Douleurs en bas du dos, raideur matinale, aggravation après de longues périodes en position assise statique.

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Mécanismes biologiques et facteurs de risque

Les TMS résultent d'une accumulation de micro-traumatismes. Contrairement aux accidents aigus, ils s'installent progressivement et peuvent rester longtemps asymptomatiques avant de devenir invalidants.

Le modèle de Roquelaure : trois catégories de facteurs
Facteurs biomécaniques
  • Répétitivité des gestes (plus de 4 fois par minute)
  • Postures contraintes (bras levé, poignet fléchi, tête penchée)
  • Effort statique prolongé (maintien d'une position sans bouger)
  • Vibrations transmises aux membres supérieurs
  • Contact avec des arêtes vives (rebord du bureau, souris mal adaptée)
Facteurs organisationnels
  • Cadences élevées, manque de temps de récupération
  • Absence de pauses ou pauses trop courtes
  • Monotonie des tâches (tâches très répétitives, faible variété)
  • Pression temporelle et travail sous contrôle strict
  • Manque d'autonomie sur l'organisation du travail
Facteurs psychosociaux
  • Stress au travail (augmente la tension musculaire)
  • Faible soutien social (collègues, manager)
  • Faible reconnaissance du travail fourni
  • Insécurité de l'emploi
  • Insatisfaction professionnelle
Le paradoxe de la position assise

Contrairement à une idée reçue, la position assise n'est pas "neutre" pour le corps. Elle augmente la pression intradiscale lombaire de 40 % par rapport à la position debout et de 90 % si on se penche en avant. Rester assis 8 heures sans bouger est aussi nocif que certains travaux physiques. La solution n'est pas de rester debout non plus — c'est de varier les postures régulièrement.

La progression silencieuse des TMS
Stade Symptômes Impact sur le travail Réversibilité
Stade 1 Douleurs en fin de journée, disparaissant au repos Aucun Réversible
Stade 2 Douleurs pendant le travail, disparaissant hors travail Gêne fonctionnelle modérée Partiellement réversible
Stade 3 Douleurs persistantes au repos, la nuit Difficultés à effectuer les tâches Difficile à traiter
Stade 4 Incapacité fonctionnelle, douleurs permanentes Arrêt de travail prolongé, inaptitude possible Chronique / invalidité
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Reconnaissance et cadre réglementaire des TMS

Les TMS peuvent être reconnus comme maladies professionnelles (MP) sous conditions. Cette reconnaissance ouvre des droits spécifiques pour le salarié et engage la responsabilité de l'employeur.

Tableaux de maladies professionnelles

Les principaux TMS du membre supérieur sont listés dans les tableaux de l'annexe II du Code de la Sécurité Sociale :

  • Tableau 57 : Affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures (le plus utilisé)
  • Tableau 69 : Affections liées aux vibrations (machines-outils)
  • Tableau 98 : Affections chroniques du rachis lombaire
Obligations de l'employeur
  • DUERP : Identifier et évaluer les risques TMS (postures, répétitivité, organisation)
  • Plan d'action : Mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées
  • Formation : Former les salariés à l'ergonomie de leur poste
  • Aménagement : Adapter le poste de travail aux caractéristiques physiques du salarié
  • Médecine du travail : Associer le médecin du travail à la prévention des TMS
Le facteur temps : agir tôt, agir vite

Un TMS détecté au stade 1 ou 2 est presque toujours réversible avec des mesures simples : adaptation du poste, changement de méthode de travail, rééducation kiné. Un TMS ignoré jusqu'au stade 3 ou 4 peut entraîner une IPP (Incapacité Permanente Partielle) et une reconnaissance de maladie professionnelle. Ne pas attendre pour signaler une gêne à son manager ou à la médecine du travail.

Synthèse du chapitre

  • 87 % des maladies professionnelles sont des TMS — première cause en France
  • En bureau : canal carpien, épicondylite, cervicalgies et lombalgies sont les plus fréquents
  • Trois catégories de facteurs : biomécaniques, organisationnels et psychosociaux
  • La position assise prolongée augmente de 40 % la pression lombaire — il faut varier
  • 4 stades d'évolution : du stade réversible (1) à l'invalidité chronique (4)
  • Signaler tôt une gêne à la médecine du travail est la meilleure stratégie de prévention
Risques en Milieu Tertiaire