Formation Risques Tertiaire 2026
Ergonomie et travail sur écran

Module 2 / 5

Sommaire complet de la formation
Module 2 : Ergonomie et travail sur écran 25 min de lecture

2.1 Comprendre les TMS

Les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en France, tous secteurs confondus. Dans le secteur tertiaire, le travail prolongé sur écran, en position statique et dans des postures contraignantes, en est le principal facteur. Comprendre les TMS, c'est comprendre comment notre corps réagit à ces contraintes — et comment les prévenir.

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Qu'est-ce qu'un TMS ? Définition et chiffres clés

Les TMS désignent un ensemble d'affections touchant les muscles, tendons, nerfs, articulations, ligaments et vaisseaux sanguins, principalement aux membres supérieurs (poignet, coude, épaule) et au rachis (dos, nuque). Ils résultent d'un déséquilibre entre les capacités physiques du corps et les sollicitations qu'il subit dans le contexte professionnel.

Les TMS en France — données INRS / Assurance Maladie
> 80 %
des maladies professionnelles reconnues au régime général sont des TMS
~ 40 000
cas reconnus chaque année au titre du tableau 57, un niveau stable depuis 2012
11 M
journées de travail perdues par an (données 2021)
~ 1 Md €
de dépenses couvertes par les cotisations des employeurs

Contrairement à une idée répandue, le nombre de TMS reconnus n'augmente pas : il est stable depuis une dizaine d'années, avec un creux en 2020 lié à la crise sanitaire. Source : INRS, dossier « Troubles musculosquelettiques — statistiques ».

Les TMS les plus fréquents en milieu de bureau
Syndrome du canal carpien

Compression du nerf médian dans le canal carpien du poignet. Très fréquent chez les utilisateurs intensifs de clavier et de souris.

Symptômes : Fourmillements, engourdissements dans les doigts (pouce, index, majeur), douleurs nocturnes au poignet, perte de force de préhension.

Épicondylite (tennis-elbow)

Tendinopathie de l'insertion des muscles extenseurs du poignet sur l'épicondyle latéral du coude. Liée à l'utilisation répétitive de la souris d'ordinateur.

Symptômes : Douleur au coude irradiant vers l'avant-bras, aggravée par la rotation du poignet, la poignée de main ou le clic de souris répétitif.

Cervicalgie et cervico-brachialgie

Douleurs cervicales liées au maintien prolongé de la tête en position avancée (posture "text-neck" devant l'écran). Peuvent irradier dans les épaules et les bras.

Symptômes : Raideur et douleurs de la nuque, maux de tête, douleurs dans les épaules, parfois picotements dans les doigts.

Lombalgies

Douleurs lombaires liées à la position assise prolongée, au manque de soutien du dos et surtout à l'absence de variation posturale. La position assise relâchée, penchée en avant, est celle qui charge le plus le disque intervertébral.

Symptômes : Douleurs en bas du dos, raideur matinale, aggravation après de longues périodes en position assise statique.

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Mécanismes biologiques et facteurs de risque

Les TMS résultent d'une accumulation de micro-traumatismes. Contrairement aux accidents aigus, ils s'installent progressivement et peuvent rester longtemps asymptomatiques avant de devenir invalidants.

Un risque multifactoriel : trois familles de facteurs

L'INRS décrit les TMS comme des pathologies d'origine multifactorielle : aucun facteur pris isolément ne suffit à expliquer leur apparition, c'est leur combinaison et leur durée d'exposition qui comptent.

Facteurs biomécaniques
  • Répétitivité élevée : cycles de travail courts ou même geste répété une grande partie du temps de travail
  • Postures contraintes (bras levé, poignet fléchi, tête penchée)
  • Effort statique prolongé (maintien d'une position sans bouger)
  • Vibrations transmises aux membres supérieurs
  • Contact avec des arêtes vives (rebord du bureau, souris mal adaptée)
Facteurs organisationnels
  • Cadences élevées, manque de temps de récupération
  • Absence de pauses ou pauses trop courtes
  • Monotonie des tâches (tâches très répétitives, faible variété)
  • Pression temporelle et travail sous contrôle strict
  • Manque d'autonomie sur l'organisation du travail
Facteurs psychosociaux
  • Stress au travail (augmente la tension musculaire)
  • Faible soutien social (collègues, manager)
  • Faible reconnaissance du travail fourni
  • Insécurité de l'emploi
  • Insatisfaction professionnelle
Ce que l'on sait vraiment de la pression sur les disques

Les mesures de référence sont celles de l'équipe de Wilke, publiées en 1999 : un capteur implanté dans un disque lombaire (L4-L5) d'un volontaire a permis de mesurer la pression intradiscale in vivo dans une vingtaine de postures. Ordres de grandeur retenus : environ 0,1 MPa allongé, 0,5 MPa debout, 0,46 MPa assis détendu, 0,83 MPa assis penché en avant, et jusqu'à 2,3 MPa en soulevant une charge de 20 kg dos rond.

Deux enseignements. D'abord, s'asseoir n'est pas en soi plus contraignant que se tenir debout : c'est la posture penchée et le maintien statique qui le sont. Ensuite, la solution n'est ni le « tout assis » ni le « tout debout » : c'est de varier les postures et de rompre la sédentarité régulièrement.

La progression silencieuse des TMS
Stade Symptômes Impact sur le travail Réversibilité
Stade 1 Douleurs en fin de journée, disparaissant au repos Aucun Réversible
Stade 2 Douleurs pendant le travail, disparaissant hors travail Gêne fonctionnelle modérée Partiellement réversible
Stade 3 Douleurs persistantes au repos, la nuit Difficultés à effectuer les tâches Difficile à traiter
Stade 4 Incapacité fonctionnelle, douleurs permanentes Arrêt de travail prolongé, inaptitude possible Chronique / invalidité
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Reconnaissance et cadre réglementaire des TMS

Les TMS peuvent être reconnus comme maladies professionnelles (MP) sous conditions. Cette reconnaissance ouvre des droits spécifiques pour le salarié et engage la responsabilité de l'employeur.

Tableaux de maladies professionnelles

Les principaux TMS du membre supérieur sont listés dans les tableaux de l'annexe II du Code de la Sécurité Sociale :

  • Tableau 57 RG : affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail — de loin le plus utilisé (~40 000 cas par an), et le seul réellement mobilisable pour un travail de bureau (syndrome du canal carpien, épicondylite, épaule)
  • Tableau 69 RG : affections provoquées par les vibrations et chocs transmis par certaines machines-outils (~100 cas par an) — sans objet en milieu tertiaire
  • Tableau 98 RG : affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes — les conditions de manutention exigées ne sont pas réunies dans un bureau
Obligations de l'employeur
  • DUERP : Identifier et évaluer les risques TMS (postures, répétitivité, organisation)
  • Plan d'action : Mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées
  • Formation : Former les salariés à l'ergonomie de leur poste
  • Aménagement : Adapter le poste de travail aux caractéristiques physiques du salarié
  • Médecine du travail : Associer le médecin du travail à la prévention des TMS
Quand la maladie ne figure dans aucun tableau

Une pathologie qui ne remplit pas toutes les conditions d'un tableau — ou qui n'y figure pas du tout — peut encore être reconnue par le système complémentaire : le dossier est instruit par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), composé de médecins. La reconnaissance suppose alors d'établir un lien direct et essentiel avec le travail, et, pour les pathologies absentes des tableaux, une incapacité permanente prévisible d'au moins 25 %. C'est cette voie — et non un tableau — qui est utilisée pour les affections psychiques comme l'épuisement professionnel.

Le facteur temps : agir tôt, agir vite

Un TMS détecté au stade 1 ou 2 est presque toujours réversible avec des mesures simples : adaptation du poste, changement de méthode de travail, rééducation kiné. Un TMS ignoré jusqu'au stade 3 ou 4 peut entraîner une IPP (Incapacité Permanente Partielle) et une reconnaissance de maladie professionnelle. Ne pas attendre pour signaler une gêne à son manager ou à la médecine du travail.

Sources
  • INRS — dossier « Troubles musculosquelettiques (TMS) : statistiques » et tableaux des maladies professionnelles (inrs.fr)
  • Wilke H.-J. et al., « New in vivo measurements of pressures in the intervertebral disc in daily life », Spine, 1999 — mesures de référence de la pression intradiscale
  • Code de la sécurité sociale, art. L461-1 (tableaux de maladies professionnelles et système complémentaire / CRRMP) — Légifrance
  • Code du travail : L4121-1, R4121-1

Synthèse du chapitre

  • →Plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues au régime général sont des TMS
  • →En bureau : canal carpien, épicondylite, cervicalgies et lombalgies sont les plus fréquents
  • →Trois catégories de facteurs : biomécaniques, organisationnels et psychosociaux
  • →Ce n'est pas « être assis » qui charge le disque, c'est être penché et immobile : varier les postures
  • →4 stades d'évolution : du stade réversible (1) à l'invalidité chronique (4)
  • →Signaler tôt une gêne à la médecine du travail est la meilleure stratégie de prévention
Risques en Milieu Tertiaire

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