Formation Risques Tertiaire 2026
Prévention du risque Incendie

Module 3 / 5

Sommaire complet de la formation
Module 3 : Prévention du risque Incendie 20 min de lecture

3.1 Les causes d'incendie au bureau

Le feu reste l'un des risques les plus graves dans les établissements tertiaires — et l'un des plus sous-estimés, parce qu'un bureau ne « ressemble » pas à un lieu dangereux. L'INRS rappelle pourtant que 70 % des entreprises victimes d'un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent. Dans les bureaux, les causes sont banales mais prévisibles — et donc évitables. Connaître ces causes, c'est pouvoir les supprimer.

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Le triangle du feu : bases physiques de la combustion

Pour qu'un incendie démarre et se propage, trois éléments doivent être simultanément présents. Supprimer l'un d'eux suffit à éteindre le feu ou à l'empêcher de se déclarer. C'est le principe fondamental de la prévention incendie.

Combustible

Tout ce qui peut brûler : papier, carton, bois, plastique, tissu, câbles, produits chimiques. En bureau : la charge en papier (dossiers, rames) est souvent très élevée.

Comburant

Principalement l'oxygène de l'air. En espace clos, le feu consomme rapidement l'oxygène disponible. Les systèmes de ventilation peuvent alimenter un incendie en comburant.

Énergie d'activation

La source de chaleur ou d'étincelle qui amorce la combustion : court-circuit électrique, négligence, mégot mal éteint, surchauffe d'un appareil.

De la combustion à l'incendie : la propagation

Un départ de feu est maîtrisable dans les premières dizaines de secondes, avec un extincteur adapté. Passé ce stade, le rayonnement thermique enflamme à distance les matériaux voisins et le foyer croît beaucoup plus vite qu'il ne grandissait jusque-là.

Au-delà d'un certain seuil, l'ensemble des matériaux combustibles d'un local peut s'enflammer quasi simultanément : c'est l'embrasement généralisé éclair, plus connu sous son nom anglais de flashover. Le délai dépend entièrement du volume du local, de la charge combustible et de la ventilation : il n'existe pas de chronomètre universel. Ce qui est certain, c'est qu'au-delà de ce stade, aucun extincteur portatif n'a plus d'effet.

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Les principales causes d'incendie en milieu tertiaire

Ce que disent les sources officielles sur l'origine des incendies
~ 25 %
des incendies seraient d'origine électrique, selon l'Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE), chiffre repris par l'INRS
30 %
des origines d'incendie en entreprise sont liées à des travaux par point chaud — soudage, meulage, découpe (INRS, ED 6030)
70 %
des entreprises victimes d'un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent (INRS)

Attention à un chiffre qui circule beaucoup : on lit couramment que « 70 % des incendies de bureau sont d'origine électrique ». Ce 70 % n'existe dans aucune source officielle — c'est la statistique de l'INRS sur les entreprises qui disparaissent après un sinistre, transposée par erreur aux causes de départ de feu. L'ordre de grandeur réel pour l'électricité est d'environ un quart.

Les causes électriques
Surcharges et courts-circuits
  • Multiprise surchargée : Dépasser la puissance nominale génère une surchauffe du câble, qui peut enflammer les matériaux environnants
  • Rallonges en cascade : Augmentent la résistance du circuit et donc la chaleur dissipée
  • Court-circuit : Contact entre deux conducteurs crée un arc électrique à très haute température (plusieurs milliers de degrés)
  • Défaut d'isolation : Câble écrasé, vieilli, rongé par des rongeurs — l'isolant se dégrade et le risque de court-circuit augmente
Équipements informatiques et chargeurs
  • Surchauffe d'ordinateurs : Grilles de ventilation obstruées (poussière, objet posé dessus), batterie endommagée
  • Chargeurs de mauvaise qualité : Produits de contrefaçon sans protection thermique interne
  • Appareils laissés en charge toute la nuit : En dehors des heures de présence, personne ne peut détecter une surchauffe précoce
  • Imprimantes : Les fusers (éléments chauffants) peuvent causer des incendies si l'entretien est négligé ou si des matériaux inadaptés (papier épais, étiquettes) sont utilisés
Les causes liées aux comportements et à l'organisation
Tabac

Un mégot mal éteint dans une corbeille à papier reste l'une des causes les plus fréquentes d'incendie de bureau, surtout dans les zones fumeurs non conformes ou les zones "cachées". La cigarette électronique présente aussi un risque de batterie.

Appareils de chauffage

Radiateurs d'appoint laissés sans surveillance, ou placés près de papier, rideaux ou tissu. Un radiateur électrique non homologué peut atteindre des températures suffisantes pour enflammer les matières proches.

Opérations d'entretien

Produits d'entretien inflammables (solvants, aérosols) stockés dans des locaux inadaptés ou utilisés à proximité de sources de chaleur. Travaux de maintenance sans permis de feu préalable.

La charge combustible : le facteur sous-estimé
Le papier, combustible méconnu

Un plateau de bureaux contient facilement plusieurs centaines de kilos de papier : dossiers suspendus, boîtes d'archives, ramettes de réserve. Le papier s'enflamme à basse température et propage le feu très vite dès qu'il est stocké en vrac ou en piles aérées. Une salle d'archives ou une reprographie concentre une charge combustible que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le bâtiment.

(Le fameux « 233 °C » emprunté au titre du roman de Ray Bradbury est une image littéraire, pas une valeur normative : la température d'auto-inflammation du papier varie avec son grammage, son taux d'humidité et sa mise en œuvre.)

Bonne pratique : Réduire la charge combustible en favorisant la dématérialisation des documents, en ne stockant que les archives obligatoires sur site et en utilisant des armoires coupe-feu (60 à 120 minutes de résistance) pour les documents importants.

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Prévention et systèmes de détection incendie

Détecteurs de fumée (DAAF et SSI)

Les Systèmes de Sécurité Incendie (SSI) dans les ERP comportent des détecteurs automatiques reliés à un système d'alarme centralisé. Ils détectent la fumée (détecteur optique) ou la chaleur (détecteur thermique) avant que le feu ne soit visible.

  • Le règlement de sécurité des ERP (arrêté du 25 juin 1980) impose un système d'alarme dont la catégorie dépend du type et de la catégorie de l'établissement : la détection automatique généralisée n'est pas exigée partout
  • Vérifications et maintenance périodiques, consignées au registre de sécurité
  • Ne jamais obstruer, peindre ni déconnecter un détecteur — même pour une odeur de cuisine
Consignes de fin de journée

La majorité des incendies de bureau surviennent en dehors des heures de travail. Les consignes de fermeture sont donc cruciales :

  • Éteindre tous les équipements informatiques (pas seulement en veille)
  • Débrancher les chargeurs, cafetières, radiateurs d'appoint
  • Ne laisser aucun appareil en charge sans surveillance
  • S'assurer que les corbeilles à papier sont vides des matières à risque
  • Vérifier que les zones fumeurs sont sécurisées
Obligations réglementaires en matière de prévention incendie
Obligation Base réglementaire Fréquence
Essais périodiques et exercices d'évacuation Art. R4227-39 CT Au moins tous les six mois — dates et observations consignées dans un registre tenu à disposition de l'inspection du travail
Extincteurs : nombre, implantation et maintien en état Art. R4227-29 CT Au minimum un extincteur à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m² de plancher, et au moins un appareil par niveau. La vérification annuelle relève des règles professionnelles (norme NF S 61-919, règle APSAD R4)
Vérification des installations électriques Art. R4226-16 CT + arrêté du 26/12/2011 Tous les ans, porté à deux ans si le rapport précédent est sans observation. Par un organisme accrédité ou une personne qualifiée de l'entreprise
Personnes désignées pour mettre en œuvre les moyens de secours Art. R4227-38 CT Désignées dans la consigne de sécurité incendie. Le Code du travail n'impose pas de durée de formation ni de périodicité de recyclage : le rythme biennal souvent pratiqué est une recommandation professionnelle
Affichage de la consigne de sécurité incendie Art. R4227-37 CT Permanent et très apparent, dans les locaux où l'effectif dépasse cinq personnes et dans ceux présentant des risques particuliers
Sources
  • INRS — dossier « Incendie sur le lieu de travail : conséquences et données statistiques », brochure ED 990 et ED 6030 « Le permis de feu » (inrs.fr)
  • INRS — dossier « Risques électriques : accidents d'origine électrique », citant l'Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) pour la part des incendies d'origine électrique
  • Code du travail : R4227-39, R4227-29, R4227-37, R4227-38, R4226-16 — Légifrance
  • Arrêté du 25 juin 1980 portant règlement de sécurité contre les risques d'incendie dans les établissements recevant du public

Synthèse du chapitre

  • →Triangle du feu : Combustible + Comburant + Énergie. Supprimer l'un = pas de feu
  • →Environ un quart des incendies sont d'origine électrique (ONSE) — le « 70 % » que l'on lit partout est une statistique déformée
  • →Causes fréquentes : multiprises surchargées, câbles détériorés, chargeurs de contrefaçon
  • →70 % des entreprises victimes d'un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent (INRS)
  • →Consignes de fin de journée : tout éteindre, débrancher les chargeurs et radiateurs
  • →Essais et exercices d'évacuation : au moins tous les six mois, pas une fois par an (Art. R4227-39)
Risques en Milieu Tertiaire

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale