Formation Risques Tertiaire 2026

Santé, RPS et Qualité de Vie au Travail

Module 5 / 5

Module 5 : Risques Psychosociaux et Bien-être 20 min de lecture

5.1 Introduction aux risques psychosociaux en milieu tertiaire

Les risques psychosociaux (RPS) désignent les risques professionnels d'origine et de nature psychosociale : stress, épuisement professionnel, harcèlement, violences. Le milieu tertiaire n'y est pas épargné — bien au contraire. Comprendre ces risques, les reconnaître et agir est une obligation légale de l'employeur et un droit fondamental de chaque salarié.

Information : Cette formation est proposée à titre informatif et pédagogique. Elle ne remplace pas une formation dispensée par un organisme agréé, ni l'accompagnement d'un professionnel de santé ou d'un préventeur certifié.

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Définition et cadre réglementaire des RPS

Les RPS ne sont pas une catégorie unique de risques, mais un ensemble de situations professionnelles dans lesquelles les exigences du travail dépassent les ressources disponibles du salarié — ou menacent son identité, ses valeurs, sa dignité. Ils sont à la croisée des dimensions individuelles, collectives et organisationnelles.

Le stress professionnel

État de déséquilibre perçu entre les exigences imposées par l'environnement de travail et les ressources disponibles pour y faire face. Le stress chronique épuise les mécanismes d'adaptation et fragilise l'organisme sur le plan physique et psychique.

L'épuisement professionnel (burnout)

Syndrome d'épuisement physique, émotionnel et mental lié au travail, caractérisé par un sentiment de vide, de perte de sens et de détachement progressif. Reconnu comme affection psychique liée au travail (tableau 57 des MP en cours d'extension).

Les violences et harcèlement

Comprennent les violences internes (harcèlement moral, sexuel, conflits relationnels) et externes (incivilités, agressions de la clientèle ou du public). Ces situations sont pénalement et civilement répréhensibles.

Cadre légal et réglementaire
  • Art. L4121-1 Code du travail : Obligation de l'employeur de protéger la santé physique ET mentale des salariés
  • Art. L1152-1 : Interdiction du harcèlement moral — tout agissement répété dégradant les conditions de travail
  • Art. L1153-1 : Interdiction du harcèlement sexuel
  • Accord National Interprofessionnel (ANI) du 2 juillet 2008 : Premier texte dédié à la prévention du stress au travail
  • ANI du 26 mars 2010 : Prévention du harcèlement et des violences au travail
Chiffres clés en France (DARES/INRS)
  • 1 salarié sur 2 déclare ressentir une pression temporelle importante dans son travail
  • 35 % des salariés indiquent vivre des situations de travail émotionnellement exigeantes
  • 2 millions de salariés seraient en situation de détresse psychologique au travail (estimation INRS)
  • 3 Mrd€/an : coût du stress professionnel pour les entreprises françaises (absentéisme, turnover, perte de productivité)
  • Les cadres et employés de bureau sont parmi les catégories les plus exposées aux RPS chroniques
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Les facteurs de risque spécifiques au bureau

Le milieu tertiaire expose à des facteurs de risque psychosociaux qui lui sont propres. L'absence de risque physique apparent peut masquer une charge mentale et émotionnelle très élevée. Le modèle de Karasek (demande psychologique × latitude décisionnelle × soutien social) permet d'objectiver ces tensions.

Facteurs liés aux exigences du travail
  • Surcharge quantitative : Volume de travail excédant le temps disponible, délais imposés irréalistes
  • Surcharge qualitative : Complexité des tâches supérieure aux compétences actuelles, manque de formation
  • Interruptions fréquentes : Emails, notifications, sollicitations — fragmentation des tâches nécessitant de la concentration
  • Travail émotionnellement exigeant : Relations clients difficiles, gestion de conflits, devoir dissimuler ses émotions
  • Conflits de valeurs : Devoir agir contre ses convictions (vente de produits douteux, pratiques non éthiques)
Facteurs organisationnels
  • Faible autonomie : Pas de latitude dans l'organisation de son temps ou de ses méthodes de travail
  • Objectifs flous ou contradictoires : Ne pas savoir ce qu'on attend de soi, recevoir des instructions contradictoires de plusieurs supérieurs
  • Manque de soutien : Absence de reconnaissance, management centré uniquement sur les résultats
  • Instabilité organisationnelle : Restructurations répétées, changements d'équipe, incertitude sur l'avenir
  • Télétravail subi : Isolement, perte de frontière vie pro/perso, réunions en cascade par écrans interposés
Facteurs relationnels
  • Conflits interpersonnels : Tensions entre collègues, mauvaise communication, compétition interne toxique
  • Management défaillant : Autoritarisme, micromanagement, favoritisme, absence de retour constructif
  • Isolement : Travail seul, télétravail intense, absence de collectif de travail identifiable
  • Incivilités : Comportements irrespectueux répétés, remarques déplacées, exclusion informelle
Facteurs liés au numérique
  • Hyperconnexion : Sollicitations numériques permanentes, difficulté à "décrocher" en dehors des heures de travail
  • Surveillance numérique : Monitoring des activités, reporting constant, sentiment d'être épié
  • Infobésité : Surcharge informationnelle, emails non maîtrisés, réunions visio en excès
  • Technostress : Pression liée à la maîtrise des outils, mises à jour constantes, incompatibilités
Le modèle Karasek : identifier les situations à risque

Le modèle de Karasek (1979), complété par Siegrist (1996), identifie les configurations les plus pathogènes :

  • Job strain (tension au travail) : Forte demande psychologique + faible latitude décisionnelle → épuisement, troubles cardio-vasculaires
  • Iso-strain : Job strain + faible soutien social → situation la plus délétère identifiée dans la littérature
  • Déséquilibre efforts/récompenses (Siegrist) : Fournir beaucoup sans reconnaissance, promotion ou sécurité suffisante → burnout
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Reconnaître les signaux d'alerte individuels et collectifs

Les RPS se manifestent rarement brutalement. Ils progressent par étapes, avec des signaux précurseurs souvent minimisés. La capacité à les identifier — chez soi et chez ses collègues — est essentielle pour agir avant la décompensation.

Signaux individuels
Signaux physiques

Fatigue persistante, troubles du sommeil, maux de tête, tensions musculaires, troubles digestifs, hypertension inexpliquée

Signaux émotionnels

Irritabilité, pleurs fréquents, anxiété, sentiment d'échec, perte de confiance en soi, hypersensibilité aux critiques

Signaux cognitifs

Difficultés de concentration, trous de mémoire, indécision, ruminations, incapacité à gérer l'incertitude

Signaux comportementaux

Isolement, cynisme, absentéisme, consommation de substances (alcool, médicaments), perte d'investissement

Signaux collectifs — indicateurs à surveiller en équipe
Indicateur Signal d'alerte Seuil indicatif
Taux d'absentéisme Multiplication des arrêts courts, répétitifs > 5 % sur une équipe
Turn-over Départs volontaires fréquents, difficultés à retenir les talents > 15 % annuel
Accidents du travail Hausse inexpliquée des AT et incidents, erreurs répétées +20 % vs N-1
Conflits et plaintes Augmentation des réclamations internes, saisines du CSE, contacts RH Toute hausse notable
Heures supplémentaires Dépassements systématiques des horaires, présentéisme tardif > 10 % du volume horaire normal
Que faire si on observe ces signaux chez un collègue ?
  • Prendre le temps d'une conversation informelle, dans un lieu calme, sans jugement
  • Écouter sans chercher à relativiser ("ça va aller") ni diagnostiquer
  • Orienter vers le médecin du travail, la RH ou la ligne d'écoute si existante
  • Ne pas rester seul avec cette situation : en parler à son manager ou à un référent RPS
  • Le silence n'est pas une forme de protection — ignorer ne résout rien
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Prévention des RPS : obligations et leviers d'action

La prévention des RPS relève en premier lieu de la responsabilité de l'employeur, dans le cadre de son obligation générale de sécurité. Elle doit s'inscrire dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) et faire l'objet de mesures concrètes.

Prévention primaire

Agir sur les causes organisationnelles en amont :

  • Adapter les charges de travail aux ressources réelles
  • Clarifier les rôles et les objectifs
  • Développer l'autonomie et la participation
  • Former les managers à la détection des RPS
  • Intégrer les RPS dans le DUERP
Prévention secondaire

Renforcer les capacités individuelles :

  • Formations à la gestion du stress
  • Ateliers de cohésion d'équipe
  • Programme d'aide aux employés (PAE)
  • Ligne d'écoute psychologique
  • Soutien des pairs référents RPS
Prévention tertiaire

Accompagner les personnes en difficulté :

  • Cellule de crise psychologique après événement traumatique
  • Maintien en emploi et aménagement du poste
  • Procédure de signalement harcèlement
  • Médecin du travail et SSST
  • Reclassement professionnel si nécessaire
Ce que dit la loi : obligations concrètes de l'employeur
  • Intégrer les RPS dans le DUERP (Art. R4121-1) et le mettre à jour au minimum annuellement
  • Désigner un référent harcèlement sexuel dans les entreprises de 250 salariés et plus (Loi Avenir professionnel 2018)
  • Consulter le CSE sur les mesures de prévention des RPS et les conditions de travail
  • Prendre toutes les mesures nécessaires en cas de signalement de harcèlement ou violence (enquête, mesures conservatoires)
  • En cas de manquement : Responsabilité civile (indemnisation salariés) et pénale (harcèlement moral : 2 ans/30 000€)
  • Accident de travail psychique : Un choc émotionnel en lien avec le travail peut être reconnu comme AT
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Les droits du salarié face aux RPS

Face aux risques psychosociaux, le salarié n'est pas démuni. Des droits fondamentaux et des voies de recours existent. Les connaître permet d'agir, y compris dans les situations les plus difficiles.

Le droit de retrait (Art. L4131-1)

Le salarié peut se retirer d'une situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé.

Ce droit s'applique aux RPS dans des cas précis : situation de violence physique imminente, harcèlement avec menaces, exposition à un événement traumatisant. Il ne peut donner lieu ni à sanction, ni à retenue de salaire si l'exercice est justifié.

Le recours au médecin du travail

Le salarié peut demander à tout moment une visite médicale spontanée (sur sa propre initiative) auprès du médecin du travail — sans avoir à en informer son employeur.

Le médecin du travail peut proposer des aménagements de poste, émettre des restrictions médicales, signaler des situations collectives à risque à l'employeur (avec anonymisation), et orienter vers des professionnels de santé spécialisés.

Signalement et alerte
  • Au CSE : Droit d'alerte en cas de danger grave et imminent ou d'atteinte aux droits
  • À la RH : Signalement de harcèlement ou de violences, déclenchement d'une enquête interne obligatoire
  • À l'inspection du travail : En cas de carence de l'employeur, saisine possible de la DREETS
  • Défenseur des droits : Pour les cas de discrimination ou de harcèlement non traités
Recours judiciaires
  • Conseil de Prud'hommes : En cas de manquement de l'employeur à son obligation de sécurité, de rupture consécutive aux RPS (prise d'acte)
  • Tribunal correctionnel : Pour les faits constitutifs de harcèlement moral (Art. L1152-1) ou sexuel (Art. L1153-1)
  • Reconnaissance en AT : Un accident psychique (choc, crise d'angoisse) lié au travail peut être déclaré en accident du travail
  • Maladie professionnelle : Dépression et burnout peuvent être reconnus sous conditions (tableau 57)
Numéros et ressources utiles
  • 3114 : Numéro national prévention du suicide (24h/24)
  • Fil Santé Jeunes : 0800 235 236 (étudiants, jeunes actifs)
  • INRS.fr : Ressources, guides et outils de diagnostic RPS
  • Médecin du travail : Premier interlocuteur en entreprise, accessible sans prescription

Synthèse du chapitre

  • Les RPS recouvrent stress, burnout, harcèlement et violences — une réalité documentée dans le tertiaire
  • L'employeur a une obligation légale de prévention (Art. L4121-1) intégrée dans le DUERP
  • Les signaux d'alerte sont physiques, émotionnels, cognitifs et comportementaux
  • La prévention primaire (organisation) est plus efficace que le traitement des symptômes
  • Le salarié dispose du droit de retrait, de l'accès au médecin du travail et de voies de signalement
  • Agir tôt — seul, en équipe ou via les instances — est toujours plus efficace qu'attendre la crise
Risques en Milieu Tertiaire