Convention Collective de l'Optique-Lunetterie de Détail 2026 (IDCC 1431) : Salaires, Prime d'Ancienneté et Droits

Mise à jour : 15/08/2026 Convention collective

Opticien-lunetier diplômé, monteur-vendeur, responsable de magasin, secrétaire d'un point de vente : 30 500 salariés répartis dans 7 500 entreprises employeuses et plus de 13 000 magasins relèvent de la convention collective nationale de l'optique-lunetterie de détail (IDCC 1431, brochure 3084) — une branche de très petites structures, puisque 95 % des entreprises emploient moins de dix salariés.

Si vous êtes arrivé ici en cherchant « grille des salaires optique 2026 », lisez d'abord la section 1. Une grille 2026 circule partout, revalorisée de 2,5 % à 3,3 %, reprise par la quasi-totalité des comparateurs : elle n'est pas en vigueur. L'accord qui la porte, signé le 17 décembre 2025 par une organisation patronale minoritaire et quatre syndicats de salariés sur cinq, se heurte à l'opposition de l'organisation patronale majoritaire à son extension. Résultat : les minima de la branche sont inchangés depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, et le SMIC a rattrapé le bas de la grille.

Cette page publie donc les deux grilles côte à côte — celle qui s'applique réellement et celle qui est bloquée —, explique le mécanisme juridique qui permet ce blocage, et détaille ce que la convention garantit par ailleurs : une prime d'ancienneté allant jusqu'à 15 %, une allocation de fin de carrière jusqu'à cinq mois de salaire, une classification en deux filières qui reconnaît le statut de professionnel de santé de l'opticien. Chaque chiffre est daté et sourcé sur les textes officiels.

ÉTAPE 0 : êtes-vous couvert par l'IDCC 1431 ?

La convention couvre le commerce de détail spécialisé en optique-lunetterie : les magasins qui vendent, adaptent et délivrent des équipements optiques au public, quelle que soit leur enseigne, y compris dans les départements d'outre-mer.

👓 Magasins d'optique Indépendants, franchises, succursales et coopératives d'enseigne : la vente au détail d'équipements optiques
🔬 Ateliers de montage intégrés Le montage-taillage réalisé dans le magasin fait partie de l'activité de détail couverte
🏪 Fonctions support des enseignes Personnels administratifs et d'encadrement rattachés à l'activité de détail

⚠️ À ne pas confondre. La fabrication de verres et de montures, l'industrie de la lunetterie et le commerce de gros relèvent de conventions distinctes, tout comme les officines de pharmacie et les enseignes d'audioprothèse lorsqu'elles constituent l'activité principale de l'établissement. Le critère est l'activité principale de l'entreprise, pas votre métier : un opticien salarié d'un fabricant ne relève pas de l'IDCC 1431. La convention appliquée doit figurer sur votre bulletin de paie (article R3243-1 du Code du travail).

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1. La « grille 2026 » qui circule partout n'est pas en vigueur

C'est une situation rare, et elle explique à peu près tout ce que vous lirez ailleurs sur les salaires de l'optique. Le 17 décembre 2025, un accord de revalorisation des minima est signé : + 2,5 % pour la filière collaborateurs, + 3 % pour les professionnels de santé, jusqu'à + 3,30 % sur le premier échelon. Côté salariés, quatre organisations représentatives sur cinq signent — CFDT Services, CFTC-CSFV, CFE-CGC et UNSA. Côté employeurs, une seule signe : la FNOF, qui représente surtout les indépendants. L'autre organisation patronale représentative, le ROF, refuse.

  • 17 et 19 décembre 2025 — l'accord est proposé puis signé par la FNOF et quatre organisations syndicales de salariés. Il prévoit expressément de n'entrer en vigueur que le premier jour du mois civil suivant la publication de son arrêté d'extension.
  • 22 décembre 2025 — le ROF annonce qu'il fera opposition à la demande d'extension, estimant le texte déséquilibré et invoquant l'équilibre économique de la profession. Sa propre proposition était de + 1,68 % pour la filière collaborateurs et + 2,03 % pour les professionnels de santé.
  • 22 janvier 2026 — les quatre organisations syndicales publient un communiqué intersyndical dénonçant le blocage et quittent la séance de négociation. Elles rappellent que la situation s'est déjà produite en juillet 2022 et en mars 2023.
  • 11 février 2026 — le ministère du Travail publie au Journal officiel l'avis d'extension de l'accord : il ouvre le délai d'un mois pendant lequel l'opposition peut être formalisée.
  • À la date de rédaction — aucun arrêté d'extension de l'accord du 17 décembre 2025 n'a été publié. La grille 2026 n'est donc pas entrée en vigueur, et les minima de la branche restent ceux du 1ᵉʳ janvier 2024.

Le mécanisme : l'opposition patronale à l'extension (article L2261-19)

Un accord de branche ne s'impose à toutes les entreprises qu'après un arrêté d'extension. Or, depuis la loi du 8 août 2016, l'article L2261-19 du Code du travail permet à une ou plusieurs organisations patronales représentatives, dont les entreprises adhérentes emploient plus de 50 % des salariés de la branche, de former une opposition écrite et motivée dans le mois qui suit la publication de l'avis d'extension. L'extension ne peut alors pas aboutir.

La conséquence pratique est contre-intuitive : un accord signé par la majorité des syndicats de salariés peut rester lettre morte parce qu'une organisation patronale non signataire, mais majoritaire en effectifs, s'y oppose. C'est exactement ce qui se joue dans l'optique depuis 2022.

Ce que cela change pour vous, concrètement

Si votre employeur adhère à la FNOF, il est lié par l'accord qu'elle a signé — mais celui-ci conditionne lui-même son entrée en vigueur à la publication de l'arrêté d'extension, qui n'est pas intervenue. En pratique, aucun employeur de la branche n'est aujourd'hui tenu d'appliquer la grille 2026. Rien n'interdit en revanche à une entreprise de l'appliquer volontairement, ni à un accord d'entreprise de faire mieux : c'est un argument concret à porter en négociation annuelle.

2. La grille réellement applicable : accord du 14 septembre 2023

La seule grille opposable à l'ensemble des magasins d'optique est celle de l'accord du 14 septembre 2023, étendu par arrêté du 11 décembre 2023 publié au Journal officiel du 14 décembre 2023, applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Fait notable, cet accord précisait lui-même qu'il visait à revaloriser des minima « dont certains niveaux sont inférieurs au SMIC » — un problème que le gel de 2024, 2025 et 2026 a mécaniquement ramené.

Les tableaux ci-dessous donnent, pour chaque niveau, le minimum en vigueur, ce qu'aurait donné la grille bloquée, et le minimum réellement dû une fois appliqué le plancher du SMIC (1 867,02 € brut depuis le 1ᵉʳ juin 2026).

2.1. Filière collaborateurs (niveaux 1.1 à 3.6)

NiveauMinimum en vigueur
accord du 14/09/2023, étendu
Grille bloquée
accord du 17/12/2025, non étendu
Minimum réellement dû
1.11 830 €1 876 €SMIC 1 867,02 €
1.21 850 €1 896 €SMIC 1 867,02 €
1.31 870 €1 917 €1 870 €
1.41 900 €1 948 €1 900 €
1.51 930 €1 978 €1 930 €
1.61 950 €1 999 €1 950 €
2.12 000 €2 050 €2 000 €
2.22 050 €2 101 €2 050 €
2.32 100 €2 153 €2 100 €
2.42 150 €2 204 €2 150 €
3.12 250 €2 306 €2 250 €
3.22 315 €2 373 €2 315 €
3.32 455 €2 516 €2 455 €
3.42 850 €2 921 €2 850 €
3.53 115 €3 193 €3 115 €
3.63 400 €3 485 €3 400 €

2.2. Filière professionnels de santé (niveaux A à K)

NiveauMinimum en vigueur
accord du 14/09/2023, étendu
Grille bloquée
accord du 17/12/2025, non étendu
Écart perdu
A1 935 €1 999 €− 64 €/mois
B2 010 €2 070 €− 60 €/mois
C2 060 €2 122 €− 62 €/mois
D2 135 €2 199 €− 64 €/mois
E2 195 €2 261 €− 66 €/mois
F2 300 €2 369 €− 69 €/mois
G2 400 €2 472 €− 72 €/mois
H2 500 €2 575 €− 75 €/mois
I3 000 €3 090 €− 90 €/mois
J3 400 €3 502 €− 102 €/mois
K3 700 €3 811 €− 111 €/mois

Grille en vigueur : accord du 14 septembre 2023 relatif aux salaires minima, étendu par arrêté du 11 décembre 2023 (JORF du 14 décembre 2023), applicable au 1ᵉʳ janvier 2024, base 151,67 heures mensuelles. Grille bloquée : accord du 17 décembre 2025, avis d'extension publié au JORF du 11 février 2026, non étendu à la date de rédaction. SMIC au 1ᵉʳ juin 2026 : 12,31 €/h, soit 1 867,02 € mensuels. Les écarts sont calculés par différence entre les deux grilles.

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3. Deux ans et demi de gel : le SMIC a mangé le bas de la grille

Le résultat arithmétique du blocage est visible en une ligne. Depuis le 1ᵉʳ juin 2026, le SMIC mensuel est de 1 867,02 €. Les deux premiers échelons de la filière collaborateurs — 1.1 à 1 830 € et 1.2 à 1 850 € — sont donc sous le salaire minimum légal, qui devient le minimum réellement dû. Le troisième, à 1 870 €, ne le dépasse que de 3 €.

Autrement dit, trois échelons de grille tiennent aujourd'hui dans un intervalle de 3 € : un salarié promu du niveau 1.1 au niveau 1.3 ne gagne, en droit conventionnel strict, rien de plus qu'un salarié payé au SMIC. C'est le phénomène classique d'écrasement des grilles, et il pèse ici sur les postes d'entrée — vendeur débutant, monteur, assistant de magasin — dans une branche où les emplois peu qualifiés servent souvent de porte d'entrée vers le BTS opticien-lunetier.

Trois réflexes utiles si vous êtes en bas de grille

  • Vérifiez que votre salaire de base atteint bien le SMIC, et non le montant de grille de votre niveau, qui lui est inférieur ;
  • Vérifiez que votre prime d'ancienneté figure en ligne distincte : elle s'ajoute et ne peut pas être utilisée pour atteindre le SMIC (voir section 6) ;
  • Vérifiez votre classement : dans une grille écrasée, c'est le passage au niveau supérieur — et surtout à la filière professionnels de santé après un diplôme — qui produit le vrai gain, pas la revalorisation annuelle.

4. Simulateur : votre minimum applicable et votre prime d'ancienneté

L'outil applique la grille en vigueur, le plancher SMIC et la prime d'ancienneté de l'article 32, et vous indique ce que vous auriez perçu si l'accord de décembre 2025 avait été étendu.

Votre situation

0 an7 ans25 ans
10 h35 h (temps plein)35 h
RÉMUNÉRATION CONVENTIONNELLE MINIMALE
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Estimation indicative. La prime d'ancienneté se calcule sur le minimum conventionnel du niveau, proportionnellement au temps de travail, et ne compte pas dans la comparaison avec le SMIC : elle s'ajoute toujours au salaire.

5. Une classification en deux filières, refondue en 2022

La classification actuelle résulte d'un avenant du 7 avril 2022, dont la mise en œuvre était à achever pour le 10 juin 2024. Elle a remplacé l'ancienne grille par coefficients — 100 à 380 — par une architecture en deux filières, assortie d'une table de correspondance entre l'ancien et le nouveau classement. C'est la traduction conventionnelle d'une réalité du métier : dans un magasin d'optique cohabitent des professionnels de santé diplômés et des collaborateurs qui ne le sont pas.

🧑‍💼

Filière collaborateurs — niveaux 1.1 à 3.6

Monteurs, vendeurs, employés des fonctions support, puis encadrement. Trois grands niveaux déclinés en échelons : 1.x pour les emplois d'exécution, 2.x pour les emplois qualifiés et la maîtrise, 3.x pour l'encadrement et la direction de magasin. L'ancienne grille allait des coefficients 100-195 (ouvriers et employés) à 380 (cadre supérieur).

👁️

Filière professionnels de santé — niveaux A à K

Réservée aux salariés exerçant en qualité de professionnel de santé. Son premier échelon, A à 1 935 €, est supérieur de 105 € au premier échelon de la filière collaborateurs, et son sommet, K à 3 700 €, dépasse celui de l'autre filière. C'est la reconnaissance salariale du diplôme et de la responsabilité sanitaire.

Le moment qui compte : le passage d'une filière à l'autre

Un vendeur qui obtient son BTS opticien-lunetier et exerce ensuite comme professionnel de santé ne change pas seulement d'échelon : il change de filière. Dans une grille aussi écrasée en bas, c'est le seul mouvement qui produit un gain conventionnel net et durable. Faites acter par écrit, dès la prise de fonction, le nouveau positionnement — filière et niveau — car c'est lui qui commande le minimum, mais aussi l'assiette de la prime d'ancienneté.

6. La prime d'ancienneté : jusqu'à 15 %, et elle ne compte pas dans le SMIC

C'est l'avantage le plus concret de la convention pour les salariés non cadres, et l'un des mieux protégés. L'article 32 accorde une prime de 3 % après trois ans d'ancienneté, 6 % après six ans, 9 % après neuf ans, 12 % après douze ans et 15 % après quinze ans. Elle se calcule sur les minima conventionnels de l'annexe II — donc sur la grille, pas sur votre salaire réel —, proportionnellement au temps de travail.

Deux règles en font un vrai droit, et pas une ligne cosmétique. D'abord, le montant s'ajoute à la rémunération et doit figurer à part sur le bulletin de paie : une prime fondue dans le salaire de base n'est pas conforme. Ensuite, et c'est décisif dans une branche dont le bas de grille est sous le SMIC, elle n'est pas prise en compte dans le calcul du SMIC : un employeur ne peut pas s'en servir pour atteindre le salaire minimum légal. Un salarié au niveau 1.1 avec neuf ans d'ancienneté doit donc percevoir le SMIC plus 9 % du minimum de son niveau.

Article 32 de la convention collective nationale de l'optique-lunetterie de détail (texte issu de l'avenant de refonte du 13 juin 2019), consultable sur Légifrance. La prime concerne les salariés non cadres.

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7. L'opticien-lunetier, un professionnel de santé — et ce que ça change

On l'oublie souvent parce que le magasin d'optique est un commerce : l'opticien-lunetier est un professionnel de santé au sens des articles L4362-1 et suivants du Code de la santé publique. L'exercice et le port du titre supposent un diplôme reconnu — le BTS opticien-lunetier étant la voie principale —, et la profession dispose de prérogatives propres, notamment l'adaptation et le renouvellement des corrections optiques dans les conditions et les délais fixés par la réglementation, sauf opposition du prescripteur.

Une filière salariale dédiée

La classification consacre une filière distincte, mieux rémunérée dès le premier échelon : c'est la conséquence directe du statut sanitaire du métier.

Une responsabilité personnelle

La délivrance d'un équipement engage l'opticien, pas seulement le magasin. C'est un argument légitime de classement et de rémunération, distinct de la performance commerciale.

Une branche structurée sur la formation

La branche s'est dotée d'une commission paritaire nationale de l'emploi et de la formation professionnelle, dont l'avenant du 17 juillet 2025 a été étendu par arrêté du 6 février 2026.

Ce que nous ne publions pas

Nous ne reproduisons ni les durées de validité et de renouvellement des ordonnances, qui varient selon l'âge et évoluent par décret, ni les règles de prise en charge du 100 % santé : ces éléments relèvent du Code de la santé publique et de la réglementation de l'assurance maladie, pas de la convention collective, et méritent d'être vérifiés à la source à la date où vous en avez besoin. De la même façon, la convention ne fixe pas de prime sur objectifs ni de commissionnement : ces éléments, très répandus dans les enseignes, relèvent du contrat de travail ou d'un accord d'entreprise.

8. Période d'essai, préavis et indemnité de licenciement

CatégoriePériode d'essai (art. 13)Préavis (art. 14)
Employés et ouvriers1 mois, renouvelable une fois2 semaines (moins de 6 mois d'ancienneté), 1 mois (6 mois à 2 ans), 2 mois (2 ans et plus)
Agents de maîtrise2 mois, renouvelables une foisSelon les dispositions de l'annexe III
Cadres3 mois, renouvelables une foisSelon les dispositions de l'annexe IV

Ces durées d'essai sont plus courtes que les plafonds légaux — deux, trois et quatre mois — et s'appliquent donc, le renouvellement restant soumis aux conditions du Code du travail et aux délais de prévenance. Deux dispositions méritent en outre d'être connues, parce qu'elles sont favorables et peu utilisées :

  • Deux heures par jour ouvré pour rechercher un emploi pendant le préavis (article 18) — un volume nettement supérieur à l'usage courant dans le commerce ;
  • Départ anticipé possible : le salarié licencié qui a retrouvé un poste peut quitter l'entreprise avec l'accord de l'employeur, en ne percevant que le salaire du temps travaillé ; à l'inverse, l'employeur qui impose un départ immédiat doit payer l'intégralité du préavis et les indemnités conventionnelles, sans que la date de fin de contrat en soit avancée (article 21).

8.1. L'indemnité de licenciement : conventionnelle ou légale, la plus favorable

L'article 23 prévoit, hors faute grave ou lourde et dès huit mois de service continu, une indemnité d'un quart de mois par année de service, portée à un tiers de mois par année au-delà de dix ans, calculée sur le salaire brut moyen des trois ou des douze derniers mois selon la formule la plus favorable. Ce barème est identique au barème légal, et l'indemnité conventionnelle ne se cumule pas avec l'indemnité légale.

Cadres : l'annexe IV est moins favorable que la loi sur les dix premières années

Pour les cadres, l'annexe IV retient un sixième de mois par année à partir de deux ans d'ancienneté, puis un tiers au-delà de dix ans, dans la limite de treize mois. Or la loi accorde un quart de mois par année dès huit mois d'ancienneté : sur les dix premières années, le barème légal est plus favorable et c'est lui qui s'applique. Le plafond conventionnel de treize mois, lui, ne peut pas priver un cadre très ancien du montant légal, qui n'est pas plafonné. En clair : comparez toujours les deux calculs, l'employeur devant retenir le plus avantageux.

9. L'allocation de fin de carrière : le vrai avantage de la branche

C'est la disposition la plus généreuse de la convention, et elle passe souvent inaperçue. L'article 24 prévoit, pour le départ volontaire à la retraite, un barème en paliers qui va bien au-delà du minimum légal :

AnciennetéAllocation conventionnelle (art. 24)Minimum légalÉcart
Plus de 5 ans1 mois de salaire mensuel brut+ 1 mois
Plus de 10 ans2 mois0,5 mois+ 1,5 mois
Plus de 15 ans3 mois1 mois+ 2 mois
Plus de 20 ans4 mois1,5 mois+ 2,5 mois
Plus de 28 ans5 mois2 mois (à 30 ans)+ 3 mois

Deux précisions importantes : ces allocations ne se cumulent pas avec les indemnités de rupture de l'article 23, et des règles spécifiques s'appliquent aux agents de maîtrise et aux cadres (annexes III et IV). Par ailleurs, l'employeur ne peut mettre un salarié à la retraite d'office qu'à partir de 70 ans, avec un préavis de six mois et le versement des indemnités légales.

10. Simulateur : votre allocation de fin de carrière

Vos paramètres

1 an22 ans45 ans
DÉPART VOLONTAIRE À LA RETRAITE
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Barème de l'article 24, applicable aux salariés non cadres ; les agents de maîtrise et les cadres relèvent des annexes III et IV. L'allocation ne se cumule pas avec l'indemnité de rupture de l'article 23.

11. Congés pour événements familiaux : la loi a dépassé la convention

L'article 37 accorde des jours de congés payés à l'occasion d'événements familiaux, assimilés à du travail effectif pour le calcul de l'ancienneté et des congés payés. Le barème conventionnel est toutefois ancien : sur plusieurs lignes, les minima légaux, relevés par les lois du 8 juin 2020 puis du 19 juillet 2023, sont aujourd'hui supérieurs. C'est alors la loi qui s'applique, ligne par ligne.

ÉvénementConvention (art. 37)Minimum légalCe qui s'applique
Mariage ou PACS du salarié4 jours (moins d'un an d'ancienneté) ou 1 semaine au-delà4 joursConvention après un an
Mariage ou PACS d'un enfant2 jours1 jourConvention
Naissance ou adoption3 jours3 joursÉquivalent
Décès du conjoint, partenaire ou d'un proche3 jours3 joursÉquivalent
Décès d'un enfant5 jours12 jours — 14 si l'enfant a moins de 25 ans, plus le congé de deuilLoi
Annonce du handicap d'un enfant2 jours5 joursLoi
Cérémonie religieuse d'un enfant1 journon prévuConvention

Article 37 de la convention et articles L3142-1 à L3142-5 du Code du travail — voir notre fiche Article L3142-4. Sauf accord contraire, ces jours doivent être pris au moment de l'événement, sur justificatif.

12. La branche en chiffres

30 500
salariés dans la branche
7 500
entreprises employeuses
13 300
magasins d'optique recensés
95 %
des entreprises ont moins de 10 salariés

Ces chiffres éclairent le conflit décrit en section 1. Une branche composée à 95 % de très petites entreprises, mais dont une part importante des salariés travaille dans des réseaux et des enseignes, produit deux représentations patronales aux intérêts divergents : d'un côté une organisation qui fédère plutôt les indépendants et a signé la revalorisation, de l'autre une organisation majoritaire en effectifs qui s'y oppose. Le droit d'opposition à l'extension, conçu pour protéger les entreprises d'accords déséquilibrés, devient alors l'instrument d'un blocage durable des minima — au détriment, d'abord, des salariés d'entrée de grille, ceux-là mêmes que le SMIC a rattrapés.

Chiffres de branche publiés par l'opérateur de compétences du commerce et par la branche optique-lunetterie de détail (dernières données disponibles). Le nombre de magasins recensés en 2025 inclut les points de vente sans salarié.

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13. Questions fréquentes

Celle de l'accord du 14 septembre 2023, étendu par arrêté du 11 décembre 2023 et applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. La grille de 2026 que publient de nombreux sites, issue de l'accord du 17 décembre 2025 et revalorisée de 2,5 % à 3,3 %, n'est pas entrée en vigueur : le ROF, organisation patronale majoritaire, a annoncé son opposition à son extension, et l'accord subordonne son application à la publication de l'arrêté d'extension. Les minima de la branche sont donc inchangés depuis le 1ᵉʳ janvier 2024.

Les deux premiers échelons de la filière collaborateurs : le niveau 1.1 à 1 830 € et le niveau 1.2 à 1 850 €, contre un SMIC mensuel de 1 867,02 € depuis le 1ᵉʳ juin 2026. À ces positions, c'est le SMIC qui constitue le minimum réellement dû. Le niveau 1.3, à 1 870 €, ne dépasse le SMIC que de 3 € : après plus de deux ans sans revalorisation, tout le bas de la grille est écrasé par le salaire minimum légal.

Parce que l'extension des accords salariaux est bloquée. L'article L2261-19 du Code du travail permet à des organisations patronales représentatives dont les adhérents emploient plus de 50 % des salariés de la branche de former opposition, par écrit et de façon motivée, dans le mois suivant la publication de l'avis d'extension. Le ROF a utilisé ce droit à l'encontre de l'accord du 17 décembre 2025, comme il l'avait déjà fait en juillet 2022 et en mars 2023. Faute d'extension, la grille précédente continue de s'appliquer.

L'article 32 de la convention accorde aux salariés non cadres une prime de 3 % après trois ans d'ancienneté, 6 % après six ans, 9 % après neuf ans, 12 % après douze ans et 15 % après quinze ans. Elle se calcule sur les minima conventionnels de l'annexe II, proportionnellement au temps de travail, s'ajoute à la rémunération et doit figurer distinctement sur le bulletin de paie. Point décisif : son montant n'entre pas dans la comparaison avec le SMIC, elle ne peut donc jamais servir à atteindre le salaire minimum légal.

Parce que l'opticien-lunetier est un professionnel de santé au sens des articles L4362-1 et suivants du Code de la santé publique : l'exercice et le port du titre supposent un diplôme, et la profession dispose de prérogatives propres, notamment l'adaptation et le renouvellement des corrections optiques. La classification refondue par l'avenant du 7 avril 2022, applicable depuis le 10 juin 2024, en tire les conséquences en créant deux filières distinctes : une filière collaborateurs, dont les niveaux vont de 1.1 à 3.6, et une filière professionnels de santé, dont les niveaux vont de A à K et dont le premier échelon est supérieur d'une centaine d'euros.

L'allocation de fin de carrière de l'article 24 est nettement plus favorable que la loi : un mois de salaire mensuel brut au-delà de cinq ans d'ancienneté, deux mois au-delà de dix ans, trois mois au-delà de quinze ans, quatre mois au-delà de vingt ans et cinq mois au-delà de vingt-huit ans. Le Code du travail, lui, n'accorde qu'un demi-mois à dix ans et deux mois à trente ans. Ces allocations ne se cumulent pas avec les indemnités de rupture de l'article 23, et des règles spécifiques s'appliquent aux agents de maîtrise et aux cadres.

L'article 23 prévoit, dès huit mois de service continu et hors faute grave ou lourde, un quart de mois par année de service, puis un tiers de mois par année au-delà de dix ans, sur la base du salaire brut moyen des trois ou des douze derniers mois selon la formule la plus favorable. Ce barème est identique au barème légal. Pour les cadres, l'annexe IV retient un sixième de mois par année jusqu'à dix ans puis un tiers au-delà, dans la limite de treize mois : sur les dix premières années, le barème légal est donc plus favorable et c'est lui qui s'applique.

L'article 13 fixe des durées maximales d'un mois pour les employés et ouvriers, de deux mois pour les agents de maîtrise et de trois mois pour les cadres, renouvelables une seule fois. Ces durées conventionnelles sont plus courtes que les plafonds légaux de deux, trois et quatre mois : elles s'appliquent donc, dans la limite des règles légales de renouvellement et des délais de prévenance.

14. Sources officielles

  • Convention collective nationale de l'optique-lunetterie de détail (IDCC 1431, brochure JO 3084) — convention du 2 juin 1986 étendue par arrêté du 15 octobre 1986 (JORF du 14 décembre 1986), refondue par l'avenant du 13 juin 2019. Articles cités : 13, 14, 18, 21, 23, 24, 32 et 37, annexes II, III et IV.
  • Accord du 14 septembre 2023 relatif aux salaires minima, étendu par arrêté du 11 décembre 2023 (JORF du 14 décembre 2023), applicable au 1ᵉʳ janvier 2024 — grille en vigueur.
  • Accord du 17 décembre 2025 relatif aux salaires minima (+ 2,5 % filière collaborateurs, + 3 % professionnels de santé) — avis d'extension publié au JORF du 11 février 2026, opposition patronale annoncée, non étendu à la date de rédaction.
  • Article L2261-19 du Code du travail — conditions d'extension et droit d'opposition des organisations patronales représentant plus de 50 % des salariés.
  • Avenant du 7 avril 2022 portant refonte de la classification (deux filières, mise en œuvre au 10 juin 2024) et avenant du 17 juillet 2025 relatif à la commission paritaire nationale de l'emploi et de la formation professionnelle, étendu par arrêté du 6 février 2026 (JORF du 12 février 2026).
  • Communiqués des organisations de la branche : communiqué intersyndical des organisations syndicales de salariés du 22 janvier 2026 ; positions publiques de la FNOF et du ROF de décembre 2025.
  • Articles L4362-1 et suivants du Code de la santé publique — exercice de la profession d'opticien-lunetier.

Page rédigée le 15 août 2026 à partir des textes officiels cités. La situation salariale de cette branche est évolutive : si l'accord du 17 décembre 2025 venait à être étendu, la grille 2026 deviendrait opposable à toutes les entreprises et cette page serait mise à jour. Travail-Industrie n'est pas un site gouvernemental et ne délivre pas de conseil juridique individualisé.

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