Le chronotachygraphe enregistre tout ce que fait un conducteur de poids lourd : conduite, autres tâches, disponibilité, repos.
Au contrôle, c'est ce relevé qui fait foi. Un mauvais pictogramme, un oubli de saisie manuelle ou une carte retirée trop tôt suffisent à constituer une infraction, même quand les temps réels étaient conformes.
Le cadre est fixé par le règlement (UE) n° 165/2014, modifié en 2020, et sanctionné en France par le Code des transports.
Cet article explique comment lire et utiliser l'appareil au quotidien. Les démarches liées à la carte (première demande, renouvellement, perte) sont détaillées sur notre page carte conducteur chronotachygraphe.
1. Quels véhicules, quel appareil ?
Le chronotachygraphe équipe les véhicules soumis au règlement (CE) n° 561/2006 : transport de marchandises au-delà de 3,5 tonnes et transport de voyageurs au-delà de neuf places. Depuis le 1er juillet 2026, les utilitaires de plus de 2,5 tonnes qui font du transport international ou du cabotage de marchandises sont également concernés.
Plusieurs générations d'appareils coexistent encore sur les routes. Le ministère chargé des transports a publié le calendrier de remplacement imposé par le règlement (UE) 2020/1054 :
| Échéance | Véhicules visés |
|---|---|
| 21 août 2023 | Tous les véhicules neufs de plus de 3,5 t : tachygraphe intelligent de 2e version (G2V2) |
| 31 décembre 2024 | Véhicules de plus de 3,5 t en international, équipés d'un appareil analogique ou numérique de 1re génération |
| 18 août 2025 | Véhicules de plus de 3,5 t en international, équipés d'un tachygraphe intelligent de 1re version (G2V1) |
| 1er juillet 2026 | Utilitaires de plus de 2,5 t en transport international de marchandises |
Quelle que soit la génération, l'appareil distingue les mêmes catégories d'activité, chacune représentée par un pictogramme.
2. Les pictogrammes d'activité
L'article 34 du règlement 165/2014 impose au conducteur d'enregistrer séparément chaque catégorie de temps, à l'aide du sélecteur d'activité. Sur un appareil numérique, la conduite bascule automatiquement dès que le véhicule roule ; les autres activités dépendent du choix du conducteur.
Conduite
Pictogramme : un volant
Temps passé au volant, véhicule en mouvement.
Autre tâche
Pictogramme : deux marteaux croisés
Chargement, déchargement, nettoyage, entretien, démarches, et tout travail pour un autre employeur.
Disponibilité
Pictogramme : un carré barré d'une diagonale
Attente dont la durée est connue à l'avance, temps passé à côté du conducteur en équipage.
Pause ou repos
Pictogramme : un lit
Pauses, repos, et depuis 2020 congés annuels et congés de maladie.
Le règlement 2020/1054 a ajouté un symbole « ferry/train », utilisé en plus du lit pour le repos pris à bord d'un ferry ou d'un train dans les conditions de l'article 9 du règlement 561/2006.
Le choix du bon pictogramme n'est que la moitié du travail : encore faut-il que la carte soit dans l'appareil, ou que les périodes passées hors du véhicule soient saisies.
3. Insérer la carte et saisir ses activités
La carte conducteur est insérée dès la prise en charge du véhicule, chaque jour de conduite, et n'est pas retirée avant la fin de la période de travail journalière, sauf autorisation (article 34, § 1). Depuis 2020, le texte admet expressément le retrait nécessaire pour saisir le pays après un passage de frontière.
Les gestes à accomplir au quotidien suivent un ordre simple :
- Insérer la carte au début de la journée, dans la fente « conducteur » (fente 1) ; en équipage, le second conducteur utilise la fente 2.
- Saisir manuellement les activités accomplies depuis le retrait de la carte la veille : autres tâches, disponibilité, repos.
- Indiquer le pays de début de période de travail, puis celui de fin.
- Changer de pictogramme à chaque changement d'activité à l'arrêt.
- Retirer la carte en fin de journée, en saisissant le pays de fin.
Le passage de frontière
Depuis le 2 février 2022, le conducteur saisit aussi le symbole du pays dans lequel il entre, au premier arrêt après la frontière, au point d'arrêt le plus proche possible. Si la frontière est franchie en ferry ou en train, la saisie se fait au port ou à la gare d'arrivée. Un tachygraphe intelligent qui enregistre automatiquement la localisation dispense de cette saisie.
Les points qui surprennent
Un appareil numérique enregistre l'heure en temps universel coordonné (UTC), et non en heure légale française : en heure d'hiver, il affiche une heure de moins que la montre, deux en heure d'été.
Ces enregistrements ne valent que s'ils peuvent être présentés : le contrôle porte sur une période précise.
4. Ce que le contrôleur peut demander
En bord de route, le conducteur présente sa carte conducteur, ainsi que les feuilles d'enregistrement et les informations saisies manuellement et imprimées pour la journée en cours et les 56 jours précédents (article 36 du règlement 165/2014). Cette période était de 28 jours jusqu'au 31 décembre 2024.
56 j
Journée en cours + 56 jours précédents à présenter au contrôle.
28 j
Fréquence maximale de téléchargement de la carte conducteur (jours d'activité).
90 j
Fréquence maximale de téléchargement de l'unité embarquée (jours d'activité).
Côté entreprise, les données de l'unité embarquée et des cartes sont téléchargées régulièrement et conservées au moins 12 mois (article 10, § 5, du règlement 561/2006). Les fréquences de 28 et 90 jours sont fixées par le règlement (UE) n° 581/2010 ; seuls les jours où une activité a été enregistrée sont comptés.
Ces relevés et ces téléchargements servent aussi à l'entreprise, qui doit contrôler régulièrement le respect des temps de ses conducteurs.
5. Les infractions les plus fréquentes et leurs sanctions
Le Code des transports classe les infractions liées à l'appareil et à la carte en trois niveaux de contravention. Les montants maximaux sont ceux de l'article 131-13 du Code pénal.
| Infraction | Classe | Amende max. |
|---|---|---|
| Carte ou feuille souillée mais lisible, papier d'impression en quantité insuffisante | 3e (R3315-9) | 450 € |
| Carte retirée avant la fin de la journée sans effet sur les données, carte utilisée au-delà de sa période sans perte de données | 4e (R3315-10) | 750 € |
| Absence de demande de remplacement d'une carte perdue, volée ou défectueuse dans les 7 jours civils | 5e (R3315-11) | 1 500 € |
| Incapacité de présenter les informations de la journée et des 56 jours précédents | 5e (R3315-11) | 1 500 € |
| Incapacité de présenter sa carte conducteur | 5e (R3315-11) | 1 500 € |
À ces infractions s'ajoutent celles qui portent sur les temps eux-mêmes (dépassement de conduite, repos insuffisant), que le relevé du chronotachygraphe sert précisément à établir.
Saisissez une journée ou une semaine : pauses, repos réduits et plafonds du règlement 561/2006 sont vérifiés.
Conclusion : un relevé juste vaut mieux qu'une journée conforme mal enregistrée
Le chronotachygraphe ne mesure pas seulement les temps : il les prouve. Un pictogramme mal choisi, une saisie manuelle oubliée ou un pays non renseigné après une frontière transforment une journée conforme en infraction constatée.
Les bonnes pratiques observées convergent vers quelques réflexes : carte insérée dès la prise du véhicule, saisies manuelles systématiques, attention à l'heure UTC, et téléchargements réguliers côté entreprise.