Article L3121-58 · En vigueur

Article L3121-58 — Forfait jours : qui peut en bénéficier

L'article L3121-58 limite le forfait jours à deux profils : cadres autonomes dans l'organisation de leur temps et salariés non-cadres à durée non prédéterminée avec autonomie réelle. Hors de ces cas, le forfait est nul et les heures supplémentaires sont rappelables sur 3 ans.

Ce que dit l'article L3121-58

Texte officiel en vigueur depuis le 10/08/2016 :

Peuvent conclure une convention individuelle de forfait en jours sur l'année, dans la limite du nombre de jours fixé en application du 3° du I de l'article L. 3121-64 :

1° Les cadres qui disposent d'une autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps et dont la nature des fonctions ne les conduit pas à suivre l'horaire collectif applicable au sein de l'atelier, du service ou de l'équipe auquel ils sont intégrés ;

2° Les salariés dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps pour l'exercice des responsabilités qui leur sont confiées.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre Ier
Titre
Titre II : Durée du travail, répartition et aménagement des horaires
Chapitre
Chapitre Ier : Durée du travail
Section
Section 5 : Conventions de forfait

L'article L3121-58 du Code du travail définit les deux catégories de salariés pouvant être placés en forfait annuel en jours. Aucun autre salarié ne peut signer une telle convention : un forfait jours imposé à un salarié hors de ces deux profils est nul et entraîne le rappel des heures supplémentaires sur les 3 dernières années.

Texte officiel

« Peuvent conclure une convention individuelle de forfait en jours sur l'année [...] : 1° Les cadres qui disposent d'une autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps et dont la nature des fonctions ne les conduit pas à suivre l'horaire collectif applicable au sein de l'atelier, du service ou de l'équipe auquel ils sont intégrés ; 2° Les salariés dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps pour l'exercice des responsabilités qui leur sont confiées. »

En clair

Le forfait jours ne décompte plus le temps de travail en heures mais en journées (ou demi-journées) travaillées sur l'année, dans la limite fixée par accord collectif (souvent 218 jours). En contrepartie, le salarié bénéficie d'une rémunération forfaitaire et perd la protection des durées maximales journalières/hebdomadaires.

Les deux profils éligibles

Cadre autonome (1°)
  • A le statut de cadre (selon convention collective)
  • Dispose d'une autonomie réelle dans la gestion de son emploi du temps
  • N'est pas tenu de suivre l'horaire collectif d'un service/équipe
Non-cadre autonome (2°)
  • Durée de travail impossible à prédéterminer
  • Réelle autonomie pour organiser son temps
  • Exerce des responsabilités (commercial itinérant, technicien d'astreinte…)

Conditions de validité du forfait jours

Au-delà de l'éligibilité du salarié, le forfait jours suppose plusieurs garanties cumulatives :

ExigenceArticle
Accord collectif de branche ou d'entreprise autorisant le forfaitL3121-63
Convention individuelle écrite et signée du salariéL3121-55
Plafond annuel (218 jours maximum à défaut d'accord)L3121-64
Suivi régulier de la charge de travail par l'employeurL3121-65
Entretien annuel sur la charge et l'articulation vie pro / vie persoL3121-65
Droit à la déconnexion (entreprises > 50 salariés)L2242-17

Sanctions en cas de forfait jours irrégulier

Si le salarié n'entre pas dans l'une des deux catégories de l'article L3121-58, ou si l'employeur n'a pas mis en place le suivi de charge prévu, la convention de forfait est privée d'effet. Le salarié est alors présumé soumis à la durée légale de 35 heures et peut réclamer :

  • Les heures supplémentaires réellement effectuées sur 3 ans (art. L3245-1)
  • Les majorations à 25 % et 50 % correspondantes
  • Le repos compensateur obligatoire éventuel
  • Une indemnité forfaitaire pour travail dissimulé en cas de mauvaise foi caractérisée (6 mois de salaire, art. L8223-1)

Jurisprudence critique de la Cour de cassation

Depuis l'arrêt Cass. soc. 29 juin 2011 (n° 09-71.107), la Cour exige un dispositif de suivi effectif et régulier de la charge de travail. Plusieurs accords de branche entiers ont été déclarés insuffisants (syntec, transport routier de marchandises, immobilier…), entraînant l'annulation de milliers de conventions forfait jours.

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. Le forfait jours est un dispositif complexe encadré par des conventions collectives très spécifiques. Avant de signer ou de contester une convention forfait, consultez un avocat en droit social ou un défenseur syndical.

Publicité

Cas pratiques

Cas 1 — Développeur Syntec (cadre, 1°)

Une ESN place ses ingénieurs au forfait 218 jours/an via la convention Syntec. L'ingénieur dispose d'une autonomie d'organisation : il choisit son rythme entre télétravail et bureau client. Le forfait est valable à condition que l'entreprise mette en place le suivi de charge (entretien annuel, dispositif d'alerte sur la charge). Sans ce suivi, le forfait tombe et 3 ans d'heures supplémentaires peuvent être réclamés.

Cas 2 — Commercial itinérant non-cadre (2°)

Un commercial terrain visite des clients en autonomie, sans horaire fixe, et ne peut prédire l'heure de fin de ses rendez-vous. Bien que non-cadre, il entre dans le 2° de l'article L3121-58 : responsabilités confiées + durée non prédéterminée + autonomie réelle. Forfait jours valable, sous réserve de l'accord de branche et du suivi de charge.

Cas 3 — Cadre avec horaire imposé (forfait invalide)

Un cadre commercial sédentaire travaille en plateau, avec un horaire collectif d'ouverture (9h-18h). Le simple statut de cadre ne suffit pas : faute d'autonomie réelle, il ne remplit pas le 1° de L3121-58. La convention forfait jours est privée d'effet. Cass. soc. 31 oct. 2007 (n° 06-43.876) : le rappel d'heures supplémentaires sur 3 ans est dû.

Cas 4 — Forfait sans suivi de charge

Une PME applique le forfait jours à ses cadres mais n'organise aucun entretien annuel sur la charge de travail (art. L3121-65). Un cadre saisit les prud'hommes après un burn-out. La cour déclare le forfait privé d'effet et accorde le rappel intégral des heures effectuées (souvent 10 à 15 heures supplémentaires par semaine sur 3 ans, soit 30 000 € à 50 000 € de rappel).

Cas 5 — Dépassement du plafond annuel

Un accord d'entreprise fixe le forfait à 218 jours/an. Un cadre atteint 235 jours travaillés par défaut de prise de RTT. Les 17 jours au-delà doivent être rémunérés avec une majoration d'au moins 10 % (art. L3121-59) et le salarié peut exiger des jours de repos compensateurs.

Cas 6 — Refus du forfait par le salarié

Un employeur veut faire signer un avenant forfait jours à une cadre en place. Celle-ci refuse. Le refus n'est pas une faute (Cass. soc. 26 mai 2010, n° 08-43.872) : la convention individuelle de forfait est par nature consensuelle. L'employeur ne peut ni la licencier pour ce motif, ni le lui imposer unilatéralement.

Le bon réflexe avant de signer

Vérifier 4 points : (1) la convention collective autorise-t-elle le forfait jours pour mon poste ? (2) l'accord d'entreprise prévoit-il un vrai dispositif de suivi de charge ? (3) la convention individuelle est-elle écrite et précise sur le nombre de jours ? (4) ai-je une réelle autonomie ou suis-je en réalité soumis à un horaire ? Si un point manque, l'invalidation est probable.

Questions fréquentes

Uniquement deux catégories selon l'article L3121-58 : 1° les cadres autonomes dans leur emploi du temps qui ne suivent pas l'horaire collectif ; 2° les salariés (cadres ou non) dont la durée de travail ne peut être prédéterminée et qui ont une réelle autonomie pour exercer leurs responsabilités. Hors de ces deux profils, le forfait est invalide.

Le plafond est fixé par l'accord collectif, dans la limite de 218 jours par an à défaut d'accord (art. L3121-64). Au-delà, le salarié doit accepter individuellement le dépassement et bénéficier d'une majoration d'au moins 10 % (art. L3121-59).

Mettre en place un suivi régulier de la charge de travail, organiser au moins un entretien annuel sur la charge et l'articulation vie pro/vie perso (art. L3121-65), respecter le droit à la déconnexion dans les entreprises de plus de 50 salariés (art. L2242-17). Sans suivi effectif, le forfait est privé d'effet.

Le salarié bascule sous le régime des 35 heures et peut réclamer le paiement des heures supplémentaires effectivement réalisées sur 3 ans (prescription art. L3245-1), avec majoration à 25 % et 50 %, plus le repos compensateur éventuel et des dommages-intérêts en cas de mauvaise foi.

Non. La convention individuelle de forfait jours doit être signée volontairement par le salarié (art. L3121-55). Le refus de signer un avenant forfait jours en cours de contrat n'est pas une faute (Cass. soc. 26 mai 2010, n° 08-43.872) et ne peut justifier un licenciement disciplinaire.

Non. Beaucoup d'employeurs commettent cette erreur. L'article L3121-58 exige cumulativement le statut de cadre ET une autonomie réelle dans la gestion du temps. Un cadre sédentaire soumis à un horaire collectif ne peut être placé au forfait jours, même si la convention collective semble le permettre.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 28/05/2026.