Article L3121-27 · En vigueur

Article L3121-27 — Durée légale du travail — 35 heures

L'article L3121-27 fixe la durée légale du travail à 35 heures hebdomadaires pour les salariés à temps complet. Ce seuil déclenche les majorations heures supplémentaires (25 % puis 50 %).

Ce que dit l'article L3121-27

Texte officiel en vigueur depuis le 10/08/2016 :

La durée légale de travail effectif des salariés à temps complet est fixée à trente-cinq heures par semaine.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie III
Durée du travail, salaire, intéressement, participation et épargne salariale
Livre
Livre Ier — Durée du travail, repos et congés
Titre
Titre II — Durée du travail, répartition et aménagement des horaires
Chapitre
Chapitre Ier — Durée du travail
Section
Section 2 — Durées maximales de travail

L'article L3121-27 fixe la durée légale du travail à 35 heures par semaine pour les salariés à temps complet. Ce n'est pas une durée maximale, mais le seuil de référence : c'est à partir de 35 heures que se déclenchent les majorations pour heures supplémentaires.

En clair, qu'est-ce que ça veut dire ?

Les 35 heures ne sont ni une limite (on peut travailler plus), ni une obligation (un accord peut prévoir une durée hebdomadaire conventionnelle inférieure). C'est un seuil de déclenchement : au-delà de 35 heures de travail effectif par semaine, les heures sont qualifiées d'heures supplémentaires et donnent lieu à :

  • Une majoration de salaire (25 % pour les 8 premières, 50 % au-delà — sauf accord d'entreprise modifiant ces taux, plancher 10 %, cf. L3121-28) ;
  • Ou, sur accord, un repos compensateur équivalent ;
  • L'imputation sur le contingent annuel (220 h par défaut, fixé par accord).

La durée légale de 35 heures s'applique à tous les salariés à temps complet. Les temps partiels (L3123-1) ont par définition une durée inférieure ; les forfaits jours (L3121-58) sont décomptés en jours travaillés et non en heures.

Historique et portée

La durée légale a évolué :

PériodeDurée légaleTexte
Avant 193648 h, puis variable
193640 hLoi du 21 juin 1936 (Front populaire)
198239 hOrdonnance du 16 janvier 1982
2000 (≥ 20 salariés)
2002 (toutes)
35 hLois Aubry I (1998) et II (2000)
Aujourd'hui35 h (L3121-27)Loi du 8 août 2016

Qui est concerné ?

  • Tous les salariés à temps complet du secteur privé soumis aux règles de durée du travail.
  • Tous secteurs : industrie, services, commerce, BTP.

Régimes dérogatoires ou particuliers :

  • Cadres dirigeants (L3111-2) : hors champ de la durée légale.
  • Forfait jours (L3121-58) : décompte annuel en jours, jusqu'à 218 jours/an par défaut.
  • Forfait heures sur l'année (L3121-56) : durée annuelle convenue, pas de référence hebdomadaire stricte.
  • Convention collective allongeant la durée (rare) ou la diminuant (durée conventionnelle inférieure à 35 h) : l'accord est applicable, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires reste cependant 35 h sauf dérogation.

Ce que cela implique en pratique

Décompte hebdomadaire

Le décompte s'effectue sur une semaine civile (du lundi 0 h au dimanche 24 h), sauf accord prévoyant une autre période (L3121-32). Au-delà de 35 h sur cette période, les heures effectuées sont des heures supplémentaires.

Aménagement du temps de travail (modulation, annualisation)

Un accord d'entreprise (L3121-44) peut prévoir un aménagement sur une période supérieure à la semaine, jusqu'à un an. Dans ce cas, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires est moyenné. Exemple : modulation annuelle = 1 607 heures/an (35 h × 45,7 semaines, après déduction des congés payés et jours fériés). Toutes les heures au-delà de ce plafond annuel sont supplémentaires.

Articulation avec les conventions collectives

Beaucoup de conventions collectives prévoient des dispositions spécifiques :

  • Durée conventionnelle inférieure (ex : 32 h dans certains accords) ;
  • Modulation, RTT, etc. ;
  • Taux de majoration différents (rarement inférieurs à 10 %).

Cas particuliers — jeunes travailleurs et secteurs spécifiques

  • Mineurs de moins de 18 ans : durée maximale 35 h/semaine (article L3162-1), avec restrictions complémentaires (pas plus de 8 h/jour, pause obligatoire, etc.).
  • BTP, transport, hôtellerie : dispositions conventionnelles particulières, mais le seuil de 35 h reste la référence légale.
  • Travail à temps partiel : durée contractuellement définie, inférieure à 35 h. Heures complémentaires majorées à 10 % puis 25 % au-delà de 1/10e de la durée contractuelle (L3123-29).

Risques en cas de mauvaise application

  • Rappel de salaire : heures supplémentaires non décomptées ou non majorées → rappels sur 3 ans (L3245-1).
  • Travail dissimulé : la dissimulation systématique d'heures effectuées au-delà de 35 h peut être qualifiée pénalement (L8221-5), avec amende et indemnité forfaitaire de 6 mois de salaire.
  • Durée maximale : ne pas confondre 35 h (durée légale) et 48 h (durée maximale hebdomadaire). Le dépassement de 48 h, sauf dérogation, est sanctionnable contraventionnellement (R3124-11).

Comment se mettre en conformité

  1. Définir clairement l'horaire de travail de chaque salarié, idéalement par contrat de travail et règlement intérieur.
  2. Mettre en place un système fiable de décompte (pointage, badgeuse, déclarations validées).
  3. Identifier les heures supplémentaires au-delà de 35 h chaque semaine (ou en moyenne pour les régimes aménagés).
  4. Appliquer les majorations (25 %/50 % par défaut, ou taux d'accord d'entreprise).
  5. Respecter le contingent annuel (220 h/an par défaut) et provoquer la consultation du CSE en cas de dépassement.
  6. Utiliser notre simulateur d'heures supplémentaires pour estimer les coûts.

À titre informatif. Les modalités précises dépendent de la convention collective et des accords d'entreprise. En cas de doute, consultez votre service paie ou un conseil juridique.

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Cas pratiques

Cas n°1 — Heures effectuées au-delà de 35 h

Une salariée travaille 39 h une semaine donnée (8 h × 4 jours + 7 h le vendredi). Les 4 heures effectuées au-delà de 35 h sont des heures supplémentaires : elles donnent lieu à une majoration de 25 % par défaut (sauf accord d'entreprise). Pour un taux horaire brut de 12 €, le supplément est de 4 × 12 × 1,25 = 60 € au lieu de 48 €.

Cas n°2 — Annualisation

Une entreprise industrielle a mis en place un accord d'annualisation : la durée annuelle de référence est de 1 607 h. Sur l'année, un salarié totalise 1 700 h. Les 93 heures excédentaires sont des heures supplémentaires soumises à majoration. Dans le cadre d'un accord d'annualisation, le décompte hebdomadaire au-delà de 35 h n'est pas systématiquement déclencheur, ce qui peut générer de la flexibilité côté employeur.

Cas n°3 — Forfait jours et 35 h

Un cadre soumis à un forfait de 218 jours travaillés par an. La durée légale de 35 h ne lui est pas applicable au sens horaire : il n'a pas droit à des heures supplémentaires. Mais il bénéficie d'un repos quotidien (11 h) et hebdomadaire (35 h consécutives), d'un suivi annuel de sa charge de travail (L3121-65), et le forfait est nul s'il n'est pas encadré par un accord collectif solide (Cass. Soc., 11 mai 2023, n° 22-12.190).

Cas n°4 — Heures non décomptées

Un commercial sédentaire effectue systématiquement 40 h par semaine, mais seules 35 h figurent sur son bulletin. À la rupture du contrat, il saisit les prud'hommes : production des mails, agendas, badgeages prouvant les heures effectuées. Le juge condamne l'employeur au rappel de salaire sur 3 ans + majoration heures supplémentaires + indemnité forfaitaire de 6 mois de salaire pour travail dissimulé (L8223-1), au visa de la jurisprudence Cass. Soc., 17 mars 2010, n° 08-43.578.

Cas n°5 — Mineur travaillant plus de 35 h

Un apprenti de 17 ans effectue 40 h une semaine sur demande de l'employeur. L'article L3162-1 fixe pour les mineurs une durée maximale hebdomadaire de 35 h (sauf dérogation exceptionnelle accordée par l'inspection du travail). Sanction contraventionnelle (R3164-2) + obligation de réduire l'horaire. La situation peut aussi entraîner la rupture de l'apprentissage à la demande de l'apprenti.

Questions fréquentes

Ni l'un ni l'autre : c'est un seuil de référence. Au-delà de 35 heures par semaine, les heures effectuées sont qualifiées d'heures supplémentaires et donnent lieu à majoration (article L3121-28). La durée maximale hebdomadaire reste 48 heures (L3121-20).

Oui. La convention collective ou un accord d'entreprise peut fixer une durée conventionnelle inférieure à 35 heures (ex : 32 h dans certains accords). Mais le seuil de déclenchement des heures supplémentaires reste 35 h, sauf accord spécifique modifiant ce point.

Non. Les salariés en forfait jours (L3121-58) sont décomptés en jours travaillés par an (jusqu'à 218 jours par défaut), pas en heures. La durée légale de 35 h ne leur est pas applicable. Ils bénéficient en revanche du repos quotidien (11 h) et hebdomadaire (35 h consécutives).

Pour un accord d'annualisation, la durée annuelle de référence est de 1 607 heures (35 h × 45,7 semaines, après déduction des congés payés et jours fériés). Toutes les heures effectuées au-delà de ce plafond annuel sont des heures supplémentaires, payées en majoration.

Les mineurs de moins de 18 ans ont une durée hebdomadaire maximale de 35 heures (L3162-1), avec des restrictions supplémentaires : 8 h maximum par jour, pause obligatoire de 30 minutes après 4 h 30 de travail continu, repos quotidien de 12 h, etc.

Rappels de salaire avec majoration sur 3 ans (L3245-1). En cas de dissimulation systématique, qualification de travail dissimulé (L8221-5) : amende jusqu'à 45 000 €, 3 ans de prison et indemnité forfaitaire de 6 mois de salaire pour le salarié (L8223-1).
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 26/05/2026.