Article L3122-1 · En vigueur

Article L3122-1 — Travail de nuit : caractère exceptionnel

L'article L3122-1 pose le caractère exceptionnel du travail de nuit (21h-6h). Il n'est admis que pour assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale, et doit prendre en compte la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs.

Ce que dit l'article L3122-1

Texte officiel en vigueur depuis le 10/08/2016 :

Le recours au travail de nuit est exceptionnel. Il prend en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs et est justifié par la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre Ier
Titre
Titre II : Durée du travail, répartition et aménagement des horaires
Chapitre
Chapitre II : Travail de nuit

L'article L3122-1 du Code du travail pose le caractère exceptionnel du recours au travail de nuit. Cette disposition n'est pas qu'un principe : elle conditionne la validité de tout accord collectif instituant le travail de nuit. À défaut de justification réelle (continuité économique ou utilité sociale), l'accord peut être annulé et les heures de nuit non payées en majoration.

Texte officiel

« Le recours au travail de nuit est exceptionnel. Il prend en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs et est justifié par la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale. »

En clair

Le travail de nuit, défini comme tout travail effectué entre 21h et 6h (art. L3122-2), est une dérogation aux rythmes naturels et présente des risques avérés pour la santé. La loi impose donc trois exigences cumulatives à tout employeur souhaitant l'organiser :

  1. Caractère exceptionnel du recours (pas de travail de nuit habituel sans justification)
  2. Justification par la continuité économique ou l'utilité sociale
  3. Prise en compte de la santé et de la sécurité des travailleurs

Les justifications admises

Continuité économique
  • Activités industrielles à feu continu (sidérurgie, verrerie, chimie)
  • Transport (routier, ferroviaire, aérien, fluvial)
  • Logistique en flux tendu (entrepôts de e-commerce)
  • Imprimerie de presse quotidienne
Services d'utilité sociale
  • Santé (hôpitaux, EHPAD, soins de nuit)
  • Sécurité (gardiennage, secours, police)
  • Restauration et loisirs (bars, restaurants, spectacles)
  • Médias (radio, télévision, surveillance internet)

Procédure de mise en place du travail de nuit

ÉtapeActeurArticle
Négociation d'un accord collectif (entreprise ou branche)Employeur + syndicats représentatifsL3122-15
À défaut d'accord, autorisation de l'inspecteur du travailDreetsL3122-21
Consultation du CSEEmployeurL3122-15
Avis du médecin du travail sur les conditionsMédecin du travailL3122-15
Surveillance médicale renforcée des travailleurs de nuitSPSTL3122-11 et R4624-23

Statut du travailleur de nuit

Est qualifié de travailleur de nuit (art. L3122-5) le salarié qui :

  • Effectue au moins 2 fois par semaine, selon son horaire habituel, au moins 3 heures de travail de nuit (21h-6h), ou
  • Effectue, sur une période de référence (12 mois consécutifs), un certain nombre d'heures de nuit fixé par accord (à défaut 270 h)

Garanties pour le travailleur de nuit

GarantieArticle
Durée quotidienne maximale : 8 heures (au lieu de 10 h)L3122-6
Durée hebdomadaire maximale : 40 heures sur 12 semaines (au lieu de 44 h)L3122-7
Compensations : repos compensateur ET/OU majoration salariale fixés par accordL3122-8
Surveillance médicale renforcée (visite préalable + tous les 6 mois minimum)R4624-23
Droit à un poste de jour sur demande (motifs familiaux ou de santé)L3122-12 et L3122-14
Femmes enceintes : changement d'affectation de droit pour un poste de jourL3122-13
Interdiction pour les moins de 18 ans (sauf dérogations sectorielles)L3163-1

Accord non justifié : annulation

La Cour de cassation a annulé plusieurs accords de travail de nuit faute de justification adéquate (Cass. soc. 24 sept. 2014, n° 13-24.851 « Sephora » : le travail de nuit pour la vente cosmétique ne relevait pas d'une nécessité économique ou sociale). Conséquence : majorations salariales rétroactives à payer + dommages-intérêts pour les travailleurs de nuit affectés sans base juridique valide.

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La mise en place du travail de nuit est très encadrée. Avant toute négociation, consultez un avocat en droit social. Le contentieux sur les accords de travail de nuit est fréquent et peut conduire à des rappels de salaires majorés rétroactifs sur 3 ans.

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Cas pratiques

Cas 1 — Infirmière de nuit en EHPAD

Une infirmière travaille en EHPAD du lundi au vendredi de 21h à 5h (4 nuits/sem). Service d'utilité sociale incontestable (continuité des soins aux personnes âgées). Travail de nuit légitime au sens de L3122-1. Elle bénéficie : (1) durée quotidienne max 8 h, (2) majoration salariale conventionnelle, (3) surveillance médicale renforcée tous les 6 mois, (4) droit à un poste de jour sur demande.

Cas 2 — Logistique e-commerce

Un entrepôt Amazon-like fonctionne 24h/24 avec rotation des équipes. Continuité économique justifiée par les délais de livraison et la concurrence internationale. Accord collectif négocié avec contrepartie : majoration de 30 % et repos compensateur de 1,5 % par heure de nuit. Validité reconnue par la jurisprudence (Cass. soc. 30 nov. 2017, n° 16-19.103).

Cas 3 — Travail de nuit dans la vente cosmétique annulé

Une enseigne de cosmétiques organise des soirées commerciales jusqu'à 23h-minuit pour ses vendeuses. La Cour de cassation considère que la simple convenance commerciale ne constitue ni une continuité économique ni un service d'utilité sociale au sens de L3122-1 (Cass. soc. 24 sept. 2014, n° 13-24.851 « Sephora »). L'accord est annulé : les vendeuses obtiennent des rappels de salaires avec majorations sur 3 ans.

Cas 4 — Salariée enceinte

Une boulangère travaille de 3h à 11h du matin (travail de nuit selon L3122-2). Elle annonce sa grossesse à 8 semaines. Droit absolu à être affectée à un poste de jour pendant toute la grossesse et le congé maternité (art. L3122-13). Le refus de l'employeur d'aménager ouvre droit à dispense de travail rémunérée + indemnités journalières spécifiques.

Cas 5 — Demande de retour à un poste de jour

Un veilleur de nuit, après 6 ans de service, demande à passer en poste de jour pour s'occuper d'un parent dépendant. Sur le fondement de L3122-12 (charges familiales), l'employeur doit examiner sa demande et lui proposer un poste équivalent en journée si disponible. Le refus injustifié engage la responsabilité de l'employeur.

Cas 6 — Limites quotidiennes spécifiques

Un imprimeur de presse quotidienne travaille de 22h à 7h, soit 9 h de nuit. Dépassement de la limite quotidienne de 8 h applicable aux travailleurs de nuit (L3122-6). Sauf dérogation par accord collectif (limite à 12 h max) ou autorisation Dreets exceptionnelle, infraction sanctionnée par amende administrative (jusqu'à 4 000 € par salarié, L8115-1).

Conseil pratique salarié

Vérifier 3 points sur son bulletin de paie : (1) la majoration salariale des heures de nuit (selon convention collective), (2) le repos compensateur spécifique (souvent 1,5 % à 5 % par heure de nuit), (3) la régularité des visites médicales (tous les 6 mois maximum). À défaut d'un de ces points, recours possible aux prud'hommes dans les 3 ans pour les majorations (L3245-1) et auprès de l'inspection du travail pour la surveillance médicale.

Questions fréquentes

Tout travail effectué entre 21h et 6h (art. L3122-2). Cette plage peut être adaptée par accord collectif dans certains secteurs (presse, audiovisuel, spectacle, certaines industries), entre 22h et 7h ou entre 20h et 5h.

Le salarié qui (art. L3122-5) : (1) effectue habituellement au moins 3 heures de travail de nuit deux fois par semaine, OU (2) effectue, sur 12 mois consécutifs, un nombre d'heures de nuit défini par accord (à défaut 270 h). Ce statut ouvre des protections renforcées (durée max 8 h/jour, majorations, suivi médical).

Non. Le caractère exceptionnel signifie que le recours au travail de nuit doit être justifié par la continuité économique ou l'utilité sociale (art. L3122-1). Sans cette justification, l'accord collectif peut être annulé par les tribunaux (Cass. soc. 24 sept. 2014, n° 13-24.851 « Sephora »).

Six garanties principales : (1) durée quotidienne maximale de 8 heures, (2) durée hebdomadaire maximale de 40 h sur 12 semaines, (3) majoration salariale ou repos compensateur fixés par accord, (4) surveillance médicale renforcée tous les 6 mois minimum, (5) droit à un poste de jour sur demande (santé, famille), (6) protection renforcée pour les femmes enceintes.

Trois voies : (1) accord d'entreprise négocié avec les syndicats représentatifs (priorité, art. L3122-15), (2) à défaut, accord de branche étendu, (3) à défaut, autorisation expresse de l'inspecteur du travail / Dreets (art. L3122-21). Dans tous les cas : consultation du CSE et avis du médecin du travail.

Non sur demande. L'article L3122-13 prévoit qu'une salariée enceinte ou ayant accouché doit être affectée, sur sa demande ou sur celle du médecin du travail, à un poste de jour pendant la grossesse et le congé maternité. Si l'employeur ne peut proposer un poste de jour, la salariée est dispensée de travail et indemnisée.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 29/05/2026.