Article L4154-1 · En vigueur

Article L4154-1 — Interdiction d'employer CDD/intérim sur travaux dangereux

L'article L4154-1 interdit l'emploi de salariés en CDD ou en intérim pour l'exécution de travaux particulièrement dangereux figurant sur une liste réglementaire (art. D4154-1 : amiante, plomb, CMR, hyperbare, etc.). Des dérogations peuvent être accordées par la Dreets dans des conditions strictes (formation sécurité renforcée L4154-2).

Ce que dit l'article L4154-1

Texte officiel en vigueur depuis le 01/05/2008 :

Il est interdit d'employer des salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée ou des salariés temporaires pour l'exécution de travaux particulièrement dangereux figurant sur une liste établie par voie réglementaire.

Toutefois, des dérogations peuvent être accordées dans des conditions déterminées par voie réglementaire.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre Ier
Titre
Titre V : Dispositions particulières à certaines catégories de travailleurs
Chapitre
Chapitre IV : Salariés temporaires ou en CDD

L'article L4154-1 du Code du travail interdit l'emploi de salariés en CDD ou en intérim sur des travaux particulièrement dangereux figurant sur une liste réglementaire. Cette interdiction d'ordre public protège les travailleurs précaires (moins formés, moins encadrés) contre les risques majeurs. Des dérogations administratives existent mais sont strictement encadrées.

Texte officiel

« Il est interdit d'employer des salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée ou des salariés temporaires pour l'exécution de travaux particulièrement dangereux figurant sur une liste établie par voie réglementaire.
Toutefois, des dérogations peuvent être accordées dans des conditions déterminées par voie réglementaire. »

En clair

La loi part du constat que les salariés précaires (CDD, intérim) sont plus exposés aux AT/MP que les CDI : ils ont moins de formation initiale, moins d'expérience du poste, et un statut souvent défavorable pour exiger le respect des règles de sécurité. L'article L4154-1 leur interdit donc certains travaux explicitement listés par décret comme particulièrement dangereux.

La liste des travaux dangereux interdits

Établie par l'article D4154-1 du Code du travail, la liste vise notamment :

Risques chimiques majeurs
  • Amiante (toutes interventions)
  • Plomb sous conditions
  • Agents cancérogènes catégorie 1A et 1B
  • Certains agents biologiques (groupes 3 et 4)
Risques physiques
  • Rayonnements ionisants (catégorie A)
  • Travaux en milieu hyperbare (plongée)
  • Travaux en milieu confiné à risque (silos, cuves)
  • Travaux sur certains équipements électriques

Les dérogations possibles

L'alinéa 2 prévoit des dérogations « dans des conditions déterminées par voie réglementaire ». La procédure (art. D4154-3 et suivants) :

  1. Demande motivée de l'employeur (et pour l'intérim : ETT + EU)
  2. Avis du médecin du travail et du CSE
  3. Autorisation expresse du Dreets, refusable
  4. Mise en place d'une formation sécurité renforcée (art. L4154-2 : double formation + accompagnement)
  5. Suivi médical et accompagnement spécifiques

Sanctions en cas de violation

Triple sanction

L'emploi d'un CDD ou intérimaire sur un travail dangereux interdit expose à : (1) amende pénale de 5ᵉ classe (1 500 € par salarié, doublée en récidive — R4745-1), (2) requalification du contrat en CDI possible si l'irrégularité est caractérisée, (3) en cas d'AT/MP : faute inexcusable présumée (article L4154-3) avec indemnisation civile aggravée, et délit pénal de mise en danger d'autrui possible.

Articulation avec les autres articles

  • L4154-2 : formation sécurité renforcée pour les précaires sur poste à risque (cas dérogatoires)
  • L4154-3 : présomption de faute inexcusable si CDD/intérim victime d'AT/MP sans formation renforcée
  • L1251-10 : interdictions spécifiques au travail temporaire (notamment remplacement de gréviste)
  • L4624-2 : suivi individuel renforcé (SIR) — applicable à ces postes en cas de dérogation

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La liste des travaux interdits aux précaires est précise et complétée par décret. Pour vérifier si un poste relève de l'interdiction ou nécessite une dérogation, consultez votre SPST ou un avocat en droit social.

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Cas pratiques

Cas 1 — Intérimaire affecté à des travaux amiante

Une entreprise de désamiantage fait appel à des intérimaires pour des chantiers ponctuels. Interdiction absolue (L4154-1 + D4154-1 qui inclut l'amiante). Sanctions multiples : amende pénale + requalification possible des contrats + en cas d'AT/MP, faute inexcusable présumée et délit de mise en danger d'autrui. L'employeur doit recruter en CDI ou faire appel à un sous-traitant spécialisé.

Cas 2 — Dérogation Dreets accordée

Une entreprise d'études environnementales doit affecter un CDD à des prélèvements sur un site amiantifère pour un projet ponctuel. Elle demande une dérogation Dreets en respectant les conditions de l'article D4154-3 : avis favorable du médecin du travail + CSE consulté + plan de formation sécurité renforcée. Dérogation accordée pour la mission précise. Le CDD bénéficie de la formation L4154-2 et du SIR.

Cas 3 — Cariste intérimaire dans un site SEVESO

Un site SEVESO seuil haut emploie des intérimaires pour la conduite de chariots dans des zones de stockage de produits chimiques cancérogènes. Vérification nécessaire : si la zone implique exposition à des CMR catégorie 1A/1B, l'interdiction L4154-1 s'applique. Sans dérogation Dreets et formation renforcée, sanctions pénales et civiles importantes.

Cas 4 — Risque biologique groupe 3

Un laboratoire de recherche en virologie veut recruter un stagiaire pour des manipulations sur un virus de groupe 3 (ex : VIH). Application directe de L4154-1 : interdiction pour les stagiaires (assimilés aux précaires par L4154-3) sauf dérogation expresse. La dérogation est rarement accordée pour les groupes 3 et 4. Recommandation : confier ces tâches uniquement à des chercheurs titulaires (CDI ou fonctionnaire).

Cas 5 — Hyperbare interdit

Une entreprise de plongée commerciale veut recruter des plongeurs en intérim pour des interventions sous-marines (travail en milieu hyperbare). Interdiction absolue (L4154-1 et D4154-1). Seule option : CDI. La pénurie de plongeurs ne justifie pas une dérogation : la nature du risque (accidents de décompression mortels) impose le statut stable.

Cas 6 — Vérification du DUERP

Une entreprise veut affecter un CDD à un poste classé « à risque particulier » dans son DUERP. Avant l'affectation, elle vérifie : (1) ce poste relève-t-il de L4154-1 (liste D4154-1) ? Si oui : interdiction sauf dérogation. Si non : autorisation possible avec respect de L4154-2 (formation sécurité renforcée). Bonne pratique : audit DUERP annuel par un avocat spécialisé en droit de la santé au travail.

Pour l'employeur : 3 vigilances

(1) Vérifier la liste D4154-1 avant toute affectation d'un CDD ou intérimaire à un poste à risque. (2) Demander une dérogation Dreets en cas de besoin exceptionnel, avec dossier solide (avis SPST, plan de formation, justification du recours). (3) Mettre en œuvre la formation sécurité renforcée de L4154-2 si la dérogation est accordée. Le non-respect expose à des sanctions cumulatives très lourdes.

Questions fréquentes

Liste fixée par l'article D4154-1 : amiante (toutes interventions), plomb sous conditions, agents cancérogènes catégorie 1A et 1B (CMR), agents biologiques groupes 3 et 4, rayonnements ionisants catégorie A, travaux en milieu hyperbare (plongée), milieu confiné à risque (silos, cuves), certains travaux sur équipements électriques.

Les statistiques montrent que les salariés précaires (CDD, intérim) sont 2 à 3 fois plus exposés aux AT/MP que les salariés en CDI : moins de formation initiale, moins d'expérience du poste, statut moins favorable pour exiger le respect des règles de sécurité. L'article L4154-1 vise à les protéger en réservant ces travaux dangereux aux salariés stables et bien formés.

Oui, dans des conditions strictes (al. 2 et art. D4154-3). Procédure : demande motivée de l'employeur (ETT + EU pour l'intérim), avis du médecin du travail et du CSE, autorisation expresse de la Dreets refusable, mise en place de la formation sécurité renforcée (L4154-2), suivi médical et accompagnement spécifiques. Les dérogations sont rarement accordées pour les risques majeurs (amiante, CMR 1A, biologiques 3-4).

Triple sanction : (1) amende pénale de 5ᵉ classe (1 500 € par salarié, doublée en récidive, art. R4745-1), (2) requalification possible du CDD/intérim en CDI direct, (3) en cas d'AT/MP : faute inexcusable présumée (art. L4154-3) avec indemnisation civile aggravée, et délit de mise en danger d'autrui possible (1 an / 15 000 €, art. 223-1 CP).

Oui, par assimilation. L'article L4154-3 traite expressément des stagiaires et leur étend la présomption de faute inexcusable. Pour cohérence du régime, L4154-1 leur est généralement appliqué. Recommandation : ne pas affecter de stagiaires aux travaux de la liste D4154-1, surtout pour les risques majeurs.

Vérifier la liste D4154-1 pour les postes mentionnés explicitement. Pour les cas limites, consulter le DUERP (qui doit identifier les postes à risque), le médecin du travail (SPST), ou un avocat spécialisé. Une mauvaise qualification peut entraîner des sanctions pénales et civiles très lourdes : la prudence impose de privilégier des CDI sur les postes les plus dangereux.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 29/05/2026.