Coordonnateur SPS — BTP

Formation CSPS — Coordonnateur Sécurité Protection Santé

Module 1 : Cadre légal & acteurs du chantier

Module 1 : Cadre & acteurs 15 min de lecture

1.3 Catégories de chantiers & seuils

Tous les chantiers ne sont pas soumis aux mêmes obligations. Trois catégories sont définies en fonction du volume de travail prévisible et du nombre d'entreprises. Chacune impose un niveau de CSPS, des documents et des procédures différents.

Les 3 catégories de chantiers (R4532-1)
1ère catégorie

> 10 000 H-j

Et nombre élevé d'entreprises

CSPS Niveau 1

+ PGC + DIUO + CISSCT + déclaration préalable

2ème catégorie

500-10 000 H-j

Soumise à déclaration préalable

CSPS Niveau 2 minimum

PGC + DIUO obligatoires

3ème catégorie

< 500 H-j

Sans déclaration préalable

CSPS Niveau 3 minimum

PGC simplifié si travaux à risques particuliers

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Mode de calcul du volume — la notion d'« homme-jour »

Le critère principal de classement est le volume en hommes-jours (H-j). Un homme-jour = un travailleur travaillant une journée sur le chantier. Pour calculer le volume total prévisible :

Volume H-j = somme des durées d'intervention × nombre moyen de travailleurs par jour

Exemples chiffrés :

  • Construction d'une maison individuelle : ~ 200 H-j (10 travailleurs × 20 jours en moyenne). → 3ème catégorie.
  • Rénovation d'un petit immeuble : ~ 1 500 H-j (15 travailleurs × 100 jours). → 2ème catégorie.
  • Bâtiment scolaire moyen : ~ 8 000 H-j (40 travailleurs × 200 jours). → 2ème catégorie.
  • Centre commercial 30 000 m² : ~ 25 000-50 000 H-j. → 1ère catégorie.
  • Ligne TGV nouvelle (par tronçon) : > 100 000 H-j. → 1ère catégorie.
  • EPR Flamanville (construction) : > 5 millions de H-j cumulés. → 1ère catégorie indiscutable.

Bonnes pratiques d'estimation :

  • S'appuyer sur les devis quantitatifs estimatifs du MOE.
  • Utiliser les ratios OPPBTP (heures de main d'œuvre par m² selon nature de l'ouvrage).
  • Diviser les heures totales par la durée journalière conventionnelle (~ 7 h).
  • Ne pas oublier les travaux préparatoires (installation de base vie, terrassement, accès), les imprévus et le parachèvement.
  • En cas de doute, classer dans la catégorie supérieure — la sanction d'un sous-classement est lourde.
Estimation prudente : le CSPS et le MOA ont tout intérêt à estimer le volume par excès en cas de doute. Mieux vaut un CSPS Niveau 2 sur un chantier qui s'avère in fine 3ème catégorie qu'un CSPS Niveau 3 dépassé par un chantier 2ème catégorie.
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La déclaration préalable à l'inspection du travail

Indépendamment de la désignation du CSPS, certains chantiers doivent faire l'objet d'une déclaration préalable à l'inspection du travail (DREETS). Critères cumulatifs ou alternatifs (article R4532-2) :

  • Durée prévisible > 30 jours ouvrés avec à un moment donné plus de 20 travailleurs simultanément.
  • OU volume prévisible ≥ 500 hommes-jours.

En pratique : tout chantier classé 1ère ou 2ème catégorie doit faire l'objet d'une déclaration préalable. Les 3ème catégorie en sont normalement dispensés.

Contenu de la déclaration (modèle CERFA n° 13408*02) :

  • Identité du MOA, MOE, CSPS, entreprises connues.
  • Adresse et nature du chantier.
  • Date d'ouverture prévisible.
  • Durée prévisible.
  • Effectif maximal prévisible.
  • Liste des sous-traitants connus à la déclaration.

Modalités :

  • Déclaration transmise par le MOA à la DREETS et à la CARSAT et à l'OPPBTP.
  • 30 jours minimum avant le début effectif des travaux.
  • Affichage de la déclaration sur le chantier en un lieu visible.
  • Mise à jour en cas d'évolution significative (nouvelles entreprises, modification durée).

Sanction du défaut : la déclaration préalable absente expose à une amende administrative et peut entraîner un arrêt de chantier en cas de contrôle. Le MOA en est le premier responsable.

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Les travaux à risques particuliers (article R4532-4)

Même pour les petits chantiers de 3ème catégorie, le CSPS doit établir un PGC dès lors que sont prévus des travaux à risques particuliers au sens de l'article R4532-4. La liste officielle :

  1. Risque de chute de hauteur supérieure à 3 m (ou enseveli sous des terres).
  2. Travaux exposant à des substances chimiques et biologiques dangereuses présentant un risque particulier (CMR, amiante, plomb, légionnelles).
  3. Travaux avec rayonnements ionisants nécessitant la désignation d'une PCR.
  4. Travaux à proximité de lignes électriques haute tension aériennes.
  5. Travaux exposant à un risque de noyade.
  6. Travaux dans des puits, en souterrain ou en tunnel.
  7. Travaux effectués par des plongeurs disposant d'un système d'adduction d'air.
  8. Travaux dans des caissons à air comprimé.
  9. Travaux comportant l'usage d'explosifs.
  10. Démontage d'éléments préfabriqués lourds.
  11. Travaux dans des locaux présentant un risque d'incendie ou d'explosion ATEX.

Cette liste n'est pas exhaustive — le CSPS apprécie au cas par cas. Pour ces travaux, des dispositions spécifiques s'ajoutent :

  • PGC obligatoire même en 3ème catégorie.
  • Inspection commune préalable renforcée avec démonstration des modes opératoires.
  • Mention dans le DIUO des risques résiduels pour les opérations ultérieures.
  • Coordination renforcée avec la CARSAT et parfois l'inspection du travail (amiante notamment).
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CISSCT et coordination renforcée en 1ère catégorie

Sur les opérations de 1ère catégorie dépassant 10 000 hommes-jours et 10 entreprises (y compris sous-traitants), une instance supplémentaire devient obligatoire : le CISSCT (Collège Interentreprises de Sécurité, Santé et Conditions de Travail), article R4532-77.

Composition du CISSCT :

  • Le CSPS, qui le préside.
  • Les employeurs des entreprises présentes (ou leur représentant).
  • Des représentants des salariés de chaque entreprise (élus CSE ou désignés).
  • Le médecin du travail, l'inspecteur du travail et l'agent CARSAT peuvent y assister.
  • Le MOA ou son représentant à titre consultatif.

Missions du CISSCT :

  • Définir les règles communes de circulation, accès, vestiaires, sanitaires, restauration.
  • Vérifier l'application des règles du PGC et des PPSPS.
  • Analyser les accidents et incidents graves, formuler des recommandations.
  • Visiter le chantier périodiquement.
  • Émettre un avis sur les évolutions majeures du chantier.

Fréquence : au moins tous les 3 mois, plus fréquemment selon les besoins. Compte-rendu transmis aux entreprises, au MOA, à la DREETS et à la CARSAT.

Le CISSCT est l'équivalent terrain du CSE à l'échelle d'un chantier — il complète mais ne remplace pas les CSE d'entreprise des sociétés présentes. Pour les grands projets (ligne TGV, EPR, JO 2024 Saint-Denis), le CISSCT peut compter plusieurs dizaines de membres et faire l'objet d'une procédure très formalisée.

« Le CISSCT est une instance souvent sous-estimée. Quand il fonctionne bien, c'est le meilleur lieu de remontée des dysfonctionnements de terrain — bien plus efficace que les inspections programmées du CSPS. »

— INRS, guide pratique CISSCT 2024
À retenir
  • 3 catégories selon le volume hommes-jours (H-j) : 1ère > 10 000 H-j, 2ème 500-10 000, 3ème < 500.
  • Déclaration préalable à la DREETS dès > 30 jours + 20 travailleurs simultanés ou ≥ 500 H-j (article R4532-2, CERFA 13408*02).
  • Travaux à risques particuliers (R4532-4) : 11 catégories (chute > 3 m, CMR, amiante, lignes HT, noyade, tunnels, explosifs, ATEX, etc.) déclenchent un PGC même en 3ème catégorie.
  • CISSCT obligatoire sur les opérations > 10 000 H-j ET > 10 entreprises (R4532-77) — présidé par le CSPS, trimestriel.
  • En cas de doute : classer dans la catégorie supérieure. La sanction d'un sous-classement (CSPS Niveau 3 sur chantier 1ère catégorie) est lourde pour le MOA.
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