Coordonnateur SPS — BTP

Formation CSPS — Coordonnateur Sécurité Protection Santé

Module 2 : Missions du CSPS : conception & réalisation

Module 2 : Missions du CSPS 15 min de lecture

2.3 La coactivité — cœur du métier de CSPS

La directive 92/57/CEE a été créée précisément parce que la coactivité — plusieurs entreprises travaillant simultanément sur un même chantier — est la source principale d'accidents. Anticiper, identifier et neutraliser les risques de coactivité est la mission centrale du CSPS.

4 dimensions à croiser pour analyser la coactivité
Temporelle

Quelles entreprises présentes au même moment ?

Spatiale

Sur quelles mêmes zones ou zones contiguës ?

Verticale

Travaux superposés (charges suspendues) ?

Aux risques

Quels risques ajoutés par l'activité voisine ?

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Définir la coactivité — au-delà de l'image classique

La coactivité ne se limite pas à « deux entreprises sur le même point au même moment ». La définition juridique (article L4531-3) est plus large : il y a coactivité dès que les activités d'une entreprise interagissent (ou peuvent interagir) avec celles d'une autre, dans l'espace ou le temps.

4 catégories de coactivité à identifier :

  • Coactivité simultanée immédiate — deux entreprises sur la même zone au même moment. La plus visible mais pas la plus dangereuse.
  • Coactivité verticale — une entreprise travaille au-dessus d'une autre. Risque : chute d'objets, chute de personnes, projection. Classique en gros œuvre.
  • Coactivité différée — l'entreprise A laisse un état dangereux qui impacte l'entreprise B arrivant ensuite (gaine non sécurisée, dalle non bouchée, ferraillage saillant).
  • Coactivité interférentielle — les flux d'une entreprise (livraison, déchets, circulation engins) interfèrent avec une autre éloignée géographiquement.

Exemples concrets :

  • Étanchéité de toiture (entreprise A) au-dessus de couvreurs zinguerie (entreprise B) — coactivité verticale → chute d'objets et de personnes.
  • Démolition (entreprise A) qui doit laisser le terrain libre à l'arrivée du terrassement (entreprise B) — coactivité différée → gaines, fers ou éléments dangereux non évacués.
  • Cours de cours communs (livraisons gros œuvre + sortie ferraillage) — coactivité interférentielle → collision engins-piétons.
  • Grue à tour en giration avec deux entreprises en zone de survol — coactivité simultanée + verticale → percussion par charge.
  • Soudure et peinture dans des locaux non séparés — coactivité simultanée + risques croisés → ATEX, projections, inhalation.

L'outil de référence pour visualiser la coactivité : la matrice de coactivité — tableau croisé entreprises × phases qui identifie pour chaque case (i,j) les risques croisés et les mesures de neutralisation. À tenir et mettre à jour comme un planning vivant.

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Les 3 stratégies de neutralisation

Face à une coactivité identifiée, le CSPS dispose de 3 stratégies, par ordre de préférence :

  1. Suppression par séparation temporelle — modifier le planning pour que les deux activités ne se chevauchent pas. C'est la solution la plus efficace mais elle a un coût (allongement du chantier). Levier principal : l'OPC.
  2. Suppression par séparation spatiale — modifier l'organisation du chantier pour que les zones de travail ne se croisent pas. Création de zones étanches, balisage strict, accès séparés, horaires décalés. Plus simple à mettre en œuvre mais nécessite un suivi rigoureux.
  3. Atténuation par protection — quand on ne peut pas supprimer, on protège : filets antichute, écrans, balises, signalisation, EPI renforcés. Solution de dernier recours.

Exemples par stratégie :

  • Étanchéité au-dessus de couvreurs → séparation temporelle : terminer la couverture avant de commencer l'étanchéité.
  • Démolition + terrassement → séparation temporelle et spatiale : phasage par zones, validation visuelle entre opérateurs.
  • Soudure + peinture dans des locaux → séparation spatiale avec cloisons mobiles et ventilation différenciée.
  • Grue à tour avec survol → réorganisation spatiale du chantier ou survol uniquement hors heures de présence dessous (séparation temporelle).
  • Circulation engins / piétons → séparation spatiale par marquage au sol, panneaux, garde-corps, parfois ponts piétons.

Outils OPC pour la séparation temporelle :

  • Planning Gantt enrichi de la matrice de coactivité.
  • Maquette numérique BIM 4D (3D + temps) — devenue incontournable sur les grands chantiers.
  • Réunions de recalage hebdomadaire entre OPC et CSPS sur les phases à venir.
  • Outils MS Project ou Primavera P6 avec annotations sécurité (voir nos formations dédiées).
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Les moyens communs — investissement collectif

Pour neutraliser la coactivité, certains équipements de prévention doivent être partagés entre entreprises. Le CSPS organise leur mise en commun via le PGC et son volet « moyens communs ». Article R4532-44.

Moyens communs typiques :

  • Échafaudages de façade ou de pignon — souvent montés par l'entreprise gros œuvre, utilisés ensuite par charpente, couverture, étanchéité, ravalement.
  • Lignes de vie définitives ou provisoires de toiture.
  • Garde-corps périphériques de planchers.
  • Ascenseurs ou monte-charges de chantier.
  • Grues à tour et autres engins de levage.
  • Base vie : vestiaires, réfectoires, sanitaires, infirmerie, salle de réunion.
  • Voiries d'accès, parkings, aires de stockage et de retournement.
  • Éclairage de chantier, signalisation, balisage.
  • Réseaux provisoires : eau, électricité, air comprimé, internet.
  • Conteneurs et bennes de gestion des déchets.
  • Postes de premiers secours, défibrillateurs, brancards, douches de sécurité.

Modalités de gestion des moyens communs :

  • Désignation contractuelle de l'entreprise responsable (souvent l'entreprise générale ou le lot gros œuvre).
  • Calendrier d'usage partagé entre entreprises bénéficiaires.
  • Vérifications périodiques et procès-verbaux (échafaudages : chaque trimestre, voire chaque mois ; grues : VGP annuelle, vérifications hebdomadaires).
  • Répartition des coûts selon une clé d'usage (% de surface, % d'heures, ou forfait).
  • Conditions d'entrée et de sortie des entreprises : briefing avant utilisation, restitution propre, signalement des défauts.
Bonne pratique : ouvrir un registre d'utilisation par moyen commun (échafaudage, grue, ligne de vie). Chaque entreprise y consigne ses interventions et signale les anomalies. Cela trace les responsabilités et facilite les enquêtes en cas d'accident.
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Les pièges fréquents en gestion de coactivité

Quelques écueils récurrents observés par les CSPS expérimentés :

  • « On verra le moment venu » — la coactivité est traitée en réaction. Or il est souvent trop tard une fois sur le terrain. La planification anticipée est cruciale.
  • Le PGC reste théorique — un PGC bien rédigé mais qui n'est pas vivant, mis à jour avec la matrice de coactivité réelle de la semaine, devient un document mort.
  • Les sous-traitants tardifs — l'entreprise titulaire fait appel à un sous-traitant en cours de chantier, sans en informer le CSPS, sans ICP, sans PPSPS. Le CSPS doit verrouiller contractuellement (clauses dans le marché).
  • La pression du planning — quand un chantier prend du retard, la tentation est de superposer les opérations. C'est précisément le pire moment pour relâcher la vigilance sur la coactivité. Le CSPS doit savoir résister.
  • L'information descend mal aux compagnons — le chef de chantier oublie de transmettre les consignes du briefing aux nouveaux arrivants. Solution : 1/4 d'heure sécurité quotidien ou hebdomadaire, signature de feuille d'accueil.
  • Les « petits boulots » oubliés — coupure d'électricité pour une maintenance, intervention courte de 30 minutes, livraison hors horaires. Ces micro-interventions sont souvent gérées hors radar et causent des accidents.
  • L'absence du CSPS en jour de pointe — vacances, maladie, transitions entre missions. Prévoir un CSPS suppléant ou un report négocié.

Cas d'école : accident de coactivité type

  • Chantier rénovation lourde — 6 entreprises présentes.
  • Pression du planning : tous travaillent en simultané sans phasage.
  • L'entreprise étanchéité utilise un chalumeau en toiture. À l'étage en dessous, l'électricien arrive pour passer un câble.
  • Une étincelle traverse un trou d'évacuation non bouché, enflamme une cloison en placo, propage le feu à l'isolant en sous-face.
  • L'électricien est gravement brûlé.
  • L'enquête révèle : pas de PGC à jour intégrant cette coactivité, pas d'ICP pour l'électricien arrivé la veille, pas de permis de feu, pas de protection coupe-feu provisoire. CSPS, entreprises, MOA sanctionnés.

« 60 % des accidents graves en BTP impliquent une coactivité non maîtrisée. Identifier la coactivité est facile ; la traiter demande un travail de coordination quotidien qui ne se voit pas mais qui sauve des vies. C'est le métier. »

— INRS, étude « ED 6404 — La coactivité » 2024
À retenir
  • 4 catégories de coactivité : simultanée immédiate, verticale (chute objets), différée (état laissé dangereux), interférentielle (flux croisés).
  • 3 stratégies par ordre de préférence : séparation temporelle (planning), séparation spatiale (zonage), protection (atténuation).
  • Matrice de coactivité + outils OPC (Gantt, BIM 4D, MS Project, Primavera P6) — à tenir vivant tout au long du chantier.
  • Moyens communs (échafaudages, lignes de vie, base vie, levage) gérés par l'entreprise désignée, registre d'utilisation, vérifications périodiques.
  • 60 % des accidents graves en BTP impliquent une coactivité non maîtrisée — vigilance sur les sous-traitants tardifs, la pression du planning et les « petits boulots » hors radar.
Sommaire de la formation