ICPE & Risque Industriel Majeur

Formation ICPE — Seveso, POI / PPI

Module 1 : Cadre ICPE & nomenclature Seveso

Module 1 : Cadre ICPE 22 min de lecture

1.3 Les acteurs du dispositif ICPE

Le système ICPE repose sur un écosystème d'acteurs : un exploitant unique responsable, une chaîne hiérarchique d'État (préfet, DREAL, inspection), des contre-pouvoirs (CSS, CSE, riverains) et des relais techniques (INERIS, BARPI). Comprendre qui fait quoi est indispensable pour piloter la conformité.

Cartographie simplifiée des acteurs ICPE
Exploitant

Responsabilité pénale et civile. Chef d'établissement personne physique nommément désignée.

État

Préfet (autorité), DREAL/DRIEAT (instruction), Inspection ICPE (contrôle).

Contre-pouvoirs

CSS, CSE, maires, riverains, associations agréées de protection de l'environnement.

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L'exploitant : le pivot pénalement responsable

L'exploitant est la personne morale (société, association, collectivité) qui exploite l'installation. C'est elle qui dépose le dossier, qui détient l'autorisation et qui supporte toutes les obligations. Le Code de l'environnement parle indifféremment d'« exploitant » ou d'« opérateur ».

Concrètement, l'exploitant désigne un chef d'établissement personne physique, qui assume la responsabilité pénale en cas d'infraction (article L.173-7 du Code env.). Sur les grands sites, cette responsabilité peut être déléguée à un directeur d'usine, à condition que la délégation respecte trois critères jurisprudentiels constants depuis Cass. crim. 11 mars 1993 :

  • Autorité : pouvoir hiérarchique réel sur les équipes.
  • Compétence : connaissance technique du domaine concerné.
  • Moyens : budget, équipes, autonomie de décision suffisants.

« La délégation de pouvoir doit être effective, précise et acceptée pour exonérer le chef d'entreprise. Une délégation purement formelle ou vidée de moyens reste sans effet pénal. »

— Cass. crim., 14 décembre 1999, n° 99-80.104

L'exploitant doit également tenir à jour les documents réglementaires sur site et les présenter à toute réquisition : arrêté préfectoral, étude de dangers à jour, POI (si SH), résultats des contrôles périodiques, registre des accidents et presque-accidents, prescriptions du Code du travail.

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Le préfet : autorité de police des ICPE

Le préfet de département est l'autorité administrative compétente en matière d'ICPE (article L.512-1). Il :

  • Reçoit les déclarations et instruit les demandes d'enregistrement et d'autorisation.
  • Prend les arrêtés préfectoraux d'autorisation ou de prescriptions complémentaires.
  • Met en demeure l'exploitant en cas d'infraction (R.171-1).
  • Suspend ou ferme une installation en cas de danger grave et imminent (L.171-7).
  • Élabore le PPI sur les sites Seveso haut et autres ICN.
  • Préside la Commission de Suivi de Site (CSS).

Pour les ICPE relevant du ministère de la Défense (Marine, Armée de l'Air, DGA), c'est le ministre des Armées qui exerce les pouvoirs préfectoraux (article L.517-1). Les installations nucléaires de base (INB) ne relèvent pas du préfet mais de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) — régime distinct.

CODERST : Conseil Départemental de l'Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques. Présidé par le préfet, il rend un avis consultatif obligatoire sur les arrêtés d'autorisation, les mises en demeure et les sanctions administratives. Composition : élus, associations, exploitants, experts (article R.1416-16 du Code de la santé publique).
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DREAL / DRIEAT : le bras technique de l'État

La DREAL (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement), ou la DRIEAT en Île-de-France (Direction Régionale et Interdépartementale de l'Environnement, de l'Aménagement et des Transports), est le service déconcentré du ministère de la Transition Écologique (MTE). Elle abrite les inspecteurs des installations classées.

Ses missions concrètes :

  • Instruire les demandes d'autorisation et préparer les arrêtés préfectoraux.
  • Contrôler les sites : inspections programmées, inopinées, post-accident.
  • Proposer les mesures de sanction administrative au préfet.
  • Animer les commissions techniques et la CSS.
  • Représenter l'État dans les exercices PPI / POI.

La DREAL travaille avec un effectif national d'environ 1 300 inspecteurs ICPE (chiffres MTE 2024) pour 500 000 installations — soit en moyenne près de 385 sites par inspecteur. Cette ratio reste l'une des plus faibles d'Europe et explique partiellement la fréquence relativement modeste des contrôles sur les sites D-E (1 contrôle tous les 5 à 10 ans en moyenne).

Les inspecteurs ICPE ont des pouvoirs étendus (article L.514-5) : accès sans préavis à toute installation, consultation de tous documents, audition de tout personnel, prélèvements, mises sous scellés. Ils dressent procès-verbal en cas d'infraction et le transmettent au procureur de la République.

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La Commission de Suivi de Site (CSS)

Créée par le décret 2012-189 du 7 février 2012 (en remplacement des CLIC), la CSS est obligatoire pour tous les sites Seveso seuil haut et certains sites Seveso seuil bas à l'appréciation du préfet. Elle constitue le lieu de dialogue institutionnel entre exploitant, État, élus, salariés et riverains.

Composition (R.125-8) — au moins 5 collèges :

  • État : préfet (président), DREAL, ARS, DDT, SDIS.
  • Collectivités : maires des communes concernées par le PPRT, conseil départemental.
  • Exploitants : direction du site, ingénieurs HSE.
  • Salariés : représentants désignés par le CSE (avec heures de délégation supplémentaires).
  • Riverains et associations : associations de défense de l'environnement agréées (article L.141-1).

La CSS se réunit au minimum une fois par an, plus en cas d'événement. Elle examine l'arrêté préfectoral, l'EDD, les bilans annuels, les incidents, les exercices PPI, l'avancement du PPRT. Ses comptes-rendus sont publics.

Bien qu'elle n'ait qu'un rôle consultatif, la CSS dispose en pratique d'un fort pouvoir d'interpellation. Plusieurs CSS ont obtenu des restrictions d'exploitation après des incidents — par exemple à Feyzin (Total, 2017) ou Lyondell-Berre (2019).

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CSE, élus locaux et associations : les contre-pouvoirs

Le CSE (Comité Social et Économique) joue un rôle souvent sous-estimé dans le dispositif ICPE :

  • Il est consulté préalablement au dépôt d'une nouvelle demande d'autorisation (article L.2312-9 du Code du travail).
  • Ses représentants participent à la CSS.
  • Il peut alerter en cas de danger grave et imminent (article L.4131-1), avec droit de retrait des salariés.
  • Il dispose d'un droit d'enquête en cas d'accident industriel.

Les maires sont informés par le préfet de la délivrance de l'autorisation et sont consultés dans le cadre du PPI et du PPRT. Ils peuvent enfin agir au titre de leur pouvoir de police générale (L.2212-2 du CGCT) si la situation menace la santé publique de leurs administrés.

Les associations agréées de protection de l'environnement (article L.141-1) ont la capacité d'agir en justice (article L.142-1) — c'est ainsi que FNE Normandie s'est constituée partie civile dans l'affaire Lubrizol, et que des associations ont obtenu l'annulation d'arrêtés préfectoraux par le tribunal administratif (ex : autorisation d'extension de l'usine SAIPOL annulée à Bassens, 2022).

Recours juridictionnels : les décisions d'autorisation et de refus sont attaquables devant le tribunal administratif pendant 4 mois après publication (article R.181-50), puis devant la cour administrative d'appel et le Conseil d'État.
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INERIS, BARPI, ASN : les experts techniques de l'État

Aux côtés des services déconcentrés, plusieurs établissements publics fournissent l'expertise technique nécessaire au pilotage du risque industriel.

  • INERIS (Institut National de l'Environnement Industriel et des Risques) — établissement public sous tutelle du MTE basé à Verneuil-en-Halatte (60). Expertise EDD, méthodologie HAZOP/LOPA, métrologie ATEX, formation, modélisation des phénomènes dangereux (Phast, ALOHA). Édite le guide rouge de référence sur l'élaboration des EDD.
  • BARPI (Bureau d'Analyse des Risques et Pollutions Industriels) — au sein de la DGPR. Gère la base ARIA (Analyse, Retour d'expérience, Recherche, Information sur les Accidents) qui recense plus de 57 000 accidents industriels mondiaux depuis 1992. Publie chaque année le bilan accidentologie français.
  • ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire, devenue ASNR au 1er janvier 2025 par fusion avec l'IRSN) — autorité administrative indépendante chargée du nucléaire civil. Compétences distinctes des ICPE classiques mais coopération étroite sur la radioprotection.
  • OPPBTP, Carsat, INRS — relais sur les aspects santé et sécurité au travail des sites ICPE (cumul Code de l'environnement + Code du travail).

Le BARPI est une ressource majeure pour la formation et la prévention. Sa base ARIA est librement consultable sur aria.developpement-durable.gouv.fr. Chaque accident est documenté avec circonstances, causes, conséquences et enseignements — c'est l'outil de retour d'expérience par excellence.

Matrice RACI simplifiée des grandes décisions ICPE
DécisionExploitantPréfetDREALCSSCSE
Demande d'autorisationR/AACCC
Étude de dangersR/AICII
Mise en demeureIR/ACII
POI (sites SH)R/AICIC
PPICR/ACCI

R = Responsable · A = Accountable · C = Consulté · I = Informé.

À retenir
  • L'exploitant (personne morale) désigne un chef d'établissement personne physique pénalement responsable, susceptible de déléguer (autorité + compétence + moyens).
  • Le préfet de département est l'autorité de police des ICPE : autorisation, mise en demeure, suspension (L.171-7).
  • La DREAL/DRIEAT abrite les 1 300 inspecteurs ICPE nationaux qui contrôlent les sites (L.514-5) — droits d'accès et de réquisition étendus.
  • La CSS (décret 2012-189) réunit État, exploitant, élus, salariés, riverains au moins une fois par an autour de tout site Seveso seuil haut.
  • Le CSE est consulté, dispose d'un droit d'alerte (L.4131-1) et participe à la CSS ; les associations agréées peuvent agir en justice (L.142-1).
  • INERIS (expertise EDD/HAZOP), BARPI (base ARIA, 57 000 accidents), ASN/ASNR (nucléaire) constituent l'écosystème technique de l'État.
Sommaire de la formation