Formation ICPE — Seveso, POI / PPI

Module 3 : Plans d'urgence : POI & PPI · Sommaire complet

Module 3 : Plans d'urgence 25 min de lecture

3.2 Le PPI — Plan Particulier d'Intervention

Quand les effets d'un accident industriel sortent du site, c'est le préfet qui prend la main via le PPI. Code de la sécurité intérieure L.741-6, périmètres calculés à partir de l'étude de dangers, sirènes du système d'alerte et d'information des populations, FR-Alert depuis 2022 : décortiquer le dispositif préfectoral.

Les périmètres concentriques d'un PPI Seveso
Zone des Effets Létaux Significatifs (SELS)
Zone des Effets Létaux (SEL) — évacuation
Zone des Effets Irréversibles (SEI) — mise à l'abri
Zone d'information PPI étendue (≥ SEI + marge)

Les périmètres sont issus de l'EDD et fixés par arrêté préfectoral PPI.

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Cadre juridique : CSI L.741-6 et R.741-18 à R.741-31

Le PPI est défini par le Code de la sécurité intérieure :

  • Article L.741-6 : champ d'application — sites Seveso seuil haut, installations nucléaires de base (INB), barrages classe A, stockages souterrains, certains transports de matières dangereuses.
  • Articles R.741-18 à R.741-31 : contenu et procédure d'élaboration.

« Le plan particulier d'intervention fixe les mesures à prendre et les moyens à mettre en œuvre en cas d'événement dans une installation ou dans un groupe d'installations susceptible d'entraîner des conséquences sur les populations, les biens et l'environnement situés hors de son enceinte. »

— Article L.741-6 du Code de la sécurité intérieure

Le PPI s'inscrit dans le dispositif ORSEC (Organisation de la Réponse de Sécurité Civile) départemental, dont il constitue le volet spécialisé risques industriels. Il est élaboré par le préfet, en lien étroit avec l'exploitant qui fournit les données techniques (EDD, modélisations, plans).

Procédure d'élaboration : durée typique 12 à 24 mois, avec consultation obligatoire du public, des communes concernées (souvent 5 à 30 communes pour un grand site), du CSE de l'exploitant, du Conseil départemental et de la CSS.

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Contenu d'un PPI

L'article R.741-22 du CSI fixe le contenu minimum :

  • Description du site, des installations et des scénarios accidentels retenus.
  • Périmètres d'effets issus de l'EDD (SELS, SEL, SEI cartographiés sur le territoire communal).
  • Mesures de protection des populations : mise à l'abri (confinement) ou évacuation selon le phénomène.
  • Modalités d'alerte : sirènes RNA, FR-Alert, mairie, médias locaux.
  • Schéma de communication de crise et porte-parole unique préfectoral.
  • Articulation avec le POI et le passage de commandement.
  • Moyens mobilisables : SDIS, gendarmerie, ARS, DREAL, communes, opérateurs réseaux.
  • Plan d'évacuation avec itinéraires, points de regroupement, hébergement d'urgence (gymnases, écoles, salles communales).
  • Suivi sanitaire et soutien psychologique post-accident.
  • Programme des exercices (triennal pour Seveso haut).

Un PPI typique fait 200 à 500 pages, avec cartes au 1:25 000, fiches communes, fiches scénarios, annuaires des contacts d'astreinte. Il est consultable par tout citoyen sur les sites internet des préfectures.

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Mise à l'abri vs évacuation : choisir la bonne réponse

Une question structurante de toute gestion de crise industrielle : faut-il évacuer ou confiner ? La réponse dépend de plusieurs paramètres.

Mise à l'abri (confinement)

Solution privilégiée par défaut

  • Cinétique rapide (BLEVE, UVCE, dispersion toxique)
  • Phénomène court (< 1 h)
  • Population vulnérable (écoles, hôpitaux, EHPAD)
  • Pas d'évacuation possible en temps voulu
  • Bâti en dur disponible

Consigne : entrer dans un bâtiment, fermer portes/fenêtres, couper VMC, se renseigner via radio/FR-Alert.

Évacuation

Solution complexe, à n'utiliser qu'en cas de besoin

  • Cinétique lente (feu de bac, dispersion lente)
  • Phénomène long (> 1 h) ou aggravant
  • Risque d'effondrement de bâti
  • Population peu dense et infrastructures routières disponibles
  • Hébergement d'urgence prêt

Risque : embouteillages, exposition pendant le déplacement, paniques.

Pour les sites pétrochimiques typiques (UVCE / BLEVE / feu jet), la mise à l'abri est presque toujours préférée — l'effet est trop rapide pour permettre une évacuation contrôlée. Pour les sites à dispersion toxique persistante (chlore, ammoniac sous le vent), l'évacuation peut être nécessaire au-delà d'un certain rayon.

Leçon AZF Toulouse 2001 : 31 morts dont 22 sur site. Pas de PPI déclenché à temps (l'explosion fut quasi instantanée). La leçon : les phénomènes à cinétique très rapide ne permettent que la prévention, pas la gestion de crise. D'où l'importance des MMR de l'EDD.
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Les sirènes du SAIP et le signal national d'alerte

Le réseau de sirènes français est hérité du Réseau national d'alerte de la guerre froide, modernisé et rebaptisé SAIP (système d'alerte et d'information des populations). Il compte aujourd'hui plus de 2 200 sirènes raccordées, dont quelques dizaines en outre-mer. Elles relèvent du ministère de l'Intérieur (direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises) et sont testées chaque premier mercredi du mois, à midi — ce qui permet de vérifier le taux de fonctionnement du parc.

Le signal national d'alerte en France :

  • 1 cycle = 3 séquences ascendant-descendant de 1 minute 41 secondes chacune, séparées de 5 secondes.
  • Signal de fin d'alerte : 30 secondes en continu.

En présence d'un site Seveso, des sirènes complémentaires sont installées sur ou autour du site et sonnent simultanément avec celles du RNA. Toutes les sirènes des Seveso sont contrôlées et testées dans le cadre du PPI.

Réflexes attendus en cas de sirène RNA hors essai mensuel : 1) Se mettre à l'abri dans un bâtiment ; 2) Couper VMC, climatisation, gaz ; 3) Fermer portes et fenêtres ; 4) Allumer la radio (France Bleu, France Inter) ; 5) Ne pas téléphoner pour ne pas saturer les réseaux ; 6) Ne pas aller chercher les enfants à l'école (ils sont mis à l'abri par l'établissement) ; 7) Attendre le signal de fin d'alerte ou les consignes officielles.

Le point faible historique de la sirène, c'est la perception. Un son modulé n'indique ni la nature du danger, ni la zone concernée, ni la conduite à tenir ; et une partie de la population qui l'entend hors essai mensuel ne l'identifie pas comme une alerte réelle. C'est précisément cette faille que le retour d'expérience de Rouen a mise en évidence, et que FR-Alert est venu combler.

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FR-Alert : la révolution cell broadcast 2022

FR-Alert est le dispositif national d'alerte des populations sur téléphone mobile via la technologie cell broadcast, déployé en France depuis le juin 2022 en application de la directive européenne 2018/1972/UE (Code des communications électroniques européen).

Principe technique :

  • L'autorité (préfet, ministère de l'Intérieur) déclenche un message via le système national.
  • Les opérateurs de téléphonie mobile diffusent le message à toutes les antennes 4G et 5G du périmètre choisi.
  • Tout téléphone allumé dans la zone reçoit le message — même sans application installée, sans connexion data, sans numéro français. C'est l'avantage du cell broadcast sur le SMS.
  • L'alerte s'affiche en pleine écran avec son et vibration spécifique distinctif.

FR-Alert peut être déclenché pour accident industriel, accident nucléaire, attentat, inondation, feu de forêt, séisme, tempête. Il est complémentaire et non substitutif aux sirènes (qui touchent ceux sans téléphone) et à la radio.

Depuis son déploiement, FR-Alert a été activé à de nombreuses reprises sur des événements réels — phénomènes météorologiques violents, incendies, accidents industriels. Le débat porte désormais moins sur la technique que sur la doctrine d'emploi : alerter trop souvent, ou sur un périmètre trop large, fabrique de l'accoutumance et affaiblit le dispositif le jour où il compte vraiment.

Ce que change la diffusion cellulaire, par rapport au SMS : elle ne nécessite aucune liste de numéros, donc aucune collecte de données personnelles, et elle ne sature pas le réseau. Elle atteint tout terminal compatible présent dans la zone, y compris un téléphone étranger en itinérance — un touriste reçoit l'alerte au même titre qu'un riverain.
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Posture COD / COZ / DOS : la chaîne de commandement préfectorale

Lorsque le PPI est déclenché, une chaîne de commandement spécifique se met en place :

  • DOS (Directeur des Opérations de Secours) — le préfet de département (ou son représentant). Décisions stratégiques, communication publique.
  • COS (Commandant des Opérations de Secours) — un officier supérieur du SDIS désigné. Pilote l'action terrain.
  • COD (Centre Opérationnel Départemental) — cellule de crise à la préfecture. Réunit DREAL, ARS, gendarmerie, SDIS, communes.
  • COZ (centre opérationnel de zone) — échelon des zones de défense et de sécurité. Activé si l'événement dépasse le cadre départemental ou nécessite des renforts d'autres départements.
  • COGIC (Centre Opérationnel de Gestion Interministérielle des Crises) — niveau national à Beauvau. Active si crise majeure.

Le passage de relais POI → PPI est un moment délicat. Le DOI (exploitant) reste en cellule de crise et continue à piloter ses moyens internes, mais sous l'autorité globale du DOS. Les communications publiques deviennent monopolisées par la préfecture — l'exploitant ne s'exprime plus que via le porte-parole préfectoral ou avec accord du DOS.

Bonne pratique : dans les grands bassins industriels, les exploitants voisins signent des conventions d'aide mutuelle — mise à disposition d'équipes de seconde intervention, d'émulseur, d'appareils respiratoires isolants, d'expertise produit. Ces conventions sont annexées aux POI, connues du SDIS, et testées en exercice. C'est aussi le cadre naturel pour traiter l'effet domino entre sites mitoyens, dont Rouen a montré le coût lorsqu'il est ignoré.
Chaîne de commandement POI → PPI
DOI

Chef d'établissement (POI)

COS

Officier SDIS (terrain)

DOS

Préfet (stratégie)

COD

Cellule départementale

COZ

Niveau zone défense

COGIC

Beauvau (national)

Sources de ce chapitre
À retenir
  • Le PPI est imposé par l'article L.741-6 du Code de la sécurité intérieure pour tout site Seveso seuil haut, INB, barrage classe A et stockages souterrains.
  • Rédigé par le préfet en lien avec l'exploitant ; le déclenchement bascule la responsabilité au DOS (préfet).
  • Mise à l'abri = réflexe par défaut pour cinétique rapide (BLEVE, UVCE) ; évacuation pour cinétique lente avec phénomène persistant.
  • Plus de 2 200 sirènes SAIP en France (essai le 1er mercredi du mois à midi). Signal national d'alerte = 3 séquences modulées de 1 min 41 s séparées par 5 secondes de silence ; fin d'alerte = son continu de 30 secondes.
  • FR-Alert (diffusion cellulaire, juin 2022) — atteint tout téléphone compatible présent dans la zone, sans application ni collecte de numéros. Complémentaire des sirènes, pas substitutif.
  • Chaîne de commandement PPI : DOI (exploitant) → COS (SDIS) → DOS (préfet) → COD → COZ → COGIC.
Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale