Formation ICPE — Seveso, POI / PPI

Module 2 : Étude de dangers & risque industriel majeur · Sommaire complet

Module 2 : EDD & Risque majeur 25 min de lecture

2.3 Phénomènes dangereux : UVCE, BLEVE, boil-over, dispersion toxique

Cinq phénomènes dangereux dominent l'accidentologie industrielle française : feux de nappe, jets enflammés, UVCE, BLEVE et dispersions toxiques. Chacun a sa physique, sa cinétique, ses échelles d'effets — et son cortège d'exemples historiques que toute l'industrie a en mémoire.

Les 5 grandes familles de phénomènes dangereux industriels
Feu de nappe

Rayonnement thermique sur liquide en feu

Jet enflammé

Flamme sous pression — gaz, vapeur

UVCE

Explosion de nuage non confiné

BLEVE

Explosion de réservoir liquéfié

Dispersion toxique

Nuage chloré, ammoniac, H2S

Boil-over

Vaporisation explosive d'eau sous hydrocarbure

1

Feu de nappe (pool fire)

Combustion d'une nappe de liquide inflammable répandue au sol après perte de confinement. Phénomène à cinétique lente (montée en puissance progressive), à effets essentiellement thermiques.

Physique : évaporation du liquide → mélange avec l'air → inflammation → flamme stationnaire au-dessus de la nappe. Le rayonnement émis dépend du diamètre de la nappe, de la nature du combustible (essence, gazole, hydrocarbures lourds) et de l'humidité ambiante.

Les trois seuils d'effets thermiques de l'arrêté du 29 septembre 2005, utilisés pour tracer les cercles d'effets :

  • SELS — 8 kW/m² : seuil des effets létaux significatifs, correspondant à 5 % de létalité.
  • SEL — 5 kW/m² : seuil des effets létaux, correspondant à 1 % de létalité.
  • SEI — 3 kW/m² : seuil des effets irréversibles sur la vie humaine.
Pas de distance « type ». On lit souvent des distances toutes faites (« 50 m pour 50 m³ de gazole »). Elles n'ont aucune valeur : la distance d'effet d'un feu de nappe dépend du diamètre de la nappe, du combustible, de la hauteur de flamme, de l'humidité et de la transmissivité atmosphérique. Elle se calcule, scénario par scénario, avec un modèle explicité dans l'étude de dangers — c'est justement ce que l'arrêté exige.

Cas historique : le dépôt pétrolier de Buncefield (Hertfordshire, Royaume-Uni), le 11 décembre 2005. Le débordement d'un bac d'essence forme un vaste nuage de vapeurs qui s'enflamme en explosion de nuage, suivie d'un incendie de plusieurs bacs qui a duré plusieurs jours. L'explosion s'est produite un dimanche matin sur un site peu occupé : plusieurs dizaines de blessés, aucun décès. L'enquête britannique reste l'un des retours d'expérience les mieux documentés sur les dépôts de liquides inflammables.

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UVCE — Unconfined Vapor Cloud Explosion

Explosion d'un nuage de gaz inflammable formé après rejet et mélangé à l'air dans le domaine d'explosivité (entre LIE et LSE). L'inflammation provoque une combustion supersonique ou subsonique selon les conditions (déflagration ou détonation).

Conditions favorables à un UVCE :

  • Quantité de gaz importante (typiquement > 500 kg).
  • Présence d'obstacles (tuyauteries, racks, équipements) qui accélèrent la flamme.
  • Confinement partiel (entrepôt, abri, zone densément encombrée).
  • Source d'ignition retardée (le nuage doit avoir le temps de se former).

Effets : surpression (pas thermique en premier ordre). SELS 200 mbar (létalité 5 %), SEL 140 mbar, SEI 50 mbar (bris de vitres généralisé). Les effets de surpression sont anisotropes et dépendent de la densité des obstacles.

L'UVCE est le phénomène le plus délicat à modéliser, parce que la violence de l'explosion dépend de paramètres très locaux : densité d'obstacles, degré de confinement, turbulence du nuage. Les modèles employés dans les études de dangers (méthode multi-énergie, corrélations de type Baker-Strehlow) sont des approximations : deux modèles appliqués au même scénario donnent rarement la même distance d'effet, et l'étude doit expliciter celui qu'elle retient.

Cas historiques : Flixborough (Royaume-Uni, 1er juin 1974, 28 morts, rejet massif de cyclohexane) — c'est l'accident qui, avec Seveso, a déclenché la première directive européenne ; Pasadena (Texas, 1989, 23 morts, unité de polyéthylène) ; Buncefield (2005). Notre article sur la catastrophe de Flixborough revient en détail sur l'enchaînement technique et ses suites réglementaires.

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BLEVE — Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion

Explosion d'un réservoir contenant un liquide sous pression chauffé au-delà de sa température de vaporisation atmosphérique. Phénomène à cinétique extrêmement rapide (quelques minutes après le début du chauffage), parmi les plus violents qu'on puisse rencontrer dans l'industrie.

Séquence type :

  1. Feu à proximité d'un réservoir (camion-citerne GPL, sphère de propane, wagon de chlorure de vinyle…).
  2. Échauffement progressif du contenu liquide → augmentation de la pression interne.
  3. Affaiblissement métallurgique de la paroi due aux flammes léchantes (température > 600°C en partie supérieure).
  4. Rupture catastrophique du réservoir.
  5. Vaporisation explosive du liquide (multiplication par ~ 200 du volume gaz).
  6. Si combustible : boule de feu (fireball) de plusieurs centaines de mètres de diamètre.
  7. Projection de fragments à plusieurs centaines de mètres.

Effets cumulés : thermique + surpression + projection. Le rayonnement de la boule de feu peut atteindre 200 kW/m² à proximité. Les fragments métalliques sont projetés jusqu'à 1 000 m.

San Juanico (Mexique), 19 novembre 1984 : une fuite sur un terminal de GPL s'enflamme, puis plusieurs BLEVE en cascade détruisent des sphères et des cigares de stockage, projetant des fragments à des centaines de mètres sur un quartier d'habitations mitoyen. Le bilan, jamais établi avec certitude, se compte en centaines de morts et en milliers de blessés. C'est le précédent fondateur de la doctrine BLEVE et de la maîtrise de l'urbanisation autour des dépôts de gaz liquéfiés.
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Boil-over & flash-fire

Le boil-over est un phénomène spécifique aux bacs d'hydrocarbures lourds (fioul, pétrole brut). En cas d'incendie de bac :

  1. Une « onde de chaleur » descend progressivement dans le liquide en feu.
  2. Si elle rencontre une couche d'eau (eau de pluie infiltrée, eau de pied de bac), celle-ci se vaporise brutalement.
  3. Le volume d'eau (× 1 700) projette le liquide en feu hors du bac sous forme de pluie enflammée — c'est le boil-over.
  4. Effets thermiques massifs à plusieurs centaines de mètres.

Le boil-over peut survenir plusieurs heures voire dizaines d'heures après le début de l'incendie — d'où la difficulté pour les pompiers de prévoir l'instant exact. C'est la raison pour laquelle on évacue systématiquement les opérateurs des bacs adjacents en cas de feu de bac d'hydrocarbure lourd.

Le flash-fire (feu éclair) est l'inflammation rapide d'un nuage de gaz inflammable sans surpression notable (à la différence de l'UVCE). Le nuage brûle « à fond perdu », créant un effet thermique transitoire mais intense (~ 30 kW/m² pendant quelques secondes). Tous les flash-fire ne sont pas suivis d'UVCE — ça dépend de la densité d'obstacles.

Ce qui rend le boil-over redoutable, c'est le délai. Des incendies de bacs de brut ont donné lieu à des boil-over plusieurs dizaines d'heures après le début du feu, alors que les secours étaient engagés depuis longtemps et que la situation semblait stabilisée. D'où la règle opérationnelle : sur un feu de bac d'hydrocarbure lourd, on estime le délai avant boil-over et on évacue la zone bien avant l'échéance calculée, plutôt que d'attendre un signe avant-coureur qui peut ne pas venir.
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Dispersion toxique : chlore, ammoniac, H2S

La dispersion atmosphérique de gaz toxiques est le phénomène industriel qui a causé les bilans humains les plus lourds de l'histoire — Bhopal, en 1984, reste la référence absolue. Les substances concernées sont nombreuses, et chacune a son contexte industriel :

  • Chlore (Cl₂) — traitement de l'eau, chimie minérale. Gaz plus lourd que l'air, donc rampant.
  • Ammoniac (NH₃) — réfrigération industrielle, agroalimentaire, chimie de l'azote.
  • Sulfure d'hydrogène (H₂S) — pétrole, biogaz, assainissement, agroalimentaire. Traître : il anesthésie l'odorat avant d'être mortel.
  • Dioxyde de soufre (SO₂) — métallurgie, raffinage, papeterie.
  • Acide cyanhydrique (HCN) — chimie de spécialité, traitement de surface.
  • Méthyl-isocyanate (MIC) — production de carbamates et pesticides. C'est la substance de Bhopal.
Ne retenez jamais un seuil toxique « par cœur ». Contrairement aux seuils thermiques et de surpression, qui sont des valeurs uniques fixées par l'arrêté du 29 septembre 2005, les seuils toxiques sont définis substance par substance et durée d'exposition par durée d'exposition : une valeur en ppm n'a aucun sens si l'on ne précise pas s'il s'agit de 1, 10, 20, 30 ou 60 minutes d'exposition. Les valeurs de référence françaises sont établies et publiées par l'INERIS, et régulièrement révisées. Les listes de « SEI / SEL en ppm » qui circulent sans durée associée sont, au mieux, inutilisables.

La modélisation de la dispersion s'appuie sur des codes de calcul spécialisés, dont certains sont publics. Les résultats dépendent fortement des conditions météorologiques retenues : vitesse du vent, classe de stabilité atmosphérique (échelle de Pasquill, A à F), température et humidité. Les études de dangers retiennent conventionnellement des conditions défavorables, qui maximisent les distances atteintes.

Pour les nuages de gaz lourds (chlore, ammoniac libéré à l'état liquéfié, GPL froid), la dispersion n'a rien à voir avec celle d'un gaz neutre : le nuage reste au sol, contourne les obstacles et s'accumule dans les points bas du terrain. C'est cette physique-là qui explique la surmortalité au niveau du sol à Bhopal — et c'est aussi pourquoi la consigne de mise à l'abri dit de monter à l'étage plutôt que de descendre en sous-sol.

Côté exploitation, ces phénomènes se préviennent d'abord par le confinement : notre calculateur de rétention pour bacs chimiques dimensionne les cuvettes, le vérificateur d'incompatibilité de stockage écarte les mélanges qui dégagent des gaz toxiques, et le décodeur de phrases H et P traduit les dangers d'une fiche de données de sécurité.
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Du phénomène aux périmètres d'effet — cartographie EDD

Chaque phénomène dangereux modélisé produit une carte d'effets : trois cercles concentriques (SELS, SEL, SEI) qui représentent les distances atteintes par les effets à un seuil donné, dans des conditions météo défavorables.

Ces cartes sont ensuite superposées au cadastre pour décompter le nombre de personnes exposées dans chaque zone — c'est ce qui détermine la gravité G dans la grille MMR.

Pour un site Seveso seuil haut typique :

  • Le nombre de scénarios modélisés varie de 10 à 100 selon la complexité.
  • La distance d'effet maximale (SEI thermique) peut atteindre 500 à 2 000 m pour un grand dépôt pétrolier.
  • Pour la dispersion toxique, les distances SEI peuvent dépasser 5 km (cas chlore liquéfié 100 t).

Ces cartes sont ensuite utilisées pour :

  • Le dimensionnement du PPI (périmètre d'intervention préfectoral).
  • Le tracé des zones du PPRT (où l'urbanisation est limitée ou interdite).
  • L'information du public (DICRIM communal).
  • La conception ou repositionnement des équipements (génie civil défensif, distances internes).
Ressource Travail-Industrie : la carte interactive /risques-industriels recense tous les sites Seveso et ICPE prioritaires, sourcée à l'API Géorisques officielle.
Cinétique vs intensité des principaux phénomènes
PhénomèneCinétiqueEffet principalEffets secondairesDistance SEI typique
Feu de nappeLente (10-30 min)ThermiqueFumée toxique50-200 m
Jet enflamméRapideThermique directionnelSurpression locale30-100 m
UVCERapide (s à min)SurpressionThermique transitoire200-1 000 m
BLEVETrès rapide (s)Thermique + surpressionProjection fragments200-1 500 m
Boil-overDifférée (h à jours)ThermiqueProjection HC enflammés500-1 500 m
Dispersion toxiqueVariableToxiqueCumul respiratoire500 m - 5 km
Sources de ce chapitre
  • Arrêté du 29 septembre 2005, annexe 2 — seuils d'effets thermiques (3, 5 et 8 kW/m²), de surpression (20, 50, 140, 200 et 300 hPa) et principe des seuils toxiques — Légifrance.
  • Rapports Oméga et valeurs de référence de toxicité aiguë — INERIS.
  • Retours d'expérience Buncefield (2005) et Flixborough (1974) — Health and Safety Executive.
  • Base ARIA du BARPI, fiches thématiques feux de bacs, BLEVE et dispersion atmosphérique — aria.developpement-durable.gouv.fr.
À retenir
  • 5 phénomènes dangereux dominent : feu de nappe, jet enflammé, UVCE, BLEVE, dispersion toxique, plus le boil-over spécifique aux bacs d'hydrocarbures lourds.
  • L'UVCE (déflagration de nuage non confiné) crée une surpression ; SELS 200 mbar (létalité 5 %), SEL 140 mbar, SEI 50 mbar.
  • Le BLEVE cumule trois effets — thermique, surpression et projection de fragments — à cinétique très rapide (San Juanico, 1984).
  • La dispersion toxique est le phénomène aux bilans humains les plus lourds ; ses seuils sont propres à chaque substance et à chaque durée d'exposition — jamais une valeur unique.
  • Les seuils thermiques de référence (arrêté 29/09/2005) : SELS 8 kW/m², SEL 5 kW/m², SEI 3 kW/m².
  • La cartographie des effets nourrit directement le PPI, le PPRT et le DICRIM communal.

Testez-vous : QCM phénomènes dangereux — BLEVE, boil-over, UVCE, poussières et seuils d'effets (15 questions corrigées).

Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale